La petite histoire illustrée de Longueuil

Le petit Longueuil et les villes voisines (1947-1969)

Jacques-Cartier, de 1947 à 1960: une enfance difficile

Un an après sa création, en 1948 donc, la ville de Jacques-Cartier comptait quelque 13 000 habitants; en 1961, 13 ans plus tard, elle en compte 40 807. Et l'organisation des services publics est loin de suivre l'évolution démographique.

On comprend que les secteurs les plus éloignés ou les mieux organisés aient voulu quitter le bateau qui tanguait passablement. Dès 1948, un secteur non contigu au reste de la ville, à l'extrémité ouest de la municipalité, à l'ouest même de Saint-Lambert, demande et obtient son incorporation en municipalité indépendante sous le nom de Préville; elle sera fusionnée avec Saint-Lambert en 1969.

En 1949, les paroisses de Saint-Josaphat et de Saint-Maxime où, nous l'avons vu, les services publics sont plutôt bien organisés, et dont Jacques-Cartier a recouvert d'asphalte plusieurs rues, deviennent à leur tour municipalité autonome sous le nom de Ville de Lemoyne, plus tard LeMoyne.

L'administration de Jacques-Cartier tente, tant bien que mal, de gérer le reste du territoire dont la population augmente très rapidement malgré l'absence de services publics adéquats. Les 100 premiers règlements concernent essentiellement la «confection» des rues et la fermeture de ruelles.

C'est une photo d'une salle de billard, tenant lieu d'école.

Une salle de billard qui tient lieu d’école

À ses débuts, la ville de Jacques-Cartier manquait tragiquement de tout; c’est ainsi que certains enfants de la paroisse de Saint-Jean-Vianney ont amorcé leur fréquentation scolaire dans une salle de billard, le pool room local.

Collection des Soeurs franciscaines de l’Immaculée-Conception, 1949.

En 1950, le gouvernement du Québec subventionne la construction de quatre écoles. Il était grand temps; certaines classes étaient alors logées dans divers locaux plus ou moins appropriés, entre autres dans une salle de billard ou, plus conformément au langage de l'époque, un «pool room». En 1951, la ville devient cité, mais le nom de Ville Jacques-Cartier est bien ancré; il demeurera. L'année suivante, on inaugure, sur le boulevard Curé-Poirier, l'hôtel de ville abritant les services de la police et des incendies; mais les pompiers doivent la plupart du temps combattre les incendies avec des camions-citernes si bien que, comme on le disait cyniquement à l'époque, ils réussissent habituellement à sauver le terrain, la plupart des maisons n'ayant pas de fondation de béton.

C'est une photo de l’Externat classique de Longueuil.

L’Externat classique de Longueuil

En 1950, les Pères franciscains fondent le premier collège classique du territoire. En 1951, on inaugure l’Externat classique de Longueuil : à gauche, l’aile du collège proprement dit; au centre, la chapelle, grande comme une église paroissiale qu’elle aurait pu être; à droite, le monastère.

L’institution voit l’Université de Montréal décerner des diplômes à ses 17 premiers bacheliers ès Arts en 1958, mais sa vie est courte, car la réforme scolaire consécutive au Rapport Parent fait disparaître les collèges classiques en 1967. L’institution devient alors le Collège d’enseignement général et professionnel Édouard-Montpetit.

Collection Société historique du Marigot, 1960.

En 1953, le conseil est dépassé et la Cité de Jacques-Cartier est techniquement en faillite; elle sera administrée par la Commission municipale du gouvernement du Québec, étant ainsi mise sous tutelle et ce, pour le reste de son existence.

En 1954, on avait un peu progressé: on comptait 204 bornes-fontaines et 19 agents de police. Cette année-là, le gouvernement fédéral construit un bureau de poste sur le chemin du Côteau-Rouge, aujourd'hui le boulevard Sainte-Foy. En 1956, on inaugure l'usine de filtration qui, malheureusement, ne dessert pas encore tous les citoyens; on a aussi réussi à doter certaines sections de rues des services d'aqueduc et d'égouts.

Mais la ville n'est pas au bout de ses peines. La Ligue du Progrès de la cité de Ville Jacques-Cartier (sic), créée dès 1954 et présidée par Léo-Aldéo Rémillard, entre bientôt en lutte contre la Ligue de Vigilance. La première ligue regroupe des citoyens assez représentatifs de la population de la cité, c'est-à-dire qu'on y tourne les coins un peu ronds et que la fin y justifie plusieurs moyens; la seconde est la chose de la «Patente», l'Ordre de Jacques-Cartier, société secrète, ultranationaliste et ultracatholique, qui réunit les bien-pensants. La Ligue de Vigilance gagne la première manche lors des élections municipales de 1957 avec des moyens, estima l'écrivain-médecin Jacques Ferron, que l'on aurait cru séant davantage à leurs adversaires.

En 1957, Jacques-Cartier adopte le règlement 162. C'est le premier concernant l'asphaltage de rues sur ce qui lui reste de territoire: c'est dans le Domaine Bellerive, qui demandera sans succès, quelques années plus tard, d'être annexé par Longueuil. L'année suivante, en 1958, les propriétaires battent par référendum un règlement d'emprunt de quelque 6 400 000 $ pour la construction de rues et de trottoirs dans les secteurs de la ville déjà dotés de services publics.

C'est une photo de l’hôtel de ville de Jacques-Cartier.

L’hôtel de ville de Jacques-Cartier

En 1947, les services municipaux sont temporairement logés dans la maison du notaire Goyette, sur la rue Saint-Georges, près de la Première Avenue, l’actuel boulevard Curé-Poirier. En 1952, on inaugure le nouvel hôtel de ville. Aujourd’hui, l’édifice abrite le Service des finances de la Ville de Longueuil.

Collection Jeannette Dubuc, 1952.

Heureusement, certains aspects de la vie communautaire se portent mieux. L'Oeuvre des Terrains de jeux et des Loisirs est créée dès 1947 et, sous la responsabilité des paroisses, commence à offrir certains services à la population enfantine.

Et d'autres bonnes nouvelles éclairent un peu ces années difficiles. En 1950, les Franciscains créent le premier collège classique sur la Rive-Sud, à Jacques-Cartier. Temporairement logé à l'église Saint-Jean-Vianney, il occupe en 1951 un édifice tout neuf, angle chemin de Chambly et rue De Gentilly, entièrement sur le territoire de Jacques-Cartier. Malheureusement, les Franciscains le nomment Externat classique de Longueuil. Plusieurs citoyens le prennent alors comme un sévère affront.

C'est une photo de l'usine Jacques-Cartier de Pratt & Whitney en 1951.

L’usine Jacques-Cartier de la Canadian Pratt & Whitney Aircraft Company Limited

Photo prise le 12 octobre 1951. À l’arrière, on voit la boulangerie Weston. L’usine Jacques-Cartier est le premier édifice construit par le géant de l’aéronautique sur le territoire du Longueuil actuel. Plus tard, l’édifice sera plus poétiquement rebaptisé Usine 1.

Archives Pratt & Whitney Canada, 1951.

En 1951 aussi, la Canadian Pratt & Whitney Aircraft Company Limited commence la construction d'une grande usine sur le territoire de Jacques-Cartier, entre l'ancienne usine Walmsley, qu'elle occupe, et l'usine Fairchild, maintenant propriété de Weston Bakeries. Cette usine s'appellera d'abord usine Jacques-Cartier, avant d'être plus tard prosaïquement rebaptisée Usine 1. Elle est en activité dès 1952 et est, encore aujourd'hui, la plus importante de Longueuil.

C'est une photo de l’église Saint-Pie-X.

L’église Saint-Pie-X : trois baraques du camp Jacques-Cartier

Au milieu des années 50, plusieurs paroisses sont créées à Jacques-Cartier et six des églises bâties à ce moment le sont avec des édifices de bois du camp militaire largement désaffecté de Montréal-Sud. L’église Saint-Pie-X, inaugurée en 1954, est l’une d’entre elles, les autres étant celles des paroisses de Saint-Jude, de Sainte-Louise-de-Marillac, de Saint-François-de-Sales, de Saint-Vincent-de-Paul, et de la desserte de Saint-Romain. Quatre d’entre elles existent encore aujourd’hui, plus ou moins modifiées depuis leur installation.

Collection de la paroisse de Saint-Pie-X, 1954.

En 1954, le diocèse de Saint-Jean crée quatre nouvelles paroisses, soit Sainte-Louise-de-Marillac, Saint-Pie-X, Saint-François-de-Sales et Saint-Vincent-de-Paul, et c'est avec les baraques militaires du camp Jacques-Cartier, à Montréal-Sud, alors largement désaffecté, que l'on construit plusieurs des églises; ces bâtiments sont achetés, à vil prix, du gouvernement du Canada. À Jacques-Cartier, on était pauvre, mais ingénieux.

En 1956, l'entreprise Steinberg crée le premier «centre d'achats» de la Rive-Sud, sur le chemin de Chambly, face au chemin du Côteau-Rouge; il est nommé Centre d'achats de Ville Jacques-Cartier. Sa construction entraîne la disparition de la dernière des trois pistes de courses de chevaux que connut Longueuil, celle du fameux Ti-Jean Lamarre. Ce premier centre commercial, qui attirait les populations des villes voisines, représentait une victoire pour les tenants de l'achat chez-soi.

Et en 1960, c'est l'arrivée surprise d'un personnage assez particulier à la mairie : Léo-Aldéo Rémillard.

C'est une aquarelle représentant les maisons de familles démunies.

Population démunie et bicoques

Les dernières années de la Municipalité de la paroisse de Longueuil et les premières années de Jacques-Cartier furent marquées par l’arrivée d’un grand nombre de familles à très faibles revenus qui se construisaient, sur un terrain loué ou acheté à vil prix, une petite maison avec les matériaux disponibles ici et là. Certaines de ces malheureuses cabanes n’avaient ni fenêtres, ni portes, comme en témoignent des photographies.

Plusieurs de ces constructions furent par la suite améliorées, devenant parfois de coquettes maisonnettes; un grand nombre, toutefois, durent être démolies dans les années suivantes.

C’est ainsi que l’aquarelliste imaginait l’allure de ces constructions.

Aquarelle d’Hernan Moreno, 1992.

C'est un croquis des trois municipalités qui formeront le Longueuil actuel.

Les trois municipalités qui formeront le Longueuil actuel

1. La cité de Longueuil;
2. la ville de Montréal-Sud;
3. la cité de Jacques-Cartier.

Ce croquis simplifié des trois municipalités illustre bien l'immensité de Jacques-Cartier par rapport à Longueuil et à Montréal-Sud; on comprend ainsi mieux l'ampleur du défi qui se posait aux administrateurs de ce territoire où tout était à faire.

Signalons que lors de sa création, la ville de Jacques-Cartier comprenait également l’actuelle ville de LeMoyne et l’extrémité ouest de Saint-Lambert, qui fut un temps la municipalité de Préville.

Croquis tracé par le Service des communications de la Ville de Longueuil, 1995.