La petite histoire illustrée de Longueuil

Longueuil, paroisse et ville (1874-1920)

Le chemin de fer sur la glace: 1880-1883

Laissons aux historiens Alex. Jodoin et J. L. Vincent, qui publiaient leur Histoire de Longueuil en 1889, des contemporains donc, le soin de décrire ces événements pour eux très récents.

« La ville de Longueuil a vu pendant plusieurs hivers consécutifs la construction du célèbre chemin de fer sur le Saint-Laurent, alors que les eaux sont emprisonnées par les glaces qui en font un pont d'une solidité à toute épreuve. Ce chemin de fer servait à relier le Sud-Est avec le chemin de la Rive-Nord.

« C'est le 13 janvier 1880 qu'on commença à poser sur la glace entre Hochelaga et Longueuil une voie de chemin de fer, qui fut achevée le 30 du même mois. Le lendemain même, cette voie était ouverte au trafic des chars entre le terminus du Chemin du Nord, à Hochelaga, et le terminus du chemin du Sud-Est, à Longueuil.

« Le 1er avril, la glace commença à fondre rapidement; on enleva de suite les rails, et le 5 avril, la glace commençait à refouler.

« Le 5 janvier 1881, les convois du chemin de fer traversaient le fleuve et ne s'arrêtaient que le 8 avril suivant, au moment de la débâcle de la glace; le 13 avril, le chenal était libre devant Montréal; 1 200 chars avaient été traversés sur ce chemin pendant cette saison.

Ce montage présente à la fois les promoteurs du chemin de fer de glace et la construction de la voie ferrée.

Les promoteurs du chemin de fer sur la glace

Louis-Adélard Senécal, homme d’affaires et homme politique natif de Varennes, fut le principal responsable de cette curieuse entreprise. Le montage présente à la fois les promoteurs et la construction de la voie ferrée.

Collection Société historique du Marigot.

Voici une photo du convoi inaugural, transportant plusieurs personnalités dont le premier ministre du Québec, Joseph-Adolphe Chapleau.

L’inauguration officielle en 1880

Le convoi inaugural, qui transporte plusieurs personnalités dont le premier ministre du Québec, Joseph-Adolphe Chapleau, s’arrête à mi-chemin pour la prise de photos.

Collection Société historique du Marigot.

« Un peu avant quatre heures de l'après-midi, mercredi le 5 janvier 1881, (jour de l'ouverture de la traversée des trains), la locomotive du chemin du Nord, No 31, nommée le Scott, et ayant à bord MM. Senécal, Jeune, et E. Fortin, le mécanicien, le chauffeur et une autre personne, quitta la gare d'Hochelaga pour aller chercher 17 chars au quai de Longueuil : lorsque le train fut rendu à peu près à 300 verges du quai, la locomotive par suite de l'affaissement de la glace sur l'un des côtés du chemin, dérailla, et abandonnant la voie, plongea dans une profondeur de 30 pieds d'eau; ceux qui étaient à bord eurent heureusement le temps de sauter sur la glace, et échappèrent ainsi à la mort. »

« Des mesures furent immédiatement prises pour réparer le chemin, et dès le lendemain, dans l'après-midi, tout était de nouveau prêt pour le trafic; on s'occupa aussi de relever la locomotive avec toute l'activité possible. Cette locomotive pesait 30 tonnes. »

« On para à de semblables dangers en se servant d'une petite locomotive appelée Calumet, et qui fit tout aussi bien le service. »

« En 1882, les convois traversaient sur la glace du 4 février au 4 mars. »

« En 1883, du 15 janvier au 3 avril. »

(...)

« La construction de ce chemin de fer fit sensation dans le temps. Les grands journaux et les revues scientifiques de Londres et de Paris en firent de grands éloges, et félicitèrent chaleureusement feu l'honorable L. A. Senécal, le hardi promoteur de ce projet ».

Voici un dessin de l'accident du 5 janvier 1881.

L’accident du 5 janvier 1881

À défaut de photographies, les journaux de l’époque aimaient bien publier des dessins représentant les événements tragiques de l’actualité.

Ici, les employés s’échappent au moment où la locomotive s’enfonce.
Cet incident fut le seul qui survint durant les quatre hivers au cours desquels on installa une voie ferrée sur les glaces du Saint-Laurent.

Collection Société historique du Marigot

Ce dessin de C. Koppel s’inspire très nettement d’une photo connue de William Notman. Notons, à droite, le chemin balisé qu’empruntaient les voitures hippomobiles, dont l’omnibus de Gabriel Brissette, et même les piétons.

Un convoi ferroviaire traverse le Saint-Laurent en 1880

Ce dessin de C. Koppel s’inspire très nettement d’une photo connue de William Notman. Notons, à droite, le chemin balisé qu’empruntaient les voitures hippomobiles, dont l’omnibus de Gabriel Brissette, et même les piétons.

Dessin de C. Koppel, photo Collection Société historique du Marigot.