LONGUEUIL, NOTRE VILLE NATALE

par George W. Perks

 

 

INTRODUCTION

 

Cet écrit est le fruit des réminiscences de trois des frères Perks. Réunis lors d’une froide soirée d’hiver, en 1973, l’un de nous suggéra qu’il serait amusant de noter les souvenirs de nos jeunes années à LONGUEUIL.

 

Depuis cette réunion, chaque fois que des membres de la famille se rencontrent, des bribes d’informations viennent compléter la liste des souvenirs de nos jeunes années dans la ville que nous appellons notre ville natale.

 

Les comptes rendus de différents événements historiques auxquels nous avons été, en quelque façon, mêlés, devinrent si captivants que bientôt je ne pus résister à la folle envie de faire le récit de ces souvenirs émouvants.

 

Voici, donc, après plusieurs réécritures et de nombreuses additions, surtout de vieilles photos de nos albums personnels, le récit manuscrit des souvenirs, que conserve la famille Perks, du Vieux-Longueuil.

 

George W. Perks

février 1987

 

 

LONGUEUIL

NOTRE VILLE NATALE

 

Au fil des pages de l’histoire du Canada, si riche en personnages pittoresques, autour desquels s’articulent les événements qui ont marqué notre pays, nous retrouvons de nombreux de nombreux événements comme celui décrit sur cette photo d’un panneau-réclame, prise en 1923.

Ce panneau était situé du côté est du chemin de Chambly, au sud du chemin De Gentilly, tout juste au-delà du collège et du monastère des Franciscains.

 

L’histoire nous apprend que Longueuil fut colonisée en 1657 et baptisée, par Charles Lemoyne, du nom d’un village de Normandie, près de la ville historique de Dieppe, en Belgique. La ville de Longueuil souligna d’ailleurs, par un programme élaboré de festivité, en 1957, l’anniversaire de son troisième centenaire.

 

La famille Perks emménagea à Longueuil au printemps, le 1er mai de l’an 1918. Ma sœur jumelle et moi étions les aînés de la famille. Les Perks sont d’ascendance galloise et irlandaise, du côté paternel, et française et amérindienne, du côté maternel. À un certain moment, il y avait trente-six membres de cette famille vivant à Longueuil. La plupart sont maintenant établis dans les environs. De ces trente-six, quatorze résident en Ontario et dans l’Ouest canadien, et rois aux Etats-Unis.

 

Longueuil était alors, pour nous, un merveilleux endroit où vivre et grandir. Sans considérations de nos diverses origines, tous, nous grandissions, vivions, jouions et travaillions en toute amité.

 

Notre première demeure, à Longueuil, fut une maison semi-détachée, en briques, de trois chambres à coucher, que nous avions louée sur la rue Lemoyne. Mais nos parents trouvaient qu’un loyer de dix-huit dollars par mois, c’était plutôt cher. Cette maison, tout juste à l’ouest de la rue Grant, avait une cour arrière clôturée qui donnait sur le pacage de Bouvier. À notre première année dans cette maison, la rue Lemoyne avait encore ses trottoirs de planches qui allait du chemin de Chambly à la rue Saint-Thomas. Si mes souvenirs sont exacts, Longueuil comptait alors environ 8 000 habitants. Le maire en était Alexandre Thurber qui fut, de 1923 à 1931, notre député provincial.

 

Quand notre famille arriva à Longueuil, il y avait bon nombre de vieilles demeures du XVIIIe siècle. La plupart était faites de pierres des champs, pierres de toutes formes et de toutes dimensions, assemblées par un usage généreux du mortier. Plusieurs sont disparues au cours des années alors que certaines ont été préservées.

 

L’église anglicane St. Mark’s et le rectorat adjacent, en briques, construit en 1894, sont de tels bâtiments à valeur historique. On garde d’ailleurs un excellent souvenir du Révérend Mount, et de sa nombreuse famille, qui y résidaient. Helen est l’une de ses filles dont nous nous souvenons fort bien. L’église St, Mark’s est une belle petite église en pierre, de style gothique, qui fut construite en 1842 sur un terrain cédé par Charles W. Grant, cinquième baron de Longueuil. La vieille école de bois, à gauche de l’église, fut démolie au milieu des années 20. Florence (Inch) Perks allait à l’école du dimanche dans ce vieux bâtiment.

 

Mais ce qui fait l’orgueil de tous les Longueuillois, c’est la troisième église catholique, Saint-Antoine-de-Padoue, construite sur ce qu’on croit être le site du château fort de Longueuil. Cette immense église, dans le style d’une cathédrale gothique, construite en 1885, dont le clocher s’élève à quelque 250 pieds, est un bel exemple de beauté architecturale. Ce qui nous a surtout impressionnés, nous, les enfants, quand nous avons visité cette église pour la première fois, ce furent l’immensité et la beauté de l’intérieur de l’église, impressions qui nous marquèrent à jamais. Sept membres de la famille Perks ont d’ailleurs célébré leur mariage dans cette église historique. La photo de droite, prise lors du Congrès eucharistique régional qui se déroula à Longueuil en 1939, nous dépeint d’ailleurs cet intérieur.

 

Un autre bâtiment marquant de nos jeunes années fut la vieille école primaire, en briques rouges, située sur le chemin de Chambly en face du Collège. Administrée par la Commission scolaire protestante, c’est là que Florence (Inch) Perks fréquenta d’abord l’école en 1920. Cette école fut abandonnée quand on construisit une nouvelle école sur la rue Caroline, en 1928. Mlle Cross y fut maîtresse d’école jusqu’à ce qu’elle aille enseigner au Longueuil-Montreal South High School (l’école secondaire de Longueuil – Montréal-Sud), située où se trouve maintenant Place Longueuil. Mlle Cross fut également sa voisine sur la rue du Bord-de-l’Eau. En 1959, l’école de la rue Caroline fut rebaptisée École Hazel Cross en souvenir des vingt ans qu’elle y passa comme enseignante et directrice. Hazel Kathleen Cross décéda le 8 septembre 1984, dans sa 89e année. Elle était la fille de feu Elmore et de Maude Cross, une vieille famille de LONGUEUIL. Avant sa démolition, la bâtisse servit de local à une section de la Légion canadienne. La photo ci-contre fut prise du jardin, à l’avant du Collège de Longueuil, en 1923. (Page 16, photo 3)

 

Le 11 novembre 1918, jour historique de la fin de la Première Guerre mondiale, est une journée que certains d’entre nous n’oublieront jamais, non seulement en raison des nombreux soldats canadiens et longueuillois qui y perdirent la vie, mais surtout parce que nous sommes reconnaissants que rien de sérieux ne nous arriva, à nous, les garçons, à la suite d’une vraie “ folie de jeunesse ”. Nous demeurions de biais, par-delà un champ, avec la maison des Bryson, dernière maison sur la rue Saint-Alexandre. Quand nous avons appris la nouvelle de la fin de la guerre, certains d’entre nous mirent la main sur des cartouches de calibre 22 et 32 que nous avons placées sur le bord du trottoir de ciment et sur lesquelles nous nous sommes mis à taper à grands coups de marteau !!! Les cartouches auraient bien pu éclater et nous blesser ou blesser un passant. La bande d’espiègles comprenait deux des garçons Bryson, deux garçons de la famille Perks, au moins un des Blazer, et quelques autres. Nous remercions le Seigneur que rien de fâcheux ne vint gâcher nos réjouissances.

 

Peu après notre emménagement à Longueuil, la municipalité acheta une paire de chevaux gris et une nouvelle pompe à incendie pour le “ département  du feu ”, service de pompiers volontaires dont faisaient partie les quatre ou cinq policiers permanents. Ceux dont nous nous rappelons surtout, ce sont les agents Lamoureux et Lespérance. Beaucoup plus tard, John E. Perks fut lui-même pompier volontaire.

 

Ces chevaux étaient magnifiques et toujours bien soignés. À cet âge, nous étions bien sûr presque aussi alertes que les chevaux et dès que nous entendions sonner le tocsin, dans le beffroi de l’hôtel de ville, nous laissions tout tomber pour accourir sur les lieux de l’incendie. Souvent, ce n’était qu’une fausse alerte et notre attelage de chevaux favoris était déjà retourné à la station. Ces chevaux étaient gardés dans les stalles, munies de barres de sortie, situées à l’arrière de la station. Quand les barres étaient dégagées, les chevaux allaient d’eux-mêmes se placer de part et d’autre du brancard de la voiture à incendie. Des harnais, suspendus au plafond, étaient alors descendus directement sur les chevaux.  Il y avait également une vieille pompe à incendie à vapeur, alimentée au charbon, traînée par un cheval beaucoup plus costaud. On utilisait également ce cheval pour la voiture des éboueurs. En hiver, on étendait de la neige à l’intérieur du poste à incendie pour faciliter la sortie des voitures et, tard à l’automne, quand la neige devenait permanente, les roues étaient remplacées par des patins. Plus tard, la pompe à vapeur fut gardées sous pression et laissée sur le terrain municipal, sur la rue Saint-Jean, au coin de Saint-Laurent.

 

Après avoir mentionnée des noms de rues à plusieurs reprises, il nous souvient qu’à Longueuil, à la fin des années 20 et au début des années 30, certains de ces noms de rue étaient affichés alternativement en français et en anglais aux coins des rues, par exemple, Guillaume – Willam et St-Jacques St.James. Ce qui devait être joliment déroutant.

 

Au cours des années 20, des années 30, et jusque dans les années 40, la Fête-Dieu était un grand événement religieux. En tant qu’écoliers, nous participions, avec les autres élèves de notre classe, à la procession annuelle dans les rues de LONGUEUIL. À la fin des années 30 et au cours des années 40, je participai, avec mes frères et quelques amis, à la conception et à la construction du reposoir, de même qu’à la décoration de l’hôtel de ville et d’autres bâtiments sur l’itinéraire de la procession. Faisaient également partie de la procession les Chevaliers de Colomb, portant redingote, haut-de-forme et chaîne, de même que la plupart des organismes religieux comme les Dames de Sainte-Anne, les Filles d’Isabelle, la Catholic Women’s League, etc. On y retrouvait aussi, habituellement, un détachement de zouaves. Les zouaves étaient un corps d’armée, créé 1861, sous le pontificat de Pie IX, et formé de volontaires de plusieurs pays, notamment la Suisse, la France, l’Autriche, la Belgique, l’Irlande et le Canada. Ils avaient pour tâche de protéger les intérêts temporels de l’Église et de défendre l’intégrité territoriale du Vatican contre Garibaldi et les troupes du roi Victor-Emmanuel. Le corps fut dissous en 1867 quand le pape refusa de prendre les armes, mais ici, les zouaves demeurèrent, représentant une sorte de garde paroissiale symbolique et, ce à titre, ils participaient à la parade de Saint-Jean-Baptiste, à la procession de la Fête-Dieu et à d’autres événements religieux. Pour souligner le 100e anniversaire du départ du premier contingent de zouaves pontificaux, le 11 février 1860, les quelque 50 zouaves survivants s’assemblèrent au Champ-de-Mars, à Montréal, le 30 mars 1968, pour parader jusqu’à l’église Notre-Dame où fut célébrée une messe solennelle. Quelques visages nous étaient familiers pour les avoir vus lors d’événements à LONGUEUIL. La photo ci-contre, prise en 1929, nous montre trois enfants du voisinage revêtus de leur uniforme de petits zouaves. Sont également reproduites quelques-unes de nos réalisations de cette époque.

 

À l’aube du 1er août 1930, on entendit un bruit de moteur dans le ciel, au-dessus de notre demeure. Comme il pleuvait légèrement, tout ce que nous avons pu distinguer, ce furent des feux de navigation et la vague silhouette du R-100 qui se dirigeait vers Saint-Hubert, lors de son voyage inaugural, de latour d’ancrage du Cardington Royal Airship Works, à Londres, jusqu’au Montreal Air Harbour, comme on appelait alors l’aéroport de Saint-Hubert. Les journaux de l’époque rapportèrent que le dirigeable avait traversé des zones très orageuses au cours de sa traversée mais il se rendit à bon port, bien que sérieusement endommagé.

 

Le lundi suivant, je travaillais en compagnie d’un ingénieur de la compagnie de téléphone Bell quand je mis la main sur un morceau de l’enveloppe de toile du dirigeable, alors en réparation. Ces photos furent prises l’après-midi de ce même jour.

 

La dernière petite pièce de toile  en ma possession était exposée, avec plusieurs de mes photos et une copie du journal The Gazette relatant le voyages du R-100, dans un panneau vitré qui fit partie de nombreuses expositions. La dernière fois, c’était en 1986, lors du Festival de montgolfières du Haut-Richelieu à Saint-Jean. Ce morceau de toile est destiné à un éventuel musée aéronautique, à Saint-Hubert.

 

On trouvait des descriptions du dirigeable et des récits de son voyage historique dans de nombreuses publications. Le R-100 fut construit par la Airship Guarantee Co. (une filiale de la Vickers) dans un hangar abandonné de l’aéroport de Howden, dans le East-Yorkshire, en Angleterre, à un mille au sud-ouest du village de Spalding, et à deux milles et demi au nord de la ville de Howden. Le R-101, quant à lui, fut construit à la même époque, à Cardington, par la Royal Airship Works. Chaque dirigeable, plus léger que l’air, ou Zeppelin, était destiné au transport transocéanique des passagers. Chacun mesurait 706 pieds de longueur, avait un diamètre de 113 pieds, et une capacité de 5 156 000 pieds cubes d’hydrogène. Il pouvait transporter 100 passagers et des tonnes de bagages, de lettre et de colis. Il disposait de ponts de promenade, d’une salle à manger, etc. Il était difficile de se faire une idée des dimensions réelles de l’appareil, à le voir flotter gracieusement. Il fallait s’en approcher lorsqu’il était amarré à son mât d’ancrage. En comparaison, sa longueur totale équivalait à deux pâtés de maisons et sa hauteur était de 8 à 10 étages.

 

Une fois à Saint-Hubert, on organisa, pour les personnages officiels canadiens, un vol jusqu’au sud de l’Ontario. La photo sur cette page fut prise à l’heur e du souper, le 11 août , de notre jardin de la rue Saint-Jacques, à Longueuil. C’était au retour du R-100, lors de ce voyage de courtoisie au-dessus d’Ottawa, de Toronto et du sud de l’Ontario.

 

Après un retour mouvementé en Angleterre, et le vol catastrophique du R-101, le R-100 fut démonté et vendu à la ferraille. En effet, le R-101 en était à son voyage inaugural pour les Indes, à partir de Cardington, cette même année, lorsque, le 5 octobre, il traversa une zone de pluie diluvienne au-dessus de Beauvais, en France, et s’écrasa en flammes. Entraînant dans la mort 48 de ses 54 passagers.

 

Le mât de conception spéciale, ou mât d’ancrage, fut complété en mars 1930. Il avait 205 pieds de hauteur jusqu’au bras d’ancrage et au phare. La passerelle d’embarquement était à 171 pieds du sol. Les bâtiments à sa base abritaient les pompes, les treuils et les rouleaux du câble de traction. Ils abritaient également l’administration et les douanes, les salles d’attentes, l’ascenseur, etc. La photo, à droite, nous à fait voir la tour en construction, en 1929. C’est la Canadian Vickers Co. Qui en assuma l’érection. Ce mât d’ancrage ne servit qu’à cette seule occasion et fut démoli en 1938. Tout ce qui en restait, en 1984, c’étaient quelques blocs d’ancrage, en ciment. La photo fut prise par Geo. W. Perks avec une caméra de poche Kodak 127.

 

Environ un an plus tard, au moment du souper nous quittâmes la table pour assister à la visite surprise du dirigeable allemand Hindenburg qui passa au-dessus de nos têtes et fit le tour de Montréal. Pendant la crise, on eut aussi la visite des six hydravions de Balbo qui venaient d’Italie visiter Montréal, et qui amerrirent sur le fleuve Saint-Laurent, aux installations de la Fairchild, à Longueuil.

 

Le restaurant des frères Perks, sur la rue Guillaume, avait installé une cantine temporaire sur la rue du Bord-de-l’Eau, en face de la centrale électrique de la Charles Walmsley, pour servir la foule qui, sur la rive du fleuve, assistait à cet événement. La photo ci-dessous (cette photo est absente du manuscrit) nous montre un de ces appareils tout juste avant le décollage. La photo fut prise du 250, rue du Bord-de-l’Eau, résidence de J. C. Inch, maître électricien à l’usine C. W. Cette maison fut démolie pour faire place à la route 3, le long du fleuve. Cette résidence d’été, de même que plusieurs autres, avait été construite par la Charles Walmsley pour y loger ses dirigeants, tout juste avant la Première Guerre mondiale.

 

Au début des années 20 et jusqu’à l’ouverture du nouveau pont reliant la rive sud à Montréal, le 24 mai 1930, nos moyens de transport étaient fort variés : train, tramway, cheval et buggy ou Ford modèle T. Nous empruntions, pour traverser à Montréal, une étroite chaussée sur le pont Victoria, à Saint-Lambert. En été, nous prenions le traversier et, en hiver, le chemin sur la glace. Au printemps, avant l’entrée en service du traversier, ou en automne, avant que le fleuve ne soit suffisamment gelé, le tramway était le meilleur moyen pour se rendre à Montréal, via Saint-Lambert et le pont Victoria. L’histoire nous apprend que ce pont fut considéré comme une véritable merveille d’ingénierie à cette époque. Il fut construit, en 1850, sur d’énormes piliers de calcaire provenant de carrières à Pointe-Claire. Chaque bloc, pesant dix tonnes et plus, était chargé sur une barge et toué par des remorqueurs jusqu’au pont en construction. Pendant plus de quinze décennies, ces piliers ont résisté aux glaces et aux forts courants du côté montréalais du fleuve. Ce pont a subi de nombreuses transformations depuis le pont ferroviaire original. Y circulèrent chevaux et buggys, automobiles, lourds convois routiers, des convois ferroviaires bien plus lourds que ceux d’autrefois, sans parler des travées élévatrices au-dessus de la Voie maritime du Saint-Laurent.

 

En 1928-1930, nous avons été témoins de la construction du pont du Havre de Montréal (le pont Jacques Cartiers), à Montréal-Sud, maintenant Longueuil. Ce nouveau pont revêtait une grande importance pour les Longueuillois, et pour tous les résidants de la rive sud, car il permettait de sauver un temps fou pour traverser à Montréal. Le tarif du péage était de 10 sous, au début. On voit, à droite, une copie recto et verso d’un billet de péage en usage lors de l’ouverture, le 24 mai 1930.

 

Ce tarif passa très rapidement à 25 sous et ce système de péage demeura en vigueur pendant de nombreuses années. Lors de la construction du pont, une de nos distractions préférées était de nous rendre, à pied ou à bicyclette, sur la rive du fleuve et de regarder travailler les ouvriers. Le tablier du pont, de la rive sud jusqu’à l’île Sainte-Hélène, était alors beaucoup plus bas, comme en font foi ces photos.

 

Lors de l’aménagement de la Voie maritime du Saint-Laurent, la section longueilloise fut considérablement rehaussée pour permettre aux navires de passer sous le pont. Une petite anecdote familiale, au sujet de cette journée inaugurale, concerne John Perks, qui a toujours eu l’esprit plus aventureux que les autres membres de la famille, En compagnie de son ami, Harold (Spooky) Page, il avait pris le traversier et, à bicyclette, ils s’étaient tous les deux rendus jusqu’à l’entrée du pont. Ils ne furent arrêtés qu’à l’île Sainte-Hélène où on les relâcha en leur ordonnant de quitter les lieux le plus rapidement possible. Ils arrivèrent sur l’autre rive avec le cortège officiel sur les talons!

 

Pendant l’aménagement de la Voie maritime du Saint-Laurent et l’élévation du tablier du pont Jacques Cartier, en 1955-1956, James Perks, qui demeurait alors sur le boulevard Quinn, hébergea un jeune ingénieur du nom de Don Wade, fraîchement émoulu de l’université de Birmingham. Celui-ci avait obtenu une bourse d’études du U. K. National Coal Board lui permettant de faire un stage d’un an dans un pays étranger. Ici, il fut embauché par le Dr P. L. Pratley de Montréal qui agissait alors à titre de conseiller technique pour les travaux du pont Jacques-Cartier. Le Dr Pratley avait conçu plusieurs ponts dont le pont Jacques-Cartier, le pont de Québec et le pont St. Johns à Terre-Neuve. Don eut alors l’occasion de faire la connaissance, aux bureaux du Dr Pratley, de plusieurs représentants de grandes compagnies comme l’ingénieur Angus Robertson de la Dominion Bridge and Intrusion Prepakt Ltd., entreprise responsable du soulèvement et de l’élargissement du pont Jacques-Cartier. À son retour en Grande-Bretagne, Don obtint un doctorat en génie, à l’université de Sheffield, et devint fellow de l’Institution of Structural Engineers. Il travaille maintenant comme ingénieur dans le sud de l’Angleterre. L’expérience acquise auprès du Dr Pratley et son séjour au 122, boulevard Quinn, à Longueuil, furent les assises d’une brillante carrière et d’une amitié qui perdure.

 

Je me souviendrai toujours de la Noël de 1951. La veille alors que notre nouvelle église, Saint-Pierre-Apôtre, était toujours en construction, le curé Armand Racicot décida que ce serait merveilleux de pouvoir célébrer la messe de minuit dans notre nouvelle église. Aussitôt dit, les ouvriers se dépêchèrent d’installer un toit temporaire pour abriter le sous-sol. Plusieurs paroissiens travaillèrent à y installer des bancs de bois et des chaises. Le curé Racicot me demanda de construire la crèche et d’installer, dans l’“église”, tous les projecteurs dont je disposais. Or, il avait beaucoup neigé les jours précédents et, au cours des dernières vingt-quatre heures, la température s’était considérablement adoucie de sorte que, quand j’arrivai à l’église, le toit, qui n’était fait que de panneaux grossièrement assemblée, coulait comme une gouttière. Je ne pus quitter mon travail que tard cet après-midi-là, et j’avais encore des courses à faire, ce qui me retarda quelque peu. L’abbé Racicot s’inquiéta sérieusement quand arrivèrent les quinze heures. Aussi se mit-il à téléphoner un peu partout, mais sans résultats. J’arrivai finalement vers seize heures trente en cette veille de Noël, travaillai sans arrêt pendant toute l’heure du souper et je n’eus que le temps d’aller changer de vêtements avant l’office. Ce fut l’un des Noëls les plus mémorable auxquels j’assistai. Un autre événement mémorable survint, au printemps de cette même année, lors du Samedi Saint, célébré au même endroit.

 

Avant la Seconde Guerre mondiale, à Longueuil, la communauté catholique anglaise ne comprenait qu’une poignée de paroissiens. La fondation de la paroisse St. Clare est donc un témoignage de leur foi et de leur dévouement. En 1943, avec tout l’altruisme et la considération qu’on lui connaît, Mgr Romain Boulé, pasteur de l’église Sainte-Antoine, accédait à la requête de M. H. Packard d’utiliser la chapelle du Sacré-Cœur, au sous-sol de l’église Saint-Antoine, pour les offices en anglais. Ce fut là la véritable pierre d’achoppement de la paroisse de St. Clare Puis, entre 1954 et 1956, le superbe petit édifice de la rue de Montenach devint réalité. Le 14e jour de novembre 1979, par la proclamation, proclamation que l’on peut toujours lire à l’entrée de l’église, les paroissiens furent invités à assister au rêve devenu réalité : “la crémation de l’hypothèque”. Dans cette proclamation, la famille Perks est mentionnée à titre d’une des familles fondatrices de la paroisse.

 

Nous avions, comme tous les autres enfants, un magasin qui, pour une raison ou une autre, était notre magasin préféré. L’un de ceux qui nous vient immédiatement à l’esprit est celui de Mme David et de sa fille Zilda, sur la rue Saint-Alexandre, à environ 400 pieds “en bas” de Lemoyne. En 1919-1920, quand nous étions enfants, sur la rue Lemoyne, nous ramassions les sacs en papier que nous passions au fer à repasser, pour en faire disparaître les plis, et que nous allions échanger au magasin contre un sac de bonbons.

 

On n’oubliera jamais non plus notre restaurant favori de crème glacée, sur la rue Saint-Charles, dirigé par ce type à la longue moustache dont on ne peut absolument pas rappeler le nom. Mais nous nous souvenons fort bien de John Simatos et de son épouse qui le remplacèrent, au début des années 20. C’est là que maman nous amenait déguster une crème glacée chaque fois que nous allions magasiner au village, comme on disait alors. Tous les marchands de glace de l’époque avaient le même genre de mobilier : des tables et des chaises dont la base était de métal arrondi et torsadé, avec dessus et siège en bois. Les tables et les chaises, dans la photo ci-contre, furent empruntés à John Simatos, en 1936. Ils servirent de décor lors de la pièce de théâtre Cinderella Rose présentée à la salle de spectacle de l’hôtel de ville par le Longueuil Dramatic Club. George Perks fut le concepteur et le réalisateur du décor. Mais oublions le décor et retournons à nos années d’adolescence. Il nous semble que, peu importait l’occasion, on finissait toujours par se retrouver chez Simatos pour déguster le meilleur “sundae” au monde.

 

Un jour, lors d’une réunion de réminiscence, Florence mit son grain de sel et nous parla de son magasin favori, dans les années 30. C’était celui de Mme Vermette, au coin de Saint-Étienne et de Saint-Charles Est, le seul magasin à l’est du chemin Chambly à cette époque. Il lui fallait quand même un bon 15 minutes de marche pour s’y rendre, mais ça en valait la peine pour se régaler de sa crème glacée préférée. Mme Vermette et sa sœur dirigèrent ce magasin pendant de nombreuses années. Plus tard, chaque fois que toutes les petites jumelles de Florence s’y rendaient, elles recevaient toujours deux cornets pour le prix d’un. Les deux petites étaient les chouchoutes de Mme Vermette !

 

C’est un autre merveilleux souvenir que celui de ce petit magasin, tout juste en bas de Saint-Laurent sur la rue Saint-Jean, propriété d’une dame âgée. On y trouvait le plus incroyable choix de bonbons à un sou et crème glacée. Un cornet à une boule valait de deux à cinq sous. Ah, le bon vieux temps à Longueuil !

 

De nombreux personnages ont marqué l’histoire de Longueuil, mais je n’en retiendrai que deux qui ont été honorés par Postes Canada et qui évoquent donc des souvenirs particuliers pour le philatéliste que je suis. Quand j’étais étudiant au Collège de Longueuil, j’ai connu le frère Marie-Victorin, fondateur du troisième plus grand Jardin botanique au monde, situé dans l’est de Montréal. Celui-ci fut honoré par Postes Canada qui émit un timbre à son effigie en 1981. L’autre personnage, d’avant notre époque, connu comme un Longueuillois d’adoption, fut le peintre Cornelius Krieghoff (1815-1872), époux de Louise Gauthier de Longueuil, et qui fut également honoré par l’émission, le 29 novembre 1972, de ce timbre-ci reproduisant “La boutique de forge”. Krieghoff quitta Longueuil en 1868 et, après un séjour à Chicago et un long voyage en Europe, il revint, trois ans plus tard, dans son pays d’adoption où il peignit ses trois toiles les plus connues, les plus grandes également, dont “La boutique de la forge”.

 

À nos yeux d’enfants, les quatre saisons tranchaient nettement l’une sur l’autre, entraînant des activités et des modes de transport tout aussi variés.

 

Lors de notre premier été à Longueuil, après notre emménagement sur la rue Lemoyne, en 1918, nous passions une porte de bois dans la haute clôture qui ceinturait la cour arrière de notre demeure et, au-delà du pacage de Bouvier, nous nous rendions à peu près où se trouve maintenant la rue Sainte-Catherine, pour y cueillir les meilleures fraises qui soient. Le sol en était couvert, à cet endroit. Un autre de nos endroits favoris, c’était de l’autre côté du chemin Chambly, tout près du cimetière, sur Lemoyne. Notre mère, en bonne campagnarde, adorait faire la cueillette des petits fruits Pendant quelques années après notre arrivée à Longueuil, nous partions, vers les neufs heures, à la découverte de nouveaux endroits où faire la cueillette. Nous apportions un goûter et nous ne revenions à la maison que lorsqu’il était temps pour maman de préparer le souper. Pour cueillir framboises, mûres et groseilles, nous marchions vers l’est, le long de l’ancienne voie ferrée, sur une distance d’environ deux milles, à peu près jusqu’au-delà de l’endroit où se trouve maintenant l’usine de la United Aircraft, sur la rue Lorne. Puis nous nous engagions dans les buissons pendant à peu près un autre mille. Au début des années 20, c’était également, pour nous, un vrai plaisir lorsque, les dimanches, papa nous emmenait prendre le traversier plaisir lorsque, les dimanches, papa nous emmenait prendre le traversier. On se rendait à pied jusqu’au quai du traversier, puis, une fois à Montréal, nous marchions sur la rue Notre-Dame, ou sur une autre rue perpendiculaire, et nous revenions au quai pour le voyage de retour du traversier.

 

Le traversier dont nous nous souvenons le plus, c’est celui avec une roue à aubes qui nous emmena à Montréal, avec maman, lors de notre première année à Longueuil, à l’été de 1918. Nous avons alors traversé le fleuve Saint-Laurent, marché sur la rue Sainte-Catherine, pris le tramway jusqu’à la rue Bleury, puis nous nous sommes rendus au magasin à rayons de John Allan. Ce magasin faisait presque tout le coin de la rue Saint-Alexandre. Ensuite nous avons terminé  nos emplettes chez Eaton avant de revenir à la maison. Au quai du traversier, pour rentrer à la maison, nous prenions habituellement  le buggy de M. D’Islle [?] qui demeurait en face des Brault, sur la rue Guillaume. Plus tard, quand il acheta sa première auto-taxi, il fut notre voisin, sur la rue Saint-Thomas. C’est le jour de la Sainte-Catherine, le 25 novembre 1930, que le traversier fit son dernier voyage. C’était ou le Louis-Philippe ou le Longueuil III, croyons-nous. C’était également l’année de l’ouverturre du Pont du Havre. Pendant plusieurs années, le capitaine des différents traversiers en service fut le capitaine Mandeville qui demeurait sur la rue Guilbault, à Longueuil. Je crois qu’il prit sa retraite à peu près un an avant que le traversier cesse ses activités.

 

Ce fut au cours des trois premières années après notre arrivée à Longueuil que les automobiles, la Ford modèle T et quelques autres modèles différents, firent leur apparition et remplacèrent buggys et traîneaux comme moyen de transport. En hiver, cependant, ces autos n’étaient pas très populaires car elles s’embourbaient plus que souvent dans la neige. La plupart des propriétaires d’autos du voisinage les remisaient donc, montées sur des blocs, pour tout l’hiver, et ils revenaient au bon vieux cheval et au traîneau.

 

À propos d’automobiles, un spectacle qui restera à jamais gravé dans les mémoires, à Longueuil, comme à Montréal aussi, fort probablement, c’était celui de l’automobile du curé Payette. Construite au cours de la première décennie du XXe siècle, elle ressemblait à un buggy mécanique, comme on les appelait d’ailleurs parfois. Le volant ? C’était uniquement un bras de direction ! Je me souviens qu’un jour d’été, en 1926, alors que j’occupais un emploi d’été de commis aux valeurs, au centre-ville de Montréal, l’auto du curé Payette était stationnée sur la rue Notre-Dame, face à la Bourse. La foule qui entourait l’auto me faisait penser aux badauds qui accourent lors d’un incendie ou d’un accident de la circulation. Je poursuivis mon chemin sur la rue de l’Hôpital, vis-à-vis de l’immeuble de la Bourse d’alors, et je vis un autre attroupement. Cette fois, c’était une auto à vapeur de marque Brooks, du début des années 1900, avec chauffeur, qui suscitait une telle curiosité. C’était vraiment la belle époque des vieilles automobiles, bien qu’à ce moment, elles n’étaient pas vieilles du tout, mais on en voyait si peu. Un autre sujet de curiosité des Longueuillois, ce fut, quelques années plus tard, l’auto rouge en forme de cigare que Jimmy Perks avait fabriqué à partir d’une Ford modèle T.

 

On pouvait également voir, dans les rues de Longueuil, dans les années 20 et 30, les voitures de livraison de glace de Brisette et de Denicourt. Ces voitures hippomobiles avaient un marche-pied à l’arrière. Nous nous souvenons fort bien de notre livreur qui devait transporter sur l’épaule, en le retenant avec des pinces d’acier, un gros bloc de glace et grimper ainsi l’escalier arrière de notre logement, au deuxième étage, sur la rue Sainte-Alexandre. Le bloc était souvent trop gros pour notre glacière à couvercle de bois, et le livreur devait le dégrossir avec un pic qu’il gardait à la ceinture, dans un étui de cuir. Quand il faisait chaud, nous les gamins, pourchassions la voiture pour saisir un morceau de glace que nous sucions pour nous rafraîchir. C’était nos popsicles d’alors ! Le cheval du livreur était également très particulier. En effet, il patientait un moment pendant que le livreur faisait la livraison, mais s’il s’attardait, le cheval partait tout simplement et se rendait chez le client suivant !

 

À la fin des années 20, Fred Millington et moi avons décidé de nous joindre au Longueuil Boating Club qui possédait un pavillon et des courts de tennis à l’ouest de la rue Victoria, où passe maintenant la rue Marie-Victorin. Le club organisait, deux fois par mois, des soirées dansantes où dames et demoiselles portaient des robes de flanelle blanche, cravate bleue et veston. La photo nous montre le pavillon du club lors de l’inondation de 1924. Plus tard, c’est le Club Excel qui fut la fierté des Longueuillois en raison de ses équipes championnes.

 

Nous disposions également, dans les années 20 et au début des années 30, d’une plage municipale et d’une piscine, qui n’était en fait qu’un grand espace dans le fleuve, délimité par les troncs d’arbres reliés les uns aux autres. Adolescents, nous adorions les eaux fraîches du Saint-Laurent, surtout lors des chaudes journées des mois de juillet et août. De l’autre côté de la rue Saint-Charles, face à la plage, il y avait un terrain de jeux pour  les enfants, un parc avec un restaurant et une piste de danse à ciel ouvert où les jeunes se rencontraient et dégustaient des frites à 5 sous et une boison gazeuse à 3 sous. La photo ci-dessous, prise en 1927, montre l’espace réservé à la baignade dans le fleuve, de même que les cabines du vestiaire.

 

En 1930, plusieurs d’entre nous adhèrent au club récréatif de la Charles Walmsley qui disposait de deux courts de tennis, situés dans un champ à l’ouest de l’usine. Nous nous y rendons par un sentier de cendres (dans l’axe de la rue Saint-Laurent), de l’autre côté du chemin Chambly, puis, par-delà le jardin clôturé du collège, nous traversions le petit pont de bois sur le ruisseau pour finalement atteindre les courts. Nous aurions pu, tout simplement, emprunter le même sentier à partir de l’usine. Ce sentier était d’ailleurs utilisé, été comme hiver, par les ouvriers. Ils étaient d’ailleurs nombreux à descendre du tramway, au chemin de Chambly, pour se rendre à l’usine. C’était alors un raccourci, mais ça prenait tout de même un bon douze à quinze minutes pour arriver à l’usine, et plus encore en hiver.

 

Après avoir passé des vacances d’été merveilleuses et nous être fait de nouveaux amis, ce fut septembre, le moment de la rentrée scolaire. Pour Charles et moi, 1919 fut notre première année au Collège de Longueuil, un trajet quatre fois par jour, du collège, sur le chemin de Chambly, jusqu’à notre demeure, sur la rue Lemoyne. Notre sœur Mary, elle, marchait jusqu’au couvent des sœurs sur Saint-Charles Est. Les jours d’orage, nous apportions notre dîner. Ce trajet représentait à peu près onze pâtés de maisons, environs trois de mille. Le Collège était dirigé par les frères des Écoles chrétiennes. En 1918, le directeur en était le frère Stephens. Les statistiques nous apprennent qu’il y avait, à cette époque, 243 pensionnaires et 251 externes. La photo de mon groupe, en 1920-1921, montre que nous étions 32 dans la classe anglaise. Mes frères James, John et Harold, ont tous fréquenté le Collège jusqu’à ce que les cours en anglais y soient abandonnés, quand l’établissement exclusivement un externat français.

 

Les professeurs dont je me souviens le plus sont les frères Alex, Julius et James. Le frère Marie-Victorin, qui résidait au collège, y enseignait la botanique. Il était notre professeur préféré. Fort bien connu de tous les étudiants, c’était un homme à la taille élancée, patient et calme qui, lorsqu’il n’était pas pris par ses cours à l’université ou ses autres obligations, passait beaucoup de temps avec les étudiants, Il succomba des suites d’un accident de voiture, en juin 1944.

 

Notre sœur Mary suivait les cours en anglais au couvent. À cette époque, les sœurs enseignaient en français et en anglais, aux pensionnaires et aux externes. Le couvent de Longueuil, un immeuble en pierres des champs sur la rue Saint-Charles Est, est un monument historique. La communauté fut fondée par Eulalie Durocher, au début des années 1840, alors qu’elle demeurait chez son frère, le curé de Beloeil. Mgr Bourget, évêque du diocèse de Montréal, approuva le désir d’Eulalie de fonder la communauté des sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. Elle n’était pas religieuse au moment de la fondation, mais lorsqu’elle prononça ses vœux, elle prit le nom de Marie-Rose et fut la première supérieure du nouveau couvent. Mère Marie-Rose. Mère Marie-Rose décéda la journée de son anniversaire de naissance, en 1949, à l’âge de 33 ans.

 

Ce fut sœur Clarence qui enseigna à Mary quand elle étudia au couvent de Saint-Lambert, en 1917-1918. Sœur Clarence enseigna ensuite à plusieurs classes au couvent de Longueuil. Elle enseigna également à mes frères, Harold et Allan, à l’école Sainte-Rose, sur la rue Labonté à Longueuil. L’école Saint-Rose, dirigée par cette communauté, accueillait alors des classes anglaises mixtes. C’est maintenant une résidence pour personnes âgées.

 

En septembre et au début d’octobre, le dimanche, après la messe, papa (W. J. Perks) nous emmenait jusqu’à un mille et plus de l’endroit où l’on cueillait des petits fruits, pour ramasser des champignons, des glands, des noisettes et des faînes. Rares étaient les occasions où nous n’en revenions pas avec au moins deux paniers pleins. Ce fut pendant longtemps une de nos activités préférées.

 

Bien sûr, on ne peut passer sous silence le temps des pommes. À l’automne à notre arrivée à Longueuil, papa achetait toujours un grand baril de pommes et l’entreposait dans la cave. Quel arôme délicieux se répandait alors sur la rue Lemoyne quand on en ouvrait la porte. À cette époque, on n’achetait pas les pommes à la livre, mais au baril ou au minot.

 

Nous nous rappelons de ces jours de la fin de l’automne ou du début de l’hiver, quand les patinoires n’étaient pas encore prêtes, et qu’on jouait au hockey dans la rue, au coin de la rue Saint-Alexandre. En 1919-1920, la majorité des garçons portaient des pantalons aux genoux, avec des bas longs. Nous nous fabriquions des jambières avec des exemplaires du Saturday Post. Et si nous perdions la rondelle, souvent au premier lancer, cela ne nous embêtait pas, Nous prenions alors un morceau de charbon ou…autre chose, compte tenu que les chevaux circulaient encore.

 

Nous conservons un souvenir émouvant de notre premier hiver à Longueuil. Quand l’hiver s’installait pour tout de bon, aux alentours de la première semaine de décembre, la neige s’accumulait en bancs de cinq ou six pieds de hauteur de chaque côté du chemin. Nous demeurions en effet dans un endroit dégagé car notre maison était l’une des dernières de Longueuil, à part quelques maisons sur le chemin de Chambly. Sur la rue Lemoyne, on dégageait la route à partir du chemin de Chambly jusqu’à la rue Saint-Alexandre seulement. On utilisait alors une grossière charrue en bois, traînée par deux chevaux, qui ne faisait que repousser la neige sur les trottoirs. Quant aux trottoirs, on ne les déneigeait que d’un seul côté à l’aide d’une charrue du même, genre, tirée par un seul cheval.

 

Aujourd’hui, on classerait probablement sous la rubrique “Incroyable mais vrai”, les innombrables histoires d’autrefois au sujet du chemin du bord de l’eau et du chemin de fer sur glace (bien avant notre temps). C’était toujours toute une aventure pour nous, les enfants, de traverser le fleuve glacé dans des traîneaux de tous genres. Quand les les autos-taxis et les autobus firent leur apparition, sous la forme des Ford modèle T et d’autobus Ford, à 12 ou 14 places, c’est ce mode de transport que nous utilisions.

 

Le chemin sur la glace, comme certains l’appelaient, avec ses balises de conifères, commençait à différents endroits d’une année à l’autre. Nous nous rappelons qu’à certains moments, ce fut au pied de la rue Saint-Jacques, ou de la rue Saint-Alexandre, et même au quai du boulevard Quinn. Pour que les approches de la rive soient suffisamment solides, on en arrosait la surface et on l’aplanissait. On faisait parfois de même pour une partie du chemin sur la glace. Le rouleau utilisé pour l’aplanissement était fait de 2 x 4 ou de 2 x 6. Il avait un diamètre de trois pieds, mesurait huit ou dix pieds de long, et il était tiré par deux chevaux. Dans les années 20, le chemin sur glace était habituellement ouvert à la circulation à la deuxième semaine de décembre et il était utilisé parfois jusqu’au milieu de mars. Mais traverser le fleuve sur ce chemin par une soirée de tempête était une expérience parfois terrifiante. En effet, les balises disparaissaient sous la neige et étaient à peine visibles, mais le conducteur et son fidèle attelage nous menaient toujours à bon port.

 

Nous n’oublierons jamais les hivers de nos jeunes années avec la diversité de traîneaux que l’on pouvait admirer dans les rues ou sur le chemin sur la glace, sans parler des luxueux attelages que l’on voyait, le dimanche, à la vieille écurie en face de l’église Saint-Antoine. Quel contraste avec les moyens de transport modernes. Ces traîneaux font maintenant partie de l’histoire.

 

Nous avons également pris grand plaisir à nous remémorer les différents traîneaux de livraison de cette époque, surtout celui de notre boulanger, Dent Harrison, un traîneau jaune, d’une propreté immaculée, tiré par un seul cheval revêtu d’une couverture marquée, à un coin, des initiales D. H. Ce traîneau était comme une boîte vide, avec, à l’avant, un siège protégé des intempéries par un toit arrondi, et un porte-bagages sur le toit. Le traîneau avait quatre courts patins et un compartiment fermé avec portes à l’arrière et sur les côtés. Le conducteur disposait d’un grand et lourd manteau pour ses déplacements à Montréal, via le chemin sur la glace ou le pont Victoria. La voiture d’été de Harrison ressemblait quelque peu à la précédente, mais elle était plus haute et avait un marche-pied à l’arrière pour atteindre le haut des portes doubles. Mais ce qu’on ne peut absolument pas effacer de notre mémoire, c’est l’arôme divin de pain frais qui s’en échappait quand le livreur, été comme hiver, en ouvrait les portes. Par les chaudes journées d’été, on recouvrait le cheval d’une sorte de résille en corde pour le protéger des mouches. Puis vint le jour où Harrison opta pour un camion, et notre livreur se vit assigner un camion de marque Chevrolet. Notre ami se plaignit à maman qu’il n’aimait pas du tout ce nouveau mode de transport. Ça ne ressemblait en rien à son beau vieux cheval qui suivait fidèlement au pas quand le livreur avait deux ou trois clients côte à côte. Le seul avantage qu’il y trouvait, c’était pour ses déplacements à Montréal. Le livreur de Harrison, qui servit notre famille pendant des années et avec qui nous étions très liés, avait une grosse bourse de cuir brun, à rabat, retenue par une grande courroie qu’il se passait sur l’épaule. Il y plongeait parfois la main pour donner aux enfants un sou ou un penny (cette pièce de 2 sous qui avait encore cours à cette époque).

 

En 1918, le laitier livrait du lait cru à notre demeure, sur la rue Lemoyne, dans un contenant de métal de deux gallons dont le couvercle servait de mesure (chopine ou pinte). Il versait le lait dans deux cruches que maman conservait pour cet usage. Peu après, les petites bouteilles de verre rondes et effilées (chopines et pintes) firent leur apparition. Elles étaient devenues obligatoires car plus hygiéniques, disait-on, mais par les froides journées d’hiver, le lait laissé sur le seuil de la porte, gelait, le couvercle en carton de la bouteille se soulevait et, alors, les chats se régalaient. Au cours des années 30 apparurent les nouvelles bouteilles avec une section réduite, une “ bulle ”, à environ 2 pouces et demi du dessus de la bouteille, dans laquelle la crème se recueillait. On pouvait retirer cette crème à l’aide d’une cuillère spéciale, et, si on l’enlevait avec soin, elle pouvait être fouettée. Cette bouteille fit bientôt place à la bouteille carrée, en verre, toutes formes maintenant considérées comme des antiquités !

 

En 1922, la laiterie Mont-Royal commença à faire la livraison du lait de porte en porte à Longueuil. Nous nous rappelons encore leurs voitures de livraison d’un bleu vif, à un seul cheval. Les voitures d’été et d’hiver étaient similaires. Elles étaient du type ouvert, à deux boîtes, avec une travée centrale où se plaçait le conducteur. Les laitiers longueuillois dont on se souvient encore, furent M. Bouvier  et son fils, Edgar. Leur ferme laitière et la laiterie, à l’arrière de la maison, étaient situées sur le chemin de Chambly, tout juste au nord de Lemoyne. Il y eut d’autres laitiers, comme M. Guimond et M. Weir, lequel achetait son lait d’une laiterie locale et dont la laiterie et l’écurie étaient situées derrière sa maison, sur le boulevard Quinn. À Longueuil, dans les années 20, se trouvaient deux petites laiteries dont nous nous souvenons. Il y avait Baillargeon, sur la rue Guillaume, dont la laiterie fut transformée en manufacture de pantalons de la compagnie Bond Clothes, maintenant La Salle Clothing. La famille Scott, propriétaire de cette compagnie, habitait sur la rue Saint-Alexandre, au nord de Guillaume. L’autre laiterie était située sur la rue Saint-Alexandre, à deux portes au sud de notre demeure. Cette laiterie devint la Laiterie Saint-Alexandre, propriété de la famille Bouthillier.

 

Puis il y avait le vendeur de fruits et de légumes, M. Léonard, surnommé Peanuts. J’ignore quand et pourquoi il fut affublé de ce surnom. Il possédait un traîneau d’un rouge orangé, grossièrement construit, qui n’était finalement qu’une boîte de bois avec un toit en surplomb, à l’avant, pour protéger le conducteur. Cette boîte était montée sur deux planches qui servaient de patins. À l’intérieur, il avait un petit poêle, à bois ou à charbon, dans lequel il faisait brûler le bois des caisses, pour protéger ses produits du froid. Nous, les garçons, nous montions souvent avec lui pour conduire le cheval lors de ses livraisons. Le soussigné a d’ailleurs travaillé pour M. Léonard pendant tout un été.

 

Brisette, le vendeur de glace et de charbon, possédait deus ou trois traîneaux spécialement conçus. C’étaient des plateformes, à attelage simple, avec des montants de chaque côté, et montées sur de solides patins de bois recouverts d’acier. Ces traîneaux étaient pourvus de sections amovibles pour permettre la livraison du charbon en vrac, du bois, ou du charbon en poche. À cette époque, la remise à charbon était souvent située à l’arrière de la maison et souvent à même l’étage. On se souvient fort bien du livreur qui avait à monter le long de l’escalier qui menait à notre demeure, sur la rue Saint-Alexandre. Il montait lentement, penché vers l’avant, avec ces sacs spécialement faits pour portés sur l’épaule, et se rendait  ainsi jusqu’à notre remise à charbon tout au bout de la longue galerie. Ces sacs étaient faits de toile épaisse, avec le fond et des poignées en cuir. Pendant la crise, il n’était pas rare qu’une personne ne commande seulement qu’un ou deux sacs de charbon. C’était tout ce qu’elle pouvait se permettre.

 

L’entrepôt de Brissette, sur la rue Saint-Thomas, était desservi par un embranchement du chemin de fer. En effet, il recevait beaucoup de charbon de différentes sortes par rail. Il possédait aussi de lourds traîneaux plateformes, tirés par deux chevaux, pour transporter les blocs de glace, qu’il coupait sur le Saint-Laurent, jusqu’à sa glacière à l’arrière de son terrain. La glace était entreposée dans ces grands hangars, construits en 2 x 4, avec des panneaux goudronnés au dedans et au dehors. On remplissait l’interstice entre ces panneaux avec de la sciure de bois. Les blocs, de deux pieds de long par quatre de large, avaient l’épaisseur de la glace à l’endroit où ils avaient été coupés sur le fleuve, parfois jusqu’à trente pouces. Quand le hangar était plein, on recouvrait la glace de sciure et de copeaux de bois, puis les portes étaient couvertes de jute, et scellées. Il arrivait souvent qu’on n’ouvre le dernier hangar qu’au mois d’août, et les blocs de glace étaient encore de dimensions suffisamment respectables pour qu’on doive les couper avant la livraison. À la sorte de l’école, nous nous rendions souvent sur la rue Saint-Charles ou sur le fleuve pour revenir à la maison grimpés sur les blocs de glace. Ces mêmes traîneaux étaient utilisés pour l’enlèvement de la neige. On y installait des côtés d’une trentaine de pouces, et on posait une porte, à l’arrière, retenue par une corde, une chaîne ou une barre d’acier. À cette époque, dans les années 20, on pelletait la neige dans les traîneaux et on allait la déverser sur la rive du fleuve. Quand nous avions la chance de croiser un de ces traîneaux, nous nous accrochions à la chaîne, à l’arrière, et nous nous laissions ainsi traîner jusqu’à la maison.

 

Brisette avait un autre traîneau à deux chevaux. Ouvert et conçu pour les balades ou des pique-niques, il disposait de sièges rembourrés et d’un garde-corps de chaque côté. Le traîneau était peint de couleurs vives et avait un garde-fou en laiton incurvé à l’avant. Nous utilisions ce traîneau, de même que les traîneaux à glace, avec une bonne couche de paille sur le plancher évidemment, à l’occasion des populaires balades organisées par le club Maple Leaf. Charles et moi avons souvent traversé le fleuve dans ce traîneau-autobus, en compagnie de nos condisciples, pour aller assisiter à des pièces de théâtre au Mont-Saint-Louis, sur la rue Sherbrooke.

 

Les religieuses du couvent que Mary fréquentait, sur la Saint-Charles, possédaient un traîneau à attelage simple, du type boîte noire, à deux patins, dont les cloisons et la porte arrière étaient percées d’un petit carreau vitré. Le conducteur s’asseyait à l’air libre, sur le devant, sous le toit formant abri, vêtu d’une lourde pelisse de fourrure et d’un chapeau. On le voyait souvent revenir au couvent la moustache complètement givrée. Les sœurs qui enseignaient à Montréal utilisaient ce traîneau pour leurs déplacements.

 

Si on était pressé et qu’on ne voulait pas traverser le fleuve à pied, comme plusieurs le faisaient quand il faisait beau, ou qu’on n’avait pas la patience d’attendre le tramway, ce qui pouvait prendre jusqu’à 40 minutes, on pouvait toujours louer un traîneau. Ce n’était qu’une sorte de boîte, à toit incurvé, avec une porte de chaque côté, montée sur des patins d’une douzaine de pouces de hauteur. Le conducteur prenait place à l’avant de cette cabine, sur siège étroit, près de la vitre qui servait de pare-brise. Deux trous dans la cloison permettaient de passer les rênes. Ce dont on se rappelle surtout, au sujet de ces traîneaux, c’est qu’ils étaient très sombres, généralement peints en noirs, et l’intérieur était recouvert de tissu noir. Il y en avait un dont nous nous souvenons bien, qui était marron foncé. Ces taxis, ou traîneaux, si vous préférez, vous transportaient de l’autre côté du fleuve pour cinquante sous. Il y avait un de ces vieux conducteurs qui, me semble-t-il, nous racontait toujours cette histoire du chemin de fer sur la glace, dans les années 1880. Il profitait toujours d’une douce journée, quand on voyait de l’eau sur la glace, ou un trou d’eau dans la glace, tout près du chemin, pour nous la raconter. Il terminait invariablement son histoire en racontant comment la locomotive s’était enfoncée dans les eaux. Je crois bien avoir entendu cette histoire au moins troix fois, mais à cette époque, je n’en ai jamais cru un seul mot. Pourtant les faits étaient véridiques. Habituellement, pour prendre ce “ taxi ”, on se rendait à un certain endroit sur le chemin sur le fleuve, et on attendait jusqu’à ce que le conducteur estime avoir suffisamment de passagers pour justifier le traversée. Plus tard, le traîneau fut remplacé par la Ford modèle T.

 

Une promenade sur le fleuve, quand il faisait beau, était toujours agréable et nous nous souvenons encore du spectacle que nous avions sous les yeux à ces occasions. On rencontrait souvent des fermiers se déplaçant dans des traîneaux artisanaux. Ceux-ci étaient souvent étroits, avec des patins en bois, et des côtés en planches. C’étaient ni plus ni moins que des boîtes montées sur des planches, que tirait lentement un seul cheval. Les fermiers venaient des milles à la ronde pour se rendre au marché de Montréal. Le fermier s’asseyait habituellement sur une planche ou simplement sur le dessus de son chargement qui consistait souvent en poches de grain, ou de légumes, avec une carcasse ou deux de cochon par-dessus le tout. Plus tard, la plupart des fermiers adoptèrent les traîneaux plates-formes, comme ceux utilisés pour le transport de la glace, mais un peu plus courts. Le dimanche, on pouvait admirer toutes sortes de traîneaux, comme ceux peints sur la célèbre toile de Cornelius Krieghoff “ La boutique de forge ”.

 

Un autre objet digne de mention, c’est le traîneau-corbillard, merveilleusement sculpté, utilisé par Jos. Pitre, l’entrepreneur de pompes funèbres. Fermé par de grands panneaux vitrés à tentures, ce traîneau était tiré par deux chevaux noirs portant chacun une couverture en dentelle faite de cordelettes noires. Pitre possédait également, pour les enterrements d’enfants, un corbillard tout blanc, plus petit, auquel on attelait deux chevaux blancs.

 

R, Gariépy était propriétaire de l’épicerie-boucherie au coin de la rue Guillaume et de la rue Saint-Jacques. À la fin des années 20 et au début des années 30, Charles Perks fit ses livraisons, à bord d’un traîneau à quatre patins, avec des côtés bas, et un panneau arrière de 15 pouces de hauteur. Sur le devant, un panneau protégeait le conducteur et un garde-corps, de quatre ou cinq pouces, s’ajoutait aux côtés. Pour empêcher les aliments de geler, on les couvrait d’une épaisse courtepointe. Un seul cheval, Ti-Blanc, tirait ce traîneau. Son attelage était orné de clochettes. Vers 1935, M. Gariepy acheta un camion et se débarrassa du cheval. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Charles Perks quitta son emploi pour s’enrôler dans l’escadrille 438 de Saint-Hubert. Cette escadrille fit partie de l’aviation canadienne qui s’illustra lors de la célèbre bataille d’Angleterre. Mon épouse, Florence D. Perks, travailla chez Gariepy pendant deux ans et demi, avant notre mariage.

 

Dans les années 1919-1920, en hiver, après une tempête de neige, nous aimions, au retour de l’école, nous laisser recouvrir par la neige poudreuse, mais pas toujours propre, que dégageait le balai à neige de la compagnie M. & S. C. Mais quand nous arrivions à la maison, maman, elle, n’était pas particulièrement heureuse. La compagnie de tramways Montreal Southern & Counties desservait Longueuil avec des tramways de couleur olive, avec des bandeaux d’un vert plus foncé, et aux sièges de cuir. Le terminus principal de la compagnie était situé sur la rue Youville, au pied de la rue McGill, à Montréal et les hangars étaient à Saint-Lambert. Le tramway circulait dans les rues de Longueuil jusqu’à un terminus sur le chemin de Chambly, au coin de la rue Guillaume. La M. & S. C. utilisait deux types de wagons. Celui qui circulait à Saint-Lambert, Greenfield Park, Montreal-Sud et Longueuil était à deux marches, tandis que l’autre type, avec un marchepied à trois marches, était en service dans les Cantons de l’Est. Ils étaient parfois utilisés à Longueuil également, mais seulement aux heures de pointe.

 

À la fin des années 20, la M. & S. C. devint la Canadian National Electric Railway, et les wagons à trois marches furent peints d’un orangé brillant. Je me souviens qu’on m’a affirmé alors que c’était pour qu’ils soient bien visibles quand ils circulaient en rase campagne, lorsqu’ils se dirigeaient vers Marieville. Pour en revenir au balai à neige mentionné ci-dessus, c’était fait une locomotive avec un balai à chaque extrémité et une cabine centrale. Ce balai, de forme circulaire, d’environ deux pieds de diamètre, était fait de bambou. Il y avait également un vrai chasse-neige en métal, avec ailerons, qui n’était utilisé que lors des grosses tempêtes.

 

Il y aurait beaucoup de choses à raconter des hivers de notre jeunesse, beaucoup trop pour le faire ici, comme, par exemple, quand les employés de la Montreal Southern Railway, avant que cette compagnie devienne le Grand Tronc ou le C. N. R., nettoyaient les rails et les bas-côtés de la voie ferrée, dans les années 1919-1920. Ils utilisaient alors un énorme chasse-neige mû par une ou deux locomotives.

 

Des années 20 jusqu’aux années 50, les neiges hivernales étaient habituellement emportées par la pluie, en dépit du vieil adage qui veut que le vent de mars emporte les neiges de l’hiver. Chaque printemps ramenait la débâcle des glaces sur le Saint-Laurent et des embâcles se formaient, provoquant les inondations annuelles dans les environs. Celles-ci survenaient habituellement au début d’avril. Je me rappelle particulièrement l’inondation de l’année 1928. En effet, à une occasion, je me souviens m’être rendu chez le boucher Sévigny, au coin de Saint-Charles  et de Saint Thomas, maintenant le Terrapin, en chaloupe. La dernière inondation importante dont nous nous rappelons survint en 1941 quand les eaux inondèrent le Vieux-Longueuil jusqu’à mi-chemin de la rue Saint-Laurent. Mais les gens gardaient leur sens de l’humour, comme en fait foi une caricature parue dans le journal The Gazette, le 30 janvier 1951. On y voit un homme, dans un magasin de vêtements, qui dit au vendeur, après avoir examiné différents articles : “ Ce n’est pas exactement ce qu je chercher. Voyex-vous, je demeure sur la rive sud et vous savez comment c’est, là-bas, au printemps. ” Ce à quoi le commis réplique : “ Dans ce cas, je vous suggère d’aller en face.” Le magasin d’en face est un magasin d’équipements nautiques. Voici, ci-dessous, quelques photos d’inondations tirées de la collection de Geo. W. Perks.

 

Lors de nos jeunes années à Longueuil, nous avons été témoins de spectacles mémorables, au moment de la débâcle. On y voyait les glaces, avec les arbres qui servaient de balises au chemin sur la glace, descendre le fleuve, se briser, disparaître sous l’eau, puis réapparaître plus loin pour former un embâcle. La glace s’amoncelait parfois jusqu’à 10 ou 15 pieds de haut sur les rives. La débâcle ne faisait jamais dans le silence. Le bruit des énormes blocs de glace qui se brisaient, s’entendait dans le Vieux-Longueuil comme une décharge d’artillerie ou comme des coups de tonnerre qu’on percevait clairement jusqu’à la rue Saint-Laurent. Certains d’entre-nous regrettaient la fin de l’hiver mais pour beaucoup d’autres, le soleil sur le fleuve évoquait un sentiment de liberté et éveillait l’envie des plaisirs de l’été.

 

Le premier signe tangible du printemps, c’était, pour nous, la Semaine sainte. À ce moment-là, épiciers et bouchers décoraient leurs voitures de livraison. Les chevaux étaient affublés de chapeaux de paille ornés de grosses fleurs de papier et les attelages se paraient de fleurs en papier. Les bouchers décoraient leurs comptoirs de roses, et chaque colis était également orné d’une ou plusieurs fleurs. Pour nous les garçons c’était le signal qu’il était temps de jouer aux billes ou au lancer du paquet de cigarettes. Nos paquets favoris étaient le petit paquet de 5 sous de Sweet Caporal ou de Derby. Plus vieux, nous nous adonnions au jeu, comme nous le reprochait maman. En fait, il s’agissait simplement de lancer des sous contre un mur. Un autre de nos passe-temps favoris, au printemps, c’était de guetter l’arrivée du premier merle d’Amérique.

 

C’était si agréable, au printemps, de se promener dans les rues bordées d’arbre de Longueuil, ou le long de la voie ferrée, par un dimanche après-midi ensoleillé. Nous nous arrêtions au ponceau sur le ruisseau, derrière le cimetière, et nous écoutions le bruit que faisait l’eau sous la glace, s’écoulant jusqu’à des endroits dégagés, où la glace fondait à vue d’œil. La glace sur le ruisseau s’amincissait, se dégageait des rives et dérivait, en passant tout juste à l’ouest du couvent, sur la rue Saint-Charles, jusqu’au fleuve Saint-Laurent. Souvent, lors de ces promenades, notre petit groupe s’aventurait dans le cimetière. Avant de s’engager sur le chemin de Chambly. Voici quelques photos prises à l’une de ces occasions. La première montre le charnier où l’on entreposait les corps, pendant l’hiver, en attendant l’enterrement, au printemps. L’autres est une photo d’une des stations du chemin de la Croix, sur le chemin menant au charnier.

 

Nos voisins furent toujours de très bons amis. Quand nous avons emménagé à Longueuil, en 1918, sur la rue Lemoyne, nos plus proches voisins, et nos premiers amis, furent les Bryson. Nous serons toujours reconnaissants envers Mme Bryson d’avoir aidé maman à passer au travers de l’épidémie de grippe, en 1918. Les Dumouchel et les Parker, de la rue Saint-Alexandre, étaient également de proches voisins. M. Dumouchel était taxidermiste et je me rappelle l’avoir souvent vu, alors qu’après être descendu du traversier, à son retour à la maison, il marchait le long de la rive, ramassant herbes séchées, morceaux de bois flottants et coquillages, dont il se servait ensuite pour fabriquer toutes sortes de leurres. Il utilisait également ces divers matériaux pour ses montages. Il avait son atelier derrière chez lui. Je dois d’ailleurs avouer qu’il m’influença beaucoup dans le choix de mes futurs passe-temps.

 

Le 1er mai 1920, nous sommes déménagés sur la rue Saint-Alexandre. Nos voisins du dessous étaient les Blazer. Les Walford demeuraient tout près, tandis que les Rémillard habitaient la maison d’en face. Les garçons de la famille Blazer étaient nos condisciples, à Charles et moi, en classe anglaise, au Collège. Les Rémillard fréquentaient également le Collège, mais dans les classes françaises. Le troisième garçon de M. et Mme Rémillard devint prêtre.

 

Après avoir vécu en appartement, sur la rue Saint-Alexandre, nous déménageâmes, en 1922, sur la rue Guillaume. Cette fois encore nos voisins devinrent nos bons amis, bien qu’il y avait là moins d’enfants de notre âge. Sur la rue Guillaume, nous disposions d’un grand jardin à côté de la maison, jardin qui se transformait en patinoire, l’hiver venu. Mais avant de parler plus longuement de nos voisins et amis, je dois vous dire un mot de nos premières paires de patins. Nos premiers patins, autres que ceux à doubles lames des tout-petits, n’étaient que des lames qui s’attachaient aux souliers par une pince à l’avant et une courroie à l’arrière. En  cela, ils ressemblaient aux patins à roulettes. De notre séjour sur la rue Guillaume, nous n’oublierons jamais ce que papa, W. J. Perks, s’acheta une paire de patins, bien déterminé à garder la forme ou simplement à nous en mettre plein la vue ! Il enfila ses patins, s’aventura sur la patinoire et avant même dans n’avoir atteint le bout, quelques 70 pieds plus loin, il s’affala sur le derrière. Son orgueil en prit tout un coup et ce fut la fin de sa carrière de patineur. À l’est, nos voisins étaient les Thomas. Cinq de leurs garçons s’étaient enrôlés lors de la Première Guerre mondiale. Deux seulement en étaient revenus. Abby, l’un des survivants, y avait été gravement blessé et il passa de long mois en convalescence. Nous nous souviendrons toujours d’Abby et de sa voiture de tourisme de marque Auburn. Abby était d’une incroyable patience avec nous, les jeunes. Souvent il nous emmenait, toute une bande, en compagnie de ses nièces, les Pettegrew de la rue Saint-Thomas, pour une randonnée d’environ une heure dans les alentours. Abby était toujours prévenant, de sorte qu’il avertissait toujours nos parents quand on partait ainsi en randonnée, et il leur donnait l’heure approximative de notre retour. Cette voiture de tourisme avait de larges marchepieds, un frein à main et un avertisseur manuel, à poire de caoutchouc. Ce klaxon était fixé à la carrosserie, du côté du conducteur. L’auto était équipée de grandes roues de broche, de bancs de cuir et de grandes lanières de cuir qui couraient du dessus du pare-brise jusqu’au capot. Cette auto, toujours bien astiquée, faisait l’orgueil d’Abby

 

Deux ans plus tard, notre famille déménagea sur la rue Saint-Thomas, quelques maisons de la rue Guillaume. D’un côté, nous avions comme voisins, l’entrepreneur en construction Joël Bourdeau, sa femme et ses trois garçons, Paul, Maurice et Jean-Louis, maintenant décédé, lequel avait été le propriétaire de la salle de quilles de Longueuil, le Longueuil Bowling Academy. Les Dupuy et leurs enfants, Bernard, Jeanne et Robert, demeuraient de l’autre côté. Bernard se fit prêtre et Florence (Inch) et moi avons été très honoré qu’il bénisse notre mariage. Ce fut d’ailleurs le premier mariage qu’il célébra, ayant été ordonné peu de temps auparavant, cette année-là, en 1938. Finalement, les Hocola demeuraient en face. Nous avons également été très honorés, Flo et moi, d’être invités au mariage de Robert Dupuy. L’événement, qui se déroulait au stade Delorimier, à Montréal, le 25 juillet 1939, fut historique. Cent six couples se marièrent simultanément, bien qu’on en parle souvent comme du “ Mariage des cent couples ”. Le lendemain, le journal La Presse racontait l’événement. Cent six autels parsemaient le terrain du stade de baseball. Quelques couples venaient de l’Ontario et des Maritimes, mais en majorité, c’étaient des gens de la région montréalaise, y compris de Longueuil.

 

En 1926, nous déménageâmes au 246, rue Saint-Jacques, une demeure que nous n’oublierons jamais. Elle fut mêlée à tant d’événements familiaux que c’est comme si nous y avions passé toute notre vie. Nos parents en firent un endroit accueillant pour tous nos condisciples. Nous y avions une patinoire, comme sur la rue Guillaume, et nous nous y réunissions pour jouer au hockey. La cuisine nous servait de vestiaire et nos jambières étaient encore faites d’exemplaires du Saturday Post ou Popular Mechanics. Certains avaient de vraies jambières tandis que d’autres s’en fabriquaient avec de la toile ou du coton et des morceaux de bambou récupérés des balais à neige de la M. S. C. Nos bâtons étaient souvent brisés et on les rafistolait avec des vis ou des clous, tandis que nos gants n’étaient rien d’autre que des gants de cuir passés par-dessus une ou deux paires de gants de laine.

 

C’est au 246 que maman fut connue sous le nom de “ maman Perks ” alors que, trop souvent, on faisait appel à ses soins pour panser, d’une serviette mouillée, les plaies et les bosses qu’on récoltait en jouant. Un de nos amis, Frank Jorden, s’y brisa une dent de devant, et quand je le rencontrai, quelque quarante ans plus tard, il ne l’avait pas encore fait réparer. Les mères des alentours étaient si certaines que leurs rejetons se trouvaient au 246 que, souvent, leur premier réflexe était de téléphoner pour demander d’envoyer tel ou tel à la maison pour souper ou pour tout autre chose…C’était le lieu de rencontre de tout le voisinage. Le nom de “ maman Perks ” lui resta pour la vie.

 

Au 246, nous avions quantité d’animaux domestiques. Il y avait un chien, un chat et, habituellement, une portée de chatons, des souris blanches, un canard, des pigeons, deux lapins ou plus et un joli petit coq nain avec la vingtaine de poules de maman. Le garage nous servait parfois aussi de scène de théâtre.

 

C’est au bout du jardin, près de la porte de la voie ferrée, qu’une douzaine de garçons, incluant quatre des frères Perks, fondèrent le club Maple Leaf. Ce club fut le précurseur des associations récréatives municipales modernes. Le local du club avait été construit avec le bois des caisses données par différents magasins. Il faut se rappeler qu’à cette époque, presque toutes les marchandises étaient livrées dans de grosses caisses de bois. On n’en manquait donc pas. Le local, de 12 pieds sur 9, était construit sur une base en 2x4, avec des 2x2 sur lesquels on clouait les planches. Il fallait payer 5 sous par semaine pour en être membre. Pour recueillir des fonds, nous organisions des soirées dansantes, à l’hôtel de ville, des sorties et des pique-niques. Le local devint rapidement trop petit de sorte que nous avons loué une maison de deux étages, sur la rue Saint-Étienne. Le nombre de membres grimpa alors jusqu’à 240.

 

Tout Logueuillois d’un certain âge, qui a connu l’année 1927, se souviendra certainement du club Maple Leaf dont le chandail, vert et orange, s’ornait d’une feuille d’érable multicolore brodée. Les garçons et les filles du club, qui représentaient Longueuil, remportèrent nombre de trophées lors de compétitions intermunicipales, tant en athlétisme et à la balle-molle qu’au hockey. Lors de la saison de 1929-1930, les garçons remportèrent le championnat et le trophée, de la Ligue de hockey amateur de la Rive-Sud. Parmi les hockeyeurs de cette équipe, on retrouvait trois des garçons de la famille Ranger, Jean-Paul, Fernand et Maurice, Thomas Field, Harold Marr, R. Valois, un des Couture, Adrien Préfontaine, Bill Peterkin, Henri Trudeau, A. Johnson et d’autres dont nous oublions les noms. Ed Bisaillon était le président du club, Charles, John et moi (George Perks), nous en étions les administrateurs, tandis que W. J. Peterkin en était le gérant. Le club mit fin à ses activités récréatives municipales et que furent alors créés l’O. T. J. et le L. R. A. En hiver, le club Maple Leaf louait du temps de glace au Collège de Longueuil et, en été, la Ville nous accordait, pour nos activités, l’usage d’un terrain dont elle était propriétaire, sur la rue Saint-Jean ou le boulevard Quinn.

 

Au 246 de la rue Saint-Jacques, nous disposions d’une grande maison avec un grand salon doublé d’une salle à manger. Nous y avons organisé nombre de parties dont le vingt et unième anniversaire de Mary et le mien, le 1er janvier 1929. C’était sur invitation seulement et, à cette occasion, plus de 50 de nos amis y assistèrent. Plus vieux, un de nos passe-temps favoris, après une telle partie, le dimanche après-midi, c’était de se rencontrer au 246, de s’entasser dans l’auto de Charles, le modèle T photographié à droite (page 65, photo 3), et de partir en balade. Quand nous étions trop nombreux, nous marchions tout simplement le long  de la voie ferrée, tous les douze ou quinze que nous étions, et, après avoir marché un mille ou deux, nous revenions déguster un grand verre de boisson gazeuse ou de jus de fruits que nous avait préparé. S’il faisait froid, elle nous préparait du chocolat chaud. Car maman croyait dur comme fer qu’il valait mieux que nous amenions à la maison, de sorte qu’elle pouvait nous avoir tous à l’œil. Plusieurs de nos amis peuvent se porter garants de cette affirmation. Car il fallait se lever tôt pour en “ passer ” une à maman ! Nous nous en voudrions de ne pas mentionner nos voisins, au 246. Au sud, il y avait M. et Mme Charron et, de l’autre côté, la famille Brown. M. Brown dirigea le restaurant du terminus de la M. S. C. R., à Montréal, pendant un bon moment. Il y avait également les Robert, les Smith, les North, les Osborn, etc. L’été venu, sur le terrain vague près de notre jardin, il devait certainement y avoir près de 25 garçons qui se rencontraient, deux fois par semaine, pour pratiquer ou jouer au cricket. M. Osborn, qui avait d’ailleurs été un joueur de cricket professionnel en Grande-Bretagne, était notre entraîneur. Nous adorions ce sport et nous en redemandions constamment.

 

Notre famille déménagea ensuite, en 1931, dans une grande maison de pierres, semi-détachée, au 142, rue Saint-Thomas, au coin de la rue Jodoin. C’est à cet endroit que la plupart d’entre nous passèrent nos années d’adolescence. La cour de la maison était adjacente à la serre de Smith Bros. Évidemment, quand on jouait à la balle, on était parfois quelque peu négligent, surtout qu’on jouait simplement à se lancer la balle. De temps à autre, on ratait la balle et celle-ci survolait la clôture pour traverser une des vitres de la serre. Alors les jérémiades commençaient : qui irait chercher la balle qui allait payer la vitre brisée, etc. M. Smith était généralement très patient et très compréhensif, et, la plupart du temps, nous nous en tirions facilement. Évidemment, il faut dire que c’était dans le temps de la crise et que les jeunes n’avaient certainement pas autant d’argent de poche que de nos jours.

 

C’est durant ces années que Mary, Charles et moi, nous avons ouvert un restaurant-confiserie, tout juste à côté de la boucherie Favreau, au coin de Saint-Jacques et de Guillaume, sous le nom de Perks Bros , Restaurant. Nous servions un repas-maison avec une pointe de tarte-maison pour 35 sous. Les bonbons se vendaient pour aussi peu qu’un sous la douzaine. Il fallait, bien sûr, les compter un à un. La crème glacée se vendait 5 sous le cornet. C’est au 142, rue Saint-Thomas, que notre famille commença à voir ses membres partir un à un, d’abord en raison du mariage de James, en 1937, puis du mien, en 1938. Nos voisins étaient alors M. et Mme Elleson et leur fille, Alice

 

En 1940, la famille déménagea encore une fois. Ce fut sur la rue Longueuil, cette fois, et la famille diminua encore avec les mariages de Mary, d’Allan et de John. Et puis il y eut le décès de papa, W. Perks. John travaillait alors pour la Co-operative Funeral Parlors, une coopérative de pompes funèbres, de sorte que la maison devint, aux alentours de 1946, un salon funéraire, avec John comme directeur. Après le mariage de John et d’Estelle, ceux-ci emménagèrent à l’étage du dessus, avec maman. Cette magnifique maison centenaire, à ce moment-là, en pierres, étai située à l’intersection de la rue Longueuil et de la rue Saint-Charles. Autrefois la demeure du docteur Lesage, elle était maintenant la propriété des Sœurs Grises. Le rez-de-chaussée était, diriez-vous, très élégants, avec son escalier à motif en acajou à larges embrasures, et des corniches moulurées. Son aspect extérieur est encore le même, aujourd’hui.

 

Il y a, bien sûr, plusieurs de nos voisins dont nous nous souvenons fort bien, mais dont nous n’avons pas parlé. Mais peu importe, ils étaient tous nos amis, et nous n’hésitons pas à affirmer que Longueuil, à cette époque, était un endroit où il faisait très bon de vivre, puisque nous étions toujours entre amis.

 

En 1921, alors que nous demeurions sur la rue Saint-Alexandre, papa (W. J. Perks) entendit parler, par un compagnon de travail, d’émissions de radio. Celui-ci, télégraphiste à New York, était en contact régulier avec papa, et lui fit parvenir un paquet contenant du fil électrique, un cristal et une paire d’écouteurs. Papa construisit alors son premier poste à galène, plutôt artisanal, avec détecteur de galène, de sorte que nous pouvions capter la station KDKA à Pittsburgh, le premier poste de radio américain qui émettait pour le grand public. Au début, la plupart des émissions radiophoniques étaient musicales, mais nous avions nos émissions préférées, comme Fibber McGee et Amos and Andy. Papa construisit par la suite, pour ses amis, plusieurs postes à galène, souvent ordinaires mais parfois très ingénieux. En 1922, la compagnie Marconi commença à diffuser des enregistrements phonographiques à partir de Montréal et la radio fit son apparition dans notre région. Le Toronto Star, lui était entré en ondes tout juste avant la compagnie Marconi.

 

Un événement mémorable pour la famille Perks, et pour quelques parents et amis, ce fut la toute première partie de hockey entre les clubs de Toronto et de Montréal, transmise par fil électrique jusqu’à Montréal et relayée par la compagnie Marconi. C’était printemps de 1923 et la joute se déroulait au vieil amphithéâtre de la rue Mutual à Toronto. C’était la première émission radiophonique de Foster Hewitt et c’est à ce moment qu’on entendit pour la première fois  son exclamation, qui devint la plus célèbre expression du hockey : “ He shoots, he scores ! ” (“ Il lance et compte ! ”) Pour capter cette émission, papa avait installé les écouteurs dans des plats en verre taillé de maman, pour en faire des hauts-parleurs. Nous étions tous assis autour des plats, disposés sur la table de la salle à manger, et nous nous sommes délectés de notre première partie de hockey radiodiffusée. La réunion devint hebdomadaire jusqu’à l’avènement des appareils à lampes et à batterie, avec haut-parleur.

 

Le passe-temps préféré de W. J. (Bill) Perks, c’était le jardinage et les plantes d’intérieur. À Longueuil, lui et maman, Mary J. Legroulx, remportèrent de nombreux prix pour leurs fleurs, d’intérieur ou autres, et même leurs légumes, alors qu’ils étaient membres de la Société d’horticulture de Saint-Lambert. Charles et moi (George), nous avons d’ailleurs été membres juniors de cette société, alors qu’on demeurait sur la rue Saint-Jacques. J’ai encore en ma possession le couteau de poche en argent fin, auquel je tiens énormément, et sur lequel mon nom est gravé, avec l’inscription Best Garden 1922 (Plus beau jardin, 1922). À cette époque, ces concours étaient choses impressionnantes. Ils se déroulaient au St. Michael’s Hall, à Saint-Lambert, et il y avait de très nombreux exposants et de magnifiques prix à remporter. C’est en 1926 que la Société connut son apogée avec 445 membres, qui venaient tous de Saint-Lambert, de Greenfield Park, de Montréal-Sud et de Longueuil. À certaines de ces compétitions d’horticulture, il y avait près de mille objets exposés. Il n’était pas rare que maman et papa aient plus de trente pièces à exposer lors des compétitions de cette époque. Quelques années plus tard, James et John devinrent membres de cette société. J’en suis d’ailleurs encore un membre actif. John et Allan prennent toujours grand soin de leurs serres et, de même qu’Harold, ils ont tous de magnifiques arrangements floraux dans leurs jardins.

 

Dans les année 20, les garçons livreurs de journaux étaient surnommés les “ Boys with Wheels ”. James et John Perks avaient leur route de livraison du journal Montreal Star, en 1924 et en 1927. Ils furent ainsi initiés au monde des adultes et reçurent une formation accélérée en relations humaines. Harold et Allan reprirent plus tard les mêmes routes de livraison. Les garçons Perks en étaient à la deuxième génération des Starboys, quand le journal cessa ses activités. Les garçons de James, de John et de Harold reprirent également cette activité et tous étaient fort appréciés par leur clientèle. Nous conservons d’ailleurs, en guise de souvenir, la liste des cinquante-deux clients de James et John, abonnés au Montreal Star, à Longueuil, à la date du 4 juillet 1926. Le journal se vendait alors 2 sous la copie.

 

Au début des années trente, les dirty thirties, comme on appelait le pire de la crise, il était pratiquement impossible à un jeune homme de se trouver qu’emploi que ce soit. Aussi étions-nous très chanceux de dénicher un travail quelconque, même occasionnel, car toute contribution aidait à maintenir la cohésion familiale. Mentionnons que James travailla à la Fairchild Aircraft, au taux horaire de 5 sous, le taux des débutants. Je me souviens de deux emplois occasionnels où je gagnais un dollars par jour, plus les frais de transport. J’eus aussi un emploi comme dessinateur industriel qui me rapportait 45 $ par mois. Je fis également des maquettes de maison pour la compagnie Canada Cement pour illustrer leurs nouveaux modèles de maison en ciment, pour 20 $ ou 30 $. Je dessinai également des plans de maisons. Mes travaux en ce domaine, à Longueuil, furent la grosse maison de pierres, construite par Joël Bourdeau, au pied de la rue Charlotte, et qui fut plus tard transformée en appartements. Le terrain au coin de Saint-Laurent et de Labonté fut acheté pour dix dollars et on y érigea un triplex en pierres et en briques dont j’ai fait les plans. Je fus aussi responsable de plusieurs maisons plus petites, par exemple sur Grant, Saint-Jacques, Labonté et sur le boulevard Quinn.

 

1951 fut une année d’élections municipales. Les journaux titraient : “ Élection des échevins à Longueil ”. À la demande de plusieurs électeurs de mon quartier, je me présentai comme échevin. Le 3 février, je fus élu pour représenter le quartier numéro quatre, la partie ouest de la ville. Trois des quatre conseillers qui se représentaient furent défaits. Ce fut regrettable, mais en raison d’une technicalité qui, je crois, aurait pu être évitée, je dus remettre ma démission. Mais le but véritable de cette élection fut atteint et l’élection partielle provoqua une lutte de pouvoir à l’hôtel de ville. La chronique Around the Clock du 22 février, dans le Montreal Herald, rapporta ce qui suit : “ Le conseiller George Perks, de Longueuil, établit un nouveau record pour le terme le plus court comme échevin. ” J’ai peut-être établi un record, mais j’aurais certes préféré qu’il en fut autrement.

 

Neil Perks, le troisième garçon d’Allan, de la rue Saint-Sylvestre, a également fait les manchettes des journaux de plusieurs pays, et fit ainsi honneur à Longueuil. Il fut en effet champion canadien de parachutisme en 1970 et en 1971 et fit plus de mille sauts en parachute. En 1970, après avoir remporté le championnat de parachutisme, à Arthur, en Ontario, il fut choisi avec neuf autres parachutistes, cinq femmes et quatre hommes, pour représenter le Canada au championnat mondial à Bled, en Yougoslavie, du 6 au 25 septembre 1970. Les représentants étaient choisis en fonction de leur style et de la précision de leurs sauts.

 

Les autres membres de l’équipe nationale venaient d’Edmonton, de Toronto, de Kingston, d’Abbotsford, en Colombie-Britannique, de Westmount et de Thunder Bay. En 1972, il tenta de nouveau de faire partie de l’équipe nationale mais n’y parvint pas. D’après un journal de l’époque, Neil avait sauté d’un altitude de 16 000 pieds, un saut qui nécessitait le port d’un masque à oxygène, et il lui fallut 90 secondes pour toucher le sol. Neil avait obtenu son brevet de pilote à 16 ans et son brevet de pilote commercial à 23 ans. Pendant neuf mois, il fut copilote d’un DC3 qui faisait la navette entre les îles de Caicos, dans les Antilles, et Fort Lauterdale. Il eut l’occasion de voyager en Australie, en Nouvelle-Zélande et Hawaii, où il tenta de se créer une réputation en plongée sous-marine. Pendant l’Expo 67, à Montréal, il fit de la plongée au pavillon thématique l’Homme et la Mer. Il est maintenant professeur de pilotage commercial en Ontario.

 

En 1973, le Courrier du Sud publia un article sous le titre “ 150 ans de service à l’emploi de la United Aircraft of Canada Ltd. La photo ci-dessous nom montre les frères Jimmy, Harold et John, qui respectivement 30, 28 et 25 ans de service à l’emploi de cette compagnie. Voici quels sont les autres membres de la famille qui y travaillèrent et la durée de leur emploi : Earl, (fils de Jimmy, 8 ans), Gary, fils de John (1 an), Kilby, fils d’Allan (5 ans), Allan fit d’ailleurs partie de la compagnie pendant 15 ans. Pierette, l’épouse de Ronald, le fils aîné de Jimmy, y travailla aussi pendant 6 ans. Les autres membres de la famille Perks qui furent à l’emploi de la compagnie sont Charles, Neil, Patricia, Brian et Raymond. ” Tous ceux qui sont photographiés ci-dessous, vivaient à Longueuil à ce moment, à l’exception d’Earl et de Jimmy qui demeuraient à Sabrevois, Québec.

 

La Pratt & Whitney Aircraft, une division de la United Aircraft Corp. Des États-Unis, avait acquis l’usine de la compagnie Armstrong Whitworth aux alentours de 1938. Cette bâtisse fut bientôt connue sous le nom d’Usine no 1 de la P&W. Située sur l’avenue Lorne, elle avait été construite pendant la Première Guerre mondiale pour fabriquer des canons. Elle fut une source à la fois d’orgueil et d’intéressants revenus pour de nombreux Longueuillois, y compris de nombreux membres de la famille Perks, comme il en a été mention ci-haut.

 

Cette bâtisse rappelle de nombreux souvenirs à James Perks qui y fit son entrée, en 1928, pour débuter son apprentissage sur les machines à papier, à la Charles Walmsley. Après avoir usiné toute la machinerie pour trois ou quatre moulins à papier, la Dominion Engineering reprit l’affaire, et James y demeura pour terminer son apprentissage. Après quoi il alla travailler à la Stowell Screw, sur la rue Saint-Laurent, à Longueuil. Au début de l’année 1939, James retourna à la même usine, maintenant devenue la Pratt & Whitney. Il fut le dix-septième employé embauché par cette compagnie de moteurs d’avions. Au moment de sa retraite, en 1972, il était contremaître de l’atelier d’hélice (prop. shop). Le regretté George Rose, de la rue Labonté, fut le premier employé de la compagnie et, à ce titre, détenait le badge no 1. IL avait été l’un de nos compagnons d’école.

 

L’histoire de la compagnie Pratt & Whiteney est fabuleuse. D’abord une petite entreprise d’outillage, à Hartford, au Connecticut, elle fut transformée en atelier de réparation de moteurs d’avions, en 1925, pour finalement se développer en la gigantesque entreprise que l’on connaît, avec une superficie de plus de 400 000 pieds carrés. C’est en 1928 que fusionnèrent la Pratt & Whitney Aircraft, la compagnie Bowing, et d’autres, sous le nom de United Aircraft Corporation. La Pratt & Whitney en devint la division la plus étendue et la plus importante.

 

Les histoires du vieux conducteur de taxis, que j’avais classées sous la rubrique “Incroyable mais vrai ! ”, faisaient véritablement partie de l’histoire longueuilloise. En 1921, les Peterkin, des amis de nos parents, et nos compagnons de jeux quand nous vivions à Saint-Lambert, se bâtirent une maison d’été dans le secteur au sud de la voie ferrée, entre Quinn et Gardenville, secteur alors connu sous le nom de Longueuil Gardens. Pour nous y rendre, nous empruntions un sentier, dans le les champs, au sud de la première bâtisse sur ce sentier étroit qui se terminait à la montée Saint-Hubert, nous montions sur le talus de cette vieille voie ferrée où l’on voyait encore quelques traverses. Au sud de la montée, dans les champs, le talus avait été arasé et ne se distinguait plus. La famille Gross et quelques autres demeuraient à l’ouest de la maison des Bertrand. De ce côté-ci des Peterkin, le long du vieux droit de passage, se trouvait la famille Noseworthy. Cette vieille voie ferrée que avons si souvent empruntée avait fait partie, nous disait-on, du chemin de fer de la compagnie du Grand Tronc, fondée à Longueuil en 1852. Cette voie ferrée était reliée à celle de la St. Laurence & Atlantic Railway, compagnie qui exploitait le chemin de fer sur la glace, à Longueuil, au cours des hivers des années 1880.

 

Le mardi, 22 décembre 1953, le Courrier du Sud faisait savoir, dans un entrefilet de dernière minute : “ Au moment de mettre sous presse, on nous apprend que la maison du responsable des activités à la L. R. A., M. G. Perks, située au 262, rue Gardenville, est une sérieuse compétitrice dans la cours au trophée, décerné par la Chambre de commerce faisait connaître les noms des vainqueurs. R. Vincent reçut le premier prix et votre serviteur, le deuxième prix, une horloge. Après 35 ans de précieux services, cette horloge est toujours en parfait état. La photo ci-dessous montre cette maison qui s’est méritée le deuxième prix cette année-là.

 

Longueuil détient toujours la palme, chez les Perks, chaque fois qu’il est question d’organiser une réunion de famille, bien que la région d’Alexandria, en Ontario, soit également populaire, surtout en raison du grand nombre de membres de la famille qui résident dans le comté de Glengary.

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