Le livre virtuel de la Paroisse de Saint-Antoine de Longueuil

Deuxième partie

Les pasteurs de Saint-Antoine (1698-1998)

Cette deuxième partie de l’ouvrage est consacrée aux vingt-deux prêtres qui ont occupé la fonction de curé de la paroisse de Saint-Antoine, de 1698 à 1998.

Note: La première section de cette deuxième partie, de 1698 à 1834, s’appuie beaucoup sur les résultats des recherches de Lucille Côté Nadeau, menées entre 1984 et 1989, et qui ont donné lieu à la parution d’importants articles dans les cahiers nos 13, 14, 15, 16, 18, 20 et 21, aujourd’hui épuisés, de la Société historique du Marigot, sous les titres « Missionnaires à Longueuil » et « À l’ombre du clocher ».

1698-1701

PIERRE MILLET, S.J. (1635-1711)

Pierre Millet est né à Bourges, en France, le 19 novembre 1635. Il entre chez les Jésuites à Paris, en 1655, et est ordonné prêtre en 1668.

Dès après son ordination, il est envoyé comme missionnaire en Nouvelle-France. À son arrivée, on lui confie la mission d’Onnontagué, un village iroquois au sud du lac Ontario. En 1672, on l’envoie chez les Onneyouts, l’une des Cinq-Nations iroquoises; il y demeure jusqu’en 1687 alors que, les relations s'étant gâtées entre les Français et les Iroquois, il est fait prisonnier et torturé. Quelque temps plus tard, il redevient en bons termes avec les Onneyouts et demeure chez eux jusqu’en 1694, alors qu’il rentre à Montréal.

En 1698, à l’âge de 63 ans, il est nommé curé à résidence à Longueuil. Il y signe son premier acte, soit celui du baptême de « Marie Magdelene Le Page ». Il se présente lui-même ainsi : « je soussigné Prestre de la compie de Jesus et faisant les fonctions curiales en la Paroisse de St Antoine de Pade à Longueuil (…) ». C’est le premier acte rédigé par le premier curé de Saint-Antoine.

Durant trois ans, il exerce ses fonctions de curé à Longueuil alors que la chapelle du château fort tient lieu d’église paroissiale.

Il quitte Longueuil en 1701, et décède à Québec, le 17 janvier 1711.

Pierre Millet, s. j., curé de Longueuil.

Pierre Millet, s. j., curé de Longueuil. SHM 1448.

 

Note : SHM # est la cote de l'illustration dans les archives iconographiques de la Société historique et culturelle du Marigot.

 

1701-1712

PIERRE DE FRANCHEVILLE, PRÊTRE (1649-1713)

Pierre de Francheville, prêtre, et curé de Longueuil.

Pierre de Francheville, prêtre, curé de Longueuil. SHM 1449.

Pierre de Francheville est le premier curé de Longueuil natif du pays.

En effet, il est né à Trois-Rivières, en 1649. Il fait ses études au Séminaire de Québec et est ordonné prêtre par monseigneur François de Laval de Montmorency le 19 septembre 1676. Il est ensuite brièvement secrétaire de l’évêque. De 1678 à 1689, il est curé de plusieurs paroisses voisines de Québec.

De 1689 à 1691, il est curé à Rivière-Ouelle, dans le Bas-du-fleuve, tout près de La Pocatière. C’est là que se déroule un événement étonnant, du moins, croyons-nous, aux yeux des actuels paroissiens de Saint-Antoine qui imagineraient mal l’un des récents curés de la paroisse dans un pareil rôle.

En l’absence de monsieur de la Bouteillerie, seigneur de la Rivière-Ouelle, le curé Pierre de Francheville apprend que les Anglais de Boston, à bord de 30 navires, envahissent le Canada par le golfe Saint-Laurent, et qu’une partie des troupes va tenter un débarquement à Rivière-Ouelle. Il rassemble 36 de ses paroissiens et, prenant la tête du détachement, il les mène au combat.

Effectivement, les vaisseaux anglais jettent l’ancre devant Rivière-Ouelle, et plusieurs chaloupes conduisent les soldats vers le rivage. Les tirailleurs canadiens sont embusqués sur la rive. Soudain éclate un feu nourri qui sème la panique chez les Anglais; ceux qui n’ont pas été atteints regagnent précipitamment leurs chaloupes et leurs vaisseaux. L’amiral William Phips, à la tête de ses 30 navires et de ses 2 000 miliciens, allait connaître un sort semblable devant Québec.

C’est probablement ce fait d’armes qui incitait Lucille Côté Nadeau à écrire : « Au bas des actes qu’il rédigeait, il apposait une signature qu’on croirait tracée avec la pointe d’une baïonnette ».

Peu après son arrivée à Longueuil, en 1701, il baptise Paul-Joseph Le Moyne, fils de Charles Le Moyne II, deuxième seigneur de Longueuil et baron depuis 1700.

Tout comme son prédécesseur, il exercera ses fonctions curiales dans la chapelle du château fort, le manoir construit par Charles Le Moyne père tenant lieu de presbytère.

 

1713-1715

NICOLAS BERNARDIN, PÈRE CONSTANTIN, RÉCOLLET

Nicolas Bernardin, père Constantin Récollet, curé de Longueuil.

Nicolas Bernardin, père Constantin Récollet, curé de Longueuil. SHM 1450.

 

Une confusion entoure ce Récollet, troisième curé de Longueuil, certains historiens le faisant même mourir en 1706, plusieurs années avant qu’il n'arrive à Longueuil.

Cette confusion semble tenir au fait qu’un autre Récollet, Constantin de Halle, arrive aussi de France en 1696 et signe quelques actes à Longueuil, en tant que missionnaire, en 1698.

D’après la nécrologie de la province des Récollets de Saint Denis, il serait né en France en 1664, et serait décédé au Canada en septembre 1730. D’autres sources situent son décès en 1735.

Chose certaine, il fut curé de Longueuil de 1713 à 1715 et y signa plusieurs actes.

 

1715-1717

CLAUDE EMMANUEL DAUZAT, P.S.S. (c. 1685- ?)

Claude Emmanuel Dauzat, p.s.s., curé de Longueuil.

Claude Emmanuel Dauzat, p.s.s., curé de Longueuil. SHM 1451.

 

La plupart des sources que nous avons consultées font du Sulpicien Claude Dauzat le premier curé de la paroisse de Saint-Antoine de Longueuil, qualifiant les trois premiers de missionnaires résidents exerçant les fonctions curiales.

C’est un fait que Claude Dauzat est le premier à occuper la fonction en vertu d’un acte d’installation du grand vicaire de Monseigneur l’évêque de Québec. Il est aussi le premier à signer les actes «C. Dauzat, curé ».

Quoi qu’il en soit, nous connaissons fort peu de choses du Sulpicien Claude Dauzat. Il est né en Auvergne, en France, vers 1685, et est ordonné prêtre vers 1710. Il arrive au Canada la même année. Il est curé de la paroisse de la Sainte-Famille, à Boucherville, de 1711 à 1714, et de Saint-Antoine-de-Pade, de 1715 à 1717. Il retourne en France en 1717.

Dans l’acte d’installation du curé Dauzat à Longueuil, il est dit curé « (…) de la paroisse de St Antoine de Pade de Longueuil avec ses dépendances savoir Le Tremblet (…) comme aussi (…) la Prairie St Lambert (…) ». Ce rattachement du fief Du Tremblay, à l’est, et du Mouillepied, à l’ouest, à la paroisse de Saint-Antoine de Longueuil sera confirmé lors de l’érection civile de la paroisse, en 1722. Ces deux territoires ne faisaient pas partie de la baronnie de Longueuil.

C’est en 1715 qu’est élu le premier marguillier de la paroisse, Pierre Charron. Charles Trudeau lui succédera en 1716.

 

1717-1720

FRANÇOIS SÉRÉ, P.S.S. (1680-1722)

François Séré, p.s.s., curé de Longueuil.

François Séré, p.s.s., curé de Longueuil. SHM 1452.

François Séré, on lit aussi Seré et Céré, est né dans le diocèse de Rennes, en Bretagne, en France, en 1680.

Il entre chez les Sulpiciens et est ordonné vers 1704. Il arrive au Canada en 1717 et y occupe immédiatement la cure de Saint-Antoine de Longueuil. Il y restera jusqu’en 1720. Par la suite, il sera brièvement desservant à Chambly, en 1720, puis curé de Saint-Laurent, de 1720 à 1722, année de sa mort.

Il sera le dernier curé de Longueuil à utiliser la chapelle personnelle du baron de Longueuil comme église paroissiale pendant toute la durée de son séjour à Longueuil.

 

1720-1763

JOSEPH YSAMBART, P.S.S. (1693-1763)

Joseph Ysambart, on lit souvent Isambart même si le curé signait toujours Ysambart, est né dans le diocèse du Mans, en France, en 1693.

Joseph Ysambart, p.s.s., curé de Longueuil.

Joseph Ysambart, p.s.s., curé de Longueuil. SHM 1453.

Il entre chez les Sulpiciens en France, mais est ordonné prêtre à Québec, le 15 août 1717, un mois après son arrivée. Il est brièvement vicaire de la paroisse de Notre-Dame, à Montréal, en 1717, puis curé de Sorel, avec dessertes à l’Île-Dupas et à Berthierville, de 1718 à 1720.

En 1720, à l’âge de 27 ans, il est nommé curé de Saint-Antoine de Longueuil; il occupera la fonction durant 43 ans, soit deux fois plus que ses cinq prédécesseurs réunis. Lucille Côté Nadeau note avec justesse : « Avec son esprit d’initiative et sa grande tenacité, il établit définitivement la paroisse de Saint-Antoine-de-Pade ».

Les limites de la paroisse de Saint-Antoine de Longueuil furent officiellement fixées, peu après l’installation du curé Ysambart, par l’arrêt du Conseil d’État du Roi du 3 mars 1722, qui est considéré comme l’acte d’érection civile de la paroisse. On y confirme que le fief Du Tremblay et le Mouillepied font partie de la paroisse de Saint-Antoine de Longueuil.

Quelques années plus tard, en 1724, le curé Ysambart obtient que l’on construise la première véritable église paroissiale, en pierres.

Le château fort étant toujours en place, l’église de 44 bancs est construite sur un terrain donné par Charles Le Moyne II, à l’angle nord-est du chemin de Chambly et de la rue Saint-Charles, à l’emplacement actuel de la Maison de l’éducation des adultes, avec façade sur le chemin de Chambly. Sa construction est terminée en 1727.

Ce n’est qu’en 1730 que le curé Ysambart réussit à convaincre ses paroissiens de doter l’église paroissiale d’un clocher.

On peut penser que l’église devait être humblement décorée car, lors de la visite du grand vicaire de l’évêque de Québec, en 1731, ce monsieur Lyon de St-Féréol dénonce l’utilisation d’un « vieux soleil de bois doré dans lequel on expose le T. St. Sacrement ». Le terme d’ostensoir n’apparaîtra dans la langue française qu’en 1762. Néanmoins, on obligea la paroisse à se doter immédiatement d’un « soleil » en métal précieux.

En 1755, on accorde un vicaire au curé Ysambart, malade et prématurément vieilli. Autre fait étonnant dans l’histoire de la paroisse, ce vicaire est Ignace Gamelin de Lajemmerais, fils d’Ignace Gamelin et de Marie-Louise Dufrost de Lajemmerais. Or, cette Marie-Louise de Lajemmerais est mieux connue sous le nom de Mère d’Youville, fondatrice de la congrégation des sœurs de la Charité de l’Hôpital général de Montréal ou Sœurs grises, canonisée en 1990. Le premier vicaire de la paroisse, qui y fut attachée de 1755 à 1758, est donc le fils d’une sainte.

Autre fait peut-être étonnant pour les paroissiens actuels, survenu en 1763, année du décès du curé Ysambart : le mariage de deux esclaves, soit de Jacques-César, esclave d’Ignace Gamelin, père du vicaire, et de Marie, esclave de la baronne douairière de Longueuil. L’historien Marcel Trudel a retracé des esclaves à Longueuil jusqu’en 1785.

Le curé Joseph Ysambart meurt à l’Hôpital général de Montréal, chez les Sœurs grises, le 14 décembre 1763. Il est alors inhumé dans l’église qu’il a fait construire. Aujourd’hui, ses cendres sont dans la crypte de la cocathédrale.

 

1763-1777

CLAUDE CHARLES CARPENTIER, PRÊTRE (1723-1798)

Claude Carpentier, prêtre, curé de Longueuil.

Claude Carpentier, prêtre, curé de Longueuil. SHM 1454. Dans un article paru en 1985 dans le cahier n° 16 de la Société d'histoire de Longueuil, Claire Laplante, snjm, met en doute l'authenticité de ce portrait qui serait celui de Grégoire Chabot, curé de Saint-Lin de 1849 à 1853, et aumônier des sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie de Longueuil de 1849 à 1853. Si c'est le cas, les archives de la paroisse ne contiendraient aucune représentation du curé Carpentier.

Claude Charles Carpentier est né à Québec en 1723, y a fait ses études et y a été ordonné prêtre le 4 juin 1746. Certaines sources le disent Récollet, ce qui ne semble pas fondé.

D’abord curé de Chambly, de 1746 à 1763, il occupe la cure de Longueuil de 1763 à 1777.

C’est sous sa cure que William Grant, receveur général de la province du Canada, un Écossais anglican, obtient, en 1770, une dispense pour épouser Marie-Catherine Fleury Deschambaut, veuve de Charles-Jacques Le Moyne, quatrième seigneur et troisième baron de Longueuil. Leur fils, Charles William Grant (1782-1848), deviendra, en 1841, le premier baron anglophone de Longueuil.

Le curé Carpentier voit aussi les Américains occuper militairement le château fort de Longueuil en 1775.

Enfin, c’est pendant que l’abbé Carpentier est curé de Longueuil qu’un premier fils de la paroisse, François Cherrier, est ordonné prêtre par Monseigneur Jean-Olivier Briand, à Québec, le 20 mai 1769. Ce François Cherrier n’exercera pas son sacerdoce à Longueuil.

L’abbé Carpentier est reconnu pour le soin qu’il met à tenir ses registres. Il quitte Longueuil en 1777 pour devenir curé de Verchères, où il meurt en 1798.

 

1777-1782

CHARLES-BASILE CAMPEAU, PRÊTRE (1736-1782)

Charles-Basile Campeau, prêtre, curé de Longueuil.

Charles-Basile Campeau, prêtre, curé de Longueuil. SHM 1455.

Charles-Basile Campeau est né à Montréal en 1736. Il épouse Louise-Catherine Duchouquet mais, devenu veuf, il est ordonné prêtre en 1777, à l’âge de 41 ans. Il est nommé curé de Longueuil la même année.

En 1781, a lieu la première ordination sacerdotale dans l’église de Longueuil; il s’agit de Charles Chauveaux qui exercera son ministère dans la région, à Chambly et à L’Acadie, mais ne reviendra pas à Longueuil.

De la période où l’abbé Campeau fut curé de Longueuil, les historiens semblent retenir surtout le fait qu’une dispute est survenue en 1780, au sujet du salaire du bedeau (!).

 

1783-1789

JOSEPH-ÉTIENNE DEMEULLE, PRÊTRE (1744-1789)

Joseph-Étienne Demeulle, ou Demeules, est né le 3 août 1744, fait ses études et est ordonné prêtre à Québec en 1773. Il est le premier curé de Beloeil, de 1773 à 1775.

Joseph-Étienne Demeulle, prêtre, curé de Longueuil.

Joseph-Étienne Demeulle, prêtre, curé de Longueuil. SHM 1456.

Nommé curé de Saint-Antoine de Longueuil en 1783, il entreprend des démarches pour faire agrandir l’église car, dit Robert Rumilly, « (…) déjà, des paroissiens fréquentent les églises de paroisses voisines ». Il meurt en 1789 avant d’avoir pu donner suite à son projet.

Les paroissiens semblent avoir grandement apprécié le curé Demeulle car, même s’il n’a occupé la fonction que six ans, c’est à lui qu’on rendra hommage, en même temps qu’au curé Joseph Ysambart, en poste durant 43 ans, dans une inscription en latin placée dans le sanctuaire de l’église qui sera construite en 1811.

On y lisait :

Hic Jacet
Reliquae duorum
D.D. Joseph Isambart
Obiit Die 14 Dec. A. D. 1763
et
D.D. Jos. Steph. Demeulle
Obiit die 10 Mar. A. D. 1789
Horum ossa translata fuerunt
e veteri ecclesia
Die 14 Julii A. D. 1814
R.I.P

C’est-à-dire :

Ici reposent
les restes de deux
pasteurs de cette paroisse,
Joseph Isambart
mort le 14 décembre de l’an 1763,
et
Jos. Etienne Demeulle
mort le 10 mars de l’an 1789.
Leurs ossements furent transférés
de la vieille église
le 14 juillet de l’an 1814
R.I.P.

Les cendres du curé Joseph-Étienne Demeulle sont aujourd’hui dans la crypte de la cocathédrale.

 

1789-1806

PIERRE DENAUT, PRÊTRE (1743-1806)

Pierre Denaut est né à Montréal en 1743. Il fait ses études chez les Sulpiciens, à Montréal, puis au Séminaire de Québec.

Monseigneur Pierre Denault, curé de Longueuil, évêque de Québec.

Monseigneur Pierre Denault, curé de Longueuil, évêque de Québec. SHM 1461.

C’est durant ses études à Québec qu’a lieu le siège de Québec, par les Anglais, en 1759; le séminaire est alors presque entièrement détruit. Pierre Denaut y termine néanmoins ses études et est ordonné prêtre par Monseigneur Jean-Olivier Briand à l’église Saint-Pierre de l’île d’Orléans, en 1765.

Il est longtemps curé de la paroisse de Saint-Joseph, dans la municipalité dite Les Cèdres sur la rive nord du lac Saint-François, soit de 1767 à 1789. C’est durant cette période qu’il est nommé archiprêtre, en 1788.

Nommé curé de Longueuil en 1789, il le demeurera jusqu’à sa mort, en 1806. Mais d’importants événements, dans la vie du curé Denaut, marqueront son séjour à Longueuil.

En 1794, il est élu coadjuteur de l’évêque de Québec, Monseigneur Jean-François Hubert; cette nomination est confirmée par une bulle du pape Pie VI qui le nomme, par la même occasion, évêque de Cathane, en Palestine. Ce dernier titre demeurera honorifique.

Après la démission et la mort, peu après, de Monseigneur Hubert, en 1797, Monseigneur Pierre Denaut, curé de Longueuil et évêque depuis son sacre à Montréal, en 1795, devient le dixième évêque de l’immense diocèse de Québec qui comprend le Bas-Canada et le Haut-Canada, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et le nord-est des États-Unis. Ce très vaste diocèse compte 150 000 fidèles et 142 prêtres.

Monseigneur Pierre Denaut prend alors l’étonnante décision de demeurer curé de Longueuil et d’administrer son diocèse à partir de sa paroisse de Saint-Antoine. Le chef de l’Église canadienne officiera dans la modeste église de 1724 et administrera son diocèse dans le manoir maintenant plus que centenaire de Charles Le Moyne.

La tradition veut que Monseigneur Denaut, même après son élévation à la tête du diocèse de Québec, ait conservé l’habitude de monter à cheval pour visiter ses paroissiens, s’arrêtant à chaque porte pour saluer chaque famille.

Monseigneur Denaut joua un rôle important dans les démarches pour faire reconnaître les pouvoirs de l’évêque de Québec sur l’Église de la colonie britannique, alors entièrement soumise au roi d’Angleterre et à son lieutenant-gouverneur. Il ne réussira pas, de son vivant, à obtenir la reconnaissance civile de l’évêque de Québec à qui il était interdit de signer « évêque de Québec ». Monseigneur Denaut le fit pourtant dans sa correspondance avec le lieutenant-gouverneur Robert Shore Milnes. Ces démarches n’aboutiront qu’en 1844. Jusqu’à cette date, officiellement du moins, les évêques devaient être nommés par le gouvernement de la Grande-Bretagne qui, seul, pouvait ériger des paroisses. La nomination des curés relevait du roi.

Au cours de son épiscopat, Monseigneur Denaut ordonnera de nombreux prêtres; signalons l’ordination sacerdotale de Joseph Signay ou Signaï qui eut lieu à Longueuil même, le 28 mars 1702. Joseph Signay deviendra évêque de Québec en 1833, et premier archevêque de Québec en 1844.

Monseigneur Denaut eut aussi comme secrétaire et vicaire l’abbé Jean-Jacques Lartigue, de 1801 à 1806. Jean-Jacques Lartigue deviendra le premier évêque de Montréal en 1836.

Il fit plusieurs voyages dans son vaste diocèse. En 1801, il visita l’Acadie qui n’avait pas vu un évêque depuis le passage du deuxième évêque de Québec.

De 1797 à 1806, Longueuil et la paroisse de Saint-Antoine sont vraiment le centre de l’Église catholique romaine en Amérique du Nord. Il s’agit certes d’un des faits saillants, hélas trop peu connu, de l’histoire de Longueuil.

Monseigneur Denaut décède en 1806. Comme ce fut le cas pour les curés Ysambart et Demeulle, les paroissiens reconnaissants lui érigèrent une plaque de marbre, placée dans le chœur de l’église de 1811, où était gravée l’inscription suivante :

Hic Jacet
Petrus Denaut
Natus marianap. die 20 julii
Anno Domini 1743.
Consec : Episcop. Canath
Die 29 jun. A. D. 1795
Promat : ad sedem Quebec
Die 4 sept : A. D. 1797.
Obiit die 17 janu : A. D. 1806,
in hac parochia,
Quam vexerat annos 16,
et menses fere 4.
Via ejus vitae pulchrae et omnes
Semites illius pacificae.

C’est-à-dire :

Ici repose
Pierre Denaut,
né à Montréal le 20 juillet
de l’an 1743.
Consacré évêque de Canath
le 29 juin de l’an 1795,
élevé au siège épiscopal de Québec
le 4 septembre de l’an 1797.
Il est décédé le 17 janvier de l’an 1806,
dans cette paroisse,
qu’il avait servie durant 16 années,
et presque 4 mois.
Sa vie fut belle et toujours
propagatrice de paix.

Ses cendres furent transférées de la première à la deuxième église en 1811, de la deuxième à la crypte de l’actuelle église en 1887, et enfin transférées de l’actuelle église à la cathédrale Notre-Dame de Québec en 1969, pour y rejoindre celles des autres évêques de Québec. Monseigneur Pierre Denaut n’aura donc quitté sa paroisse de Saint-Antoine de Longueuil que plus de 150 ans après sa mort. Il n’y pouvait plus rien.

 

1806-1834

AUGUSTIN CHABOILLEZ, PRÊTRE (1773-1834)

Augustin Chaboillez, prêtre, curé de Longueuil.

Augustin Chaboillez, prêtre, curé de Longueuil. SHM 1461.

Augustin Chaboillez, on lit aussi Auguste, est né à Montréal le 1er décembre 1773. Il fait ses études de théologie à Québec, et est ordonné prêtre à Longueuil par Monseigneur Denaut en 1796.

D’abord vicaire à Saint-Antoine de Longueuil de 1797 à 1799, il est ensuite curé au Sault-au-Récollet de 1799 à 1806. Au décès de Monseigneur Pierre Denaut, il revient à Longueuil où il est curé jusqu’à son décès, en 1834.

En 1809, le curé obtint que la baronne concède à la fabrique de Saint-Antoine un terrain de 52 m de front, sur le prolongement à venir de la rue Saint-Charles, et d’une profondeur de 61 m, le long du chemin de Chambly. À l’époque, les ruines du château fort bloquent la rue Saint-Charles dont la partie ouest ne sera ouverte qu’en 1810.

Ce terrain est destiné à la nouvelle église qui est construite, en grande partie avec les pierres du château fort, de 1811 à 1813. Les plans en sont de l’abbé Pierre Conefroy, curé de Boucherville et grand vicaire du diocèse de Québec. C’est à l’arraché que le curé Chaboillez a atteint son objectif, car l’opposition est vive dans la paroisse. Les paroissiens y accèdent néanmoins le 1er janvier 1814. L’église est située exactement au même endroit que l’actuelle cocathédrale. Nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage d’Hélène Charlebois-Dumais pour une description détaillée de cette église. Signalons simplement un fait cocasse relevé par Robert Rumilly dans son excellente Histoire de Longueuil : 740 des 75 400 francs prévus pour la construction de l’église seront consacrés au rhum distribué aux ouvriers. Il s’agit assez exactement de 1 % du coût total, comme ce 1 % aujourd’hui consacré aux arts. Du rhum à la sculpture!

Le nouveau cimetière est situé au chevet de la nouvelle église, comme celui de 1724 était pareillement sis au chevet de l’église précédente. Dès 1815, il sera agrandi vers le sud.

Une fois l’église achevée, le curé Chaboillez se fait construire une vaste résidence personnelle en pierres, de deux étages, de 18 m de façade sur la rue Saint-Charles, par 13 m de profondeur. En 1812, il avait acquis, de la baronne Marie-Charles-Joseph Le Moyne, le terrain immédiatement à l’ouest de celui de la nouvelle église. Si le nom de Chaboillez est encore connu des Longueuillois aujourd’hui, le curé le doit surtout à cette résidence que l’on nomme toujours la maison Chaboillez, même si le bâtiment actuel est le résultat de l’agrandissement de sa résidence pour la transformer en un collège, en 1856.

En 1821, le curé Chaboillez, qui est organiste, dote la nouvelle église paroissiale de son premier orgue.

Pendant que le curé Chaboillez occupe sa résidence neuve, les vicaires doivent se contenter du manoir de Charles Le Moyne, proche de la ruine. Aussi, en 1830, démolit-on le manoir pour ériger, sur les mêmes lieux, c’est-à-dire à l’angle sud-est du chemin de Chambly et de la rue Saint-Charles, un nouveau presbytère de 15 m de façade sur la rue Saint-Charles, par 13 m de profondeur. La construction est terminée en 1831.

C’est le sort de ce bâtiment qui fera l’objet d’un référendum en 1958, et sera alors démoli avec l’accord d’une forte majorité des propriétaires de Longueuil. Cet emplacement est aujourd’hui occupé par une succursale de la Banque laurentienne, qui ne fut banque-musée que de 1963 à 1982.

Après avoir été de toutes les querelles et de toutes les entreprises, étant même l’un des principaux investisseurs dans une compagnie de traversiers entre Longueuil et Montréal, le curé Chaboillez est l’une des dernières victimes de l’épidémie de choléra qui ravage la région de Montréal. Il décède le 29 août 1834. Ses cendres sont dans la crypte de la cocathédrale.

 

1834-1840

ANTOINE MANSEAU, PRÊTRE (1787-1866)

Antoine Manseau est né à Baie-du-Febvre le 12 juillet 1787. Il commence ses études classiques, à Nicolet, les interrompt pour étudier le droit avant de se tourner finalement vers le sacerdoce.

Il termine alors ses études classiques à Nicolet, puis entre au Séminaire de Québec. Il est ordonné prêtre le 2 janvier 1814.

Antoine Manseau, prêtre, curé de Longueuil.

Antoine Manseau, prêtre, curé de Longueuil. SHM 1462.

Brièvement vicaire de la paroisse de Sainte-Anne, à La Pocatière, il est ensuite curé de plusieurs paroisses en Acadie et au Québec, de 1814 à 1840, année où il est nommé à la cure de Saint-Antoine de Longueuil. En 1823, il est nommé grand vicaire de l’évêque de Québec, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort, en 1866.

Il est curé à Longueuil durant six ans, mais c’est surtout à Joliette, où il est curé de la paroisse de Saint-Charles, de 1843 à 1864, qu’il fait sa marque. Il y attire la communauté de prêtres des Clercs de Saint-Viateur, fondée en 1831, en France, et invitée dans le diocèse de Montréal par Monseigneur Ignace Bourget en 1846. Les Clercs de Saint-Viateur s’établissent donc à Joliette et, à l’instigation du curé Manseau, ils y fondent le Séminaire de Joliette en 1846 et leur noviciat en 1847. Le Séminaire de Joliette servira de base principale à la création du Cégep de Joliette en 1967. Le curé Manseau a également réussi à attirer à Joliette les sœurs de la Providence qui y fondent un couvent en 1855.

À Longueuil, le curé Manseau travaille très activement au progrès de l’instruction des enfants de la paroisse.

En 1837, il obtient qu’on installe dans l’église le premier chemin de Croix érigé à Longueuil. On disait alors la Voie de la croix.

 

1840-1855

LOUIS-MOÏSE BRASSARD, PRÊTRE (1800-1877)

Louis-Moïse Brassard, prêtre, curé de Longueuil.

Louis-Moïse Brassard, prêtre, curé de Longueuil. SHM 1463.

Moïse Brassard est né à Nicolet le 25 octobre 1800. Il y fait ses études classiques, puis entreprend, à Québec, ses études en théologie. Il est ordonné prêtre le 4 janvier 1824.

Après quelques mois de vicariat au village dit Les Cèdres, il est curé de quelques paroisses avant d’occuper le poste de procureur du Séminaire de Nicolet. Il quitte cette fonction pour occuper la cure de Saint-Antoine de Longueuil en 1840. Il y sera jusqu’en 1855.

Ces quinze années de présence du curé Brassard à Longueuil sont nettement marquées par son souci de l’éducation : les préparatifs pour la mise en place d’un collège pour garçons, mais surtout l’ouverture du couvent de Longueuil et la fondation de la communauté des sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie.

C’est avec l’appui du curé Brassard que quatre éducatrices, soit Eulalie Durocher, Henriette et Émilie Céré et Mélodie Dufresne, prennent la décision de fonder une communauté religieuse en 1843, à l’instigation des Oblats dont le noviciat est établi à Longueuil. Elles sont alors logées dans la maison de la Fabrique, acquise par la fabrique en 1832. En 1844, grâce aux démarches du curé Brassard, la communauté est relogée dans une autre maison, plus vaste, du côté sud de la rue Saint-Charles Est; cette maison sera même agrandie avant que la nouvelle communauté y emménage. La fabrique la cédera aux sœurs en 1846.

La présence de l’abbé Charles Chiniquy, l’apôtre de la tempérance, qui loge au presbytère de Longueuil de 1847 à 1851, entraîne des frictions entre le curé Brassard et la nouvelle communauté des sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. Néanmoins, les bonnes relations reviendront entre le curé Brassard et la communauté où il est « vénéré comme leur fondateur et leur père », écrivent les historiens Alex. Jodoin et J. L. Vincent en 1889.

En 1845, une loi est votée par le gouvernement créant aux paroisses l’obligation d’établir des écoles élémentaires et chargeant les citoyens d’assumer une partie des coûts de ces écoles. Les premiers commissaires de la paroisse de Saint-Antoine sont élus cette même année 1845, et le curé Louis-Moïse Brassard est l’un d’eux, le président des commissaires étant Louis Bourdon. De 1847 à 1855, le curé Brassard sera le président des commissaires.

Dans les dernières années de sa cure, le curé Brassard travaille à doter Longueuil d’un collège pour les garçons. En 1854, la fabrique achète l’ancienne résidence du curé Chaboillez, qui avait un temps logé le noviciat des pères Oblats. L’année suivante, on décide d’agrandir le bâtiment d’une quinzaine de mètres et de le hausser d’un étage. La maison Chaboillez a, depuis lors, les dimensions qu’on lui connaît aujourd’hui.

Malheureusement, le curé Brassard quitte Longueuil avant que soit inauguré le collège qu’il avait contribué à bâtir. Il laissera ce plaisir à son successeur.

Signalons que c’est sous la cure de l’abbé Louis-Moïse Brassard que sont créées les corporations municipales de la paroisse de Saint-Antoine de Longueuil, en 1845, et du village de Longueuil, en 1848. Les territoires des deux municipalités continuaient toutefois à faire partie de la même paroisse religieuse de Saint-Antoine.

Durant la période où le curé Brassard est curé de Saint-Antoine, à cause des chemins de fer et du rôle très important qu’y joue accidentellement Longueuil, la physionomie de la paroisse est entièrement bouleversée. En 1844, on comptait 191 maisons dans toute la paroisse; en 1851, on en compte 374 dans le seul village. La population de la paroisse est devenue, en quelques années, très majoritairement urbaine.

Homme d’action ne craignant pas la controverse, le curé Louis-Moïse Brassard aura contribué, plus que tout autre, au développement d’établissements d’éducation dans sa paroisse, à une période de profondes transformations.

 

1855-1883

GEORGES-AMABLE THIBAULT, PRÊTRE (1819-1886)

Georges-Amable Thibault, prêtre, curé de Longueuil.

Georges-Amable Thibault, prêtre, curé de Longueuil. SHM 1464.

Georges-Amable Thibault est né à Sainte-Thérèse le 23 août 1819. Il fait ses études classiques au tout nouveau Séminaire de Sainte-Thérèse où il est de la cohorte des premiers finissants, en 1837.

Il demeure ensuite dans la même institution où il enseigne tout en poursuivant ses études de théologie. Rappelons ici que le diocèse de Montréal n’a été créé qu’en 1836. Il est ordonné prêtre en 1841.

Avant d’arriver à Longueuil, en 1855, il est professeur au Séminaire de Sainte-Thérèse et, surtout, curé de la nouvelle paroisse de Saint-Jérôme, de 1845 à 1855. Il est alors à la tête d’une paroisse immense qui, au nord, englobe même l’actuelle ville de Sainte-Agathe. Le jeune curé Thibault mettra beaucoup d’effort à appuyer la colonisation du Nord qui débute à cette époque, même si on relie surtout cette opération au nom du curé Antoine Labelle, qui occupera la cure de Saint-Jérôme de 1868 à 1891. Ainsi, c’est le curé Thibault qui surveillera la construction des églises de Saint-Sauveur et de Sainte-Adèle, en 1852.

Les 28 années qu’il passera à la cure de Saint-Antoine seront tout aussi riches en événements d’importance. À son arrivée à Longueuil, le curé Thibault hérite d’un collège dont la construction achève. L’institution, sous la direction des frères de la communauté des Clercs de Saint-Viateur, reçoit ses premiers élèves à l’automne en 1856. La fabrique a cédé l’usage du bâtiment aux commissaires d’école pour une période de 25 ans. À l’automne 1866, les frères des Écoles chrétiennes prennent en charge le collège; ils y feront œuvre d’éducation pendant plus d’un siècle, dans la maison Chaboillez d’abord, puis dans le nouveau collège, construit de 1908 à 1910.

Au village même de Longueuil, dans les premières années de sa cure, l’abbé Thibault crée, en 1858, le Cabinet de lecture paroissial pour faire échec à l’Institut canadien du Village de Longueuil, fondé en 1857, et que l’on soupçonne d’idées libérales et anticléricales. L’Institut fait même construire, en 1859, un immeuble de deux étages, sur le terrain triangulaire qui deviendra plus tard le parc Saint-Jean-Baptiste; cet immeuble contient aussi une bibliothèque. Rivales, ces deux premières bibliothèques publiques de Longueuil ne vivront que quelques années.

Mais l’événement le plus important à se produire sous la cure de l’abbé Thibault est probablement le premier morcellement du territoire de la paroisse de Saint-Antoine. Une petite agglomération de paroissiens s’est développée sur le chemin de Chambly, à quelque cinq ou six kilomètres de l’église Saint-Antoine. Ces paroissiens ont obtenu la création d’une desserte et la construction d’une chapelle en 1857; en 1860 est créée la municipalité sans désignation de Saint-Hubert. Il est dans l’ordre des choses qu’une nouvelle paroisse soit aussi créée, qui se détache de la paroisse mère de Saint-Antoine. C’est fait en 1862, alors qu’est érigée la paroisse de Saint-Hubert. La paroisse de Saint-Antoine perd alors la moitié sud de son territoire et quelque 1 000 paroissiens.

C’est aussi sous le curé Thibault que la fabrique acquiert, en 1864, un vaste terrain, du côté est du chemin de Chambly, pour y établir un nouveau cimetière; celui sis au chevet de l’église est rempli. Ce terrain, site de l’actuel cimetière Saint-Antoine, occupe une partie de l’ancienne commune de la seigneurie de Longueuil.

Une autre réalisation majeure marque le passage du curé Thibault à Longueuil : la fondation du Foyer Saint-Antoine. En 1876, le notaire Joseph Goguette, citoyen de Longueuil, fait don au curé Thibault d’un bâtiment, à l’angle des rues Grant et Sainte-Élizabeth, construit en 1852 pour des fins éducatives. Le don est lié à l’ouverture d’un foyer pour vieillards et orphelins. Le curé en fait à son tour don aux Sœurs grises qui y fondent, dès 1876, l’hospice Saint-Antoine. L’institution recevra jeunes et vieux pendant plus d’un siècle; en 1931, elle prendra le nom de Foyer Saint-Antoine.

Signalons enfin que les historiens soulignent toujours que le curé Thibault administra avec sagesse et prudence les fonds de la fabrique, ce qui allait permettre à son successeur de mener à bien un projet depuis longtemps caressé par les pasteurs et les paroissiens : vers la fin de sa courte retraite, de 1883 à 1886, le curé Thibault assistera à la plus grande partie de la construction de l’actuelle cocathédrale.

Il décède en 1886. Ses cendres sont dans la crypte de la cocathédrale.

 

1883-1901

MAXIMILIEN TASSÉ, PRÊTRE (1829-1901)

Maximilien Tassé, prêtre, curé de Longueuil.

Maximilien Tassé, prêtre, curé de Longueuil. SHM 1465.

Maximilien Tassé, on lit aussi Maxime, est né à Saint-Laurent, sur l’île de Montréal, en 1829. Il fait toutes ses études à Montréal où il est ordonné prêtre en 1855.

Professeur au Séminaire de Sainte-Thérèse, puis directeur de la même institution, il est ensuite vicaire, puis curé de quelques paroisses au nord de Montréal avant d’être nommé curé de Longueuil en 1883.

L’événement majeur de son séjour à Longueuil est évidemment la construction de la troisième église de la paroisse, l’actuelle cocathédrale, de 1885 à 1887. Dès le départ, le curé Tassé et l’architecte Maurice Perrault semblent d’accord pour donner à la nouvelle construction l’allure d’une cathédrale : un jour ou l’autre, on créera un évêché sur la rive sud du Saint-Laurent, en face de Montréal, et ce devra être à Longueuil. Ils ne peuvent prévoir qu’on préférera Saint-Jean-sur-Richelieu à Longueuil en 1933, et que la nouvelle église attendra assez exactement un siècle avant d’être sacrée cocathédrale, en 1982.

Nous renvoyons le lecteur à la monographie d’Hélène Charlebois-Dumais, Saint-Antoine-de-Pades, 1887-1987 (Chapitre III), pour un traitement adéquat de l’église de 1887 et de sa construction. Par ailleurs, la troisième partie du présent ouvrage décrit, de façon détaillée, chacun des éléments de la décoration de l’actuelle cocathédrale : sculptures, tableaux, mobilier, etc.

Rappelons simplement que la nouvelle église doit être bâtie sur le même terrain que l’ancienne; il faut donc d’abord démolir celle-ci. C’est pourquoi on construit, sur les lieux aujourd’hui occupés par la Maison de l’éducation des adultes, une chapelle temporaire de bois assez vaste pour recevoir tous les bancs de l’ancienne église. Et comble de malheur pour les paroissiens déjà dérangés, l’inondation printanière de 1885 rend inutilisable cette chapelle temporaire au moment du tout important dimanche des Rameaux.

La cure de l’abbé Tassé est aussi marquée par une longue lutte entre la fabrique et les autorités municipales qui veulent taxer les bâtiments religieux comme tous les autres. Cette querelle, d’abord locale, impliquera même par la suite l’archevêché de Québec, tous les évêchés du Québec et le Conseil législatif, et sera une source d’ennuis continuels pour le curé Tassé durant tout son séjour à Longueuil.

Le curé Tassé verra aussi la paroisse de Saint-Antoine perdre une autre partie de son territoire lorsque les paroissiens de la municipalité de Saint-Lambert obtiennent l’érection canonique de la paroisse de Saint-Lambert, en 1894. La vive opposition du curé de Saint-Antoine sera vaine.

Le curé Tassé, malade, abandonne ses fonctions en octobre 1901 et décède le 20 novembre suivant. Ses cendres sont dans la crypte de la cocathédrale.

Robert Rumilly rapporte que, malgré les conflits permanents entre le conseil de la Ville de Longueuil et la fabrique de Saint-Antoine concernant les taxes, le conseil a adopté le texte suivant à l’annonce du retrait du curé Tassé :

« Le Conseil, à l’occasion du départ du Révérend M. Maxime Tassé, curé de cette paroisse, désire lui témoigner sa profonde reconnaissance pour le zèle et le dévouement qu’il a montrés dans toutes les entreprises se rapportant au progrès de la ville de Longueuil. Le Conseil fait des vœux ardents pour un prompt rétablissement de la maladie qui l’a forcé à se retirer. »

Le curé Tassé aurait certes préféré moins de louanges et plus de souplesse concernant la taxation.

 

1901-1938

GEORGES PAYETTE, PRÊTRE, (1860-1938)

Monseigneur Georges Payette, prélat domestique, curé de Longueuil.

Monseigneur Georges Payette, prélat domestique, curé de Longueuil. SHM 1469.

 

Georges Payette est né à Montréal, le 12 avril 1860. Il fait ses études classiques au Séminaire de Sainte-Thérèse, sa théologie à Montréal où il est ordonné prêtre en 1885.

Vicaire à Chambly, professeur au Séminaire de Sainte-Thérèse, son alma mater, il est ensuite nommé vicaire à Saint-Lin, paroisse dont le curé, Jean-Baptiste Proulx, prêtre, est en même temps vice-recteur de l’Université Laval à Montréal; l’abbé Payette lui tient lieu de secrétaire de 1893 à 1896. C’est ainsi qu’il est amené à surveiller la préparation des plans et la construction de l’édifice universitaire, à l’angle des rues Saint-Denis et Sainte-Catherine. Il est ensuite curé fondateur de la paroisse de Saint-Eusèbe, à Montréal, qu’il dote d’une église et d’un presbytère, et où il amène les communautés enseignantes des sœurs de la congrégation de Notre-Dame et des frères du Sacré-Cœur, le tout en moins de quatre ans.

À Longueuil, où il arrive en 1901, le curé Payette est rapidement amené à se prononcer, dès 1903, sur la création d’une desserte à Montréal-Sud, quartier de la municipalité de la paroisse de Saint-Antoine qui a sa propre commission scolaire. Le curé approuve la démarche. Dès 1905, les citoyens du secteur obtiennent leur autonomie municipale et, en 1908, est créée la paroisse de Saint-Georges, troisième phase du morcellement de la paroisse mère de Saint-Antoine.

Avec le concours de la majorité des commissaires d’école, et malgré une vive opposition d’une partie des Longueuillois qui mèneront l’affaire jusqu’au conseil des ministres, le curé Payette réussit, en 1908, à faire subventionner par la commission scolaire, dont il est le président, les frères des Écoles chrétiennes pour la construction d’un nouveau collège sur le chemin de Chambly. Toujours propriétaire de l’ancien collège, la fabrique de Saint-Antoine le récupère au départ des élèves, en 1910, et y installe le presbytère qui y sera logé jusqu’en 1949.

Le curé Payette participe aussi, dans un contexte plus calme, à l’amélioration des locaux des cinq écoles de campagne que compte le territoire de la paroisse.

Le curé verra encore quatre fois le territoire de sa paroisse amputé par la création de nouvelles paroisses dans les secteurs les plus éloignés de l’église Saint-Antoine, au sud-ouest. Sont ainsi créées les paroisses de Saint-Josaphat en 1909, de Saint-Maxime et de Saint-Jean-Eudes en 1918, et de Saint-Anastase, à Greenfield Park, en 1938, l’année de son décès.

Mais on peut estimer aujourd’hui que la principale réalisation du curé Payette aura été la grande entreprise de rénovation et de décoration de l’église, en 1930. La troisième partie de cet ouvrage porte largement sur les résultats de ces grands travaux.

En 1933, le curé Payette essuie un sévère échec lorsque le pape Pie XI crée le diocèse de Saint-Jean-de-Québec. Le curé croyait bien que l’église nouvellement décorée accéderait, cette année-là, au rang de cathédrale diocésaine. Sa déception fut largement partagée par ses paroissiens.

Monseigneur Georges Payette, prélat domestique depuis 1934, décède en mai 1938. Ses cendres sont dans la crypte de la cocathédrale.

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Le curé Georges Payette, en 1911, dans la succursale longueuilloise, ouverte en 1903, de la Bank of British North America.

Le curé Georges Payette, en 1911, dans la succursale longueuilloise, ouverte en 1903, de la Bank of British North America. En sa compagnie, Alexandre Pratt, demi-frère du futur maire Paul Pratt, et le gérant de la banque, E.F. Racey. SHM 786.

 

1938-1943

ALBÉRIC PICOTTE, PRÊTRE (1877-1943)

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Le curé Albéric Picotte, avec son ceinturon de chanoine, sur le perron de la maison Chaboillez, qui tint lieu de presbytère de 1910 à 1949.

Le curé Albéric Picotte, avec son ceinturon de chanoine, sur le perron de la maison Chaboillez, qui tint lieu de presbytère de 1910 à 1949. SHM 1473.

Le curé Albéric Picotte, en compagnie de cinq jeunes filles membres du mouvement des Apôtres de la croisade eucharistique, arborant fièrement leur drapeau.

Le curé Albéric Picotte, en compagnie de cinq jeunes filles membres du mouvement des Apôtres de la croisade eucharistique, arborant fièrement leur drapeau. La photo fut prise en 1940 sur les marches de l'académie Saint-Georges, école publique pour filles et garçons construite en 1913 et érigée par les sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. SHM 1543.

 

Albéric Picotte est né à l’Assomption le 4 février 1877. Il fait ses études classiques au Collège de L’Assomption et sa théologie à Montréal. Il est ordonné prêtre en 1900.

Lorsqu’il arrive à Longueuil en 1938, le curé Picotte est déjà un homme malade, Son séjour, qui coïncide avec la période de plein-emploi entraînée par les activités des usines de matériel de guerre, sera sans histoire.

Sa carrière antérieure est sautillante : professeur au Collège de l’Assomption, aumônier du couvent Villa Maria, puis de la Maison mère des sœurs de la Providence, curé de Saint-Jacques-le-Mineur, aumônier général de l’Union catholique des cultivateurs de la province de Québec (U.C.C.), ancêtre de l’Union des producteurs agricoles (U.P.A.), curé à La Prairie, il arrive à Longueuil à l’âge de 61 ans.

Robert Rumilly note un fait amusant au sujet de ce curé : « Les curés Picotte, quasiment légendaires, étaient cinq frères, tous curés en quelque point de la province, distingués, bienveillants, et qui se rassemblaient tous les étés pour passer leurs vacances sur une butte des Îles-de-la-Madeleine où ils collectionnaient les os de baleine et les dents de morse. »

Le curé Albéric Picotte avait été fait prélat de la Maison de Sa Sainteté, puis chanoine titulaire de la Cathédrale en 1939, d’où le titre de Monseigneur Picotte qu’il porta les dernières années de sa vie.

 

1943-1962

ROMAIN BOULÉ, PRÊTRE (1891-1962)

Monseigneur Romain Boulé, curé de Saint-Antoine de Longueuil.

Monseigneur Romain Boulé, curé de Saint-Antoine de Longueuil. SHM 1474.

Romain Boulé est né à Saint-Constant le 29 octobre 1891. Il fait ses études classiques chez les Sulpiciens, au Collège de Montréal et au Séminaire de philosophie, et sa théologie à Montréal. Il est ordonné prêtre en 1917. Plus tard, il étudiera la philosophie à l’Angélique, une université catholique à Rome, et à l’Institut catholique de Paris.

Jusqu’à sa nomination comme curé de la paroisse de Saint-Antoine de Longueuil, il est rattaché au Séminaire de Saint-Jean où il est successivement professeur, procureur, vice-supérieur et supérieur. Il fonde aussi l’École normale de Saint-Jean dont il est le premier principal.

Le curé Boulé sera à la tête de la paroisse mère de Saint-Antoine durant vingt ans, sans faire trop de bruit. Il assiste à l’éclatement démographique du sud et de l’est de sa paroisse, et soutient de son mieux les efforts de l’évêque de Saint-Jean, Monseigneur Anastase Forget, qui tente d’assurer les meilleurs services religieux possibles aux fidèles de son diocèse. En 1935, les paroisses du diocèse comptaient 73 000 âmes; en 1956, le nombre en est passé à près de 202 000. Une bonne partie de cette explosion démographique a lieu dans l’ancienne partie rurale de la paroisse de Saint-Antoine. L’évêque y crée, à répétition, dessertes et paroisses, pour rapprocher les services religieux des fidèles.

Le territoire de la paroisse de Saint-Antoine rétrécit comme une peau de chagrin, conséquence imparable du développement urbain accéléré. De 1945 à 1954, dix paroisses sont ainsi créées sur le vaste territoire qui forme, à compter de 1947, la ville de Jacques-Cartier.

En 1950, la relativement petite ville de Longueuil est même divisée en deux, la partie sud devenant la nouvelle paroisse de Saint-Pierre-Apôtre. Son premier curé, l’imposant et flamboyant Armand Racicot, ne sera pas sans faire ombrage au curé Boulé, plus effacé malgré ses titres de vicaire forain, de chanoine titulaire du chapitre de la Cathédrale, de vicaire général du diocèse, de prélat domestique de Sa Sainteté et de protonotaire apostolique.

La paroisse de Saint-Antoine occupe dès lors un territoire riverain relativement restreint d’environ 3,5 km le long du fleuve, par 1,5 km de profondeur. C’est déjà le territoire actuel de la paroisse.

Mais Saint-Antoine demeure la paroisse mère de la Rive-Sud. Le curé Boulé sera ainsi un peu impliqué dans la fondation de l’Externat classique de Longueuil en 1950, premier collège classique sur le territoire, qui servira de base à la création du Collège d’enseignement général et professionnel (CÉGEP) Édouard-Montpetit, en 1967.

L’une des causes que défendra toute sa vie le curé Boulé concerne peu Longueuil : il s’agit de l’établissement de relations diplomatiques officielles entre le Canada et le Vatican. Il a même obtenu que le conseil municipal de Longueuil, le maire Paul Pratt en tête, adopte une résolution en ce sens.

Le 27 juin 1962, Monseigneur Boulé décède dans le presbytère qu’il a fait construire en 1949. Le cardinal Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, assiste au service funèbre célébré par Monseigneur Gérard-Marie Coderre, deuxième évêque de Saint-Jean-de-Québec. Il est ensuite inhumé dans la crypte de l’église.

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Monseigneur Romain Boulé près du tombeau de Charles Le Moyne, dans la crypte de l'église Saint-Antoine.

Monseigneur Romain Boulé près du tombeau de Charles Le Moyne, dans la crypte de l'église Saint-Antoine. À sa gauche, Eugénie Marcil, madame Paul Pratt; à sa droite, le compte Alain Le Moyne de Sérigny, descendant de Charles Le Moyne, et le maire Paul Pratt. Photographie de A.A. MacNair. SHM 668.

 

1962-1974

J.-ALCIDE GAREAU, PRÊTRE (1899-1989)

Le chanoine J.-Alcide Gareau, curé de Saint-Antoine de Longueuil.

Le chanoine J.-Alcide Gareau, curé de Saint-Antoine de Longueuil. SHM 1475.

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En présence de fonctionnaires et de conseillers, le curé J.-Alcide Gareau remet symboliquement les livres de la bibliothèque Saint-Antoine au maire Marcel Robidas, lors de l'ouverture de la nouvelle bibliothèque municipale, en 1968, dans la maison de la culture sise dans le carré Isidore-Hurteau. Aujourd'hui, on parlerait du Centre culturel Jacques-Ferron. SHM 2840.

J.-Alcide Gareau est né à Saint-Télesphore, comté de Soulanges, le 16 septembre 1899. Il fait ses études classiques au Collège de Montréal, chez les Sulpiciens, et sa théologie au Grand Séminaire de Montréal. Il est ordonné prêtre le 14 juin 1924.

Il est d’abord, durant presque 20 ans, professeur au Séminaire de Saint-Jean; il occupe alors concurremment, pendant plusieurs années, les postes d’aumônier diocésain de la Jeunesse étudiante catholique (J.É.C.) et de la Jeunesse ouvrière catholique (J.O.C.). Il est par la suite curé de la paroisse de Notre-Dame-Auxiliatrice, à Saint-Jean-sur-Richelieu, puis de la paroisse de Saint-François-Xavier, à Verchères. Il est nommé chanoine honoraire du chapitre de la Cathédrale en 1959. C’est donc le chanoine J.-Alcide Gareau qui occupe la cure de Longueuil en 1962.

Les premières années du curé Gareau à Longueuil coïncident avec le concile Vatican II (1962-1965). Les changements les plus visibles apportés par le concile concernent la liturgie. À compter de 1965, le célébrant fait face à l’assemblée, le français remplace progressivement le latin, les lectures sont l’affaire de paroissiens laïques, etc. On invite les fidèles à participer à la célébration plutôt que d’assister à la messe et aux autres offices.

Ces changements liturgiques amènent des modifications importantes dans l’aménagement des lieux. L’autel n’est plus au fond de l’abside, mais face aux fidèles et près d’eux; on abandonne la chaire et les sermons au profit d’un simple ambon où est expliqué le message du Christ; on supprime la sainte table, donc la barrière entre le sanctuaire et la nef et, écrivait l’abbé Jérôme Longtin, vicaire à Saint-Antoine « (…) désormais, c’est tout le peuple de Dieu rassemblé qui célèbre la liturgie sous la présidence du prêtre ».

Le curé Gareau eut à instaurer dans son église ces changements profonds qui ne faisaient pas l’unanimité, certains paroissiens, parmi les plus âgés surtout, y voyant même des gestes résolument iconoclastes.

Comme curé, le chanoine Gareau a aussi vécu ce qu’il est convenu d’appeler la Révolution tranquille et les profonds bouleversements qu’elle a apportés, l’un d’eux étant une importante baisse de la fréquentation des offices religieux.

Le curé Gareau se retire en 1974 et décède le 29 mai 1989.

 

1974-1983

JEAN-LOUIS YELLE, PRÊTRE (1922- )

Jean-Louis Yelle, prêtre, curé de Saint-Antoine de Longueuil.

Jean-Louis Yelle, prêtre, curé de Saint-Antoine de Longueuil. SHM 1478.

Jean-Louis Yelle est né à Saint-Rémi de Napierville le 2 juin 1922. Il fait ses études classiques au Séminaire de Saint-Jean et sa théologie au Grand Séminaire de Montréal. Il est ordonné prêtre le 4 mai 1947.

Il est d’abord, comme la plupart des nouveaux prêtres du diocèse, professeur au Séminaire de Saint-Jean, puis vicaire à La Prairie. Il fréquente ensuite l’université de Strasbourg, en France, où il obtient une licence en théologie. À son retour, il est nommé directeur de la pastorale de la commission scolaire de Jacques-Cartier. En effet, même si les villes de Longueuil et de Jacques-Cartier ont fusionné en 1969, la commission scolaire de Jacques-Cartier a survécu jusqu’en 1997. L’abbé Yelle est ensuite curé de la paroisse de Sainte-Louise-de-Marillac, à Longueuil, avant d’être nommé curé de Saint-Antoine en 1974.

Monseigneur Gérard-Marie Coderre, évêque de Saint-Jean-de-Québec, avait été le tout premier évêque à parler de la promotion de la femme dans l’Église au concile Vatican II; c’était en octobre 1964. En 1978, le curé Yelle verra l’arrivée du premier marguillier féminin, madame Lucile Roy.

Le curé Yelle est nommé chanoine en 1978. En 1982, il voit se réaliser, en partie du moins, le rêve des constructeurs de l’église de 1887, et de ceux qui avaient procédé à sa rénovation en 1930. Le diocèse de Saint-Jean-de-Québec devient celui de Saint-Jean–Longueuil, et l’église Saint-Antoine devient enfin cocathédrale du diocèse.

Avant son départ pour occuper la cure de Contrecœur, en 1983, le chanoine Jean-Louis Yelle aura donc été, brièvement, le premier curé de la cocathédrale Saint-Antoine de Longueuil.

 

1983-1995

JEAN-HUGUES TRUDEAU, PRÊTRE (1940- )

Jean-Hugues Trudeau, prêtre, curé de la cocathédrale Saint-Antoine de Longueuil.

Jean-Hugues Trudeau, prêtre, curé de la cocathédrale Saint-Antoine de Longueuil. SHM 1834.

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Le lancement du Répertoire des baptêmes de la paroisse St-Antoine-de-Pades de Longueuil, 1669-1986, publié en 1988 par la société historique du Marigot.

Le lancement du Répertoire des baptêmes de la paroisse St-Antoine-de-Pades de Longueuil, 1669-1986, publié en 1988 par la société historique du Marigot. Derrière les fonts baptismaux sculptés par André Achim en 1819 : Nic Leblanc, député de Longueuil à la Chambre des communes, Annette Laramée, présidente de la société éditrice, et le curé Jean-Hugues Trudeau. Photo Jean Laramée. SHM 2289.

 

Jean-Hugues Trudeau est né à Verchères le 11 août 1940. Il fait ses études classiques au Séminaire de Saint-Jean et sa théologie au Grand Séminaire de Montréal. Il est ordonné prêtre le 13 juin 1965.

Il est d’abord secrétaire particulier de Monseigneur Gérard-Marie Coderre jusqu’en 1971, alors qu’il part pour Rome étudier la pastorale; il y travaille à l’Aujourd’hui des Évangiles.

À son retour, il est dix ans vicaire à Saint-Bruno avant d’occuper la cure de la cocathédrale Saint-Antoine en 1983.

Dès son entrée en fonction, il va faire face à la grogne d’une partie de ses paroissiens qui estiment que le nouvel autel et l’ambon que l’on vient d’installer à l’avant de l’église, et qui y sont encore, ne conviennent pas au style de l’église.

En 1987, il organise les fêtes du centenaire de la cocathédrale. Cette année-là, on voit partout une belle affiche réalisée par l’Atelier de mise en valeur du patrimoine du Vieux-Longueuil; c’est également à cette occasion qu’Hélène Charlebois-Dumais publie son excellente monographie Saint-Antoine-de-Pades, 1887-1987. Dans son avant-propos, le curé Trudeau y écrit : « L’église de pierres est le signe visible de l’église vivante et en même temps, le lieu que se donnent les chrétiens pour être leur milieu, le centre de leur communauté. »

En 1995, il quitte la paroisse de Saint-Antoine pour celle de Saint-Georges, à quelques kilomètres à l’ouest, paroisse détachée de Saint-Antoine en 1908 et longtemps identifiée à la ville de Montréal-Sud, annexée par Longueuil en 1961.

 

1995- aujourd'hui

RAYMOND POISSON, PRÊTRE (1958- )

Raymond Poisson, prêtre, curé de la cocathédrale de Longueuil

Raymond Poisson, prêtre, curé de la cocathédrale de Longueuil. Don du curé Raymond Poisson. SHM 7535.

Passez sur l'image pour vous rapprocher.

Installation, dans la cocathédrale, du portrait de Monseigneur Bernard Hubert, œuvre de Gabriel Constant.

Installation, dans la cocathédrale, du portrait de Monseigneur Bernard Hubert, œuvre de Gabriel Constant. En compagnie de l'artiste, à l'extrême gauche, on reconnaît le curé Raymond Poisson, le conseiller municipal Pierre Beaudry et Monseigneur Jacques Berthlet, évêque du diocèse de Saint-Jean–Longueuil. SHM 4545.

 

Raymond Poisson est né le 30 avril 1958, à Saint-Jean-Baptiste de Rouville. Il est le premier curé de Saint-Antoine à vivre sa formation dans les nouvelles structures de l’éducation au Québec, lesquelles ont remplacé les collèges et le cours classique dans les années 60.

Raymond Poisson fait donc ses études secondaires au Séminaire de la Très-Sainte-Trinité, à Saint-Bruno, ses études collégiales au Collège André-Grasset, à Montréal, chez les Sulpiciens, et sa théologie à l’Université de Montréal. Il poursuit ses études universitaires et obtient une maîtrise ès Arts en 1983. Il est ordonné prêtre le 9 décembre 1983.

Brièvement vicaire à Brossard, il retourne aux études, à Rome, et y obtient son doctorat en théologie de la Pontifica Universita Gregoriana.

À son retour, en 1989, il occupe la cure de la paroisse de Saint-Georges, à Longueuil, et en même temps, des fonctions diocésaines : il est le secrétaire particulier de Monseigneur Bernard Hubert, évêque de Saint-Jean–Longueuil, et responsable des affaires financières des prêtres du diocèse. Ces responsabilités seront siennes jusqu’en 1996.

En 1995, il est nommé curé de la cocathédrale et de la paroisse de Saint-Antoine. Homme dynamique, il entreprend, peu après son arrivée, les démarches pour amasser les fonds nécessaires à la réfection du toit de la cocathédrale. Moderne et audacieux, il utilise, pour sa campagne, une affiche où saint Antoine et Jésus enfant sont coiffés de casques d’ouvriers de la construction. On jase dans la paroisse, mais l’objectif financier est atteint. La seule réfection en cuivre du toit de la cocathédrale, en 1998, coûtera de huit à neuf fois les 142 000 $ qu’a coûté sa construction en 1885 et 1886.

Le curé Poisson entreprend aussi de doter la cocathédrale d’un musée. Avec le concours de la Société d’histoire de Longueuil, l’opération étant sous la direction de la très compétente Andrée-Anne de Sève, il y parvient rapidement. Le Musée de la cocathédrale de Longueuil est inauguré le 13 novembre 1998.

Cette dernière opération, comme la publication du présent ouvrage, s’inscrit dans le cadre des fêtes du 300e anniversaire de l’arrivée du premier curé à résidence et de l’ouverture des registres de la paroisse, en 1698.