DENIAU
DAIGNEAU
DAIGNEAULT

Diane-Ischa Ross

Société historique et culturelle du Marigot

440, chemin de Chambly

Longueuil (Québec) J4H 3L7

Téléphone : (450) 677-4573

Télécopieur : (450) 677-6231

marigot@videotron.ca

PRÉFACE

Les grands hommes sont souvent les plus modestes, et ce n’est qu’en soulignant leurs contributions à la société dans laquelle ils évoluent que l’on peut vraiment leur rendre l’hommage qu’ils méritent—les Daigneault sont de ceux-là.

Par le biais d’une subvention du Gouvernement du Canada, notre Société a fait des recherches sur des personnes et des événements qu’il faut préserver de l’oubli; le soutien financier de la Ville de Longueuil et de la Caisse Populaire Carrefour Therrien nous permet de vous présenter une autre page de la petite histoire, cette fois-ci reliée aux Daigneault et aussi conforme à la vérité que possible.

Annette Laramée

Ex présidente de la Société historique et culturelle du Marigot

REMERCIEMENTS

Je remercie monsieur Viateur Robert de la Société historique de LaPrairie de la Magdeleine, messieurs Jean L’Heureux et Normand Morel, archivistes, à Laprairie et Longueuil.

Merci aux très précieux amoureux de la maison Daigneault : monsieur et madame Philippe et Fleur Robillard et madame Margaret Reilly.

Merci aux membres de la famille Daigneault intensivement interrogés : madame Dorilla Ménard-Daigneault, madame Lucille Daigneault et l’ineffable monsieur Roland Daigneault.

Merci à monsieur l’abbé G.-R. Gareau, dont la discipline nous servit d’exemple, et au Père Benoît Lacroix qui nous évitèrent des errements…

Madame Annette Laramée, présidente de la Société historique du Marigot a prévu cette parution et la collection dans laquelle elle s’inscrit. Sa crédibilité au sein des Sociétés d’histoire régionales a préétabli les contacts avec les informateurs privilégiés. L’ouvrage doit l’élégance de sa présentation à l’assistance technique de madame Liliane Jobin-Vigneau et au travail assidu de madame Linda Castonguay.

La collecte, la vérification et la mise en forme de toutes les informations proprement généalogiques sont dues à mademoiselle Chantal Bernier. La cueillette des documents juridiques, leur tri et transcription sont dus à madame Irène Dulude. M. Jean-Marc Côté a assumé conjointement les tâches de secrétaire et d’appariteur. Tous les membres de l’équipe ont ponctuellement tâté à chacune des disciplines connexes à l’Histoire : cartographie, paléographie, sociologie, démographie, etc; les décisions d’étape relèvent d’un consensus consécutif à une consultation mutuelle permanente.

INTRODUCTION

Cet ouvrage n’entend pas être une description exhaustive des faits et gestes de tous les descendants de l’ancêtre Jean Deniau venu en Amérique durant la dernière moitié du XVIIe siècle. Les fondateurs ont tous en commun des vies marquées par leur caractère, leurs antécédents et leur mobilité. Ils fuient le piège du généalogiste et de l’historien qui voudrait reconstituer par le menu leur vie quotidienne, démêler leurs alliances, consigner les emplois exercés, leurs domiciles, leur fluctuation de fortune. L’intérêt réside ici dans la spécificité, l’originalité du clan Deniau, sa façon propre de composer avec la vie en Amérique française, au Canada français, donc au Québec, depuis la fondation du pays jusqu’à nos jours.

La monographie s’avérait un projet extravagant, bien que sa planification théorique se laissait penser. La meilleure part du vivre échappe aux documents officiels et rares sont les hommes, hormis quelques héros, que l’historiographe a traqués de leur vivant, peints, disséqués et analysés. Les archives de notaires : testaments, avis de donation, contrats d’embauche, de terres concédées ou achetées, les registres de baptêmes, funérailles, mariages, les plans de développement des villes, villages et cantons, tous fouillés par les centres de recherches nationaux sont avares de renseignements.

J’ai analysé l’arbre généalogique descendant de l’ancêtre Jean Deniau jusqu’à nos jours, en réduisant les zones d’ombres imputables aux disparus, aux immigrés, aux oubliés, chaînons manquants aux recherches généalogiques antérieures qui ne disposaient pas des informations répertoriées par le programme de recherches en démographie historique. La présentation détaillée de cet arbre, l’adjonction des données concernant les lieux, résidences, occupations, déplacements, nombre de descendants ayant atteint l’âge adulte, décès précoces ou tardifs, causes et circonstances de ces derniers, progéniture majoritairement mâle ou femelle, constitue l’originalité de cette partie de l’ouvrage.

La fin du XVIIe siècle, fort brève et qui concerne peu de descendants Deniau, est racontée et analysée brièvement; celle, plus féconde de nos contemporains Daigneault, leurs arrière-arrière-petits-fils et petites-filles, qui va au milieu du XIXe au début du XXe siècle est décrite plus longuement. Je compare, les vies de deux lignées Deniau : celle de Pierre, établie dans la région immédiate de Laprairie et celle de Jean-Baptiste, qui essaima autour de Boucherville et Longueuil en allant vers Chambly. Des récits, des photographies anciennes, une maigre littérature familiale, des bâtiments encore visibles, des traits physiques et des caractères rémanents me guident.

Je termine par un lexique des termes en usage au Québec relatifs aux modes de paiement, aux emplacements et types de propriétés, à l’usufruit des terres, numéraires, taxes. Ces termes que nous croyons connaître à cause de leur acceptation usuelle dans le système féodal français ont eu chez nous des sens différents, variables au fil des changements de mère-patrie et après la stabilisation des statuts du Canada et du Québec par la Confédération.

L’HISTOIRE DE L’IMPLANTATION

AU QUÉBEC D’UN NANTAIS

ET DE SES DESCENDANTS.

CHAPITRE I

Présentation et analyse de l’arbre généalogique

De Roland Daigneault

Établi par la Société historique du Marigot.

I- DENIAU, Pierre et Gaudet, Josette, France.

MONTRÉAL, 21-01-1664

II-DENIAU, Jean, né à Nantes, paroisse Sainte-Croix, Bretagne, vers 1630.

Habitant, scieur de long. Tué par les Iroquois, au chemin du Tremblay, le 12 août 1695.

Daudin, Hélène, née à l’île de Ré, diocèse de LaRochelle, vers 1646. Fille d’Isaac (greffier) et d’Anne Jeannet. Tuée par les Iroquois au chemin du Tremblay, le 12 août 1695.

BOUCHERVILLE, 11-02-1697.

III-DENIAU, Jean-Baptiste, 22 ans. Baptisé à Boucherville le 2 novembre 1673. Décédé avant 1717.

Ménard, Thérèse, 20 ans, fille de Jacques et de Catherine Fortier. Née à Boucherville le 2 octobre 1676. Décédée à Longueuil le 19 juin 1753.

LONGUEUIL, 29-04-1725

IV- DENIAU, Jean-Baptiste, veuf de Françoise Bouteille. Né à Longueuil le 16 mars 1700.

Benoît-Livernois, Marie-Anne, fille d’Étienne et de Jeanne Campeau. Décédée à Longueuil le 27 avril 1758, âgée d’environ 42 ans.

LONGUEUIL, 06-06-1755

V- DENIAU, Louis, né à Longueuil le 5 août 1732.

Bouteiller, Marie-Anne-Charlotte, fille de François et de Charlotte Lanctôt. Décédée à Longueuil le 27 avril 1758, à l’âge de 21.

LONGUEUIL, 23-10-1780

VI- DENIAU, Louis,

Colin-Laliberté, Geneviève, fille de François et d’Angélique Briquet. Dédédée à Longueuil le 6 février 1819, vers l’âge de 57 ans.

LONGUEUIL, 08-10-1804

VII- DENIAU, Louis, cultivateur. Né à Longueuil le 8 août 1781. Décédé à Longueuil, le 20 juillet 1859, à l’âge de 78 ans.

Demers-Chedville, Marguerite, fille de François et de Thérèse Girard. Décédée à Longueuil le 4 juin 1847, à l’âge de 65 ans.

LONGUEUIL, 21-09-1830

VIII- DENIAU, Louis, cultivateur. Décédé à Saint-Hubert, Chambly, le 11 novembre 1880, à l’âge de 75 ans.

Charbonneau, Henriette, fille de Toussaint et de Josette Bray-Labonté. Décédée à Saint-Hubert, Chambly, le 12 décembre 1887, à l’âge de 77 ans.

SAINT-HUBERT, CHAMBLY, 08-02-1864

IX- DAIGNEAULT, Léon, forgeron, voiturier. Décédé à l’hôpital Notre-Dame de Montréal, le 2 août 1918, à l’âge de 77 ans.

Bertrand, Léocadie, fille de Léon et de Josephte Lareau. Décédée à Saint-Hubert le 12 octobre 1912, à l’âge de 72 ans.

LONGUEUIL, 25-02-1895

X- DAIGNEAULT, Léon, forgeron, veuf d’Eugénie Cadieux. Décédé à Longueuil, le 4 mars 1951, à l’âge de 84 ans.

Philie, Odila, fille d’Adélard et de Tharsile Viau. Décédée le 12 décembre 1938, à l’âge de 67 ans.

XI- DAIGNEAULT, Roland, né à Spencer, Massachussets, U.S.A.. Conservateur en titres et hypothèques, organiste.

L’éloquence d’un arbre généalogique dépend de la rigueur qui a présidé à son établissement, de la clarté de sa présentation, de la concordance entre ce que le lecteur en attend et des informations qu’il présente. Moins secret que maints blasons et cartes du ciel, il déçoit parfois s’il manque des chaînons essentiels; il déçoit aussi celui qui s’y cherche un ancêtre croisé valeureux s’il ne l’y trouve pas. Il ne prétend qu’à ce qu’il offre, mais il défie quiconque de l’accuser d’avoir abusivement prolongé des branches coupées courtes par des suppositions aléatoires. L’histoire sait faire avec le probable, la généalogie sérieuse rejette les informations douteuses.

Nous avons choisi Roland Daigneault comme point d’aboutissement des alliances Deniau et c’est de lui et de ses ancêtres directs, père et mère en remontant par les mâles jusqu’à l’ancêtre Jean dont il sera question. L’arbre est donc dépouillé pour l’heure de collatéralité-cousinage proche et lointain-qui sera partiellement prise en compte pour la comparaison des cours de vie de deux lignées Daigneault durant la seconde moitié du XIXe siècle. Je tracerai ici, avec ce que j’en sais, le portrait, biographie succinte et traits de caractère livrés par des conversations, dans le cas du “bourgeon“ élu, des récits, déduits d’actes notariés, de chacune des dix figures ciblées par l’arbre dont la présentation intronise ce chapitre.

Roland Daigneault est né à Spencer, Massachusetts, aux Etats-Unis, durant un séjour d’une dizaine d’années qu’y firent ses parents au début du siècle. Trois sœurs aînées et deux frères cadets, les garçons nés aux Etats-Unis, encadrent Roland. À son retour au Québec, la famille se réinstalle à Longueuil, où son père a exercé le métier de forgeron durant les premières années de son mariage à Odila Philie, contracté à Saint-Bruno en 1890.

De cette première échoppe sise sur le chemin de Chambly, attenante à la Maison Éthier naguère démolie, Roland ne se souvient pas. Il évoque par contre celle aménagée dans une bâtisse louée à monsieur Pigeon rue Sainte-Élisabeth.

Marmot, il étudie chez les Sœurs Grises, rue Grant, poursuit ses études secondaires au Collège de Longueuil et boucle son cours classique à Saint-d’Iberville. Il occupe un premier emploi au Trust Général du Canada, un deuxième à la Northern Electric, compagnie affiliée à la firme Bell, qui lui vaut, vu la nécessité des services de communications militaires et para-militaires, de ne pas être appelé sous les drapeaux. Employé au Bureau d’enregistrement du comté de Chambly, il y détient, jusqu’à sa retraite, le poste de Conservateur des titres et hypothèques. Célibataire, il conservera après la mort de ses parents la maison familiale qu’il partagera longtemps avec son père et ses sœurs, l’ainée assumant la gérance domestique. Roland Daigneault occupe la chaire d’organiste à l’église paroissiale Saint-Antoine-de-Padoue depuis 1948.

Que dirai-je de l’homme? Il est discret, secret, bien que loquace et malicieux, sensible; vite désarçonné, il retrouve aussi vite sa faconde. Tres sociable, il parle toujours des siens avec une tendresse et une fierté émues et de sa vie comme suite de chances alors que l’intuition et la confiance en soi y jouent un grand rôle. Au physique, il ressemble à son père.

Léon, le père de Roland, moins grand, plus tassé, rayonnait d’une solide santé, d’une grande force physique. Né à Chambly en 1867, aîné d’une famille de treize enfants, il épousa en premières noces, Eugénie Cadieu à Saint-Hubert (Longueuil). Il tenait de son père le métier de forgeron appris sur la terre paternelle désignée par le numéro quatre-vingt-dix-huit (98) au cadastre de Saint-Hubert; il l’exerça durant son premier mariage, vite brisé par la mort de l’épouse, vraisemblablement des suites de son second accouchement. Les deux fils nés de cette union moururent nourrissons d’un croup endémique. Je précise que le métier de forgeron-voiturier implique, outre le ferrage des chevaux, les réparations et fabrication artisanale de tout l’appareil métallique des voitures de charrois et de transport et des machines agricoles.

Remarié, il installe sa forge à Longueuil mais entraîne sa jeune famille, dont Odila Philie, épousée à Saint-Bruno en 1890, à Spencer, s’y loue domicile et atelier et se remet à la forge; un frère l’y avait précédé et gagnait semblablement sa vie. Un autre frère, Edmour, les y rejoindra, s’y mettra en affaires et y restera. La carrière américaine interrompue quand la santé du père Léon (le grand-père de Roland) vacille et que l’aîné est sommé d’ordonner les affaires paternelles. Le caractère responsable de Léon fils se démarque ici tout comme son esprit d’initiative, son adaptabilité, sa prestesse à modifier ses projets. Aussi promptement qu’il rentrait au Québec, il prend forge à Longueuil et achète de son beau-père la maison de la rue Sainte-Élisabeth, construite en 1841, et celle de la rue Saint-Thomas. Il prendra tard sa retraite.

Cet homme, qui avait fait ses études primaires, s’avérait administrateur intègre et habile. Sensible, nous dit de lui Roland, il s’émouvait à la lecture de romans sentimentaux, démontrait tendresse et affection aux enfants, renonçait à tout dirigisme dans la vie domistique. Son travail lui interdisait le cancan et le babillage, sa décence sans hauteur créait dans sa maison une atmosphère sereine, favorable aux conversations de bon ton, à l’initiative personnelle.

Le grand-père Léon Daigneault, né en 1841, nous mène déjà à l’ère des paysans polyvalents à grosse famille, grosse santé et projets clairs, fussent-ils contrariés par les événements. Né à Chambly, il y fut baptisé et y épousa en 1864 Léocardie Bertrand, sa voisine : la terre de ses parents jouxtait en effet celle des Deniau avec sa forge.

Si la situation devient parfois difficile à débrouiller lorsqu’il s’agit du lieu de naissance, mariage, baptême, c’est que, jusqu’en 1860, Saint-Hubert n’était qu’une paroisse, parfois rattachée dans les textes ecclésiaux et légaux à Chambly ou à Longueuil qui la coincent. Saint-Hubert acquiert le statut de municipalité de paroisse en 1860 et de ville en 1958. Les terres Daigneault de Chambly et celle de la paroisse de Saint-Hubert, successivement pour l’archivage, Longueuil ou Chambly et Saint-Hubert.

Quelle a été la vie de cet homme, aîné d’une grosse famille et fils d’un père haut en couleurs? Il n’a pas l’étoffe du voyageur, du migrant; au contraire il quittera peu ou pas sa terre, sauf pour de courtes virées aux marchés voisins, chez des clients de sa forge et peut-être des fournisseurs en métaux, bielles et rares outils qu’il ne peut fabriquer lui-même.

Fils obéissant, il reprend la terre paternelle dès l’âge d’homme, se marie peu après et jusqu’à sa mort prompte-son cœur flanche-conjoint la forge et l’agriculture : ces métiers, les Daigneaults naissent avec, on dirait! Il fait montre d’initiative, économise en vue d’établir ses fils sur des parcelles voisines, adapte la forge aux machineries nouvelles. La santé florissante de ses treize enfants, avec une sourdine pour sa fille religieuse,si elle doit quelque chose à la femme vaillante qui fit équipe avec lui durant plus de cinquante ans, ne table pas moins sur la sienne assortie d’une solide bonne humeur. Force de la nature, bâti comme Roland, plus clair de cheveux et de peau, béni des dieux qui lui épargnent les accidents fréquents à l’époque sur les fermes, il est intransigeant mais pas buté. Si à la fin de sa vie il acquiert des terres à léguer à ses fils qui, lucides, les boudent, la déception ne l’aigrit pas. Il ne verra pas le succès de la production florale issue d’un des lopins légués. Fier, pieux, franc, il tient sa place et son rang d’homme connu, respectable et hospitalier.

Le grand-père Louis, dit Louison, de Chambly, (l’arrière-grand-père de Roland), clôt la lignée des cultivateurs Deniau d’avant la forge. Je n’en déduis pas que sa ferme manquât de cet atelier omniprésent à la campagne, appentis ou porche d’étable nécessaire à l’usage domestique; cependant il mène la vie d’un paysan qui a réussi. Il n’est pas consigné parmi les forgerons de sa génération au village de Chambly, et Saint-Hubert n’a pas archivé les siens à cette époque. Son fils Léon a dû être le premier à détenir un permis de forge. Depuis la conquête et d’une façon moins tatillonne à l’approche de la Confédération, l’exercice des métiers est régi par des lois claires; il l’était sous le système colonial français, mais les droits seigneuriaux englobaient les redevances peu différentes des artisans, hors les taxes transactionnelles plus nombreuses pour ceux-ci que pour les laboureurs.

L’orthographe du patronyme “Deniau“ apparaît pour la dernière fois avec Louison pour cette lignée longueuilloise. Léon se démarque, sans qu’il faille conclure à une dissention familiale. Le procès est pris en cours partout; il peut être imputable à un désir de francisation éloquente.

Étonnant que ces anecdotes parlent encore de son impatience et de sa prestesse à prendre des décisions mineures, de sa circonspection, de sa pensée critique, de son intolérence, de sa fermeté, de sa nature impavide, de sa ligne de conduite rigoureuse, de son esprit d’observation : “tout ouïe, tout oreilles“ sans avoir l’air d’être aux aguets. Il a l’âge des artisans de la rébellion de 1837 (un peu plus jeune que les leaders). La défaite a rabattu le franc-parler de plusieurs, exacerbé la hargne des autres : il est resté calme, un brin péremptoire, détaché et efficace.

L’anecdote devenue légende, et la légende ne mord que sur des gens hauts en couleurs, veut qu’il partît à la grand-messe sans attendre sa femme si, lui, le ou les chevaux, les enfants prêts, elle s’attardait encore à la maison; semblablement qu’il la laissât au village à muser au magasin général ou chez la mercière quand il avait fini ses dévotions, conversations et observations dominicales, si elle n’avait point rejoint la voiture et son homme. L’anecdote survint-elle quand le couple “retraité“ logeait au village et lequel? Saint-Hubert ou Chambly? Au plus probable, la famille de Louison, dont les cousins qui feront de la politique municipale, attestent de la notoriété régionale et des résidences de l’avenant, habitait la maison construite sur le lot précité quatre-vingt-dix-huit (98) dont Léon héritera. Pourvu qu’un grand fils pu ramener madame Daigneau, l’honneur est sauf pour un homme qui faisait peu de cas des ragots.

Tôt nanti d’une généreuse progéniture mâle, d’une solide santé durable, vite identifié “bleu“, Louis a reçu le gros de l’héritage et il veille à la productivité de la terre; bizarrement, si son fils aîné a un moins bon vent dans les voiles, il ne faut pas incriminer les seuls changements techniques qui déplacent les bonnes sources de revenu et obligent, comme les premières décennies de la Nouvelle-France, à la polyvalence professionnelle; Louison n’était ni riche ni génial investisseur. La forge réalignera les Daigneault. Au Québec d’alors ils sont une dizaine par région à correspondre au canevas “Louison“; son merveilleux “sale caractère“, qui ne l’empêchait peut-être pas de filer doux devant sa “bourgeoise“, innoculait, sinon le sens de la discipline, du moins celui de l’efficacité à quiconque s’associait à sa tâche. La méthode a porté fruits.

Des trois Louis qui mènent de Jean-Baptiste à Louison, nous savons bien peu de choses. Les informations qui apparaissent au diagramme de l’arbre sont bien discrète. Le chroniqueur du Moyen-Âge disait, les bras ballants, quand il manquait d’informations écrites ou de récits de témoins oculaires dignes de confiance : “Que dirais-je de plus?“ Je ne suis pas si démunie; cette triade affirme la stabilisation de la lignée de Longueuil, une spécialisation dans l’agriculture au détriment des autres métiers, la présence, parmi le cheptel de Louis marié à Geneviève Colin, de chevaux en nombre supérieur à la moyenne régionale des cheptels et qui présagent déjà la forge. À quoi servaient ces chevaux? Vraisemblablement à déboiser, essoucher et labourer la terre et à agrandir intensivement les espaces productifs.

De Louis, Marié à Anne-Charlotte Bouteiller et Angélique Gagné, et précisément de son union à celle-ci, sortira le sous-groupe dont plusieurs membres se singulariseront dans la vie politique municipale. Toussaint Daigneault assumera le premier, la mairie de la municipalité de la Paroisse Saint-Antoine de Longueuil de 1855 à 1858. Arthur Daigneault la reprendra pour un mandat en 1906. Basile Daigneault, premier maire de la municipalité de Saint-Basile, lui donnera son nom en surplus des terrains sur lesquels s’élève l’église.

S’il n’hérita pas de beaucoup de biens, quoique sa mère veuve, issue d’une famille bien assise à Boucherville et attachée par des liens amicaux à la baronnie, n’ait pu se mettre en ménage les mains vides, petit Jean-Baptiste hérita au moins de celle-ci et nul ne le contraignit à partager les terres parentales. La garde de la mère retarda-t-elle son mariage? Quoiqu’il en soit, il découvre à Longueuil, au milieu de la vingtaine, une jeune fille dont naîtra un fils et surtout des filles. Sa vie a l’air prudente; la mort de plusieurs petits nés de sa première femme et la mort de celle-ci qui suit de peu un accouchement ne favorise pas la hardiesse. En se remariant à une jeune veuve qui perdra aussi souvent sa couvée, il améliore sa situation affective et peut-être matérielle. Il se serre intelligemment sur le bourg de Longueuil : la situation politique de la Nouvelle-France inspire déjà des inquiétudes aux colons.

Jean-Baptiste Deniau, le fils de l’ancêtre, aurait toutes les raisons d’être le plus triste pionnier de cette grande famille. Il est orphelin dès l’adolescence, plusieurs de ses enfants meurent en bas âge. S’il a joui de revenus suffisants, ceux-ci n’ont pas effacé l’horreur du meurtre de ses parents et les mauvais souvenirs attachés à la belle maison paternelle dont il n’hérite d’ailleurs pas. Il n’avait rien pour être un “fend-le-vent ”. Il meurt trop jeune pour voir ses enfants installés et pour contribuer à cette installation. Sa mort précoce laisse soupçonner une force de travail médiocre et l’absence de ce trait qui sauve les Deniau que ne protègent ni l’avoir ni l’intuition d’une longue vie productive, soit l’esprit d’aventure, la détermination à tout recommencer ailleurs. Bien sûr il s’enracine à Longueuil et, par son geste, il transmet l’exemple de la prudence apprise chez son père.

J’ai décrit l’ancêtre aventureux, solide producteur de bois-la nature exacte de son travail intrigue simplement parce que l’expression qui le désigne “scieur de long ” a disparu-; il sciait en bois de planches larges des arbres abattus et sans doute, du moins durant ses premières années ici, les abattait-il lui-même.

Ses transactions, immobilisations de fonds en immeubles et rentes, ses ventes et emprunts, ses dettes, un actif en somme, ses multiples terres cédées, acquises, lui dessinent un profil d’homme plus entreprenant que bien des engagés libres et libérés, et une force, une résistance morale et physique peu commune, enviable. Je l’ai dit fantasque avec un franc-parler, peu diplomate sauf au chapitre des marchés à conclure. La région de La Rochelle, souvent rebelle et entrepôt de rebelles-sa prison n’est pas que dans les chansons,--comme l’île de Ré d’où vient sa promise, sont des provinces excentriques, peu au goût de Paris, et Jean prend vite ses distances avec le bon ton de Ville-Marie. Le Fief du Tremblay, durant les premières décennies de la colonie, malgré qu’il constitue une dot attrayante, est un repaire de sauvages, et le travailleur indépendant qui y prend feu-il n’y est pas seul, bien sûr--a de quoi désespérer voisins et famille. Étonnamment, ce Deniau, le plus loin de nous, s’impose, costaud comme plusieurs Daigneault d’aujourd’hui--je ne bénis pas la génétique mais je lui rend son dû—plus clairement que maints intermédiaires. Il y aura peu de Deniau aussi tenace et pourtant brouillon; Louis “ Louison ”, le grand-père de Roland, est taillé dans la même étoffe.

Des traits marquants, au moral et au physique, redondants, gommés l’espace d’une ou de deux générations, et qui resurgissent comme les rivières à cours souterrain, caractérisent cette enfilade de rejetons Daigneault. Il y a là davantage que les simples “ traits nationaux ”.

Ici la ténacité se démarque et l’intuition, conjointe à l’attention, comme celle du chasseur à l’affût de la manœuvre favorable au succès, la sert. Cette ténacité évite l’entêtement absurde : celui qui voit une situation bloquée réunit ses capacités d’aventure et porte ailleurs son énergie plutôt que de se buter.

Tous les hommes de cette lignée Deniau ne réunissent pas ces habiletés complémentaires idéalement équilibrées; cependant, tous disposent de l’une ou de l’autre plus ou moins développée.

Ils ont eu, l’ancêtre exclu, la prudence d’oublier le négoce et l’action politique sur la scène nationale; pour d’autres elle eut été rentable. Ils sont hommes à contrôler leur barque seuls ou avec peu de coéquipiers et choisissent sagement la terre où leur vigueur et leur indépendance les avantagent.

Je conclue en citant Roland, pourtant citadin, homme de paperasse et de musique qui loue cette vigueur et dit d’eux tous, comme une devise : “ On n’enferme pas un Daigneault ”.

CHAPITRE II

Les trois premières générations

Issues de Jean

FICHES-TABLEAUX

1ère Génération

Fiche no 1

DENIAU Jean, scieur de long, fils de Pierre et Jeannette Gaudet, né en la paroisse Sainte-Croix, Nantes, Bretagne vers 1630. Il vient au pays avec la Grande Recrue en 1653,

Hélène Daudin, à Montréal le 21-01-1664 (née vers 1646), fille d’Isaac (greffier de la justice) et d’Anne Jeannet de l’île de Ré, diocèse de LaRochelle—tués tous deux par les Iroquois le 12-08-1695, au chemin du Tremblay, Boucherville.

ENFANTS :

RENÉ, baptisé à Notre-Dame de Montréal le 18-01-1665, engagé pour l’Ouest, le 13-05-1688—décédé au Détroit, le 13-07-1730,

I- M.-Madeleine Matou, à 28 ans, (veuve de Jean de Haudecoeur), à Boucherville le 29-10-1692—décédée à Lachine le 15-07-1699,

II- Anastasie (Illinoise), vers 1705, dans le pays d’en Haut—décédée au Détroit le 19-05-1715.

GILLES, baptisé à Notre-Dame de Montréal le 22-04-1666, engagé pour l’Ouest, le 19-04-1685.

THOMAS, baptisé à Notre-Dame de Montréal le 21-01-1668.

PIERRE, baptisé à Notre-Dame de Montréal le 06-02-1670, engagé pour l’Ouest, le 24-05-1694 et en 1712—inhumé à Boucherville le 04-03-1750,

Marie-Anne-César, 21 ans, à Boucherville le 10-11-1698,--décédée le 04-12-1739.

MARGUERITE, née et baptisée à Montréal le 05-07-1671,

Alexandre Lacoste dit Languedoc, 25 ans, veuf de Jeanne Robin, soldat, fermier, à Boucherville le 24-04-1690, (habitent Longueuil).

JEAN-BAPTISTE, baptisé à Montréal le 02-11-1673, engagé pour l’Ouest, le 24-05-1694—décédé au chemin du Tremblay, le 03-09-1708,

Thérèse Ménard, 20 ans, à Boucherville le 11-02-1697.

Fiche no 2

RENÉ, aîné, baptisé à l’église Notre-Dame de Montréal le 18-01-1665, parti pour l’Ouest le 13-05-1688—décédé au Détroit le 13-07-1730,

I- M.-Madeleine Matou, à Boucherville le 29-10-1692, veuve de Jean Haudecoeur—décédée à Lachine le 15-07-1699,

II- Anastasie (…) Illinoise, dans le pays d’en Haut vers 1705—décédée au Détroit le 19-05-1715.

ENFANTS DU PREMIER MARIAGE :

NICOLAS, né au chemin du Tremblay, Boucherville le 14-09-1693—décédé au même endroit le 02-06-1694 à l’âge de 8 mois.

URSULE, née à Boucherville le 14-12-1694—décédée à l’Hôtel-Dieu de Montréal le 09-12-1729.

JEAN-BAPTISTE, né à Montréal le 24-06-1697, engagé de Sieur Robutel en 1722,

I- Marie Primeau, fille de François et Marie-Madeleine Deneau, le 27-11-1724,

II- Catherine Rufiange dite Laviolette, veuve de Simon Couillard, à Châteauguay, le 30-04-1736.

ENFANT DU SECOND MARIAGE :

ROSE, née vers 1705, (25 ans en 1730),

Pierre Courambec, en 1727.

Fiche no 3

PIERRE, 2e fils de l’ancêtre, baptisé à l’église Notre-Dame de Montréal le 06-02-1670, engagé pour l’Ouest les 24-05-1694 et 17-09-1712—décédé à Boucherville le 04-03-1750,

Marie-Anne César, à Boucherville le 10-11-1698.

ENFANTS :

MARIE-JEANNE, baptisée à Longueuil le 07-02-1701,

Jean-Baptiste Thibault, à Longueuil le 05-02-1725.

JACQUES, né à Longueuil le 09-02-1703,

Marie-Anne Thibault, à Rivière-des-Prairies, le 12-11-1725.

PIERRE, né à Longueuil le 27-07-1704,

Angélique Reguindeau, à Boucherville le 07-05-1731.

PIERRE-JOSEPH, né à Longueuil le 02-10-1706,

I- Suzanne Vaillancourt, au Sault-au-Récollet, le 05-03-1737,

II- Marie-Josephte Poudret-Poutré, au Sault-au-Récollet le 02-02-1750.

MARIE-ANTOINETTE, née à Longueuil le 21-02-1709, décédée au même endroit le 28-08-1709.

CATHERINE, née à Longueuil le 24-03-1711,

I- Jean-Baptiste Charbonneau, à Longueuil le 10-01-1729,

II- Charles Cardinal, à Lachine, le 19-01-1750.

ANTOINETTE, née à Longueuil le 24-01-1713,

François Petit, à Longueuil le 25-07-1735.

ÉTIENNE, né à Montréal le 05-11-1714—décédé à Longueuil le 22-07-1715.

MARIE-LOUISE, née à Longueuil le 10-11-1716—décédée à Longueuil le 27-05-1718.

JOSETTE, née à Longueuil le 30-08-1718,

Joseph Lebeau, (Bau) à Boucherville le 29-09-1740.

CHARLOTTE, née et décédée à Longueuil le 17-08-1723.

Fiche no 4

JEAN-BAPTISTE, 3e fils de l’ancêtre, baptisé à Montréal le 02-11-1673, engagé pour l’ouest le 24-05-1694—décédé au chemin du Tremblay, à Boucherville le 03-09-1708,

Thérèse Ménard, à Boucherville le 11-02-1697. Veuve, elle épouse Jean Desnoyers le 29-02-1724 (réhabilitation d’un mariage à la gaumine qui a lieu en 1717).

ENFANTS :

JEAN-BAPTISTE, né et baptisé à Boucherville le 06-12-1697—décédé à Boucherville le 03-02-1698.

MARIE, née et baptisée à Boucherville le 01-12-1698.

JEAN-BAPTISTE, né à Boucherville le 16-03-1700—décédé le 30-08-1753,

I- Marie-Anne Benoît, à Longueuil le 29-04-1725,

II- Marie-Françoise Bouteille, à Longueuil le 14-04-1755

PIERRE, né à Boucherville le 04-01-1702—décédé à Boucherville le 04-06-1703.

PIERRE, né le 26-06-1704,

I- Jeanne-Lamarre, à Longueuil le 25-11-1726,

II- Thérèse Deschambre, à Longueuil le 14-04-1755.

NICOLAS, né à Longueuil le 02-07-1706—décédé à Longueuil le 10-11-1707.

JOSEPH, né à Longueuil le 11, baptisé le 12-03-1708.

II e-GÉNÉRATION

Fiche no 4a

JEAN-BAPTISTE, fils de René et de Marie-Madeleine Matou, né à Boucherville le 24-06-1697, baptisé à l’église Notre-Dame de Montréal,

I- Marie Primot, le 27-11-1724,

II- Catherine Rufiange-Laviolette, veuve de Simon Couillard, à Châteauguay, le 30-04-1736.

FILS DU PREMIER MARIAGE :

JOSEPH-MARIE,

Marie-Thérèse Ranger, à Ste-Anne-de-Bellevue le 09-11-1750.

FILS DU SECOND MARIAGE :

TOUSSAINT,

Véronique Duquet, à Châteauguay, le 11 février 1765,

HYPOLITE,

Marie-Anne Primot, fille de Pierre et de feue Marie-Gabrielle Malet, à Châteauguay, le 14 avril 1766.

Fiche no 5

JACQUES, fils aîné de Pierre et de Marie-Anne César, né à Longueuil le 09-02-1703,

Marie-Anne Thibault-Léveillée, 16 ans, paroisse Saint-Joseph, Rivière-des-Prairies, le 12-11-1725.

ENFANTS :

JACQUES, né à Boucherville le 14-11-1726,

Catherine Demers (Dumais), à Longueuil le 27-11-1747.

JEAN-BAPTISTE, né à Bouchervlle le 21-08-1728,

I- Jeanne Demers (Dumais), à Laprairie le 01-05-1752,

II- Marie-Reine Blanchet, à Saint-Philippe le 07-11-1791.

MARIE-ANNE, née à Boucherville le 17-03-1732,

Pierre Poupart, à Laprairie le 14-04-1749.

ÉLIZABETH, née à Boucherville le 22-08-1733,

François Dupuy, à Saint-Philippe le 10-02-1755.

VÉRONIQUE, née à Boucherville le 05-01-1735,

Michel Giroux, à Laprairie le 26-02-1753.

CHARLOTTE, née à Boucherville le 28-08-1736.

PIERRE, né à Boucherville,

Josette Beaudin, à Saint-Philippe le 12-11-1757.

ANTOINE, né à Boucherville le 19-01-1738,

Thérèse Deneault, à Saint-Constant le 25-02-1759.

MARIE-MADELEINE, née à Boucherville le 23-09-1739.

JOSEPH-MARIE, né à Boucherville le 31-08-1741,

Agathe Simard, à Saint-Philippe le 22-07-1774.

MARIE-JOSEPHTE, née à Boucherville le 15-07-1742—décédée le 12-10-1749, à Laprairie.

CHARLES, né le 27 février 1744,

Monique Lestage, Saint-Philippe le 18-02-1765.

NICOLAS, né à Laprairie le 14-12-1747,

Marie-Louise Normandin, à Laprairie le 21-01-1771,

Suzanne Lemieux, à Saint-Philippe le 02-03-1778.

CATHERINE,

Thomas Delaunay.

Fiche no 6

PIERRE, 2e fils de Pierre et de Marie-Anne César, né à Longueuil le 27-07-1704,

Angélique Joachim-Reguindeau, à Boucherville le 07-05-1731.

ENFANTS :

PIERRE, né à Longueuil le 20-08-1733.

LOUIS, né à Longueuil le 10, baptisé le 11-01-1737,

Louise Huet, à Boucherville le 18-10-1762.

JOSEPH-JOACHIM, né à Boucherville le 15 et baptisé le 17-09-1738,

I- Véronique Lesieur, à Boucherville le 21-01-1765,

II- Josette Gauthier, à Boucherville le 23-10-1769.

SIMON, né et baptisé à Boucherville le 08-06-1740,

Angélique Petit, à la Pointe-aux-Trembles le 13-10-1740.

RICHARD, né et baptisé à Boucherville le 15-12-1741,

Marie-Josette Blouin, à Boucherville le 14-02-1774.

CHARLES, né et décédé à Boucherville le 01-03-1743.

MARIE-ANNE, née et baptisée à Boucherville le 30-06-1744.

JEAN-BAPTISTE, né et baptisé à Boucherville le 30-01-1747,

Marie Maillot, à Boucherville le 07-01-1771.

PASCAL, né et baptisé à Boucherville le 23-06-1748.

ANGÉLIQUE,

François Brunelle, à Boucherville le 19-02-1753.

MARGUERITE,

Jean-Baptiste Charbonneau, à Boucherville le 01-03-1756.

JACQUES, né à Boucherville le 31-10-1745,

I- Françoise Ossant, à Boucherville le 12-10-1767,

II- Thérèse David, à Boucherville le 14-02-1774.

Fiche no 7

PIERRE-JOSEPH, 3e fils de Pierre et de Marie-Anne César de Boucherville, né à Longueuil le 02-10-1706,

I- Marie-Suzanne Vaillancourt, au Sault-au-Récollet le 05-03-1737,

II- Marie-Josephte Poutré, au Sault-au-Récollet le 02-02-1750.

ENFANTS DU PREMIER MARIAGE :

JOSEPH, né et baptisé à Longueuil le 18-01-1738—décédé le 20-04-1750.

MARIE-CHARLOTTE, née et baptisée à Longueuil le 04-04-1739,

Pierre Destroches-Bezier, à Longueuil le 17-01-1757—décédée à Longueuil le 07-06-1763.

MARIE-SUZANNE, née à Longueuil, le 01, baptisée le 02-04-1740,

Joseph Filiatrault, à St-Louis le 07-02-1763.

MARIE-GENEVIÈVE, née à Longueuil le 14, baptisée le 15-11-1741,

Augustin Valiquet, à St-Vincent-de-Paul le 20-02-1764.

FRANÇOIS, né à Longueuil le 04-08-1743—décédé à Longueuil le 17-11-1755.

PIERRE, né et baptisé à Longueuil le 30-09-1744.

MARIE-ÉLIZABETH, née à Longueuil le 23, baptisée le 24-10-1745,

Michel Hardy, à Saint-Philippe le 05-07-1762.

ENFANTS DU SECOND MARIAGE :

MARIE-JOSEPH, née à Longueuil le 17-04-1752,

Jean-Prisque Giroux, à Saint-Philippe le 14-10-1771.

MARIE-CHARLOTTE, née à Longueuil le 24-05-1756,

Joseph Tessier, à Saint-Philippe le 19-04-1779.

MARIE-ANNE, née à Longueuil le 25-02-1761,

François Giroux, à Saint-Philippe le 15-11-1779.

LOUISE, née à Longueuil le 21-05-1763.

MARIE-MADELEINE, née à Longueuil le 12-08-1765.

Fiche no 8

JEAN-BAPTISTE, 2e fils de Jean-Baptiste et de Thérèse Ménard (Boucherville), né à Boucherville le16-03-1700,

Marie-Anne Benoît, à Longueuil le 29-04-1725,

Marie-Françoise Bouteille, à Longueuil le 14-04-1755.

ENFANTS DU PREMIER MARIAGE :

M.-ANNE, née à Longueuil le 21-02-1726—décédée à Longueuil le 14-05-1731.

GENEVIÈVE, née à Longueuil le 04, baptisée le 05-02-1728,

Pierre Aymart, à Longueuil le 11-01-1745.

JEAN-BAPTISTE, né à Longueuil le 04-07-1730,

Marie-Josephte Gagné, à Laprairie le 07-11-1757.

LOUIS, né à Longueuil le 25-08-1732,

I- Marie-Anne-Charlotte Bouteille, à Longueuil le 16-06-1755 (consanguinité),

II- Angélique Gagné, à Notre-Dame de Laprairie, le 07-01-1760.

MARIE-ANNE, née à Longueuil le 02, baptisée le 03-09-1734,

Claude Kergrecolet, à Longueuil le 09-02-1750 (consanguinité).

PIERRE-AMABLE, né à Longueuil le 26, baptisé le 27-07-1736.

MARIE-JOSEPH, née à Longueuil le 15, baptisée le 16-05-1739—décédée à Longueuil le 03-06-1739.

MARIE-JOSEPH, née à Longueuil le 27, baptisée le 28-12-1740,

Pierre Caille-Biscornet, à Longueuil le 20-10-1760.

MARIE-CHARLOTTE, née à Longueuil le 05, baptisée le 06-07-1742—décédée à Longueuil le 13-07-1742.

MARIE-JULIE, née et baptisée à Longueuil le 01-02-1745—décédée à Longueuil le 14-02-1745

ANTOINE, né à Longueuil le 26-03-1747—décédé à Longueuil le 01-06-1747.

ANTOINE, né à Longueuil le 30-04-1749—décédé à Longueuil le 20-05-1749.

AUGUSTIN, né à Longueuil le 25-02-1751—décédé à Longueuil le 03-05-1751.

GENEVIÈVE, née à Longueuil le 01-05-1752.

JOSEPH, né et décédé à Longueuil le 25-08-1753.

Fiche no 9

PIERRE, 4e fils de Jean-Baptiste et de Thérèse Ménard de Boucherville, né à Longueuil le 26-06-1704,

I- Jeanne Lamarre, à Longueuil le 25-11-1726—décédée le 05-12-1734 à Longueuil.

II- Marie-Thérèse Deschambre, à Longueuil le 07-11-1736.

ENFANTS DU PREMIER MARIAGE :

MARIE-JOSEPH,

André Foucrault-Missèque, à Longueuil le 25-09-1747.

JEANNE, née à Longueuil le 26-01-1728.

JACQUES-PIERRE, né et baptisé à Longueuil le 25-07-1729.

PIERRE, décédé à Longueuil le 17-05-1730 à l’âge de 2 mois de la “ picote ”.

LOUIS-PIERRE, né à Longueuil le 10, baptisé le 11-08-1732—décédé à Longueuil le 26-02-1733, de la “ picotte ”.

ENFANT DU SECOND MARIAGE :

MARIE-THÉRÈSE, décédée à Longueuil le 01-07-1747 à l’âge de 6 semaines.

IIIe- GÉNÉRATION

Fiche no 9a

JEAN-BAPTISTE,

Marie Primot, le 27-11-1724.

LEUR FILS :

JOSEPH-MARIE,

Marie-Thérèse Ranger, à Sainte-Anne-de-Bellevue (Bout de l’Île de Montréal) le 09-11-1750.

Fiche no 10

JACQUES, premier fils de Jacques et de Marie-Anne Thibault-Léveillée, né à Boucherville le 14-11-1726,

Marie-Catherine Demers (Dumais), à Longueuil le 27-11-1747—décédée le 16-06-1795 à l’âge de 67 ans.

LEURS ENFANTS :

MARIE-CATHERINE, née à Longueuil le 25, baptisée le 26-03-1749—décédée à Longueuil le 17-01-1750.

MARIE, née à Longueuil le 14-09-1750,

Thomas Donet, à Longueuil le 09-02-1789.

ÉLIZABETH, née à Longueuil le 13-02-1753,

Pierre Jourdonnais, à Longueuil 24-02-1783.

MARIE-ÉLIZABETH, née à Longueuil le 10, baptisée le 11-06-1754,

Pierre Pigeon, à Longueuil le 15-02-1773.

MARIE-ARCHANGE, née à Longueuil le 15, baptisée le 16-10-1755,

I- Antoine Moquin, à Longueuil le 07-04-1777,

II- Joseph Barret, à Longueuil le 10-11-1788.

JOSETTE,

Pierre-François Moquin, à Longueuil le 03-02-1777.

MARIE-LOUISE, née et baptisée à Longueuil le 22-12-1758.

MARIE-CHARLOTTE, née et baptisée à Longueuil le 28-07-1760,

Jean-Baptiste Paschal, à Longueuil le 04-02-1799.

JACQUES,

Véronique Gervais, à Longueuil le 05-11-1781.

PIERRE, né à Longueuil le 10-03-1762—décédé à Longueuil le 23-03-1844,

Anastasie-Hébert, à Laprairie le 06-08-1787.

CHARLES, né à Longueuil le 09-02-1764.

M.-AMABLE, née à Longueuil le 06-05-1765—décédée à Longueuil le 24-08-1765.

MARIE, née à Longueuil le 05-07-1766.

MARIE-ARCHANGE, née à Longueuil le 27-07-1767—décédée à Longueuil le 29-01-1768.

ROSE,

François Dupuis, à Longueuil le 06-10-1788.

ROSALIE, née à Longueuil le 27-12-1769.

MARTHE, née à Longueuil le 25-04-1774.

FRANÇOIS,

Angélique Surprenant, à Laprairie le 22-05-1795.

Fiche no 11

JEAN-BAPTISTE, 2e fils de Jacques et de Marie-Anne Thibault, né à Boucherville le 21-08-1728,

I- Jeanne Dumais (Demers), à Laprairie le 01-05-1752,

II- Marie-Reine Blancher, à Saint-Philippe le 07-11-1791.

ENFANTS DU PREMIER MARIAGE :

MARIE-JEANNE,

Joseph Gauthier, à Saint-Philippe le 10-02-1772.

MARIE-JOSEPHTE,

Jean-Baptiste Martin, à Saint-Philippe le 12-10-1778.

FRANÇOIS,

Marie-Josephte Blo, à Saint-Philippe le 06-08-1787.

Fiche no 12

PIERRE, 3e fils de Jacques et de Marie-Anne Thibault,

Josette Beaudin, à Saint-Philippe le 12-01-1757.

LEURS ENFANTS :

JOSEPHTE,

Louis Lerige, à Saint-Philippe le 20-10-1777.

JOSEPH,

Françoise Beaudin, à Saint-Philippe le 15-01-1787.

JACQUES,

Josephte Lebel, à Saint-Philippe le 26-11-1787.

MARIE-HYPOLYTE,

Jean-Baptiste Giroux, à Saint-Philippe le 27-07-1795.

LOUIS,

Louise Mercier, à Saint-Philippe le 07-11-1796.

PIERRE,

Marie-Louise Poissant, à Saint-Philippe le 16-10-1797.

CATHERINE,

Étienne Giroux, à Saint-Philippe le 01-07-1806.

Fiche no 13

ANTOINE, 4e fils de Jacques et de Marie-Anne Thibault,

Thérèse Deneau, à Saint-Constant, le 25-02-1759.

LEURS ENFANTS :

MARIE-JOSEPH,

Amable Denault, à Saint-Philippe le 04-08-1788.

ALEXIS,

Marie-Josephte Hébert, à Saint-Philippe le 07-11-1791.

MARIE-ANNE,

François Lebert, à Saint-Philippe le 03-10-1785.

MARIE-ANGÉLIQUE,

Maurice Brouillet, à Saint-Philippe le 26-10-1778.

Fiche no 14

JOSEPH-MARIE, 5e fils de Jacques et de Marie-Anne Thibault,

Agathe Simard, à Saint-Philippe le 22-07-1774.

LEURS ENFANTS :

AGATHE,

Augustin Tremblay, à Saint-Philippe le 16-02-1795.

MARGUERITE,

François Payant, à Saint-Philippe le 16-02-1801.

JOSEPH,

Julie Welles, à Saint-Philippe le 21-02-1803.

Fiche no 15

CHARLES, 6e fils de Jacques et de Marie-Anne Thibault,

Monique Lestage, à Saint-Philippe le 18-02-1765.

Fiche no 16

NICOLAS, 7e fils de Jacques et de Marie-Anne Thibault,

I- Marie-Louise Normandin, à Laprairie le 21-01-1771.

II- Suzanne Lemieux, à Saint-Philippe le 02-03-1778.

Fiche no 17

LOUIS, 2e fils de Pierre et d’Angélique Reguindeau,

Louise Huet dite Dulude, à Boucherville le 18-10-1762.

LEUR FILS :

JACQUES,

Madeleine Leriche, à Boucherville le 15-06-1789.

Fiche no 18

JOSEPH-JOACHIM, 3e fils de Pierre et d’Angélique Reguindeau, né à Boucherville le 15-09-1738,

I- Véronique Lesieur (Levasseur), à Boucherville le 21-01-1765,

II- Marie-Josette Gauthier, à Boucherville le 23-10-1769.

ENFANT DU PREMIER MARIAGE :

VÉRONIQUE,

Joseph Gauthier, à Boucherville le 14-05-1787.

ENFANT DU SECOND MARIAGE :

ÉLIZABETH,

Michel Viau, à Boucherville le 22-09-1806.

Fiche no 19

SIMON, 4e fils de Pierre et d’Angélique Reguindeau, né à Boucherville le 05-06-1740,

Angélique Petit, à la Pointe-aux-Trembles le 13-10-17??.

LEURS ENFANTS :

ANGÉLIQUE,

Urbain Huet, à Boucherville le 21-11-1791.

SIMON,

Françoise Plat, à Boucherville le 12-11-1792.

LOUIS,

Marie Morin, à Boucherville le 14-01-1793.

Fiche no 20

RICHARD, 5e fils de Pierre et d’Angélique Reguindeau, né à Boucherville le 15-12-1741.

Marie-Josette Blouin, à Boucherville le 14-02-1774.

ENFANT :

JOSETTE,

Joseph Favreau, à Boucherville le 14-06-1802.

Fiche no 21

JEAN-BAPTISTE, 7e fils de Pierre et d’Angélique Reguindeau, né à Boucherville le 30-01-1747,

Marie Maillot, à Boucherville le 07-01-1771.

Fiche no 22

JACQUES, 9e fils de Pierre et d’Angélique Reguindeau, né à Boucherville le 31-10-1745,

I- Françoise Ossant, à Boucherville le 12 10-1767,

II- Thérèse David, à Boucherville le 14-02-1774.

ENFANT DU PREMIER MARIAGE :

MARGUERITE,

Germain Gauthier, à Boucherville le 06-01-1786.

ENFANT DU SECOND MARIAGE :

LOUIS,

Eudaxie Ménard, à St-Mathieu-de-Beloeil le 06-11-1827.

Fiche no 23

JEAN-BAPTISTE, premier fils de Jean-Baptiste et de Marie-Anne Benoît, né à Longueuil le 04-07-1730,

Marie-Josephte Gagné, à Lapairie le 07-11-1757.

LEURS ENFANTS :

MARIE-JOSEPH, née à Longueuil le 24, baptisée le 25-09-1758 chez Louis Deniau (oncle)—décédée à Longueuil le 29-09-1758.

REINE,

Pierre Lestage, à Saint-Philippe le 11-02-1782.

MARIE-ANNE,

François Brosseau, à Saint-Philippe le 20-08-1787.

JEAN-BAPTISTE,

Françoise Bourdon, à Saint-Philippe le 04-02-1788.

MICHEL,

Marguerite Surprenant, à Saint-Philippe le 04-02-1793.

PIERRE,

Marie Michon, à Saint-Philippe le 14-07-1800.

Fiche no 24

LOUIS, 2e fils de Jean-Baptiste et de Marie-Anne Benoît, né à Longueuil le 25-08-1732,

I- Marie-Anne-Charlotte Bouteille (Bouteiller), à Longueuil le 16-06-1755—décédée le 27-04-1758 à l’âge de 21 ans,

II- Angélique Gagné, à Laprairie le 07-01-1760—décédée le 15-09-1820 à l’âge de 79 ans.

ENANT DU PREMIER MARIAGE :

LOUIS, né et baptisé à Longueuil le 04-10-1756,

Geneviève Colin-Laliberté, le 23-10-1780.

ENFANTS DU SECOND MARIAGE :

LOUIS-TOUSSAINT, né à Longueuil le 09-01-1761.

JEAN-BAPTISTE, né le 10-09-1762.

JOSEPH, (cultivateur), né à Longueuil le 28-12-1765,

Apoline Fournier-Préfontaine, à Longueuil le 27-07-1789.

FRANÇOIS, (cultivateur), né à Longueuil le 31-10-1767,

Marguerite-Monty, à Chambly le 22-10-1798.

MARIE-ANGÉLIQUE, née à Longueuil le 19-08-1769—décédée à Longueuil le 27-04-1770.

ALEXIS, laboureur, né à Longueuil le 26-02-1771,

Marie-Élizabeth Benoît-Livernois, à Longueuil le 20-02-1797.

MARIE-ANGÉLIQUE, née à Longueuil le 26-02-1773,

François-Xavier Dubuc (cultivateur), à Longueuil le 11-08-1788.

MARIE-AMABLE, née à Longueuil le 17-01-1775,

François Benoît, à Longueuil le 09-02-1795.

MARIE-SUZANNE, née à Longueuil le 16-02-1777.

RAPHAËL.

La famille Deniau, avec des variations d’orthographe au patronyme, quelques surnoms, des groupes homonymes et homophones qui ne doivent rien à leur fondateur, s’est bel et bien établie au Québec dans une région précise dont les points forts sont Montréal, Longueuil, Chambly, Saint-Bruno, Laprairie.

Les vingt-six fiches-tableaux qui intronisent ce chapitre permettront au lecteur de suivre les déplacements des premiers Deniau québécois. Je souhaite qu’elles servent à optimaliser la compréhension du texte et pour le lecteur à s’enthousiasmer pour la vaillance de ces bâtisseurs que le sort gâte rarement. Les personnages dont la date et le lieu de naissance, de décès, etc., ne nous furent pas données se les ont vu attribuer après des calculs et déductions appuyés sur des informations archivées. Les astérisques qui accompagnent les noms de quelques personnages indiquent que nous disposons d’actes notariés relatifs à des transactions qui les concernent.

Du point de vue colonial, l’aventure Deniau est un succès. J’appelle succès, le bilan d’un fondateur qui n’est pas rentré en France. Jean Deniau a fait souche au Québec et si deux de ses fils, Gilles et Thomas, nous manquent par leur disparition précoce, rien ne permet de croire qu’ils retournèrent en France ou errèrent pour mourir, à peine adulte et sans progéniture, débilités et démissionnaires.

UN HOMME ET DES ARBRES

L’ancêtre : des documents sûrs, certains archivés au greffe de Monchy en France, indiquent son statut à son arrivée chez-nous et permettent d’explorer les premières années de sa vie nord-américaine, de déduire un caractère qui éclaire son emploi du temps, de ses talents, de ses énergies et peut-être les circonstances de sa mort spectaculaire.

L’homme est né à Nantes en 1630, fils de Pierre et de Jeannette Gaudet, de Nantes, en Bretagne. De ses parents, nous ne savons rien. Cependant l’étiquette “ gentilhomme ” attaché à son patronyme dans les documents relatifs à l’attribution de terres et sa désignation claire comme scieur de bois dans des écrits contemporains de la fondation de Montréal par monsieur de Maisonneuve, avec qui il passa l’Atlantique, éliminent des hypothèses quant à ses origines et à sa condition socio-économique originelle.

Il n’est ni de haute souche nobiliaire, pas “ sang bleu ”, mais pas miséreux. Ces traits ne le départagent pas de la marche des hommes de modeste origine urbaine et proche urbaine qui constituèrent le premier noyau d’immigrants. S’il reçut vraiment 135 livres à bord du vaisseau sur lequel il était déjà monté et qui naviguerait les jours suivants vers Ville-Marie, il n’y est pas à titre d’ ”engagé ” mais de volontaire.

“ …(il) reconnut néanmoins avoir reçu la somme de 110 livres, en présence du notaire Belliotte, étant déjà sur le bâtiment qui devait le porter en Canada (1) . ”

1 Auger, Roland, La Grand Recrue de 1653, Montréal, publication de la Société généalogique canadienne-française, No 1, 1955.

Comme la plupart des passagers, il est célibataire. Des couples jeunes et d’âge moyen étaient dès lors recrutés. Ceux-ci, suivis de près par les hommes jeunes qui se mariaient peu après leur débarquement, réussissaient mieux que les esseulés à dépasser le dépaysement et à s’organiser une vie décente en colonie. Les engagés, ceux à qui un marchand, avec des projets de commerce, de production d’un bien nécessaire à la vie des futurs colons ou à quelques facettes de l’opération colonisatrice avancent les frais de voyage en échange de trois ans d’un travail imposé, donc de gages déjà hypothéqués par le remboursement de leur dette, n’avaient pas les coudées franches avec les autorités civiles. Les ouvriers spécialisés, précieux, surent seuls se faire respecter. Les militaires de carrière, gradés et délégués à la formation et à l’encadrement des milices permanentes et entretenues contre la menace indienne et celle des désordres internes consécutifs à la relative anarchie des premières installations de Québec, de Ville-Marie et des seigneuries attenantes, tinrent aussi vite le haut du pavé avec “ l’establishment ” civil, religieux et mercantile. Jean Deniau n’est ni des uns ni des autres. S’il vient comme engagé par la Société de Notre-Dame ou la Compagnie de Saint-Sulpice, et la date inconnue (2) de son embarquement légitime cette hypothèse, il joint les rangs de ceux dont les contrats prévoient la nullité de leur dette, pourvu qu’ils s’installent à Montréal et se débrouillent. La rareté de volontaires et le déficit des embaucheurs tenus à un quota expliquent cette clause. La somme touchée ici indique des habiletés multiples.

(2) Début de la décennie 50.

La Bretagne souffrait alors, comme plusieurs provinces, du chômage urbain et de la misère rurale attachée aux guerres permanentes du XVIIe siècle. Le titre de gentilhomme s’attache durant une ou deux générations aux militaires—Jean Deniau est ainsi désigné—mercenaires, hommes qui ont, faute de grande fortune, choisi le métier des armes. Sans doute Jean avait-il combattu en France. Sans doute ses parents, de longtemps citadins—Nantes est ancienne, densément peuplée, inhospitalière et toujours engagée dans les conflits franco-anglais—jouirent-ils du statut de bourgeois, c’est-à-dire de ces membres de vielles familles dont certaines se mêlèrent d’administration municipale. Leur aisance, fonction du nombre de leurs enfants mâles valides—trop ou pas assez gêne la mise en valeur du capital familial—nous échappe. Quoi qu’il en soit, Jean est un jeune aduste robuste, son métier l’atteste, quand il accompagne Maisonneuve; requis pour une tâche signifiante, il touche en main propre, une avance-salaire. Son intimité hypothétique avec de Maisonneuve n’ajoute rien aux données connues; il fallait néanmoins que son métier de scieur de bois de construction, “ scieur de Longueuil ”, métier récent ou exercé en Bretagne, fait assez improbable, rende ses services paramilitaires appréciables.

Deniau élit durablement domicile au Québec; rien ne l’eut empêché, après un bout d’essai comme pigiste scieur, de retourner chez lui. La procuration signée plus tard par lui et sa femme ne concerne vraisemblablement pas des biens abandonnés outre-mer; un contrat de mariage en communauté de biens ne requérait sa signature que pour des acquis du couple. Jean ne fit venir aucun des siens et n’avait sans doute aucun bien en Bretagne.

Hélène Daudin, sa future épouse, vient de Basse-Bretagne et le mariage survenu en 1664 :

“ …le 25 novembre 1663, il passe son contrat de mariage avec Hélène Daudin, fille d’Isaac et d’Anne Jeannet, de l’Île de Ré, évêché de LaRochelle qu’il épouse le 21 janvier 1664 à Notre-Dame de Montréal (3) ”.

(3)- Auger, Roland, La Grade Recrue de 1653, Montréal, publication de la Société généalogique canadienne-française, 1955.

Soit plus ou moins une décennie après son arrivée, indique qu’il l’a connue ici. Elle n’y était pas à titre de pensionnaire, “ fille du roi ”, mais à titre de fille d’un couple installé chez-nous.

Tous les colons nantis de terre, et les concessions venaient vite suivant le désir de l’administration coloniale de stabiliser les arrivants, d’axer le développement sur la vie rurale et villageoise, et de jouir des impôts divers, déboisaient, cultivaient, chassaient, achetaient aux indiens peaux et produits usuels. Deniau n’a visiblement pas privilégié l,agriculture.

Consigné au registre des résidents de Montréal en 1673,

“ …est taxé de dix sols au rôle des habitants de Montréal (4) ”.

(4)- Ibidem.

Il y tient feu à cette époque. La vente de sa terre longueuilloise en 1678 et l’acquisition d’une semblable, boisée, à Boucherville, la même année, la liquidation d’une autre terre à la côte Saint-François (Île Jésus), ces trois lots et la “ résidence ” qui relèvent de seigneuries distinctes, le révèlent mobile. La coupe d’arbres et le sciage, qui l’occupent encore en 1686, indiquent qu’il utilisa ses terres, successivement et simultanément, davantage comme source de matière première transformable, le bois, qu’il ne les laboura et mit en culture.

“ …Il passe son hiver de 1686 à couper des arbres pour pouvoir livrer 200 planches à François Blot, aux termes de leur contrat du 27 novembre 1685 et il en obtient 62 livres le 12 mai 1686 (5) ”.

(5)- Ibidem.

Ce même intérêt l’a fait créancier, moral ou autre, d’un bouchervillois : Nicolas Dubreuil qui lui lègue une terre en 1690. Celle-ci, partiellement en culture, indique une tardive conjonction de ses goûts pour la culture et le commerce du bois. C’est un manipulateur d’argent; d’abord de petites sommes. En 1674, à la constitution d’une rente à l’abbé Souart, co-résident de son quartier, “ sa côte ” devenue notre Vieux-Montréal, il a quarante-cinq ans. Tous ses enfants, six ou sept, le cas de Marie en litige, sont nés. Des transactions multiples relatives au transport de bois et de matériaux de construction, l’absence de contrats d’embauche avec des ouvriers (ils ont pu disparaître) qui lui eussent construit ses maisons, désignent un homme plus intéressé à investir son capital dans le commerce du bâtiment qu’à tâter du rendement agricole d’une terre, à constituer un cheptel.

Les ventes de terres durant les premières années qui suivent leur concession—ici le moment choisi pour les ventes le montrent finaud—obligent à une taxe. La résidence à Montréal porte un impôt élevé à moins de loger chez le maître dont on est l’apprenti ou le valet, et Jean ne l’est pas. La caserne seule loge gratuitement ses officiers et les déplacements entre les pied-à-terre simultanés avec les droits de barrière etc. se porte au passif des revenus. Pour légitimer cette bougeotte coûteuse, caractéristique des premiers colons, mais renforcée ici par les séjours hors les bourgs, il fallait un bénéfice et le goût des affaires le fonde. Jean dotera-t-il généreusement sa fille? Installera-t-il confortablement ses trois fils, Pierre, Jean-Baptiste et René qui atteignirent l’âge d’homme et dont la trace certaine nous reste (6)?

(6)- Thomas et Gilles, qui auraient eu trente ans lors de la vague d’émigration montréalaise vers l’ouest et la Louisiane, partirent-ils par nécessité? Les montréalais, davantage que les hommes des rives, furent majoritaires dans cette équipée, mais peu de bien (de terre) oblige et leur père leur véhiculait l’esprit montréalais. À moins de brouille obscure, ils pouvaient se voir concéder des terres seigneuriales; Jean ne pouvait-il pousser la roue? Leur mort n’a pas été consignée. Furent-ils peu robustes, passèrent-ils si tôt aux Etats-Unis ou le clan essaima?

L’homme d’affaires, le “ self-made-man ”, ne se rallie pas automatiquement la confiance de la petite bourgeoisie, malgré des succès financiers brefs, inégalement brillants et dont la stratégie nous échappe comme ce fut peut-être le cas pour ses contemporains. S’en méfiait-on? Visiblement, à distance, il s’endette et se déprend à court terme de ses créanciers, honore ses engagements via échanges et abandons de biens, immeubles et terrains hypothéqués. Des rapports ponctuels avec les indiens ne l’empêchent pas d’être tué, massacré avec sa femme par des Iroquois à Boucherville, dans la décennie 90. Pourquoi tuer aussi la femme, pourquoi narguer un fils dont la terre ne peut être loin du lieu de l’attentat? Victime anonyme, vengeance personnelle ou proie propre à faire un exemple?

Deniau, de loin, se montre cavalier, imprudent en affaires et en relations humaines. Une pièce d’homme hardi qui ne réserve pas son énergie, ne se prépare pas une retraite douillette à se faire bichonner par un fils aîné ou puîné comblé par les biens paternels. Il ne requiert pas plus un toit sur sa tête que les autochtones.

Le nombre des enfants Deniau, légèrement inférieur à la moyenne des naissances montréalaises de l’époque, n’indique rien de plus que des absences fréquentes du père. La fin du printemps et le début de l’automne ne sont pas pour Jean des périodes de repos, après déboisement, brûlis, semences, récoltes fin festive de l’hibernation forcée et de l’alimentation débilitante de l’hiver. Lui, il coupe son bois, peut-être le sort-il, le descend-il lui-même vers les routes. Il n’a pas de temps à consacrer à l’agriculture. Le quartier de sa résidence montréalaise est déjà très urbain avec des lots étroits; sans doute ne délègue-t-il pas de travail agricole à quelque employé installé sur sa terre.

La consignation des baptêmes des enfants aux registres de l’église Notre-Dame de Montréal ne permet pas d’affirmer qu’ils naquirent tous sur l’île; elle indique une forte probabilité. Et pourtant…Hélène a tenu maison à Boucherville. Quand les Deniau s’y transportèrent-ils tous? Quand les aînés eurent-ils atteint l’âge de s’occuper de la terre? Jean perd, toute proportion gardée, peu d’enfants; je néglige des fausses couches ignorées par les archives. J’opine néanmoins à croire que Thomas et Gilles moururent jeunes en m’appuyant sur l’indifférence à consigner les morts dès que, vers la fin du siècle, la colonie montréalaise cesse d’être un réseau de marchands et de colons mutuellement connus, établis au bourg ou sur les côtes en tirant vers Lachine. Ce trait est souvent révélé par les historiens démographes qui analysent la population de Montréal et de la Nouvelle-France à la fin du XVIIe siècle, notamment par Hubert Charbonneau cité par Louise Dechêne :

“ …Le sous-enregistrement des décès en général avait déjà été constaté par Hubert Charbonneau, en confrontant les recensements et les chiffres paroissiaux de la colonie entre 1665 et 1668. On pourrait croire cependant que ces omissions avaient disparu à mesure que les paroisses s’organisaient et se stabilisaient. Nous voyons qu’il n’en est rien, du moins pour ce qui touche la mortalité en bas âge, car c’est certainement le quart des enfants qui meurent dans l’année qui suit leur naissance au XVIIe siècle comme au XVIIIe siècle (7). ”

(7)- Dechêne, Louise, Habitants et marchands de Montréal au XVIIe siècle, Paris, Plon, coll. Civilisation et mentalité, pp. 116-117.

La famille Deniau n’est pas si petite. On a, à cette époque, surfait la fécondité générale des géniteurs et le nombre de familles entières, c’est-à-dire celles dont les rejetons atteignent l’âge adulte. Jean et Hélène procréent majoritairement des enfants mâles, ce trait récessif aux deux premières générations de leurs descendants.

Je suis les traces de l’homme, je les reporte mentalement sur la carte des seigneuries où il séjourna : Boucherville, Longueuil, Varennes via le fief du Tremblay, et où il acquit, vendit ou échangea des lots préalablement concédés selon le système des censives. Toujours l’homme garde un bien : un bout de terre. Indépendant, il ne sollicite pas la familiarité des seigneurs. Près du clergé, si on se réfère à la rente qu’il constitue à l’abbé Souard, peut-être pieux, il ne flatte pas non plus le pouvoir ecclésiastique. S’il eut quelque amitié gratuite avec de modestes hommes du culte, la correspondance d’hommes d’Église ne cite nulle part son nom.

Les traces laissées aux bourgs de Longueuil et de Boucherville prévoient un jeu d’installations et de déplacements des premiers fils Deniau adultes et l’utilisation d’un bien familial, capital et valeurs immobilières, difficile à évaluer. Il a gagné, réinvesti des gains dans d’inévitables frais de transport, droits de barrières, lods (8), main-d’œuvre d’appoint, artisans, mais n’a pas acquis pour ses fils de vastes terres, soit par conjonction de lots contigus, soit par acquisition de parcelles intercalaires. Les métiers du bois ne l’ont vraisemblablement pas enrichi; pas suffisamment pour que les nobles souhaitent se le rallier ni pour que ses enfants et petits-enfants se partage un bien terrier et les intérêts d’investissements massifs. La tradition ici ne pousse pas non plus dans ce sens, bien que la vie financière de Montréal repose encore sur une économie plus mercantile qu’agricole, la césure entre elle et les seigneuries sud-riveraines se dessine. Boucherville et Longueuil stabilisent leur caractère rural.

(8)- Voir lexique.

Dès le début du XVIIIe siècle, la seigneurie de Boucherville, dont le plan de développement est plus intelligible parce que davantage pré-décidé que celui de ses voisines (9), (10), a déjà plusieurs rangs ouverts avec leurs habitants et terres en culture, de trois arpents de front par trente de profondeur, bien que les règlements d’arpentage et de zonage par le fond, à la charge des colons,entrent en vigueur dès 1708 (11), à Boucherville et à Varennes à quelques années près. Ces paysans adossés et voisins jouissent d’un encadrement paroissial et seigneurial favorable à leur état. Les fils Deniau choisiront néanmoins de quitter promptement la marche attrayante de Boucherville.

(9)- Pierre Bureau, Renée Côté, Claude Michaud, Boucherville, Répertoire d’architecture traditionnelle, Québec, Ministère des affaires culturelles, 1979, p. 38.

(10)- Aucune trace du plan Colin plus tardif (1771-1779) et qui affecta le développement de Longueuil vers Beloeil via la Ligne Ste-Thérèse.

(11)- Voir note No 11.

Le fief du Tremblay, d’allégeance bouchervilloise côté paroisse, et varennoise, côté seigneurie, ne retiendra pas les enfants mâles, Jean-Baptiste excepté, et pour peu de temps.

L’établissement initial de ces jeunes adultes révèle des disparités d’avantages matériels. Qui s’installe dans les rangs nouvellement ouverts, donc sur une terre à défricher, ne part pas du même pied que celui qui hérite de la solide résidence paternelle sur le lot du fief du Tremblay, l’enclave entre Longueuil et Boucherville déjà nantie de bons chemins et d’habitudes de circulation entre les deux bourgs via le chemin du Roi.

La date du départ de René vers Détroit nous est inconnue. On ne part pas à l’époque à l’orée de la vieillesse. Sans doute part-il s’établir colon, artisan, marchand, …va savoir! Laisse-t-il ici quelque enfant? Part-il avant sa naissance?

Son fils Jean-Baptiste, seul enfant mâle survivant, a laissé des traces dans la région de Mascouche via Châteauguay, et à Montréal. L’héritage s’est joué entre Pierre et Jean-Baptiste. J’invoque à l’appui de cette affirmation le statut de dissident qui affecta durablement la branche de René Deniau. En effet, la vie de René, riche en déplacements, semble à distance avoir été jugée “ déplacée ” par le reste du clan. Le discrédit affecta son fils Jean-Baptiste comme il affecta Marie, la fille “ problème ” de Jean l’ancêtre à qui il s’allie en épousant la fille. L’affaire s’embrouille. L’absence du clan au mariage de Marie, l’installation de Jean-Baptiste à René à Châteauguay où nulle permanence Deniau ne l’a précédé, son premier mariage à sa cousine—cette formule, même en pénurie de femmes répugne à la plupart des gens d’ici—l’annulation de ce mariage sans progéniture qu’atteste un document libellé, la prompte modification de l’orthographe du patronyme chez les descendants de René affichent une dissidence fondamentale.

À Qui passa le capital investi s’il en fut? À qui la maison de pierre, comme les villageoises, et non de bois comme la plupart des maisons familiales et qui indique une aisance, une volonté de constituer une monnaie d’échange pour une migration ultérieure ou un désir d’implantation durable? La descendance mâle de Pierre et de Jean-Baptiste n’élit pas l’héritier présomptif de la terre. Le droit d’aînesse de Pierre a dû jouer.

La maison Deniau, est en pierre, cossue, avec ses deux cheminées de pierre aussi, sa finition soignée déductible de la qualité des matériaux, de la solidité de l’ensemble bien assis. Bien qu’une maison de bois puisse coûter à qui le commande davantage qu’une maison de pierre moins spacieuse, bien que le propriétaire économise parfois ses liquidités en défrayant en nature une partie des sommes facturées à l’artisan contractuel, notre maison a obligé une dépense de plus ou moins 500 livres (12). Les bâtiments, la qualité de la terre, sa part affermée vont à l’avenant : on ne plante pas semblable demeure sur un petit lot ingrat et fardochu. Elle indique une prospérité et une notoriété, peut-être bénéficiaire d’une légende naissante, puisque la dépense ostensible ridiculise le propriétaire si rien ne l’appuie dans le jugement de la communauté. Nulle “ chanson de geste ”, ni conte populaire ou chanson folklorique ne l’a véhiculée.

(12)- Hypothèse fondée sur l’ouvrage plus haut cité.

Malgré ce bien, les premiers fils Deniau quitteront le Fief du Tremblay. Marguerite suit son mari à Longueuil qui accueillera aussi ses fils. Les Deniau monteront vers les haut de Longueuil avant d’étendre vers l’ouest leur présence sur la Rive-Sud. En 1722, la maison n’est plus Deniau (13).

(13)- Le Fief du Tremblay, Aveu et dénombrement, Cahier 14, Société historique du Marigot, Longueuil, p. 15.

L’essaimage élargi du clan ne débute pas à la première génération. La filiation patronymique oblige à privilégier les mâles conservateurs du nom et, le plus souvent, de l’héritage matériel. Le mystère de la maison pourrait trouver sa solution dans une donation possible quoique peu probable à cette époque, plus fréquente au début du XXe siècle, au gendre Alexandre Lacoste, mais lui non plus n’est pas consigné sur la liste des habitants du Fief du Tremblay au début du XVIIIe siècle. Si René et son fils ont porté un moment le nom outre frontière, revenus ou pas, ils n’y ont pas repris pied.

DÉPLACEMENTS ET STABILISATION

À la deuxième génération, via la progéniture de Pierre, l’Île de Montréal, premier pied-à-terre Deniau, reprend les membres de la tribu. Les filles, dont on ignore l’emploi des maris—vraisemblablement paysans ou adonnés à des métiers du commerce agro-alimentaire ou de la forge—les suivent à Longueuil et à Boucherville, près des villages ou dans les rangs bouchervillois ouverts à la fin du XVIIe siècle et dans les premières décennies du XVIIIe siècle. Catherine, elle, part pour Lachine. Elles ne se marient pas précocement. La pénurie de mâles ne frappe pas durant les années qui les voient aptes à prendre foyer—on entrait dans une période pauvre en femmes—et leur santé fragile, si on tient compte des enfants morts au faîte et au déclin de la période féconde de leur mère, peut expliquer que Pierre les garde près de lui. Si tel fut le cas, la santé du clan va se bonifier au fil des générations.

Pierre reste à Boucherville. La maison paternelle n’est plus au Fief. Si le père a serré sur le village suivant sa cadette ou son second fils, celui-ci non consigné, pas plus que le père, aux répertoires des notables du village et des détenteurs de terres qui avoisinent les édifices publics, doit habiter dans le haut, en tirant par derrière le Fief du Tremblay vers les seigneuries de Longueuil, Chambly et Saint-Bruno-de-Montarville. Jacques, comme plus tard, Pierre-Joseph, s’installe à Rivière-des-Prairies, lieu de son mariage, laisse entendre qu’il trouva et suivit sa femme à Rivière-des-Prairies où les terres étaient belles et où les communautés religieuses détentrices de fiefs (14)—d’aucunes victimes des malversations de leurs argents—redistribuaient les terres.

(14)- Voir lexique.

Par ailleurs, le patronyme de l’épouse, Thibault-Léveillée, indique une origine sud-riveraine et les lieux de naissance des enfants confirment la brièveté de son séjour à Rivière-des-Prairies. Pierre-Joseph au Sault-au-Récollet n’est pas loin. La paroisse ouverte en 1736 (15), un an avant son mariage, prospère et lui donne sa chance de cultiver une terre naguère intégrée à une réserve indienne, déboisée et préparée par les autochtones à l’exploitation blanche. Quoiqu’il en soit Pierre-Joseph, s’il y séjourne brièvement y prit deux fois femme.

(15)- La Visitation du Sault-au-Récollet, Paroisse Sault-au-Récollet, 1976.

Les deux mariages de Jean-Baptiste fils ne lui ont pas donné une généreuse progéniture. La brièveté de ses vies matrimoniales, eut égard à sa mort précoce : il n’a pas quarante-cinq ans—son père non plus n’avait pas atteint la vieillesse—ainsi que la perte de cinq de ses sept enfants, si on additionne les nourrissons officiellement portés morts et ceux présumés, pouvaient affaiblir sa lignée.

Les quatre mariages à Longueuil de ses deux fils survivants indiquent clairement, comme l’inscription aux registres des baptêmes de leurs petits, une installation à Longueuil. La presque simultanéité des baptêmes et des naissances, constante même pour ceux nés au gros de l’hiver, montre que Jean-Baptiste fils habitait plus près de l’église de Longueuil que de celle de Boucherville, malgré l’excellent chemin du Tremblay qui y mène en passant par le haut du Fief du Tremblay.

L’autre voie rapide, le chemin de Chambly rapproche du village de Longueuil les habitants des terres du secteur longueuillois qui deviendra plus tard Saint-Hubert. Jean-Baptiste père et sa femme les y ont-ils suivis? Les dates des mariages, fin du printemps et début de l’automne désignent le métier exercé : l’agriculture.

À cette époque, on obtient facilement des terres dans les seigneuries sud-riveraines. Les arrivages d’engagés ne comblent plus les visées colonisatrices de l’intendance, astreints qu’ils étaient à trois ans de service qui leur laissaient peu de temps et d’énergie pour défricher, bonifier leur terre. À l’heure où la Nouvelle-France prend sa ferme couleur rurale on privilégie les diligents faiseurs de terre. Les petits-fils Deniau sont de ceux-là, par force et par choix; comme tout le monde. Si j’observe ceux qui se déplacent des anciennes concessions vers les nouvelles, je les vois attirés par les zones de développement contemporain dès leur entrée dans l’âge adulte.

Durant le premier tiers du XVIIIe siècle Longueuil a le vent dans les voiles. En 1724 le projet de construction d’une église de pierre (16) manifeste cet essor. Le chemin de Chambly se peuple, la circulation s’y intensifie, le village se développe vers le haut, peu vers l’ouest; il compte au moins deux auberges, d’inévitables glacières dont on ignore l’emplacement comme celui du marché, des essentiels ateliers de forge. Les bois giboyeux, la tendreté des espèces sylvestres d’abattage facile et employées dans les constrictions, la glèbe peu caillouteuse, généreuse malgré le simple labour de surface qui brûle son homme mais évite des frais d’outillage expliquent l’attrait des terres de Longueuil.

(16)- Charlebois Dumais, Hélène, Saint-Antoine-de-Pades, Société historique du Marigot, Longueuil, 1987, p. 12.

Je cherche des destins originaux, et ce qui résiste à tout doute tient, pour les deux premières générations du clan dans une poignée de terres, plus ou moins la douzaine, distribuées à Longueuil, Boucherville et le nord-ouest de l’île de Montréal. Je note une exceptionnelle brièveté de la vie des mâles qui atteignent l’âge adulte conjointe à une étonnante vitalité prolifique, une élection exclusive du travail de la terre. Les enfants meurent comme des mouches pour toute sortes de raisons, picote, etc.. L’épuisement rapide des mères contredit la volonté d’enracinement prospère. La troisième génération Deniau verra la situation s’améliorer, mais avant qu’elle entre en scène épelons ensemble le bilan que j’ai peut-être assombri.

À partir de 1737, commence l’intermède Sault-au-Récollet pour Pierre-Joseph Deniau. Il épouse Suzanne Vaillancourt le 5 mars de cette même année. Était-elle native de Sault-au-Récollet? Pourquoi n’y laissent-ils pas d’héritiers? Tous les enfants de ses deux mariages sont baptisés à Longueuil. Suzanne Vaillancourt ne vient sans doute pas systématiquement accoucher dans sa famille, si celle-ci habite Longueuil. Une sage femme Deniau n’aurait pas non plus échappé au registre de baptêmes surtout si le premier-né meurt tôt. Pierre-Joseph serait-il revenu à Longueuil dès son mariage? Si oui, il serait retourné au Sault-au-Récollet puisque devenu veuf, il s’y marie avec Marie-Josephte Poutré le 2 février 1750.

J’en conclu qu’un aimant a ramené le Pierre-Joseph sur nos rives, soit qu’il n’ait pu acquitter les charges de sa terre, soit qu’il ait momentanément pris charge d’un lot non acquis. Aucun fils ne lui survivra de ses deux mariages et toutes ses filles se marient à Saint-Philippe-de-LaPrairie et à l’Île Jésus. Là encore, le lieu du mariage étonne. La tradition du mariage chez la fille est contredite.

Pierre-Joseph, malgré la planification soignée de sa vie, agriculteur et mari vaillant, ne se prolongera dans aucun héritier mâle et ses filles porteront le sang, sinon le nom Deniau, dans les Seigneuries de LaPrairie, Châteauguay, Île Jésus, Chambly et Saint-Jean. Jacques, revenu à Longueuil mais installé à Boucherville, sera, par ses fils et ses filles nombreuses, à l’origine de la dissémination Deniau vers Saint-Philippe, Saint-Constant : tout le halo qu’irradie Saint-Jean, Chambly et LaPrairie. Pierre stabilisera et renforcera dans ses fils, la présence Deniau à Boucherville. Des cousins, Pierre et Jean-Baptiste ne survivra qu’un héritier mâle : Louis à Jean-Baptiste qui se fixe à Longueuil.

J’ai dit de Jacques qu’il revenait à Boucherville où il se stabilisait; je maintiens cette information cependant que la vie de cet homme et celle qu’il proposa aux siens porte le sceau de mobilité de l’aïeul vénérable (17). Ses premiers-nés furent baptisés à Boucherville. Un doute persiste relatif au lieu de naissance et de baptême des suivants; je renonce à l’expliquer par la seule disparition des registres : trop facile de brandir les incendies fréquents des églises et de la distraction des curés. En observant le rythme accéléré des mariages consécutifs des fils et filles dans la jeune vingtaine et plus tôt à Saint-Philippe-de-LaPrairie et LaPrairie déjà nantie en organisations paroissiales depuis la fin du XVIIe siècle, j’opine à croire à une migration parents et cadets inclus, vers LaPrairie. Les lieux des baptêmes et de décès archivés des cadets—rares mais éloquents—et l’ancienneté laprairoise des Blanchet, Dumais parfois dits Demers, Poupart, Giroux, Simard, maris et femmes des fils et filles de Jacques, étayent cette hypothèse, la transforment en affirmation.

(17)- Plusieurs pionniers choisissaient de changer de région avec armes et bagages, cependant ce phénomène régressait en popularité à l’époque que j’étudie et les déplacements impliquaient alors des distances plus grandes que celles choisies par Jacques et les siens pour leurs périgrénations; le XIXe siècle verra sa résurgence.

LaPrairie, seigneurie jeune, moins empêtrée dans ses droits seigneuriaux superposés que celles qui vécurent des changements d’allégeance, des morcellements et réunions des fiefs soustraits au territoire originel, lui-même modifié d’ajouts, se développe dans ses côtes (18) au début des années 1700. Le triangle d’or, c’est-à-dire cette rare région du Québec susceptible de compétitionner celle riveraine des Grands Lacs pour la productivité agricole, maraîchère et fourragère, prend obscurément conscience, dans un contexte différent du nôtre, sans alarmisme ni préoccupation écologique, des ressources de ses terres en regard des bouches à nourrir. La colonisation n’obéit pas à un vaste plan politico-social comme, plus tard, celle de l’Abitibi; elle découle naturellement du taux élevé de natalité régionale.

(18)- Voir lexique.

La mortalité infantile frappe encore le clan Deniau à la troisième génération. On ne fait plus mention des épidémies, sauf des spectaculaires, cependant les maladies respiratoires et celles mystérieusement dites nerveuses frappent les enfants et les femmes dans la force de l’âge comme elles le feront au Québec et ailleurs au Canada à la fin du XIXe siècle.

J’affirme l’enracinement longueuillois de Jacques par petit Jacques, cultivateur dont les terres pourraient frôler Chambly. Je renonce à lui chercher un métier annexe quoique les emplois de charroyeurs et de cantonniers se multiplient, prisés des détenteurs de terres à petites superficies cultivables. Plus encore, j’attribue à Jacques père l’initiative de l’appropriation d’un chapelet d’excellentes terres sur la côte Saint-Philippe aussi dite Saint-Pierre, que ses fils Jean-Baptiste, Pierre, Joseph-Marie, Nicolas et Charles exploiteront. Cette manœuvre rafle encore une parcelle, celle d’Antoine à la côte Saint-Constant dans la seigneurie neuve de LaSalle voisine de LaPrairie. Le dit Antoine réalise, fait que je note pour l’heure sans le commenter parce qu’il dépasse le cadre pré-fixé des trois premières générations Deniau—Deneault, conjoignant deux clans qui virent souvent leur origine ultime confondue. Jacques, le grand mouvant, verra par Pierre à petit Jacques un pied-à-terre Deniau à Saint-Athanase, dépassé Québec. Mais c’est là de l’histoire trop récente.

Les fils de Pierre, Jean-Baptiste, Louis, Jacques, Joseph-Joachim, Simon et Richard, assoient résolument la famille à Boucherville. Les Deniau, si effacés, là, et non seulement au Fief, peu après la fin macabre de Jean et Hélène, s’y taillent au XVIIIe siècle la part du lion. Ils subissent, comme les Laprairois qu’on ne reconnaîtra plus tels après l’autonomisation de Saint-Philippe, l’aimantation des hauts. Un voisin de Louis, nommé dans un acte de donation de loin supérieur mais pertinent, permet d’y localiser Quelques terres Deniau. Simon, si original au regard de ses frères et sœurs, qui se marie à Pointe-aux-Trembles, n’en revient pas moins à Boucherville où ses rejetons vivront, comme leurs cousins issus de Louis, des vies toutes consacrées à l’agriculture. Jacques, installé à Saint-Mathieu-de-Beloeil, ne fait qu’étirer le polygone Deniau au sud de Boucherville et leurs biens terriens, partiellement inventoriés plus tard, permettent d’évaluer rétroactivement l’honnête prospérité de ces îlots Deniau. Si Jacques, ce cadet, est monté à Beloeil—c’est toujours ceux-là originellement moins nantis qui s’éloignent un peu—il fera judicieusement fructifier une maigre mise de départ près de Chambly. Les prénoms de ses fils, et le grand nombre de Louis sériés, dont un familièrement dit “ Louison ”, me tracent une piste : c’est là que je retrouverai les Deniau ciblés par l’arbre généalogique ascendant de M. Roland Daigneault, la notoriété affectera maints descendants de cette lignée.

J’ai parlé d’honnête prospérité des paysans, les Saint-Philippards—j’inclus ceux de Saint-Constant—les Bouchervillois et les Longueuillois à la troisième génération Deniau. Des similitudes mais aussi des écarts notoire manifestes, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle se laissent présager, fondés sur les différences entre les superficies des terres cultivables possédées, leur emplacement et la promptitude des cultivateurs à exercer des métiers complémentaires au travail agricole pour augmenter leurs revenus. L’acte de donation libellé le 3 août 1802 (19) devant le notaire Gauthier à Boucherville (20) soit bien après le “ règne ” de la troisième génération, offre un échantillon des biens amassés, du patrimoine réuni par une sous-famille Deniau du temps. Louis Deniau—fils de Pierre, clan Boucherville—et sa femme Louise Huet cèdent ici la totalité de leurs biens à leur fils Jacques.

(19)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Gauthier, pièce no 1855.

(20)- J’ai ponctué ce texte pour en accroître la lisibilité, retiré les périphrases et les énumérations de termes propres au langage des juristes et qui n’ajoutent rien à la compréhension du texte, à l’évaluation des biens transmis, aux types, limites, durée et conditions de leur jouissance. J’ai élidé les passages jugés non pertinents.

“ …Furent présents Louis Deniau habitant demeurant en la paroisse de Boucherville et Louise Huet son épouse (…); lesquels ont reconnu (…) avoir fait donation entre vifs, (…) à Jacques Deniau leur fils, demeurant en la dite paroisse de Boucherville, (…) pour luy, ses hoirs et ayant cause à l’avenir; scavoir une terre (…) située en la dite seigneurie de Boucherville de deux arpents de front sur trente-trois de profondeur (…) sans aucun bâtiment dessus construit (…).

Item – cèdent et abandonnent les dits donateurs au donataire, ce acceptant, les animaux, les instruments d’agriculture ci-après mentionnés, scavoir deux chevaux, une jument, deux bœufs au premier âge, une vache faite et une taure de deux ans, huit mères moutonnes.

Item – une charue complète avec les ferrements et tous les agrès, une grande charrette sans roues.

Item – tous les grains qui sont semés sur les terres et tous les foins et fourrages que pourront produire les dites terres pour le tout récolter à leur profit. (…) à commencer la jouissance et prendre possession de ce jour. Se réservant les dits Donateurs le droit de loger dans les dits bâtiments qui sont sur la terre sise dans la seigneurie de Boucherville, leurs animaux et leurs grains et fourrages. Comme aussi les dits Donateurs se réservent leur logement dans la maison jusqu’à ce que le dit donataire leur ait bâti une maison pour s’y loger.

La présente donation ainsi faite, (…) à la charge par ledit Donataire de payer (…) les dettes passives (21) des dits Donateurs, montant à environ cinquante livres ou shelling de vingt coppres, (…) et (…) une rente et pension viagère consistant en trente et un minots et demi de Bled, froment, (…) livrable moitié au premier de janvier et l’autre au premier de mars en suivant. Deux cochons de dix-huit mois à choisir sur le troupeau et seize minots de pois livrables à la Saint-Michel (22), cent vingt livres de bœuf, un mouton vivant et quinze livres de chandelle livrables à la Saint-André (23), dix livres de savon livrables aussi à la Saint-André.

(21)- Voir lexique.

(22)- Soit le 29 novembre.

(23)- Soit le 30 novembre.

Item – six dindes et deux douzaines de poulets, vingt-cinq livres de beurre fondu, un demi minot de pois verts, un minot de sel, une livre de poivre, une livre de thé vert, trois livres de chocolat, le tout livrable à la Saint-Michel, quinze douzaines d’œufs livrables moitié le printemps et moitié l’automne, trente livres de sucre du pays livrables le printemps, vingt-cinq livres de tabac à fumer livrables à la Toussaint; quatre cents bottes bon foin et trente minots d’avoine livrables à la Saint-Michel, six veltes (24) de rhum et deux veltes de vin livrables à leur besoin, cent vingt livres ou shellings de vingt coppres payables en janvier.

(24)- Voir lexique.

Item – sept cordes de bois francs et sept cordes de bois mêlés, le tremble, le sapin et le bois franc exceptés, rendus à leur porte (…) et que le dit donataire sera tenu de scier en bois de poêle et l’entrer dans leur chambre. (…) ”.

Le texte poursuit la liste des services désignés comme “ pension ” et “ rente ” en précisant les soins à fournir aux donateurs, médicaments et assistance domestique, en cas de maladie, de réduction d’autonomie; le type de funérailles, le nombre de messes chantées post-mortem; il prévoit les modifications de rentes versées au survivant des donateurs.

Le donateur ici n’est pas, loin de là, fils unique, cependant le droit d’aînesse a dû lui valoir la grosse part de l’héritage paternel. L’inventaire des biens et du capital légué, si on le compare à d’autres établis à la même époque, dans la même région, à des héritiers de familles paysannes semblables pour l’ancienneté, atteste d’une sécurité dont a joui le donateur, directement proportionnelle à la conjonction de ses habiletés, vaillance, santé, et du rang qu’il occupait parmi ses frères et qui atteignirent l’âge d’homme. Les seconds fils héritaient souvent davantage des responsabilités morales : gérance des sommes investies, prêtées, immobilisées (25), terres et roulants, biens détenus en hypothèques, tutorat d’enfants mineurs dans les cas de remariage tardif, et rôle d’exécuteur testamentaire.

(25)- Ce trait, plus fréquent au XIXe siècle, s’applique surtout aux familles adonnées au négoce et aux professions dites “ libérales ”, aux entreprises de la construction et du charroi.

Cet acte de donation permet non seulement d’établir le “ bien ” d’un chef de famille mais encore le rendement, les revenus assignables aux produits de ses terres et le temps qu’il peut affecter judicieusement à des occupations para-agricoles.

À première vue, l’ancienneté de l’implantation Deniau à Boucherville et à Longueuil leur vaut, à la troisième génération, une mesure d’avance en prospérité sur la “ branche ” de LaPrairie; cependant celle-ci pourra, grâce à la fécondité du sol, bonifier rapidement de petites parcelles contiguës et constituer des cheptels vigoureux.

Un inventaire exhaustif des biens légués par Jean-Baptiste Daigneau (Deigneau) veuf à ses trois enfants mineurs, confirme cette hypothèse. Cet inventaire libellé le 27 juillet 1772 (26) énumère, outre le mobilier, le linge et les ustensiles, les dettes actives et passives que la vente à la criée du roulant ne saurait couvrir, la terre et le roulant qui suivent (27) :

(26)- A.N.Q.M. minutier du notaire Lalanne, pièce no 411.

(27)- Voir note 25.

“ …une maison (…)

(…) les ferrements d’une charue 25 livres

deux settes de roues 40 sols (28)

une paire de roues sans ferrure (…) 12 sols

en suivant, les animaux, scavoir,

deux bœufs (…) quatre ans

sous poil rouge et noir 60 livres

une vache âgée de six ans 35 livres

une taure d’un an 12 livres

un cheval de cinq ans 40 livres

une jument (…) huit ans 35 livres

quatre moutons, chacun 5 livres

trois cochons d’un an, pièce 10 livres

dix huit poules, pièce 10 sols

(…) une terre de trois arpents de front moins une perche de front par trente de profondeur située à la dite côte Saint-Philippe dont un arpent de front d’icelle en partie à Josephe Gotié gendre du dit tuteur suivant son contrat de mariage.

(28)- 1 livre vaut 20 sols.

Une carte illustre la dissémination des trois générations Deniau issues de Jean et les îlots de leur présence. Les “ pastilles ” affectent les endroits où ses descendants séjournèrent brièvement, n’y laissant pas ou peu de bien vite liquidé; les carrés, les endroits où, un ou plusieurs descendants prirent racines au fil des décennies.

Carte de la Seigneurie de Laprairie de la Magdeleine en 1866-

Carte établie en conjoignant quelques unes de la collection des Archives nationales du Québec à Montréal.

CHAPITRE III

LES ANNÉES DÉCISIVES

TABLEAU DES DENIAU DE LONGUEUIL, BOUCHERVILLE ET CHAMBLY

TABLEAU I

SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE JOSEPH ET APOLINE FOURNIER-PRÉFONTAINE

TOUSSAINT, né à Longueuil le 09-11-1795, capitaine de milice vers 1840, marguillier de la paroisse Saint-Antoine-de-Longueuil de 1850 à 1852, membre du conseil de comté de Chambly de 1851 à 1853, premier maire de la paroisse Saint-Antoine-de-Longueuil de 1855 à 1858, cultivateur à l’aise au Fief du Tremblay, possédait 2 terres à Boucherville sur l’île Picard et deux terres à Saint-Bruno-de-Montarville. Vint résider au village de Longueuil vers 1870 dans une maison sise sur la rue Grant entre les rues Sainte-Élizabeth et Saint-Laurent—décédé le 5 août 1885 et inhumé dans la crypte de l’église Saint-Antoine de Longueuil,

I- Archange Viau-l’Espérance, à Longueuil le 19-02-1821,

II- Lucie Brunelle, vers 1865,

III- Victoire Mercier, à l’église Saint-Jacques de Montréal le 01-08-1871.

SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE TOUSSAINT ET ARCHANGE VIAU :

*TOUSSAINT, cultivateur au quatrième rang de Longueuil,

Henriette Dubuc, à Longueuil le 01-10-1850.

*JOSEPH, né à Longueuil le 11-01-1830—décédé à Longueuil le 06-09-1917,

Marie-Eulalie Charron, à Longueuil le 13-10-1857.

HENRI, cultivateur, bourgeois, né à Longueuil le 09-05-1836—décédé le 12-11-1912, inhumé dans la crypte de l’église Saint-Antoine de Longueuil,

Vitaline Brien-Desrochers, à Longueuil le 31-01-1865.

HUITIÈME GÉNÉRATION

FILS DE TOUSSAINT ET HENRIETTE DUBUC :

TOUSSAINT,

Alphonsine Robert, à Boucherville le 14-10-1890.

FILS DE JOSEPH ET MARIE-EULALIE CHARRON :

*ARTHUR, cultivateur, maire de la paroisse de Longueuil de 1906 à 1907 et de 1912 à 1926, préfet du comté de Chambly du 12-03-1918 au 01-04-1926, né à Boucherville le 30-03-1861—décédé à Longueuil le 01-04-1926,

I- Rose-Anne Trudeau, à Longueuil le 07-07-1885,

II- Marie-Thérèse Achim, à l’église Notre-Dame de Montréal le 20-06-1913.

LÉANDRE, cultivateur, né en 1867, décédé le 10-03-1921, à 54 ans,

Marie-Louise Fournier-Préfontaine, à Longueuil le 07-04-1891.

THOMAS, né en 1868, décédé à Longueuil le 21-06-1898,

Marie-Adine Jodoin, à Boucherville le 05-02-1894.

FILS DE HENRI ET VITALINE BRIEN DITE DESROCHERS :

TOUSSAINT, cultivateur à Saint-Joseph, Bassin de Chambly, né à Longueuil le 10-05-1867—décédé à Longueuil le 14-04-1937,

I- Marie-Anne Hébert, le ?

II- Dorimène-Louise Charon, à Saint-Hubert le 29-10-1895.

JOSEPH-EUGÈNE-ZOTIQUE, cultivateur—décédé à Longueuil (paroisse Saint-Antoine) le 20-06-1963,

Thérèse Pépin, à Longueuil le 18-06-1907.

SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE FRANÇOIS ET MARGUERITE MONTY :

BASILE, cultivateur à Saint-Hubert,

Julienne Vandandaigue-Gadbois, à Saint-Mathieu de Beloeil le 09-02-1830.

SEPTIÈME GÉNÉRATION

LEURS FILS :

BASILE, cultivateur, fondateur et premier maire de Saint-Basile-le-Grand,

Séraphine Lambert, à Saint-Mathieu-de-Beloeil le 02-10-1850.

NAPOLÉON-ALEXIS, né à Longueuil le 29-04-1841,

Albina Pépin, à Boucherville le 14-09-1875.

HUITIÈME GÉNÉRATION

FILS DE BASILE ET SÉRAPHINE LAMBERT :

JOSEPH-BASILE,

Marie-Louise Préfontaine, à Saint-Mathieu-de-Beloeil le 30-02-1883.

SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS D’ALEXIS ET ÉLIZABETH BENOÎT :

*HUBERT, boucher, né à Longueuil le 23-07-1803—décédé à Longueuil le 16-11-1865,

Marie Viau-Saint-Mars, à Longueuil le 13-01-1829—décédée à Longueuil le 04-04-1887 à l’âge de 83 ans.

SEPTIÈME GÉNÉRATION

LEURS FILS :

HUBERT, boucher, né à Longueuil le 02-12-1832—décédé à Longueuil le 24-04-1895,

Séraphine Achim, à Longueuil le 24-04-1850, né le 27-09-1833.

NAPOLÉON, boucher—décédé à Longueuil le 04-12-1882,

Aurélie Arcand, à Longueuil le 04-02-1863.

HUITIÈME GÉNÉRATION

FILS DE HUBERT ET SÉRAPHINE ACHIM :

ISAÏE, né à Longueuil le 02-05-1859,

Albina Bouthiller, à Longueuil le 27-10-1897, (veuve de Anthime Hogue).

AIMÉ, né à Longueuil le 17-08-1863—décédé à Longueuil le 24-03-1940,

Marie-Emma Dion, à Longueuil le 15-11-1898—décédée à Montréal le 23-04-1943, à 72 ans.

SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE SIMON ET FRANÇOISE PLAT-SAINT-CHARLES, DE BOUCHERVILLE :

JEAN-BAPTISTE, journalier,

I- Céleste Vincent-Bricaud, à Longueuil le 01-03-1824,

II- Marie Leriche-Lasonde, à Longueuil le 18-10-1825.

SIMON, cultivateur à Boucherville,

I- Françoise-Louise Casavant, à Verchères le 30-03-1818—décédée à Boucherville le 22-12-1835, à 36 ans,

II- Christine-Délima Lavigueur-Delage, à Longueuil le 21-05-1838—décédée à Longueuil le 04-06-1861, à 49 ans.

SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE SIMON ET FRANÇOISE-LOUISE CASAVANT :

*CHARLES, cultivateur à Boucherville,

Henriette Lamoureux, à Boucherville le 18-10-1842.

*ALBERT, cultivateur de Boucherville,

Henriette Roy, à Boucherville le 12-04-1842.

*RÉMI,

Aglaé Dalpé, à Boucherville le 05-10-1847.

ALFRED, décédé à Montréal le 15-08-1891, à 57 ans,

Aurélie Narbonne-Renaud, à Saint-Mathieu-de-Beloeil le 29-10-1850.

LOUIS,

Julie Favreau, à Boucherville le 08-11-1853.

EUGHER,

Hortense Favreau, à Boucherville le 04-02-1856.

FILS DE SIMON ET CHRISTINE-DÉLIMA LAVIGUEUR :

FRÉDÉRIC, journalier, né à Longueuil le 17-01-1841,

I- Rose-de-Lima Borduas, à Longueuil le 13-10-1862,

II- Rose-de-Lima Moussette, à Montréal, paroisse Ste-Cunégonde.

*CAMILLE, employé du Grand-Tronc, né à Longueuil, le 06-03-1842,

Marie-Théotiste Borduas, à Longueuil le 13-10-1862.

FERDINAND, journalier—décédé à Longueuil le 22-03-1925, à 75 ans,

I- Marie Durocher, à Longueuil le 20-02-1865,

II- Odile Lussier, le ?

HUITIÈME GÉNÉRATION

FILS DE CHARLES ET HENRIETTE LAMOUREUX :

FERDINAND,

Léocardie Brosseau, à Saint-Hubert le 30-06-1873.

WILFRID,

Sophie Brosseau, à Saint-Hubert le 04-11-1880.

FILS D’ALBERT ET HENRIETTE ROY :

CYRILLE,

Marie-Élisa Lussier, à Boucherville le 22-10-1867.

*CHARLES,

I- Émilie Leriche, à Boucherville le 09-07-1874,

II- Cordélie Jetté, à Saint-Bruno-de-Montarville le 22-05-1877.

NAPOLÉON,

Délima Cadieux, à Saint-Bruno le 07-07-1874.

FILS DE LOUIS ET JULIE FAVREAU :

LOUIS,

Aldina Lussier, à Boucherville le 03-10-1882.

FERDINAND,

I- Philomène Tremblay, à Saint-Bruno le 30-08-1881,

II- Marie-Aldine Lussier, à Longueuil le 24-04-1893, veuve de Louis Daigneault.

FILS DE FRÉDÉRIC ET DE ROSE-DE-LIMA BORDUAS :

ERNEST,

I- Parmélie Geoffrion, à Ste-Julie-de-Verchères le 14-01-1885,

II- Marie-Louise Sauriol, à Saint-Bruno-de-Montarville le 22-09-1910.

SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE LOUIS ET MARGUERITE DEMERS-CHEDVILLE :

LOUIS, cultivateur, né en 1805, décédé à Saint-Hubert le 11-11-1880,

Henriette Charbonneau, à Longueuil le 21-09-1830, née le 02-03-1811-à Longueuil—décédée à Saint-Hubert (Chambly) le 12-12-1887.

HUITIÈME GÉNÉRATION

LEURS FILS :

AMABLE,

Délima Deslières, à Saint-Bruno le 09-11-1857.

ALEXANDRE,

Denise Mercil, à Longueuil le 08-04-1861.

*LÉON, forgeron, décédé à l’Hôtel-Dieu de Montréal le 02-08-1918,

Léocardie Bertrand, à Saint-Hubert, Chambly, le 08-02-1864.

CHARLES,

Marie Dubuc, à Saint-Hubert le 19-09-1876.

JOSEPH,

Sophronie Dubuc, à Saint-Hubert le 23-09-1883.

NEUVIÈME GÉNÉRATION

FILS D’AMABLE ET DÉLIMA DESBIENS :

HENRI,

Malvina Larivière, à Saint-Bruno-de-Montarville le 10-04-1883.

CAMILLE,

Albina Grisé, à Saint-Bruno-de-Montarville le 25-09-1884.

HUBERT,

Aldina Gauthier, à Saint-Mathieu-de-Beloeil le 17-02-1896.

FILS D’ALEXANDRE ET DENISE MERCIL :

ALPHONSE, laitier à Montréal, secteur Hochelaga,

Célina Labossière-Vincelette, à Ste-Julie-de-Verchères, le 02-03-1886.

FILS DE LÉON ET LÉOCADIE BERTRAND :

LÉON, forgeron, né le ?-09-1866—décédé à Longueuil le 04-03-1951,

I- Eugénie Cadieu, à Saint-Bruno-de-Montarville le 30-09-1890,

II- Odila Philie, à Saint-Hubert, Chambly le 25-02-1895.

JOSEPH-ALSACE, marchand de tissus de Montréal, secteur rue Hôtel de ville,

Béatrice Moore, à Montréal, paroisse Sainte-Brigitte le 04-05-1897.

RÉMI, boucher à Montréal, Plateau Mont-Royal,

Zéphirine-Cordélie Deslière, à Saint-Bruno-de-Montarville le 08-02-1898.

LÉONARD, boucher,

Rose-Alma Achim, à Longueuil le 14-06-1898.

ARSÈNE, marchand de journaux,

Guliette Gélina, le ?

GEORGES, cultivateur, terre paternelle,

Alice Noiseux, à Saint-Hubert le ?

EDMOUR,

Rose Émond, aux U.S.A. le ?

ALBERT,

Marie-Rose Cardinal, le ?

FILS DE CHARLES ET MARIE DUBUC :

*ERNEST, commis,

Marie-Anne Lamarre, à Longueuil le 19-10-1903.

CHARLES-ALBANI,

Eugénie-Emma Charron, à Longueuil le 21-06-1910.

SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE FRANÇOIS ET SCHOLASTIQUE PAGÉ :

*JOSEPH, cultivateur, né à Longueuil le 13-01-1825,

Henriette Jeannotte, à Saint-Mathieu-de-Beloeil le 13-01-1845.

LOUIS, cultivateur,

Elmire Achim, à Longueuil le 19-10-1847.

HUITIÈME GÉNÉRATION

LEUR FILS :

ÉMERY,

Eugénie Brosseau, à Saint-Hubert le 08-06-1880.

SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE RAPHAËL ET MAGDELEINE GÉLINEAU DE CHAMBLY

HIPPOLYTE,

Odile Lamarre à Longueuil.

Photographie :

Fils de Léon et de Léocardie Bertrand : de gauche à droite, assis : Rémi, grand-père Léon, Edmour, Albert, Léon fils. Debout : Léonard, Georges, Alsace, Arsène.

TABLEAU DES DENIAU

DE LAPRAIRIE ET SAINT PHILIPPE

TABLEAU II

SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE FRANÇOIS ET ANGÉLIQUE SURPRENANT

FRANÇOIS,

Pélagie Bélanger, à Saint-Constant le 26-04-1830.

SEPTIÈME GÉNÉRATION

LEUR FILS :

CYRILLE,

Thaïs Bédard, à Saint-Rémi le 22-10-1860

HUITIÈME GÉNÉRATION

LEURS FILS :

HERCULE,

Anna Riendeau, à Saint-Rémi le 26-10-1894.

VICTOR,

Rostina Boyer, à Saint-Chrysostome le 03-02-1903.

SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE LOUIS ET LOUISE MERCIER

JOSEPH,

I- Marguerite Chalifoux, à Saint-Philippe le 27-11-1827,

II- Audile Daigneau, à Saint-Jacques-le-Mineur le 26-09-1863.

THÉOPHILE,

Adélaïde Bourassa, à l’Acadie le 28-02-1832.

ANSELME,

I- Appoline Lavallée, à Saint-Philippe le 26-08-1833,

II- Lucie Bissonnette, à Saint-Jean-d’Iberville le 03-10-1870.

SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS D’ANSELME ET LUCIE BISSONNETTE :

THÉOPHILE,

Julienne Lanciau, à Saint-Jacques-le-Mineur le 23-02-1857.

JOSEPH,

Adélaïde Girard, à Saint-Philippe le 07-02-1860.

JULIEN,

Elmire Giroux, à Saint-Jacques-le-Mineur le 11-02-1862.

NARCISSE,

Mathilde Perras, à Sherrington le 31-01-1865.

CAMILLE,

Rosalie Dupuis, à Sherrington le 18-01-1870.

SAMUEL,

Cécile Demers, à LaPrairie le 14-07-1875.

HUITIÈME GÉNÉRATION

FILS DE JOSEPH ET ADÉLAÏDE GIRARD :

*JOSEPH,

Mélina Lefebvre, à Saint-Constant le 22-10-1889.

ANSELME,

Zulma Inkel, à Saint-Philippe le 05-02-19-1.

NEUVIÈME GÉNÉRATION

FILS DE JOSEPH ET MÉLINA LEFEBVRE :

*HERMAS,

I- Jeannette Raquepas, à LaPrairie le 27-04-1921,

II- Albertine Beaudin, à Saint-Jacques-le-Mineur le 20-12-1930,

III- Georgette Bleau, à Saint-Jacques-le-Mineur le 22-12-1941.

*ROMAIN,

Bernadette Robert, à Saint-Philippe le 12-05-1927.

*CAMILLE,

Dorilla Ménard, à Saint-Philippe le 30-07-1927.

SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE PIERRE ET MARIE MICHON

PIERRE,

I- Suzanne Foucreault, à Saint-Philippe le 10-11-1828,

II- Josephte Dupuy, à Saint-Philippe le 14-02-1843,

III- Flavie Caillé, à Saint-Édouard le 04-02-1854.

SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE PIERRE ET FLAVIE CAILLÉ :

ZÉNOPHILE,

Élisa Tremblay, à Saint-Jacques-le-Mineur le 22-04-1879.

Maison Daigneault (vers 1850) avant et après la restauration.

LES VOCATIONS DE LA TERRE

14-7 C’est bien avant l’automobile, la lieuse-batteuse, le pétrole, la congélation, l’éclairage électrique, les routes asphaltées. C’est l’hiver trop long, les chemins poussiéreux, défoncés au printemps, aplanis plutôt que déneigés l’hiver, les voitures qui versent si l’empattement des patins de carriole diffère de celui du traîneau aplanisseur. Dépouillée des pseudo-poésies de la neige et des moissons dorées, la vie ne promet pas de drames collectifs mais un chapelet de succès et revers privés que nul regard ne juge médiocres.

Pourquoi je nomme ces années “ décisives ”? Elles ne dessinent pas pour le XXe siècle finissant le profil des individus qui assumeront le mieux notre monde emballé, désarçonnant pour ses usagers. Ceux-là même qui ont hérité de jugement sûr et de valeurs humanistes transmises par des médias anciens : lecture, écriture, etc., chancellent. Les années ciblées décident de la façon dont les individus vivront la fin de l’ancien monde fait de durabilité, de stabilité morale, sociale et matérielle. Elles permettent l’émergence des caractères et des carrières pertinentes à sa compréhension et jouissance québécoises. Les gens d’ici ont échappé aux grands mouvements culturels et politiques qui ont secoué l’Europe. Rarement scolarisés, cultivateurs, journaliers, c’est-à-dire cumulateurs de multiples métiers, marchands d’aliments, de quincaillerie, forgerons, commis, ouvriers des premières usines, ceux dont la curiosité s’aiguisait l’ont tournée vers l’amélioration de la qualité de leur travail. Peu d’art, beaucoup de terre, de piété, de méfiance envers la nouveauté et peut-être de convoitise rentrée. La santé, la fortune paternelle, le rang occupé dans la famille détermine encore le métier.

J’observe les lignée Daigneault croisées de Longueuil et de Boucherville et je vois les métiers se développer prudemment sur l’accotement de l’agriculture avant d’acquérir leur indépendance. Les actes notariés retrouvés : achats, échanges, testaments, ne concernent que les paysans et leurs biens terriens modifiés et transmis par ajouts et échanges. Pourquoi? Notre appareil juridique manquait-il de la célérité nécessaire à la consignation des immobilisations de qui se met en affaires, loue une échoppe, etc.? Les difficultés de transport, la délégation du travail des bureaux de notaires à des clercs itinérants ont embrouillé les répertoires d’actes. Par ailleurs, on louait rarement, achetait à l’intérieur des familles et belles-familles, et construisait dans nos petites villes et villages généreux d’espaces vierges, sans que les permis de construire pré-requis fassent, malgré que l’État l’eût souhaité, l’objet d’un contrôle tatillon.

Parmi les hommes des sixième et septième générations Daigneault, je prélève ceux qui eurent plus ou moins trente ans aux années cinquante (1850). Je néglige des cadets et des aînés qui, précoces ou nantis d’héritages imposants, ont pu modifier le portrait de la vie matérielle des Deniau de Longueuil, Boucherville et Chambly, tous cousins, proches ou lointains, qu’ils se fréquentent ou s’ignorent. Je procède de la même façon pour ceux de LaPrairie et Saint-Mathias déportés en fin de chapitre. Cette coupe qui prend les “ sommets ” de règne s’impose si je veux davantage comparer des fructifications patrimoniales que spéculer interminablement au sujet d’actions ponctuelles de membres disséminés de la tribu.

Ce découpage artificiel me gêne; au XIXe siècle la période active d’une vie d’homme n’est pas encadrée, chiffrée avec la raideur typique de notre époque. On a vu des sexagénaires veuf épouser des femmes jeunes , faire des enfants et ouvrir de nouvelles terres; cependant la plupart des gens de ce temps disent eux-mêmes à soixante ans, sans désespoir ni amertume, qu’ils ont “ fait leur temps ” ou leur “ règne ”.

Les personnages de ces décennies sur lesquels je détiens le plus de renseignements archivés occupent, dans la parentèle, un espace géographique d’une précision suffisante pour que leur compilation fasse du sens, eu égard aux liens de parenté visibles aux tableaux introductifs de ce chapitre : ils forment un îlot d’hommes inter-reliés durant deux générations.

Les actes notariés révèlent surtout un souci d’agrandir le bien terrien et de le protéger contre des ventes, spoliations, échanges maladroits néfastes aux héritiers légitimes; l’agrandissement passe par des achats et échanges. Mais voyons l’îlot, l’action et ses protagonistes.

Tous sont restés attachés à la terre, même ceux qui firent “ carrière ”. La carrière, on disait “ état ”, indique davantage une soumission à un destin manifesté par la place occupée sur l’échiquier social, la reconnaissance d’habiletés particulières par le milieu, parentèle, père etc., qu’une décision arrêtée; on se rend en somme au désir des “ bien-pensants ”. Le cas Toussaint illustre mon affirmation; sa fonction exige de l’entregent mais proscrit le fanatisme. Rien d’étonnant si cette lignée a pris ses distances avec les rebelles de 1837 bien que son patriotisme s’affirme fermement comme nous le verrons plus tard.

Les Degneau de la rive-nord, prompts à la hardiesse, forcée ou choisie, s’ils ressemblaient à René, ont pu se mêler aux insurgés de Saint-Eustache mais les listes de ces patriotes les ont oubliés. Les nôtres, malgré la proximité de Rougemont et des points chaud riverains du Richelieu, plus réservés, ont poursuivi leur vie discrète, échappant quelques ténors, comme Toussaint et Basile qui censurèrent la portée politique de leur action sociale et humanitaire conservatrice. Leurs champs d’intervention : vie paroissiale, villageoise, morale pour les curés, portera longtemps, sans prétention à des prérogatives et avantages seigneuriaux, une couleur Ancien Régime, c’est-à-dire éprise de la petite communauté immédiate de paysans.

DES DOCUMENTS ET DE LEUR USAGE

Un axiome a décidé de la pertinence des documents utilisés, à savoir : la terre demeure le bien privilégié, pour sa valeur matérielle—valeur d’échange, capital immobilisé, actif—augmentée d’un coefficient moral variable pour chaque paysan et inquantifiable. Nos actes notariés concernent directement, ou à titre de commentaires et indices qui lui renvoient, le bien terrien (32) qui ne sera définitivement aliéné qu’au XXe siècle. Les négociations sus-consignées traitent d’échanges et ventes au bout desquelles le bien terrien Daigneau est avantageusement agrandi et (ou) rentabilisé.

(32)- Au cours de cet ouvrage j’ai appelé bien terrien, en adoptant la locution désuète “ bien terrier ” surtout utilisée pour désigner un domaine seigneurial, l’ensemble des terres appartenant à un homme, ou à un homme et ses héritiers directs, ou à une branche de famille ou une famille élargie installée dans une région précise.

ACHATS VENTES ET ÉCHANGES

Voyons mon îlot. Nous aurons affaire moins à des portraits qu’à des saynètes.

Les premiers actes utilisés anticipent sur la période ciblée mais leurs conséquences immédiates l’affectent. J’en observe un (33) qui concerne le bien connu Toussaint dont le règne correspond aux années 1850-1900. Dès 1838 il est requis comme témoin dans un litige qui affronte, au sujet d’une dette, deux habitants de Boucherville. À cette époque il n’occupe aucune des charges civiques mentionnées au tableau I, cependant sa notoriété est attestée par le choix de l’homme accepté comme arbitre par les affrontés, eu égard au fait qu’il ne réside pas à Boucherville.

(33)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.

Ici il faut préciser, pour la compréhension de l’histoire que, dès les années 1840, les Deniau se font rares à Boucherville, groupés dans la zone qui correspond à l’actuelle paroisse longueuilloise dite Notre-Dame-de-Fatima.

En 1841 (34) Simon Daigneault fils, de Boucherville, achète à Boucherville, une terre porteuse d’un édifice non décrit, étable ou vieille maison convertie en étable ou hangar, près de chez les Aubertin. Cette terre est un des derniers bastions Daigneault bouchervillois (ancien territoire), la référence au voisin la localise.

(34)- Ibidem.

Dans les mêmes années quarante (1846) à Boucherville, Toussaint Degneau, le fils du notable, ce paysan aisé à qui l’époque accole le titre d’Écuyer, achète une terre vaste mise en bailliage par son propriétaire Henri Huet. Mettre en bailliage équivaut à louer à un cultivateur salarié une terre qu’il exploite pour le propriétaire légitime selon un contrat qui répartit à un et à l’autre les bénéfices retirés; on dirait une métairie. Le chiffre total de la transaction et la mise de fonds indiquent, malgré l’étalement des paiements, un capital familial—l’acheteur est jeune—qui peut subir un important prélèvement et des retenues régulières importantes sur les revenus courants du père et du fils encore célibataire.

“ Ils ont vendu, pour la somme de dix mille quatre cents livres ancien cours, et en déduction de laquelle somme les dits vendeurs reconnaissent avoir eu et reçu dix-huit cents livres dit cours, dont quittance d’autant, et les huit mille six cents livres dit cours restant pour parfait paiement, acceptant comme suit : quatre mille livres dit cours dans deux mois de la date (35), et pour les quatre mille six cents livres dit cours, payement de mille livres dit cours par chaque année, excepté le dernier payement, qui sera de six cents livres dont le premier payement, les dits mille livres dues dans un an de cette date, et ainsi continuer à pareil temps de l’année en année jusqu’à parfait payement… ”

(35)- C’est-à-dire : de la date de passation du contrat.

La transaction ne concerne pas le roulant mais oblige Toussaint à laisser courir jusqu’à son terme le bail du métayer. Si les Huet donnent en bailliage des terres, d’une façon “ gentilhomme ”, les Deniau procèdent rarement ainsi et sans doute Toussaint compte-t-il s’installer sur cette terre avec sa future femme. Il achètera des bêtes et des agrès, prélèvera aux outils et troupeau paternel. Il ne conserve que des articles non énumérés; le plus souvent, si on se réfère aux inventaires du temps, de la broche, des éclisses de bois, des semences et des pièces de harnais.

Toujours en postulant que ce réseau de rejetons issus du notable et de ses frères s’est tenu coît durant les événements de 1837, n’irritant ni l’insurgé, ni l’anglais, ni les “ fédéralistes ”, je confirme, via Rémi Degneau à l’orée de l’époque ciblée, son capital liquide. Ce Rémi, jeune, prête à Antoine Leplat de Boucherville, contre hypothèque, trois cents livres ancien cours au taux de dix pour cent. Le taux n’est ni usurier ni amical et la garantie requise est à l’avenant. La terre bâtie et en culture couvre largement l’emprunt. Le nom du voisin, Quesnel, la situe près des terres Deniau et son annexion s’avérait profitable au prêteur. Je ne suppose à Rémi aucune visée malveillante—il néglige de s’enquérir de l’existence d’hypothèques prépondérantes en cas de faillite du débiteur, et ce Leplat est bien connu—mais juge habile, côté prêteur, cette transaction en regard de la brièveté du délai de remboursement convenu.

“ Fut présent (36) Antoine Leplat dit Saint-Charles, cultivateur de la paroisse de Boucherville. Lequel reconnaît par ces présentes devoir bien légitimement à Rémi Degneau cultivateur, résidant au même lieu, à ce présent et acceptant créancier, la somme de trois cent livres (…) à rembourser audit créancier (…), dans un an de cette date avec l’intérêt légal de dix pour cent. Et pour garantie de la dite somme et intérêts ledit débiteur a spécialement hypothéqué une terre située en la paroisse de Boucherville au cinquième rang, de deux arpents de front sur vingt-cinq arpents de profondeur tenant par un bout à Frédéric-Auguste Quesnel, Écuyer. (…) en culture avec une maison, grange, étable et autres bâtisses érigées, ledit créancier dispense le débiteur de déclarer ses hypothèques. (…) passé au village de Boucherville (…) l’an mil-huit cent quarante six.

(36)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.

Durant la même année (1846) plusieurs contrats relatifs à des terres du même secteur traitent d’échanges d’espaces en culture de façon à les rapprocher et aligner le long de chemins bien entretenus. On sait que le déneigement commence à être efficace, les déplacements facilités; la fin du siècle verra cet avantage provisoirement perdu (37). Ainsi Albert Deniau achète à crédit à Boucherville, à dessein de la cultiver comme il le fait déjà de la sienne, une terre appartenant à son frère Rémi. Il paie deux cents livres, à six pour cent (le taux est ici amical) la terre au cinquième rang, large d’un arpent et demi et profonde de huit arpents :

“ …partie en culture (38), partie en branches avec une maison et une étable… ”

(37)- Le fait relève de l’histoire matérielle (celle de l’outillage) : la modification de l’empattement des patins des traîneaux mettra une décennie à fixer ses standards.

(38)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.

D’une bonne grandeur, cette terre offre l’avantage d’un établissement rapide à un nouveau marié, et telle est vraisemblablement la situation de notre acquéreur.

À l’époque la famille assimile les gendres malgré l’abondance des héritiers mâles. N’y voyons aucune déperdition de patrimoine mais plutôt une récupération de parcelles glissées vers les familles des gendres ou exploitées par eux quoique appartenant à un beau-frère. L’acte qui libelle (39) en 1846 le don fait par Simon Daigneau et sa femme Christine Delage, résidants de Boucherville, à leur fille et gendre, d’une part, et fils Albert, d’autre part (40), d’une terre, à Boucherville, et dont l’exploitation est laissée à la discrétion des bénéficiaires, relève de cette pratique. La terre mesure un arpent et dix perches de front, porte un boisé et des cultures, une petite maison de bois, ancienne mais habitable, puisqu’une grange récente la jouxte.

(39)- Ibidem.

(40)- Tous les co-signataires Daigneau de cette période à l’exception du milicien, ne savent pas signer; j’en conclus que à une alphabétisation interrompue qui ne reprendra qu’à la fin du siècle.

Durant ces années que j’associe aux décisives, un échange de terres (41) inclut un Joseph Daigneau, mort à Longueuil, que son titre de journalier associé à son statut de rentier au moment de sa mort, désigne comme fils d’Archange de Boucherville. Ici Joseph Deniau accapare une portion de terre en culture, non bâtie, au cinquième rang de Boucherville, une maison et une grange construites sur un lopin voisin, l’une et l’autre appartenant à Jacques Deniau, fils de Simon, et que Joseph déménagera durant le mois consécutif à l’entente. Joseph cède en échange un lopin de forme irrégulière contigu à la terre de Jacques. L’un et l’autre ont reçu ces biens échangés en héritage de leurs parents respectifs.

(41)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.

Des ventes en bonne et due forme, pour des sommes faibles, en égard à la qualité des parcelles, redistribuent le bien terrien hérité. La gratuité originelle du bien explique la modicité des sommes manipulées. Par l’acte libellé en 1847 (42), Albert Deniau de Boucherville vend une terre, héritée du père Simon, à Rémi Deniau, son frère, cultivateur et résident de Boucherville, de plus ou moins un arpent et six perches de front par neuf arpents et demi de profondeur. Nous sommes toujours au cinquième rang de Boucherville. La transaction s’élève à neuf cents livres. Le paiement s’étale sur deux ans, aucun intérêt ne l’alourdit et la terre vendue reste en seule garantie au vendeur si une défaillance de l’acheteur à honorer ses engagements survenait. Notre Simon Deniau, durant la même année 1847, vend, à Boucherville (43), à son fils Jacques (44), nommé dans un échange plus haut cité, une terre bâtie d’une maison pour la somme de quatre cents livres dont cent déjà versées (45).

(42)- Ibidem.

(43)- Ibidem.

(44)- Ce Jacques n’apparaît pas au diagramme des personnages de premier plan; les dates, jamais confirmées, de sa naissance et de son mariage interdisent d’assimiler son règne à l’époque ciblée.

(45)- Toutes ces transactions conclues avant l’abolition du système seigneurial incluent le paiement de cens et lods accepté sans discussion ni même consignation spéciale.

En 1849 Rémi Deniau de Boucherville (46) achète, à Boucherville, de Michel Dalpé et sa femme, de Boucherville, une terre d’un arpent et demi de front par vingt-neuf arpents de profondeur. Nous sommes au sixième rang, soit dans les hauts, en tirant vers la seigneurie de Montarville, Saint-Bruno, plus à l’est que maintes terres Deniau contiguës au chemin de Chambly, celle-ci dans les parages de l’actuel Fond-Rouge longueuillois. Il paie la terre, exploitée depuis 1813, la somme de trois mille livres avec droit de jouissance, sans participation aux travaux agricoles d’une moitié des récoltes de l’année en cours. La mise est forte, l’abondance des récoltes prévues, la probable nouveauté des bâtiments et la mise en culture à peu près complète du sol légitiment la mise de fonds. Grâce à ces avantages et à l’étalement sur dix-huit mois du paiement total—quelque trois cents livres déjà versées—Rémi fait une bonne affaire (47).

(46)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Gauthier pour Demuy, pièce no 2. 757 (3). La parenthèse qui affecte le chiffre trois indique son illisibilité au document original et la nécessité de supposer ce chiffre malgré que le greffier l’ait mal formé.

(47)- Les deux mariages de Simon Degneau ont donné à cette époque plusieurs acteurs.

Le même homme, Rémi, toujours en 1848, échange à Boucherville, dans le même secteur que celle Jacques, à Antoine Leplat, une terre de un arpent et demi de front sur vingt-neuf arpents de profondeur.

“ …partie en culture et partie en bois debout, avec une maison, grange, étable et autres bâtisses (…) (48) ”.

contre une terre de

“ deux arpents de front environ sur vingt-cinq arpents de profondeur (…) avec une maison, granges, étables, et autres bâtisses sus-érigées (49). ”

(48)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 275-8.

(49)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Gauthier pour Demuy, pièce no 2757 (3). Voir note 51.

Rémi encaisse huit cents livres dans la transaction dont trois cents sont à verser ultérieurement et feront une rente à ses descendants (50). Les lods sont partagés à parts égales par les contractants. La petite somme empochée dans cette transaction s’explique par l’équivalence en productivité et situation des biens échangés. Sans doute Rémi a-t-il voulu davantage, via le cumul des petites sommes immobilisées, prévoir un capital actif à ses enfants plutôt que faire un “ coup d’argent ”.

(50)- Les terres échangées ont toutes deux été reçues en héritage par les échangeurs.

Si on postule que la conjonction des parcelles, ou mieux la réunion dans une zone unique des biens des membres d’une génération et qu’ils légueront à leurs enfants favorise la rentabilisation du patrimoine, les marchés précédemment analysés prennent tout leur sens.

Je suppose encore un réflexe paysan qui veut même quand l’avantage matériel s’estompe, réunir une couvée et marquer durablement au sceau d’une famille, d’un patrimoine, un coin de pays.

Il y a là du sentiment viscéral d’appartenance à une terre, du désir d’appropriation rassurante dans une période troublée par les démêlées frontalières avec les Américains, le souvenir de la conquête qui pâlit et laisse un gros fond de chagrin même quand le train-train se poursuit, inchangé…et plus changé qu’on l’imagine.

Vais-je parler d’entêtement paysan? Je n’irai pas jusqu’à ce lien commun éculé; mais j’affirme que les Deniau à Simon, frères et cousins proches, Longueuillois malgré la référence nominale à Boucherville, sont et resteront, durant toute la seconde moitié du XIXe siècle, étonnamment traditionalistes et patriotes, mais pas “ farouches ”. Tout se passe comme s’ils avaient assimilé le règlement qui obligeait, au début de la colonie, tous les agriculteurs à déboiser annuellement et mettre en culture deux arpents de terre. Ce règlement vite tombé en désuétude n’a peut-être jamais affecté les fermiers de la Rive-Sud; cependant, bon ou malin, le Deniau qui le peut acquiert quelques bons arpents dont le nombre s’évalue automatiquement sans que la spéculation ait à s’en mêler. Chaque enfant né ou à naître mesure le nombre d’ajouts requis. Ainsi, comme le veut le dicton : “ Un enfant naît avec son pain. ”

J’ai parlé de prévoyance, et la protection des enfants mineurs et le choix d’un tuteur intègre et vaillant en dit long sur ce chapitre. Le document mentionné ici date de 1847. Il fait intervenir des tuteurs subrogés, c’est-à-dire des tuteurs dont les décisions engagent les événements aussi fortement que celles du tuteur originellement désigné en l’absence de ce dernier. Ils récupèrent pour les enfants mineurs de Simon Deniau, des sommes dues au capital constitutif de leurs rentes et dots. Les créanciers ne versent ici que quarante-cinq livres cependant qu’un terrain :

“ …situé au village de Longueuil, de soixante-quinze pieds de front sur cent soixante-dix de profondeur, plus ou moins, tenant par devant au chemin de la Reine, par derrière à une rue, (…) avec une maison et autres bâtisses sus-érigées… (51) ”

(51)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.

-est remis en garantie du paiement total des sommes dues et, à toute fin pratique, abandonné à la succession Deniau par les Normandin (les propriétaires du terrain) en remboursement de leur dette.

Les multiples papiers relatifs à la succession Deniau confirment une prudence aiguë que n’expliquent pas la méfiance et la mauvaise volonté attribuées aux débiteurs, mais suppose une attention vigilante à la progéniture. Avec ce faisceau Deniau, nous avons affaire à des hommes dont la terre, les enfants et la solidarité familiale occupent, sans que le respect des devoirs religieux en souffre—les testaments en attestent--, un espace mental et sensible aussi ample, profond et exigeant que la foi catholique, et originalement inscrit dans son prolongement.

Le patriotisme et le courage d’opinions nationalistes, je ne dis pas rebelles, et je crois qu’elles furent discrètement formulées, lisibles dans “ l’assistance ” imprécisée qu’a fournie Simon Deniau à François Casavan dit la Débauche “ durant la dernière guerre avec les Etats-Unis… ” (52), en reconnaissance de laquelle sa veuve remariée lui cède en 1849, une terre à Boucherville. Ce François a pu se mêler ou pas au conflit, son métier n’est pas donné et sans doute cultivait-il la terre. La façon de dater indique néanmoins une prise de position, une meurtrissure du bon samaritain.

(52)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.

Les descendants de Simon, ses frères et ses cousins immédiats, n’ont de carrière qu’agricole; ils n’y dérogeront pas jusqu’au XXe siècle.

Du côté de Toussaint (fils de Joseph et d’Apolline Fournier dite Préfontaine), pointe durant les années décisives une carrière d’homme dont l’engagement envers la terre prend la figure du service civique. Quelques uns de ses descendants, non consignés pour la raison invoquée plus haut et qui choisirent la prêtrise, infléchirent ce service civil vers le spirituel, le moral. Je n’en déduis pas un enrichissement familial. Les études qui mènent à la prêtrise sont coûteuses malgré des ententes entre les pères et les directeurs de séminaires qui allègent parfois les frais en liquidités et privent les fermes de main-d’œuvre. Un honnête curé de campagne ou attaché à une paroisse urbaine récente ne roule pas sur l’or. Les longs vicariats font le train de vie modeste. Si Toussaint mourut avec du foin dans ses bottes, si la notoriété affecte toutes les familles prolixes en “ notables ” et en vocations religieuses—ce trait plus accusé à mesure que le siècle avance—si l’action politique cantonale hausse d’un cran la déférence des quidams, la classe bourgeoise n’intègre pas encore ces paysans et les Toussaint restent paysans.

Ici l’engagement se cérébralise et l’alphabétisation est meilleure que chez les Simon sans qu’ils ne les isolent du peuple. Si Joseph, et Henri, le fils d’Archange, qui se valut une inhumation dans la crypte Saint-Antoine de Longueuil, ont investi leurs revenus ailleurs que dans la terre, les documents retrouvés ne révèlent pas leur champs d’action. La prospérité marque leur vieillesse comme celle d’Arthur.

Je mets le lecteur en garde contre la tentation de déduire de la carrière d’Arthur : maire de la paroisse de Longueuil et préfet du comté de Chambly, une hausse rapide du niveau de vie pour l’ensemble de ses descendants. Cette magistrature entraîne peu de gain, plutôt des informations pertinentes pour la gestion d’affaires personnelles, ses retombées visibles une ou deux générations plus tard. Mais il n’y eut pas de retombées fulgurantes.

TESTAMENTS

Contrainte de prolonger l’ombre portée d’une situation dont les actes libellés ne tracent les contours qu’en pointillés et de faire rétro-agir des documents, je franchis un pont de cinquante années pour verser à ce dossier les analyse de quelques actes dont je dispose pour éclairer les années décisives. On gardera à l’esprit que Longueuil a déjà une allure urbaine, que le chemin de fer a coupé les terres à l’ouest, qu’une population anglophone flanque la francophone du même côté et que le chômage des journaliers durant les années 1870 a provoqué la misère chez plusieurs.

Avec les documents subséquents, surtout des testaments, nous perdons le côté Toussaint-Archange, à une exception près, Rose-Anna Trudeau, femme d’Arthur Deniau, au profit du côté Simon.

En date du 18 janvier 1893 la femme d’Arthur Daigneau née Rose-Anne Trudeau lègue, par testament (53), d’abord à son mari dont elle fait son exécuteur testamentaire, le total de ses biens, non énumérés; à la mort du mari, ses deux sœurs, se partageront les dits biens. Ici les biens personnels de la femme ne sont pas départagés de ceux du couple. Nous savons par ailleurs que deux fils encore vivants au moment de la dictée du testament sont nés de l’union Rose-Anne et Arthur et que la carrière politique du mari—maire, préfet—connote l’aisance. Les biens légués aux sœurs consistent en articles personnels : vêtements, hypothétiques ustensiles, probables bijoux et souvenirs de famille.

(53)- Archives du Palais de Justice de Longueuil, Minutier du notaire Dagenais, pièce no 140.

L’information originale que je tire de ce document tout occupé de précisions relatives au service funèbre, messes, cierges, etc., concerne un legs domestique appelé “ serviteur ” chez les Daigneau.

“ …je donne à Hipolite Lajoie, mon serviteur, la somme de 25.00$ ” (54)

(54)- Ibidem.

Ce valet communément rémunéré par le mari via les sommes remises à Rose-Anne pour la régie domestique indique l’aisance du couple; courant chez les entrepreneurs de métier—patrons bouchers, marchands de bois et de quincaillerie—il est plus rare chez les cultivateurs même quand leurs terres jouxtent le village comme c’est le cas ici.

Le don de cinq cents dollars qu’elle fait à son mari (55) indique, plutôt qu’une indépendance financière due à une dot généreuse dont elle eut préservé des argents, sa gérance soigneuse des revenus dévolus à la maisonnée. J’y lis un trait commun, observé chez les Toussaint-Archange et les Simon dès que leur vie s’urbanise, soit la délégation confiante par les hommes du contrôle de la vie domestique à leur femme.

(55)- Ibidem.

En 1905 la veuve de Hubert Daigneault, boucher longueuillois, cousin non germain des descendants de Toussaint, dicte son testament. Il indique un train de vie semblable à celui d’Arthur et de Rose-Anne. La résidence près du bourg favorise la réussite financière et les métiers de l’agro-alimentaire avantagent leurs habitudes, sauf aux périodes de grande misère qui affaiblissent leur position sans les mener à la faillite.

Je cite ce testament qui concerne l’office funéraire et les devoirs pieux des héritiers. Il offre un prototype du genre : je ne le juge pas de bigoterie féminine—les hommes font les mêmes—mais il montre le sérieux avec lequel on honore ses devoirs religieux, traite équitablement ses enfants, respecte la terre—la maison pour la femme—son conjoint, la famille dont on est issu :

(…) Dame Séraphine Achim (56) demeurant en la ville de Longueuil, veuve de feu Hubert Daigneault, de son vivant boucher à Longueuil, veut être inhumée dans le terrain du cimetière de Longueuil qui lui appartient. Elle veut un service religieux de seconde classe; qu’il soit chanté cinq grand-messes, dont quatre dans les quatre mois qui suivront son décès, une par chaque mois et la cinquième au bout de l’an de son décès, et dit quarante messes basses, et que, aussitôt que possible après son décès, un trentain (57) grégorien ou messes grégoriennes, le tout pour le repos de son âme, de celle de son mari et de ses enfants défunts. Le testament poursuit :

(56)- Archives du Palais de Justice de Longueuil, Minutier du notaire Dupras, Folio 97, pièce no 493.

(57)- Voir lexique.

Art. 3- Je veux et ordonne qu’il soit dit dans l’année de mon décès quinze messes basses pour le repos de l’âme de mon frère Luc Achim.

Art.4- Je donne, lègue, à titre de prélegs, à mes deux filles Joséphine Daigneault et Rose-Anne Daigneault, toutes deux de la ville de Longueuil, à chacune d’elles la somme de cinq cents piastres courant (500.00$) pour leur appartenir en pleine propriété de mon décès et leur être payable, sans intérêt, dans l’an de mon décès.

Art.5- Je donne et lègue à mes dites deux filles Joséphine et Rose-Anne Daigneault toutes les hardes et linge de corps, chaussures et coiffures que je laisserai à mon décès.

Art. 6- Je donne et lègue à titre de prélegs, à chacun de mes trois fils ci-après nommés : Hubert Daigneault, Isaïe Daigneault et Aimé Daigneault, la somme de quatre cents piastres courant (400.00$) pour leur appartenir respectivement en pleine propriété de mon décès, et leur être respectivement payable, sans intérêt, durant l’an de mon décès, sous la réserve expresse cependant, en faveur de mon ditfils Aimé Daigneault, du droit de choisir au lieu du présent legs, le legs ci-dessous institué en sa faveur aux termes de l’article suivant :

Art. 7- Je donne et lègue à mon dit fils Aimé Daigneault, à titre de prélegs, mon emplacement situé en la ville de Longueuil, du côté nord-est de la rue Grant, contenant soixante pieds de largeur par cent trente pieds de profondeur et étant le lot connu sous le numéro connu sous le numéro deux cent quatre-vingt-quinze (295) (…); à la charge par lui de remettre à ma succession, sur acceptation du présent legs, une somme capitale de deux cents piastres (200.00$), sous la condition expresse qu’il ne pourra accepter ni prendre possession du présent legs sans renoncer en même temps au legs particulier de quatre cents piastres (400.00$) ci-dessus institué en sa faveur aux termes de l’article (6) ci-dessus : étant ma volonté expresse que mon ditfils Aimé n’ait pas droit aux deux legs à la fois, mais n’en réclame que l’un d’eux à son choix.

Art. 8- Je donne et lègue à titre de prélegs, à ma ditefille Joséphine Daigneault, mon moulin à coudre, avec son ameublement de chambre et lit garni dont elle se sert actuellement, et à mon autre fille, Rose-Anne aussi son ameublement de chambre et lit garni actuellement à son usage : pour leur appartenir respectivement et en garder la jouissance et possession du jour de mon décès.

Art. 9- Quand au résidu de tous mes biens, meubles et immeubles, sans exception, après mes dettes, frais funéraires et legs particuliers, payés et acquittés, à charge d’iceux, le les donne et legs en pleine propriété à mes cinq enfants sus-nommés : Joséphine, Rose-Anne, Hubert, Isaïe et Aimé Daigneault, par égale part entre eux, les instituant ainsi mes seuls légataires universels.

Art. 10- Je veux et ordonne que si l’un de mesdits légataires, soit particuliers, soit universels, me prédècède, laissant des enfants issus en légitime mariage, le legs ci-dessus fait à celui-là ou celle-là la précédant, appartienne à tels enfants qui recueilleront dans ces cas le legs au lieu et place de leur père ou mère prédécédé (e), la représentation étant admise en ce cas; mais si, d’un autre côté, l’un de mes dits légataires me prédécède ne laissant aucun enfant issu en ligitime mariage, je veux que le lègs ci-dessus fait à celui-là ou celle-là me précédant sans enfants accroisse dans ce cas les legs dudit legs universel et en fasse partie (…).

(…) Je nomme mon fils Aimé Daigneault exécuteur testamentaire (…).

Tous les testaments réunis pour la fin du XIXe siècle et la première décennie du XXe siècle—le plus récent daté de 1914—furent faits, à une exception près, par des épouses Daigneault : Rose-Anne Trudeau, femme d’Arthur, Séraphine Achim, femme d’Hubert, Marie-Anne Lamarre, femme du commis longueuillois Ernest Daigneault (1911) (58) et Léocardie Bertrand, femme de Léon Daigneault cultivateur de Saint-Hubert (1905) (59). Leur contenu révèle peu de choses du train des ménages. Je retiens que le commis et les siens vécurent au bord de la gêne.

(58)- Archives du Palais de Justice de Longueuil, Minutier du notaire Dupras, pièce no 3131.

(59)- Ibidem, Minutier du notaire Dagenais, pièce no 728.

La femme de Léon teste discrètement, soucieuse de laisser à son mari le soin de révéler leur avoir. Plus tardif, le testament de M.-Théotiste Borduas, veuve de Camille Daigneault né et marié à Longueuil, cependant qu’il passe à Montréal la plus large partie de sa vie, révèle les liens étroits qui l’attachent à sa famille Borduas : ses sœurs et une nièce, et le peu de biens réunis par le couple.

Le testament de Léon Daigneault fait en 1905 (contrat No 728, notaire Dagenais) en faveur de sa femme, n’énumère ni les biens mobiliers ou immobiliers, ni le capital investi; nous savons par ailleurs que le père Léon s’inquiéta pour ses fils et tâcha “ de son vivant ” de les établir : l’époque inaugurait pour eux l’abandon de l’agriculture.

Photographie de Tharsile Viau, grand-mère maternelle de Roland Daigneault.

PROTÉGER SES ARRIÈRES

Les documents interrogés montrent bien que la prospérité a accompagné les clans Deniau de Longueuil, de Boucherville et de Chambly jusqu’au XXe siècle et ce grâce à la conjonction d’une situation géographique favorable, à la récession de la mortalité infantile et plus encore, à un type de gestion, d’organisation du patrimoine, terres en culture et boisées, constructions et cheptels.

Leur force réside dans la promptitude à regrouper, en l’espace de deux générations, les terres de la famille, grand-père, père et fils, près des meilleures voies de communication avec les marchés des villes et des villages, à se serrer sur le cœur des villages, à choisir judicieusement les gendres.

Bien sûr le ratio de ceux dont l’installation décevra l’attente du père existe toujours. Grand-père Léon grommellera contre les “ partis ” choisis par une ou deux de ses filles, il s’irritera de l’abandon de la culture par des fils qu’il approvisionne en bonnes terres, mais la proportion de réussite agricole et para-agricole, dès que le vent vire, est encourageante.

Les Deniau qui précocement, c’est-à-dire longtemps avant la fin du siècle, par choix ou par nécesité, se mettront commis de magasin ou d’usines, journaliers, hommes de tâches multiples ou de corvées de chemin de fer, plutôt qu’apprentis salariés chez un fermier seront plus vite déstabilisés, financièrement désavantagés. Montréal leur réussit mal.

Le type Deniau des années décisives est franchement fermier, et ceux qui amassèrent : pécule qui permettra à leurs enfants les premières études post-primaires et les premiers déplacements indépendants des marées de chômage, sont ceux qui persévéreront dans l’exploitation de la terre, tout en tâtant d’investissements et de carrières qui ne rompent pas les liens exigeants par lesquels elle les tient.

LES GENS DE LAPRAIRIE

HYPOTHÈSES ET PROBABILITÉS

Déplaçons-nous vers LaPrairie pour observer la branche Deniau qui s’y implanta et essaima dans toute la région de Saint-Philippe, Saint-Constant, Saint-Jacques-le-Mineur et, plus tardivement, Saint-Rémi et Saint-Chrysostome, selon un dessin qui n’apparaît ni prémédité ni même corrigé.

Nous savons, en nous reportant aux fiches-tableaux introductives du chapitre II, que les fils de Jacques, l’aîné de Pierre fils d’ancêtre et de Boucherville, avaient entrepris cette déportation orientale de leurs pénates, légères à l’époque, en se mariant à des filles de LaPrairie et de ses côtes. L’élection des promises chez les paysans notoirement associés au développement agricole de LaPrairie et Saint-Philippe s’avérait de bonne guerre. J’en ai déduit une probable prospérité, lentement construite, l’aventure requérant trois ou quatre générations de travailleurs têtus qui prohiberaient toute immigration subséquente irréfléchie. De celles-ci, je sais peu de choses sauf qu’elles se multiplièrent dans un petit espace à la fin de l’époque ciblée.

Le regroupement des terres ne s’est pas fait ici comme à Longueuil. Les terres sont généreuses mais petites et cette situation, dont la culture maraîchère plutôt que céréalière bénéficie, compte tenu du filet des rivières et ruisseaux qui irriguent le triangle d’or, peut jouer un rôle faste ou néfaste. Ce réseau hydrographique a parfois contrevenu aux tracés de routes favorables au convoyage vers des marchés d’écoulement des produits agricoles : Saint Jean et plus primitivement Montréal. Pour prospérer, il a fallu aux Deniau non seulement s’approprier des terres, déjà bien situées et ensemencées conformément aux caractères de la région, mais encore abandonner une tradition de culture du blé et d’avoine prépondérante. Cependant, ceux mariés Beaudin ont pu le faire. L’ont-ils fait promptement?

Les Beaudin, les Robert (famille maternelle d’une épouse Daigneau à la sixième génération), les Bédard, les Merciers ont agrandi des terres originellement concédées étroites, le plus souvent après déplacement vers Saint-Constant et Saint-Rémi, dans les années 1880 quand les rivières et les ruisseaux furent assagis, pontés, certains disparus asséchés. Là, on pouvait élargir les frontages réguliers et les profondeurs en réunissant des parcelles voisines en l’absence de baissières gênantes.

Le déboisement prudent laissa néanmoins des zones sans défense contre la saturation des sols en eau. Bien sûr, au XXe siècle, les tracteurs ne s’embourbent pas; la machinerie traditionnelle joue efficacement son rôle. Cependant on s’interdit, jusqu’aux années 1920, une modernisation de l’outillage si on n’a pas su aligner ses terres le long des routes qui occupent les hauteurs sèches. Les gens de Napierville sont dans la même situation.

Ici les fils Deniau ont dépendu de l’initiative et de la confiance généreuse des belles-familles et de leur vigueur individuelle plutôt que d’un pécule et d’une stratégie instinctive.

COUS DE VIE VERSUS ARCHIVES

Si je ne retrouve pas de trace de contrats pour l’époque ciblée, relatifs à des échanges de terres, achats, ventes, cessions etc., je peux néanmoins affirmer sur la foi d’un témoignage oral (60), l’élection exclusive de l’agriculture par toute la lignée de Saint-Philippe et des villages limitrophes.

(60)- Ce témoignage confirmé et élargi par M Viateur Robert, associé à la famille Daigneault et responsable de l’arbre généalogique de Michel Daigneault.

Dans le tableau des Daigneault de LaPrairie et Saint-Philippe, parmi des hommes dont la vie active s’écoule durant les “ années décisives ”, Joseph Daigneault (61) et ses fils : Hermas, Romain, Camille, qui n’eurent pas leur sommet de règne, mais composèrent avec la fin d’un siècle pour eux difficile, occupent l’avant-scène : représentatifs des Daigneault laprairois.

(61)- Les points au tableau ne renvoient pas à des actes notariés passés par les individus dont ils accompagnent le nom mais à des récits recueillis à leur sujet.

Madame Dorilla Ménard, veuve de Camille Daigneault, répondant aimablement à des questions éprouvantes, eu égard à sa sensibilité, m’a permis de bâtir le récit qui suit, C’est celui de sa vie au sein de sa belle-famille; j’en efface la part la plus heureuse, trop près de nous, celle passée avec ses deux filles adolescentes et jeunes adultes et son mari.

Dorilla Ménard, née dans le Massachusetts, épouse, au début du siècle, Camille Daigneault, fils cadet de Joseph Daigneault cultivateur, marié à Saint-Constant, résidant à Saint-Philippe. Joseph et Mélina ont réchappé trois fils : Hermas, Romain, Camille, et cinq filles dont une prénommée comme notre informatrice—l’orthographe varie—morte jeune des suites de son premier accouchement. Le croup, nom général par lequel on désigne force troubles respiratoires qui reviennent en force, partout au Canada, mais avec une mesure d’avance au Québec, dans les Maritimes et les Prairies centrales, à la fin du XIXe siècle, a ravi au couple cinq rejetons. Ce beau-père mort jeune, à cinquante-huit ans, de problèmes cardiaques, Dorilla ne l’a pas connu mais sait, par ses fils et sa veuve, qu’il fut un travailleur d’une ardeur peu commune, indépendant, fort pieux et peu enclin au plaisir, sérieux avec une nuance d’austérité; il partage ce trait, récessif chez Camille, avec ses fils. Tous les Daigneault de ce coin de pays semblent avoir en commun cette taciturnité que la dureté de l’époque n’a pas déterminée seule.

À la mort du père Joseph, maman Mélina garde la ferme où elle continue d’élever ses enfants. Camille n’a que quinze ans. Il partira en apprentissage chez un fermier. Les aînés et les adolescentes vaillantes, tâcheronnes comme leur père, le remplacent à l’étable, aux champs et s’occupent de la laiterie et du poulailler. La terre paternelle échut à Romain; il la paya peu cher à la mère, seule héritière de son défunt mari. Nul document notarié n’avait libellé cet héritage “ naturel ”. Mélina élèvera plus tard la progéniture d’Hermas dont la seconde épouse, fragile, requiert une assistance domestique efficace et permanente.

Elle séjournera alternativement chez Romain, Dorilla et Camille, chez l’une et l’autre de ses deux filles installées à Montréal, et mourra pensionnaire d’une villageoise dévouée de Saint-Philippe, voisine de chez Romain—la ferme jouxte les limites du village—la maison paternelle bondée devenue trop étroite et bruyante pour lui assurer la tranquillité et les soins réclamés par sa vieillesse.

Au physique les fils de Joseph, sans être malingres, sont fragiles, vulnérables aux problèmes respiratoires comme l’aînée de Dorilla morte à neuf mois, peu taillés pour le travail agricole harassant. La fragilité cardiaque, responsable des morts précoces de Camille et de Joseph relaie cette faiblesse.

Malgré que peu d’accidents, de maladies autres que les fatales aient ponctué la vie de ces fermiers, Dorilla nous décrit une vie laborieuse sans allégresse où les fêtes sont vite expédiées, sans déploiement d’étrennes, gueuletons, libations et musique. Le mythe des célébrations homériques, par tous les groupes sociaux dans nos campagnes, de Noël, du Premier de l’An et de Pâques prend ici un coup dur. Les corvées, celles qui réunissent les femmes, concentrent, semble-t-il, plus de joie, sereine celle-ci, que les moments folklorisés.

Sur ces terres de plus ou moins cent arpents carrés ont fait du fourrage; Romain forcera sur le commerce des volailles mais la spécialisation ici est plus affaire de nuance que de franc réaménagement des espaces.

UN PARTI-PRIS DE STATU QUO

La belle-famille de Dorilla n’instaure pas un genre de vie dissendent; elle prolonge celui des Daigneault de LaPrairie et de Saint-Philippe. Si la vie religieuse et sociale du premier village a injecté quelque bohomie dans le quotidien des laprairois, elle n’a pas atteint au vif l’austérité des mœurs, du train-train. Tous les Daigneault de ce clan—Saint-Philippards et parentèle (62)—négligent la ratification légale de leurs transactions faites à l’amiable : l’honneur tenant lieu de signature. L’analphabétisation et le souci d’économie ont pu jouer dans l’élection générale de cette pratique.

(62)- Je donne à ce mot le sens de groupe familial élargi aux oncles et cousins germains et non germains d’une même génération, de la précédente et de celle qui la suit habitant un espace clairement déterminé.

Tout se passe comme si tous les surgeons de cette branche avaient refusé que cette période marqua un tournant dans l’histoire de leur lignée parce qu’ils s’attachèrent obstinément à un mode de vie difficile mais sécurisant : polyculture etc. L’histoire en décida autrement mais les pénalisa à peine. Leur hibernation les laissa majoritairement contraints de vendre leur bien terrien, d’abandonner l’agriculture pour des métiers et emplois nés avec le XXe siècle. Ceux qui persévéreront garderont une vie modeste que l’amélioration générale de la condition paysanne, renforcée par les avantages de la région, atteindra plus tard. Seul les “ mieux mariés ” des fils de Jacques actualiseront le caractère décisif de cette période.

Photographies de Léon père et son frère Camille, curé de Ste-Julie

ARBRE GÉNÉALOGIQUE DE MICHEL DAIGNEAULT

ÉTABLI PAR M VIATEUR ROBERT.

I- DAIGNEAULT Michel

II- PAUL LaPrairie, 16-07-1946 Palin Berthe

Édouard et Irène Giroux

III- ULDÉRIC Montréal, 14-03-1910 Vézina Valentine

Aristide et Thassile Brunet

IV- ZÉNOPHILE Saint-Jacques-le-Mineur Tremblay Élisa

14-7-1800 François et Esther Provost

V- PIERRE Saint-Édouard-de-LaPrairie Caillé Flavie

14-7-1800 Toussaint et Josephte Gareau

VI- PIERRE Saint-Philippe-de-LaPrairie Michon Marie

14-7-1800 Jean-Marie et Thérèse Gervais

VII- J.-BAPTISTE LaPrairie, 07-11-1557 Gagné Josephte

Joseph et Josephte Bourdeau

VIII- J.-BAPTISTE Longueuil, 29-04-1727 Livernois Marie-Anne

Étienne et Jeanne Campeau

IX- J.-BAPTISTE Boucherville, 11-02-1697 Ménard Thérèse

Jacques et Catherine Fortier

X- *JEAN Montréal, 21-01-1554 Daudin Hélène

De Nantes, Bretagne, France Isaac et Anne Jeannet

XI- PIERRE France Gaudet Jeannette

GÉNÉALOGIE DE CÉCILIA DAIGNEAULT

ÉTABLIE PAR CLAUDE PERREAULT

I- JEAN DENIAU Sieur de Longueuil marié le 21 janvier 1664 à Montréal à Hélène Daudin fille d’Isaac et à Anne Jeannet de l’Île de Ré évêché de Larochelle.

II- RENÉ DENIAU. Marié le 29 octobre 1692 à Boucherville à Marie-Madeleine Matou dite Labrie veuve de Jean Haudecoeur marié le 5 octobre 1682 à Montréal et fille de Philippe et de Marguerite Dousenet.

III- JEAN-BTE DENIAU. Marié (où?) à Marie Primot, fille de François et Marie-Madeleine Deneau (fille de Jean (voir contrat de mariage fait le 27 novembre 1724 devant Me Guillaume Barette, notaire—Curieux mariage : Jean-Baptiste, fils de René, épouse Marie Primot sa cousine germaine puisque la mère de Marie Primot s’appelait Marie-Madeleine Deniau, et était la sœur de René, père de Jean-Baptiste (voir dispense). Il se remarie le 30 avril 1763 à Châteauguay à Catherine Rufiange dite Laviolette, fille de Bernard et Louise Dumas.

IV- JOSEPH-MARIE descend du premier mariage du père Jean-Baptiste Deniau. Il se marie le 9 novembre 1750 à Ste-Anne-de-Bellevue, (Bout de l’île de Montréal.) à Marie-Thérèse Ranger, fille de Pierre et Geneviève Brisebois.

V- JOSEPH DANIO. Marié le 15 février 1779 à Terrebonne avec Marie-Charlotte Huffé fille de Charles et Marie-Josephte Guérin.

VI- FRANÇOIS DAGNEAU. Marié le 25 février 1820 à Mascouche avec Angélique Lamoureux fille de Jean-Bte et Marie-Angélique Chabotte.

VII- FRANÇOIS DAIGNEAULT. Marié le 10 février 1852 à Notre-Dame de Montréal avec Lucie Everett, veuve de Joseph Girard et fille de Micheal Everette et Marguerite Charrette.

VIII- MICHEL DAIGNEAULT. Veuf de Emma Boudreau, marié le 13 février 1890 à St-Joseph de Montréal. Se remarie le 4 février 1902 à Notre-Dame de Montréal avec Ernestine Beaudin fille de …… et de Liliose Fortier.

IX- CÉCILIA DAIGNEAULT. Mariée le 18 mai 1938 à St-Pierre Claver de Montréal avec Adélard Boulard, fils de Léon et Clara Vézina. Elle était fille de la seconde femme de son père.

CONCLUSION

Au cours de cet ouvrage, j’ai mis en lumière la façon propre aux descendants de Jean Deniau, scieur de long, de s’installer en Amérique française. Nous savons par ailleurs qu’il y a des petites gens d’affaires Deniau-Daigneault aux Etats-Unis, et de même souche, et que ceux-ci, contrairement aux nôtres, renoncèrent dès le début à l’agriculture. Comme tous les Québécois, les Daigneault de la Rive-Sud ont pris le virage technologique du XXe siècle; les montréalais, d’urbanisation plus ancienne, s’y sont trouvés mieux préparés, suivis de près par les longueuillois—Longueuil aussi est depuis longtemps une ville—qui conjoignaient l’agriculture à des métiers de journaliers et des charges civiques. Ce que j’ai évalué c’est beaucoup le niveau culturel et économique qui facilita à tous l’américanisation version québécoise.

Sous cette analyse courent des postulats, des valeurs, les miennes et qui ont orienté, plus ou moins consciemmemt, ma recherche bien qu’elles aient eu peu d’incidence sur l’application brute des méthodes de l’historien et aucune sur la collection de renseignements par les recherchistes et le minutieux travail de la généalogiste; ils ont joué dans le tri et le montage des informations.

Tout se passe comme si j’avais observé des comptes bancaires, des investissements, des troupeaux de bêtes plus ou moins racées, les terres d’une superficie susceptible de rentabilisation optimale par la spécialisation des produits, horticoles et fourragers, l’emploi de machines agricoles coûteuses et efficaces, des immobilisations favorables à la jouissance du crédit agricole. J’ai lu ce dont le papier calligraphié, imprimé, émulsionné gardait la trace. D’autre part j’ai filé les notables en sous-entendant—et le fait se vérifie de plus en plus à notre époque que la scolarisation opérationnelle, cruellement déterminée par le groupe d’appartenance socio-économique des géniteurs, mesurait la réussite sociale des individus, leur marge de manœuvre dans l’élection d’un cours de vie original malgré qu’à compétence égale, tout le monde ait l’air de souhaiter un semblable mode de vie.

Et pourtant… ce que je voulais découvrir c’est bizarrement une dissidence victorieuse : les descendants de René la montrent peut-être le plus brillamment; des hommes fortement individués, attentifs à la nature, résistants aux fascinations du pouvoir, intègres, promoteurs et véhicules de vitalité spirituelle, critiques dans l’usage des biens de consommation, ceux contre quoi l’homme échange sa durée et son énergie.

Les ai-je trouvés parce que je les cherchais? Quand j’observe les paysans, le professeur devenu préposé à la trésorerie du canal à Chambly dans les années trente, le surveillant du passage ferroviaire à LaPrairie-Saint-Constant, les forgerons, les épiciers longueuillois, le curé à la même époque, je vois des familles dont les membres ont, dans une proportion rassurante, privilégié les valeurs que je place haut.

LEXIQUE

Censive : Ensemble de terres appartenant à un seigneur et dont les détenteurs de parcelles paient annuellement au seigneur un impôt dit “ cens ”.

Côte : Développement en rallonge, à l’intérieur d’une seigneurie, d’un territoire complètement concédé, souvent le long d’un cours d’eau.

Dette passive : Toute somme empruntée dont le capital n’a pas été investi de façon telle qu’il rapporte des revenus au débiteur, par opposition à la dette active qui profite a ce débiteur.

Fief : Unité territoriale, dans le système seigneurial, concédée par un seigneur, ou le pouvoir colonial à un détenteur définitif—le plus souvent en Nouvelle-France à un autre seigneur ou une congrégation religieuse—et que le détenteur pourra morceler en censives ou traiter comme une seule censive en s’y réservant un domaine seigneurial.

Lods : Taxe payée au seigneur d’une censive sur tout échange ou vente de terres situées dans cette censive.

Trentain : Ensemble de trente messes dites pour le repos de l’âme d’un défunt.

Velte : Ancienne mesure équivalant plus ou moins à 8 pintes.

1663, 25e Novembre

CONTRAT DE MARIAGE ENTRE JEAN DE NIAUX

ET HÉLÈNE DODIN (63)

(63)- A.N.Q.M. Greffe Benigne Basset, N.P..

Pardevant Benigne Basset commis au greffe Et tabellionnage de Villemarie pour les Seigneurs de l’Isle de Montréal en la Nouvelle France, greffier en chef en la Senechaussée Royalle dudit lieu et Nottaire Royal Et present les tesmoins SoubzSignez furent presens en leurs personnes Jean de Niaux habitant y demeurant fils de defunt Pierre de Niaux et de Jeannette gaudet, ses pere et Mere Natif du bourg de Monteber [Montbert] pays de Bretagne parroisse Sainte Marie Diocèse de Nantes dune part. Et heleine Daudin demeurante Aussy audit Lieu fille D’Isaac Daudin et D’Anne Jamet, ses pere et Mere Native du bourg St Martin en l’Isle de Ray Diocèse de la Rochelle dautre part, Lesquelles partyes en la présence et du consentement de leurs parens et Amis pour ce Assemblez de part & dautre., Scavoir de la part dudit Jean de Niaux, Maistre pierre Gadoys, habitant y demeurant nicolas Milet dit le Beauceron, Guillaume Gendron, Maurice Averty & hugues Picard tous habitans demeurans Audit Lieu, Amis et de la part de ladite heleine Daudin, Ledit Isaac daudin son pere, Olivier Charbonneau son cousin, a cause de deffunte Margueritte Reine sa femme, Louis Artus escuyer Sieur de Sailly, Juge civil & Criminel en ladite Senechaussée, Damoiselle Anne francoise Bourduceau son épouse, Charles Le Moyne Sieur de Longueuil, Procureur du Roy en ladite Senechaussée, Damoiselle Marie Pourin Veuve de deffun Jacques testard Vivant Sieur de la forest Vivant Marchand Audit Lieu de Villemarie et françois Bailly Sieur de la fleur, Amis., Reconnurent et Confesserent Avoir fait et Accordé les traités et promesses de Mariage qui Ensuivent. Cest À Scavoir Ledit Jean de Niaux Avoir promis prendre Ladite heleine Daudin avoir promis prendre Ledit Jean de Niaux À son Mary et legitime espoux et le Mariage faire & Sollenniser en face de sainte église catholique, apostolique Et Romaine le plus tost que faire Se pourra et quIl sera advisé & dellibéré Entre eux leursdits parens & Amis Si Dieu & Notre Mere Sainte Église Si Consentent & Accordent, Pour estre lesdits futurs Espoux, Uns & Communs en tous biens Meubles Acquets & Conquets Immeubles Suivant la Coustume de la prevosté et Vicomté de paris Suivie & gardée en Ce pays, prendra ledit futur espoux Ladite future Espouse Avec tous Ses droicts Noms, Raisons & Actions en quelques Lieux quIls puissent estre Scys Scytues et Assis Sera douée la future Espouse du Douaire Coustumier Suivant Ladite Coustume, Et en cas de predeceds de lun desdits futurs espoux Sans enfans procreez de leur Mariage, Se sont Iceux faits & font Donation muttuelle & Reciproque de tous et Un chacuns Leurs Biens tant propres, qu’acquets et Conquets Suivant et Conformement Aux Coustumes des lieux ou Sont Scys et Scytuées leurs propres, pour en faire et disposer par le survivant des deux futurs Conjoints Comme de Son fait et chose propre, À la charge de faire Insinuer le present Contract ou besoing sera, Car ainsy a esté Accordé entre lesdites partyes leursdits parens & amis promettant & obligeant chacun en droit Soy, Renonceant a Toutes choses À ce Contraire, fait et passe Audit Villemarie en la maison de ladite Veuve de la forest Lan Mil Six cent Soixante & trois le Vingt Cinquiesme Jour de Novembre Apres Midy en présences des Sieurs Pierre Bonnefons chirurgien & Jean Augrain tesmoins demeurant audit lieu a ce Requis & Soubzsignes avec Leurs parens & Amis A la Reserve desdits futurs Espoux, Lesdits averty, picard, charbonneau qui ont dit & declaré ne scavoir escrire ni signer de ce enquis Suivant Lordonnance.

Isaac dodin P. Gadoys

Desailly Nicollas Millet G. Gandron

Anne francoise Bourduceau C. Le Moyne

f. bailly Agnes petit de piefelon

fransoie sonnier P. Bonefons

p. piron

Jean Augrin

Basset

Notaire Royal

BIBLIOGRAPHIE

OUVRAGES IMPRIMÉS

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--Archives du Palais de Justice de Longueuil, Minutier du notaire Dagenais.

--Archives du Palais de Justice de Longueuil, Minutier du notaire Dupras.

--Registres spéciaux de la fabrique de la paroisse Notre-Dame.

ORGANISMES RESSOURCES

--Archives de la Ville de Longueuil.

--Archives Nationales du Québec à Montréal.

--Mairie de Saint-Hubert.

--Palais de Justice de Longueuil, bureau des archives.

--Société d’Histoire de la Seigneurie de Chambly.

--Société d’histoire des Îles percées, Boucherville.

--Société d’histoire de Varennes.

--Société historique et culturelle du Marigot de Longueuil.