Société historique et culturelle du Marigot

Sylvain Daignault

DE HAUDECOEUR À DAIGNAULT

L'OUBLI D'UN NOM

Chapitre I

Fausse certitude

Longtemps, avons-nous cru chez nous que nous étions les descen­dants de Jean Deniau et d'Hélène Daudin. Sans doute leur destinée — ils furent massacrés par les Iroquois dans leur demeure de Boucherville le 12 août 1695 — influença-t-il notre jugement. Après tout, il fait bon avoir des martyrs dans la famille.

Mais voilà! En reprenant le chemin que plusieurs avaient parcouru avant nous, nous avons réalisé que les données obtenues ne concordaient plus avec ce qui nous avait toujours paru évident.

Jean Deniau, scieur de long, est né à Nantes vers 1630, fils de Pierre Deniau et de Jeannette Gaudet. Il arrive en Nouvelle-France avec la Grande Recrue de 1653; c'est à titre de volontaire qu'il traverse l'Atlantique.

C'est ici qu'il rencontre Hélène Daudin, fille d'Isaac Daudin et d'Anne Jarnet, qu'il épouse le 21 janvier 1664. Née vers 1646, elle a environ 18 ans lorqu'elle se marie; lui est dans la trentaine.

De cette union naissent six enfants: René, le 18 janvier 1665; Gilles, le 22 avril 1666; Thomas, le 21 janvier 1668; Pierre, le 6 février 1670; Marguerite, le 5 juillet 1671 et Jean-Baptiste, le 2 novembre 1673. Il semble que tous ces enfants voient le jour à Montréal.

Cette progéniture, un peu en deçà de la moyenne pour l'époque, est peut-être l'indication que Jean était souvent absent du foyer. En effet, le nombre (moyen) des enfants était alors d'environ dix pour les filles dont l'âge au mariage était inférieur à 20 ans [1] .

Quoi qu'il en soit, on sait que Jean n'est pas porté sur l'agriculture; il exploite plutôt ses terres, à Longueuil et à Boucherville, pour les matières premières, le bois surtout.

A-t-il fait fortune en exploitant ses terres de cette manière? Si on se fie au fait que quatre de ses garçons partiront vers l'Ouest entre 1685 et 1694, il faut croire qu'il y avait peu de choses pour les retenir sur la terre paternelle.

Au cours de l'été 1695, Jean et Hélène tombent aux mains des Iro­quois et trouvent la mort dans leur maison de Boucherville. Victimes mal­heureuses: 68 pionniers, dont 46 dans la région de Montréal, ont été victimes des Iroquois au cours des deux conflits opposant les uns aux autres entre 1651 et 1665, puis entre 1689 et 1697 [2] .

Chapitre II

Le chaînon manquant

Afin de vérifier nous-mêmes si la généalogie des Daignault était exacte, nous avons entrepris, il y a quelques années, de retracer la lignée familiale.

À l'aide du Dictionnaire généalogique des Canadiens-français, nous avons pu remonter jusqu'en 1716, année où Pierre Deniau épouse Catherine Thunay, fille de Félix et d'Isabelle Lefebvre. Il est noté que Pierre Deniau est originaire de France.

Si tel était le cas, notre ancêtre n'était plus Jean Deniau, celui qui s'est fait massacrer par les Iroquois en 1695. Qu'en était-il exactement? L'un des fils de Jean était-il retourné en France; le fils de ce dernier en était-il revenu?

Une génération manquait pour éclaircir ce mystère. Pour répondre à nos questions, il fallait la trouver.

Nouvelles pistes

Les femmes ont toujours été négligées par l'Histoire. À preuve, on continue encore à faire la généalogie seulement du côté paternel. Pourtant, nous avons tout autant en commun avec notre arrière-arrière-grand-mère qu'avec son époux. C'est une femme qui allait nous permettre de trouver le chaînon manquant.

Comme nous avons vu auparavant, Jean Deniau et Hélène Daudin se sont mariés à Montréal en 1664; Diane-Ischa Ross, dans son ouvrage intitulé Deniau, Daigneau, Daigneault [3] , a déjà confirmé les descendances de tous les fils de Jean et Hélène. D'après ses recherches, aucun d'entre eux n'a eu de fils portant le nom de Pierre, qui épouse une certaine Catherine Thunay en 1716.

Toutefois, la femme qu'épouse leur fils aîné René, à Boucherville, le 29 octobre 1692, Marie-Madeleine Matou, est la veuve d'un certain Jean Haudecoeur. Elle avait épousé cet homme dix ans auparavant, le 5 octobre 1682, à Montréal [4] . Celui-ci fut exécuté à Québec, entre le 27 mai 1690 et le 9 avril 1691, pour le meurtre d'un marchand de Montréal du nom de François Poignet.

Huit ans de mariage avaient sûrement permis à Marie-Madeleine Matou d'avoir des enfants. Le Pierre que nous recherchions était peut-être l'un d'eux. Malheureusement, l'ouvrage de Diane-Ischa Ross était muet à ce sujet.

Poursuivant nos recherches, nous avons découvert quatre enfants issus de cette union: Marie, née le 2 juillet 1685; Pierre-Louis, né le 13 septembre 1686; Noël, né le 26 mai 1688 et finalement Marie-Jeanne, née le 25 août 1689. Qu'était-il advenu de ces enfants?

Les filles

Dans le Dictionnaire généalogique des Canadiens-français, on retrouve une Marie Deniau qui épouse à Lachine, en 1704, Jean Quenneville [5] . Sous son nom, où figurent habituellement ceux des parents, apparaît celui de Gabriel-Jean, avec, entre parenthèses, voir Trotelle et Marie Badayac. On retrouve aussi une Jeanne Deniau, qui épouse Raymond Quesnel en 1718. On peut lire sous son nom ceux de Jean Deniau et d'Hélène Daudin [6] .

S'agit-il des deux filles de Jean Haudecoeur et de Marie-Madeleine Matou? Marie aurait eu 19 ans à son mariage, Marie-Jeanne 29. Dans le Dictionnaire généalogique des familles du Québec, il est fait men­tion d'une Marie-Jeanne, fille de Jean Haudecoeur et de Marie-Madeleine Matou, qui a un enfant naturel avec Raymond Quesnel [7] .

Un élément vient consolider l'hypothèse voulant qu'il s'agisse bien des deux filles de Jean et Marie-Madeleine. Dans le journal La Patrie du 20 janvier 1934 [8] , une étude réalisée par Aegidius Fauteux sur les mariages à la gaumine fait mention d'un cas particulièrement intéressant. En 1717, Ray­mond Quesnel et Jeanne Haudecoeur font irruption à l'église de la paroisse de Lachine durant la messe et se proclament mariés. Or, selon les registres de Lachine, Raymond Quesnel est marié à Jeanne Deniau. Selon l'auteur, les mariages à la gaumine, bien qu'illicites, étaient valides. Les recherches d'Aegidius Fauteux apportent de l'eau à notre moulin. Elles confirment que Jeanne Haudecoeur et Jeanne Deniau sont une seule et même personne.

Les garçons

Du côté des garçons, des indices nous portent aussi à croire que Pierre-Louis et Noël sont les fils de Jean et Marie-Madeleine. Le 26 juillet 1719, à Lachine, Pierre Deniau et Catherine Thunay ont un garçon qu'il nomme Pierre-Noël. D'un autre côté, le deuxième fils de Jean Haudecoeur et de Marie-Madeleine Matou, Noël, est cité à Lachine le 27 juillet de la même année, jour du baptême de Pierre-Noël. Pierre-Louis a donc invité son frère cadet, Noël, au baptême de son enfant; son rejeton porte même le nom de son frère. Pierre Deniau et Pierre-Louis, fils de Jean Haudecoeur sont-ils la même personne? À notre avis la réponse ne fait pas de doute.

Conclusion

Tout semble avoir été fait pour effacer les traces de Jean Haudecoeur. La gêne, mêlée à la honte de voir leur nom associé à celui d'un meurtrier, a sans doute invité Marie et Marie-Jeanne à ne pas inscrire la véritable identité de leurs parents sur leur contrat de mariage. Marie-Jeanne a plutôt utilisé ceux des parents de son père adoptif tandis que Marie a peut-être employé ceux des gens chez qui elle habitait.

La mention, nous indiquant que Pierre Deniau vient de France, dans le Dictionnaire généalogique des Canadiens-français, ne doit pas non plus nous induire en erreur. Là aussi, il ne s'agit vraisemblablement que d'une manoeuvre destinée à camoufler un lien de parenté avec une personne dont tout le monde cherchait à oublier non seulement le crime, mais aussi l'existence.

Comme le mentionne Diane-Ischa Ross dans l'ouvrage déjà cité, la branche René Deniau est victime d'isolation de la part du reste du clan [9] . À quoi attribuer cette situation? La parenté aurait-elle eu du mal a accepter qu'un des leurs épouse la veuve d'un assassin? C'est fort possible.

Chapitre III

Jean Haudecoeur et Marie-Madeleine Matou

Maintenant que le mystère d'une partie de la lignée des Daignault est résolu, abordons la vie de Jean Haudecoeur et de Marie-Madeleine Matou.

Le 5 octobre 1682, à Montréal, Marie-Madeleine Matou, fille de Philippe et de Marguerite Doussinet, épouse, à 17 ans, Jean Haudecoeur, de dix ans son aîné, fils de Jean et de Marie Boursier ou Bourbier, du faubourg Saint-Germain de Paris.

Son père exerce en France le métier de «garde des plaisirs du Roi», c'est-à-dire qu'il est responsable du terrain de chasse du roi ou d'une capitainerie.

D'après les statistiques publiées dans l'ouvrage Naissance d'une population, Marie et Jean sont en deçà de la moyenne d'âge au mariage pour cette époque: après 1663, en Nouvelle-France, lors de leur mariage, les femmes étaient âgées de 21,5 ans et les hommes de 28,9 ans [10] .

Le jeune couple s'installe à Boucherville où Jean vient tout juste d'acquérir la propriété de Pierre Goislard dit Dupuy. La carte de Boucher­ville de 1673, à la page suivante, nous indique précisément la localisation de ce lot [11] . La propriété de 50 arpents joint d'un côté celle de François Pilet, et de l'autre celle de Christophe Février.

Treize ou quatorze arpents sont défrichés comprenant «une maison de pieux en coulisse et un hangar et le bois équarri sur place pour la construc­tion de la grange». Il acquiert aussi «l'emplacement dans le bourg d'un quart d'arpent de front sur deux de pro­fondeur» [12] . La vente se conclut pour la somme de 1 100 livres, soit 832 payables en castor et 288 en or.

Il n'est pas étonnant qu'une partie du coût d'achat ait dû être payée en castor. Malgré les efforts des autorités métropolitaines pour encourager le développement d'autres secteurs de l'activité économique tels le bois, les mines ou l'agriculture, les habitants continuaient de porter un intérêt particu­lier au castor. C'était le commerce le plus lucratif; jusqu'au XVIIIe siècle, toutes les activités gravitaient autour de celui-ci.

À cette époque, la Nouvelle-France, et New-York qui était aidée par la Hudson Bay Company, se livraient une bataille féroce pour détenir le contrôle du commerce des fourrures. Les guerres iroquoises, celles de 1651-1665 et 1689-1697, n'étaient en réalité que l'expression du conflit qui opposait ces deux belligérants.

La famille

À l'époque où Jean et Marie-Madeleine habitent Boucherville, cette ville est un avant-poste de Montréal, par conséquent une cible pour les Iroquois. Néanmoins, cela ne semble pas les effrayer outre mesure, comme en témoigne l'accroissement rapide de la famille. En effet, ils ont quatre enfants en quatre ans. D'abord, en 1685, Marie, puis Pierre-Louis en 1686, Noël en 1688 et Marie-Jeanne l'année suivante.

À ce rythme, il nous est permis de croire que la famille Haudecoeur ne se serait pas arrêtée à quatre enfants; mais, en 1690, un événement drama­tique vient bouleverser tous les plans prévus.

Condamnation pour meurtre

Cette année-là, à Montréal, Jean Haudecoeur subit son procès pour le meurtre de François Poignet, marchand de cette ville. On sait très peu de choses sur ce dernier, si ce n'est qu'il était âgé de 45 ans au recensement de 1681.

Pour quel motif ce crime a-t-il été commis? On ne pourra sans doute jamais répondre à cette question; toutes les hypothèses sont permises. Quoi qu'il en soit, Jean Haudecoeur est condamné à mort.

En France, à cette époque, cinq moyens de mise à mort étaient utilisés. Or, en tant que colonie française, la Nouvelle-France était tenue d'appliquer sur son sol les mêmes peines. La plus douce façon de ravir la vie à un condamné à mort était la pendaison; venaient ensuite la décollation (réservée aux nobles), la roue, le bûcher et l'écartèlement.

Jean Haudecoeur fut condamné au supplice de la roue. Cette peine était réservée aux auteurs de crimes graves, comme le meurtre. Dans un ouvrage, Raymond Boyer fait mention de la peine infligée à Jean Haudecoeur. L'auteur nous explique avec précision en quoi consistait le supplice de la roue. Étendu sur une croix de bois, entière­ment nu, le visage tourné vers le ciel, le criminel voyait ses membres brisés à coup de barre de fer. On plaçait ensuite son corps disloqué sur une roue sans moyeu extérieur, installée sur un pivot. Le bourreau se chargeait de placer le corps de façon telle que les talons touchent à la tête. Le corps était ensuite exposé ainsi pendant plusieurs jours.

En appel, le 27 mai 1690, le Conseil Souverain, qui était chargé de l'administration de la justice, modifia sa sentence; il condamna Jean Haudecoeur à être étranglé avant de recevoir les coups. Son corps fut exposé sur la roue pendant vingt-quatre heures avant d'être secrètement inhumer [13] .

La sentence fut rendue à Québec, vraisemblablement, affirme Raymond Boyer, parce qu'il n'y avait pas de bourreau à Montréal à cette époque [14] .

Chapitre IV

Marie-Madeleine Matou et René Deniau

Qu'advient-il de Marie-Madeleine Matou après la mort de son époux? On sait que la propriété de Jean Haudecoeur est mise aux enchères et achetée par un certain Pierre Sauchet dit Larigueur ou Lavigueur. Si on se fie à la carte de Boucherville dont il a été fait mention plus tôt, il s'agit de son deuxième voisin.

Plus tard, en 1695 plus précisément, Jacques-Charles de Sabrevois, époux de Jeanne Boucher, la fille du seigneur, fait l'acquisition de cette terre qui devient un fief. Quarante ans plus tard, en 1735, un de leurs fils y construira le Château Sabrevois.

En date du 28 août 1725, deux maisons de pierres, une étable, une écurie, une boulangerie et une bergerie s'élèvent à cet endroit [15] . On peut voir que Sabrevois avait les capitaux nécessaires à la mise en valeur et à l'exploitation de cette terre. Sur les 86 arpents en exploitation à cette époque, 80 sont en labour et 6 en prairie. On retrouve aussi, sur le lot, un verger, une cour et un jardin.

À la mort du dernier héritier des Sabrevois de Bleury, Monseigneur Alexandre Antonin Taché, évêque (1853-1871), puis archevêque (1871-1894) de Saint-Boniface, Manitoba, les Jésuites héritent du manoir qu'ils nomment Villa La Broquerie, en souvenir de sa mère, Henriette Boucher de la Broquerie. Destinée à l'oeuvre des retraites fermées, la Villa La Broquerie fut la proie des flammes en 1971 [16] .

Mais revenons à Marie-Madeleine. S'installe-t-elle au village ou à Montréal? Nos recherches sont encore incomplètes à ce sujet.

On sait que c'est à Boucherville, le 29 octobre 1692, qu'elle épouse René Deniau. Elle est alors âgée de 27 ans; lui est de six mois son aîné. On sait de lui qu'il s'est déjà engagé pour l'Ouest, le 13 mai 1688. D'un esprit aventureux, il n'hésite pas à épouser la veuve d'un meurtrier, mère de quatre enfants; cette union provoque sûrement des remous dans la paroisse.

Moins d'un an après leur mariage, leur premier fils vient au monde; neuf mois plus tard, le petit Nicolas s'éteint. Marie-Madeleine est alors enceinte de trois mois. Le 14 décembre 1694, elle donne naissance à une petite fille qu'elle appelle Ursule. On doit ensuite attendre deux ans et demi pour assister à la naissance du troisième enfant — ou du septième pourrait-on dire.

Massacre et déplacement

Le 12 août 1695, les parents de René, Jean Deniau et Hélène Daudin, sont les victimes d'une attaque iroquoise dans leur demeure de Boucherville. Cela se produit durant la deuxième guerre iroquoise (1689-1697).

Les circonstances incitent-elles René et Marie-Madeleine à quitter Boucherville? C'est à Montréal que naît Jean-Baptiste, le 24 juin 1697. Le 15 juillet 1699, à Lachine, alors qu'elle vient à peine de célé­brer ses 34 ans, Marie-Madeleine meurt des suites d'un accouchement. Le bébé sera ondoyé dans le sein de sa mère.

Qu'advient-il de René? Vers 1705, on le retrouve dans les Pays d'en Haut où il épouse une certaine Anastasie, native des Illinois. On peut présumer qu'après la mort de Marie-Madeleine, René est retourné à sa vie de voyageur; c'est peut-être au cours de l'un de ses voyages qu'il rencontre Anastasie. Chose certaine, il meurt à Détroit le 13 juillet 1730, à 65 ans, âge très respectable à cette époque.

Première génération

Marie-Madeleine Matou, née à Montréal, le 05-07-1665;

1° m. Jean Haudecoeur, à Montréal, le 05-10-1682; né vers 1655, fils

de Jean et de Marie Boursier ou Bourbier;

2° m. René Deniau, à Boucherville, le 29-10-1692; né à Montréal,

le 18-01-1665; décédé aux Détroits, le 13-07-1730, fils de Jean

et Hélène Daudin.

Enfants du premier mariage:

1. Marie, née à Boucherville, le 02-07-1685;

m. Jean Quenneville, à Lachine, le 05-07-1704.

2. Pierre-Louis, né à Boucherville, le 13-09-1686;

m. Catherine Thunay, à Lachine, en 1716.

3. Noël, né le 26-05-1688, cité le 27-07-1719 à Lachine; voyageur.

4. Marie-Jeanne, née le 25-08-1689;

m. Raymond Quesnel, en 1718.

Enfants du second mariage:

5. Nicolas, né au chemin du Tremblay, Boucherville, le 14-09-1693;

décédé au même endroit, le 02-06-1694.

6. Ursule, née le 14-12-1694, à Boucherville; décédée le 09-12-1729,

à l'Hôtel-Dieu de Montréal.

7. Jean-Baptiste, né le 24-06-1697, à Montréal:

1° m. Marie Primeau, fille de François et Marie-Madeleine

Deneau, le 27-11-1724.

2° m. Catherine Rufiange dite Laviolette, veuve de Simon

Couillard, à Châteauguay, le 30-04-1736.

8. Anonyme, de sexe indéterminé, né et ondoyé dans le sein de sa mère,

le 15-07-1699, à Lachine.

Chapitre V

Pierre-Louis Deniau et Catherine Thunay

C'est à Lachine que Pierre-Louis Deniau et Catherine Thunay unissent leur destinée. Fille de Félix Thunay et d'Isabelle Lefebvre, Catherine est née le 22 mars 1682 dans la région de Champlain. Lui est né à Boucherville le 13 septembre 1686. La date exacte du mariage étant inconnue — on sait seulement qu'il eut lieu en 1716 —, on ne peut qu'essayer de figurer leur âge au moment de leur mariage. Catherine a environ 34 ans et Pierre-Louis environ 30 ans. Elle est veuve de Jacques Filiatrault qu'elle avait épousé le 18 avril 1700, à Lachine.

Pierre-Louis est le deuxième enfant de Jean Haudecoeur et de Marie-Madeleine Matou. Lors du mariage de sa mère avec René Deniau, il a adopté le patronyme de son beau-père.

En 1731, Pierre-Louis et Catherine sont toujours installés à Lachine. Ils habitent une maison de pierres sur une censive de 80 arpents, soit 2 arpents de front sur 40 de profondeur; 27 arpents sont en labour alors que 4 demeurent en prairie. On retrouve aussi, sur cette terre, une grange et une écurie [17] .

La mort

Est-ce une union un peu tardive pour fonder une famille qui soit viable? Des sept enfants enregistrés, quatre n'atteignent pas la vingtaine. La progéniture de Pierre-Louis et de Catherine semble fragile. Le fait que les quatre dernières naissances aient eu lieu alors que Catherine avait déjà atteint la quarantaine peut expliquer cette précarité.

De tels événements seraient jugés effarants aujourd'hui. Il faut cependant garder à l'esprit qu'à ce moment-là et jusqu'au début du XXe siècle, la mortalité infantile était un phénomène beaucoup plus répandu qu'il ne l'est de nos jours.

Stabilité

Comme on peut le constater, tous leurs enfants sont nés à Lachine entre 1716 (?) et 1728. Il semble donc que cette famille ait fait preuve d'une plus grande stabilité que celle de René, riche en déplacements.

La Nouvelle-France au XVIIIe siècle

On peut expliquer cette stabilité en observant ce qui se passe à cette époque en Nouvelle-France.

Au début du XVIIIe siècle, la population de la colonie — qui jusqu'alors se préoccupait presque exclusivement du commerce des four­rures — commence à explorer d'autres secteurs économiques tels l'agri­culture, le bois, les mines et la construction navale. Après une surproduction de pelleteries à la fin du XVIIe siècle, les colons n'avaient pas vraiment d'autres choix s'ils voulaient survivre.

Pour inciter les gens à se tourner vers d'autres activités économiques, les autorités métropolitaines rendaient de plus en plus difficile la traite des fourrures, notamment en faisant désormais une distinction entre le castor sec et le castor gras, agissant du même coup sur les prix. Aussi, la métropole octroyait-t-elle des primes pour certaines activités comme la culture du chanvre ou la construction navale.

Par ailleurs, le traité d'Utrecht, en 1713, résultat de la Guerre de la Succession d'Espagne que la France et l'Espagne avaient perdue face à l'Angleterre et à l'Autriche forçait la France à céder l'Acadie, Terre-Neuve et la Baie d'Hudson.

Pour sa part, la Nouvelle-France se met à se développer d'une façon plus naturelle, c'est-à-dire en exploitant plusieurs secteurs économiques en même temps. Par exemple, les forges du Saint-Maurice entraient en activité en 1732. En 1739, la diversification économique dans la colonie touche près du quart des produits exportés. Le castor demeure toutefois le produit le plus important des exportations (71,3%); suivent les produits alimentaires (17,9%), le poisson (9%), le bois (0,6%) et les métaux divers (1,2%).

La population

Les données démographiques illustrent l'essor de la Nouvelle-France au XVIIIe siècle; la population passe en effet de 18 119 habitants en 1713 à 50 500 en 1754 [18] .

L'existence de Pierre-Louis et Catherine s'articulait dans ce mouvement général.

Deuxième génération

Pierre-Louis Deniau, né à Boucherville, le 13-09-1686;

m. Catherine Thunay, à Lachine, en 1716; née le 22-03-1682, dans la

région de Champlain, fille de Félix et d'Isabelle Lefebvre.

Enfants: tous naissent dans la paroisse des Saints-Anges de Lachine.

1. Jeanne-Antoinette, vers 1715; décédée le 30-05-1748.

2. Joseph, le 17-10-1717; décédé le 12-04-1719.

3. Pierre-Noël, le 26-07-1719; décédé le 20-08-1798;

m. Madeleine Hunault dite Deschamps, à Sainte-Anne du Bout de

l'Ile le 07-04-1750.

4. Antoine, le 25-09-1722; décédé le 10-10-1741.

5. Catherine, le 28-02-1724; décédée le 17-04-1752.

m. Charles Cardinal, à Lachine, le 19-01-1750.

6. Joseph-Marie, le 17-01-1726; décédé le 19-11-1741.

7. Agathe, le 16-07-1728; décédée au même endroit, le 30-07-1728.

Chapitre VI

Pierre-Noël Deniau et Madeleine Hunault dite Deschamps

Pierre-Noël Deniau est le troisième enfant de Pierre-Louis et de Catherine Thunay. C'est le 7 avril 1750, à l'âge de 30 ans, qu'il épouse, à Sainte-Anne du Bout de l'Ile, Madeleine Hunault dite Deschamps, originaire de cette paroisse. Elle est de dix ans sa cadette.

La famille

Quatre garçons et huit filles, dont des jumelles, voient le jour en un peu plus de vingt-et-un an. On sait qu'au moins cinq de ces enfants meurent avant l'âge de cinq ans. Ils sont tous nés à Lachine, ce qui renforce l'affirmation faite plus tôt, à savoir que cette branche de la famille affection­nait la stabilité.

Contexte politique, économique et social

La famille de Pierre-Noël a évolué dans un contexte socio-économique très actif. La France, de plus en plus menacée sur son propre territoire, no­tamment par la Prusse, alliée de l'Angleterre, se détache de ses colonies d'outre-mer. L'Angleterre, de son côté, est résolue à maintenir l'équilibre européen; pour ce faire, la bourgeoisie anglaise ne sous-estime pas l'importance du commerce, d'où son attrait sans cesse croissant pour les colonies.

Après de brillants succès militaires de 1754 à 1758, la France et ses alliés doivent s'incliner devant la Grande-Bretagne et la Prusse. Après la bataille des Plaines d'Abraham, en septembre 1759, Québec capitule. L'armée anglaise occupe Montréal un an plus tard.

Cette année-là, Pierre-Noël et Madeleine ont déjà cinq enfants; cependant, deux sont décédés la même année, à cinq mois d'intervalle: Antoine, le 10 juin 1759 et Marie-Madeleine, le 15 novembre.

La fin de la Nouvelle-France

Le traité de Paris de 1763 confirme la chute de la Nouvelle-France. La Proclamation Royale, la même année, annonce la création de The Province of Quebec. Les possessions de la France en Amérique du Nord, à l'exception des territoires situés à l'ouest du Mississipi qui sont donnés à l'Espagne, passent à l'Angleterre. La France ne conserve que les îles Saint-Pierre et Miquelon à des fins de pêches.

Pierre-Noël et Madeleine étaient sans doute très loin des questions que soulève encore aujourd'hui la Conquête. Quoi qu'il en soit, la plupart des gens ne se sentent concernés que par les choses qui les touchent directement, comme les problèmes économiques. Or, la conjoncture de l'époque, soit entre 1764 et 1774, est très difficile. Pour le commerce des fourrures, Montréal se voit contester son hégémonie par Albany, en Nouvelle-Angleterre. La fourrure représente toujours les deux tiers des exportations de la colonie.

Au plan de l'agriculture, c'est l'accentuation du caractère rural de la colonie. Malgré les mauvaises récoltes de 1765 et 1769, on a des excédents que l'on exporte, surtout aux Antilles. Mais l'insuffisance des marchés extérieurs, de même que les faibles techniques agricoles, empêchent cette activité de s'accroître à un meilleur rythme.

Lorsque Pierre-Noël s'éteint, le 20 août 1798, à l'âge de 79 ans, il a bénéficié d'une longévité assez remarquable pour le XVIIIe siècle.

Troisième génération

Pierre-Noël Deniau, né à Lachine, le 26-07-1719; décédé le 20-08-1798;

m. Madeleine Hunault dite Deschamps, à Sainte-Anne du Bout de l'Ile,

le 07-04-1750; née le 09-06-1729, à Sainte-Anne du Bout de l'Ile.

Enfants: tous naissent dans la paroisse des Saints-Anges de Lachine.

1. Marie-Antoinette, le 09-01-1751;

m. Jacques Dupont, à Lachine, le 23-04-1770.

2. Eugénie, le 07-07-1754; décédée le 14-05-1774.

3. Antoine,le 05-07-1756; décédé au même endroit le 10-06-1759.

4. Marie-Madeleine, le 05-07-1758; décédée au même endroit,

le 15-11-1759.

5. Antoine, le 25-05-1760; décédé au même endroitle 05-04-1815;

m. Marguerite Legault dite Deslauriers, à Saint-Joachim de Château-

guay, le 13-02-1786.

6. Marie-Joseph, le 02-05-1762;

m. Hypolite Roy Portelance, à Lachine, le 01-10-1787.

7. Catherine, le 09-11-1763; décédée au même endroit le 12-04-1765.

8. Angélique, le 28-09-1765;

m. Charles-Joseph Saint-Denis, à Lachine, le 28-09-1784.

9 Catherine, le 19-05-1768.

10. Marguerite, le 27-06-1770; décédée au même endroit le 20-09-1770.

11. Marie-Madeleine, le 27-06-1770; décédée au même endroit

le 07-07-1770.

12. Jean-Baptiste, le 08-04-1772;

m. Marie-Louise Saint-Denis, à Lachine, le 08-04-1772.

Chapitre VII

Antoine Deniau et Marguerite Legault dite Deslauriers

Né avec la Conquête, Antoine est le cinquième enfant de Pierre-Noël et de Madeleine. C'est à 25 ans qu'il épouse Marguerite Legault dite Deschamps. La cérémonie a lieu à Saint-Joachim de Châteauguay le 13 février 1786.

Vie et famille

Au cours de leur vie de couple, Antoine et Marguerite ont vu leur niveau de vie augmenter considérablement. La conjoncture économique, que nous survolerons un peu plus tard, a apporté un surplus de numéraire avec lequel ils ont pu, graduellement, acheter de plus en plus de produits. Leur grande famille et le taux relativement faible des décès en bas âge reflète bien cette aisance.

Leur famille a de quoi faire des envieux: Marguerite met au monde treize enfants, soit huit garçons et cinq filles, dont seulement trois meurent avant l'âge de 5 ans.

L'Acte constitutionnel

En 1791, le gouvernement britannique vote l'Acte constitutionnel. William Pitt lui-même, premier ministre de l'Angleterre, en est un défenseur acharné. Par cet acte, la Province of Quebec est divisée en deux: le Haut-Canada, majoritairement anglais et le Bas-Canada à majorité française. Pour chacun, Londres désigne un gouverneur; il se charge de former un conseil exécutif dont les membres sont nommés à vie.

Faible reflet du parlementarisme britannique, l'Acte constitutionnel maintient le pouvoir exécutif entre les mains du gouverneur et de son conseil. Le pouvoir législatif, formé d'une assemblée de nobles, de seigneurs et de marchands est d'esprit conservateur.

En réalité, l'Acte constitutionnel ne satisfait que les privilégiés. Les loyalistes, qui s'attendaient à certains privilèges, se sentent menacés par la bourgeoisie anglaise de Montréal. Cette dernière est furieuse, car la séparation les rend minoritaires à la Chambre d'assemblé, qui compte cinquante députés dans le Bas-Canada. De leur côté, les seigneurs canadiens-français voyaient la fin de leurs privilèges avant de siéger.

Économie

En majorité rurale, la population s'intéresse beaucoup à la hausse du prix du blé qu'entraîne l'insuffisance de la production métropolitaine. De 1793 à 1802, la prospérité qu'apporte cette situation touche à peu près tout le monde. En raison de ses faibles récoltes et de ses besoins grandissants, la métropole britannique ouvre son marché à ses colonies, dont le Haut et le Bas-Canada. Reflet de cette prospérité, la natalité atteint 51 par mille habitants. En 1802, la population du Bas-Canada dépasse 215 000 habitants; en 1793, elle n'était que de 113 012.

Dès 1803, on revient à une plus triste réalité. Le marché se contracte, les prix chutent; parallèlement, les coûts de production augmentent, en grande partie à cause des frais de transport.

La fourrure traverse aussi une grave crise; le commerce est de moins en moins rentable, la matière première étant de plus en plus éloignée; la concurrence entre les grandes compagnies est féroce.

L'Angleterre constitue désormais un marché permanent pour notre bois et notre blé; c'est dans le contexte du blocus continental et des guerres napoléonniennes

La guerre

Le guerre qui éclate en 1812 entre les États-Unis et l'Angleterre ne fait que stimuler les exportations. En réalité, ce conflit n'a jamais dangereuse­ment menacé le Haut ou le Bas-Canada. En 1813 toutefois, Michel de Salaberry bat les Américains à Châteauguay. Les renforts britanniques, qui arrivent en 1814, mettront fin à ce conflit. Désormais, plus que jamais, le Haut et le Bas-Canada sont perçus par l'Angleterre comme un rempart contre l'expansion américaine.

Antoine a-t-il participé à ce conflit? Nous l'ignorons. En Europe par exemple, les marchands de pays ennemis continuaient souvent à faire des affaires ensemble durant le conflit, comme si de rien n'était.

Le 5 avril 1815, à l'âge de 54 ans, Antoine rend l'âme.

Quatrième génération

Antoine Deniau, né à Lachine, le 25-05-1760; décédé le 05-04-1815;

m. Marguerite Legault dite Deslauriers, à Saint-Joachim de Château-

guay, le 13-02-1786.

Enfants: tous naissent à Saint-Joachim de Châteauguay, excepté le douzième enfant:

12.Joachim, né à Saint-Clément de Beauharnois;

m. Marguerite Roi, le 01-03-1824.

1. Antoine, le 23-02-1787;

m. Agathe Lefevre, à Saint-Joachim de Châteauguay, le 22-02-1808.

2. Catherine, le 01-11-1791.

3. Paul, le 15-07-1793; décédé le 13-11-1852, à Saint-Clément de Beauharnois;

m. Angélique Lefevre, à Saint-Joachim de Châteauguay,

le 17-10-1814.

4. Antoine, le ?-09-1796; décédé au même endroit, le 24-04-1797.

5. Pierre, le 28-11-1797;

m. Catherine Roy, à Saint-Joachim de Châteauguay, le 11-08-1817.

6. Marie-Anne, le 24-08-1799.

7. Archange, le 11-09-1801.

8. Victoire, le 02-05-1803; décédée au même endroit, le 10-05-1803.

9. Toussaint, le 18-02-1806; décédé au même endroit, le 18-03-1806.

10.Joseph,

1° m. Marguerite Roy-Lapensée, à Saint-Joachim de Châteauguay,

le 29-07-1811;

2° m. Françoise Bourbonnet, à l'Ile Perrot, le 06-02-1815.

11.Victoire, en 1811; décédée le 28-03-1838;

m. Jean-Baptiste Tessier dit Lavigne, à Saint-Clément de

Beauharnois le 29-01-1828.

13.Charles,

m. Élizabeth Tondu dit Saintonge, à Saint-Joachim de Châteauguay,

le 25-11-1816.

Chapitre VIII

Paul Daignault et Angélique Lefevre

Paul a 19 ans lorsqu'éclate le conflit entre les État-Unis et la Grande-Bretagne en 1812. A-t-il participé de près ou de loin à ce conflit? Qui sait? C'est à la fin de la guerre, en 1814, qu'il se marie.

Troisième enfant d'Antoine Deniau et de Marguerite Legault dite Deslauriers, Paul a 21 ans quand il épouse Angélique Lefevre à Saint-Joachim de Châteauguay, le 17 octobre 1814.

Il s'écoule sept ans avant la naissance de leur premier enfant. Leur attente n'aura pas été vaine; en effet, Paul et Angélique auront douze enfants, six filles et six garçons.

Mais le mauvais sort semble s'acharner sur eux; en 1832, des trois enfants qui sont nés, soit Zoé, Paul et Moïse, seul reste Paul. En 1834, Archange, leur huitième enfant, meurt à l'âge de 3 ans. Deux mois plus tard, Angélique donne naissance à une sixième fille qu'elle appelle Marie-Archange.

Contexte économique

Dans la première moitié du XIXe siècle, les marchés extérieurs deviennent de plus en plus importants et accessibles. Malheureusement, les traditions commencent à peser lourd sur l'agriculture du Bas-Canada. Le morcellement des terres, additionné aux techniques agricoles déficientes, ont pour effet de diminuer les revenus des habitants. Pour subsister, ceux-ci se tournent vers une agriculture d'autosuffisance. On commence ici et là la culture de la pomme de terre. Ailleurs, le bétail prend de plus en plus d'importance. En 1830, il faut même importer du blé du Haut-Canada et des États-Unis.

La question religieuse

Fortement religieux, les Canadiens-français ont toujours été influen­cés, voire dirigés, par le clergé. Ce dernier s'accommodait très bien de la Conquête de 1760; après tout, la religion catholique n'avait-elle pas été pré­servée?

L'ultramontainisme, c'est-à-dire la reconnaissance exclusive de Rome et du pape comme chef absolu, fait son apparition. Toutefois, l'Église veut conserver ses fonctions sociales et éducatives, en d'autres mots son contrôle sur la société avec l'accord des Anglais.

La question politique

Entre 1807 et 1810, le gouverneur James Craig dissout la Chambre à trois reprises, insatisfait à chaque fois du résultat des élections. En 1810, il ferme les portes du journal Le Canadien qui dénonce vigoureusement ses agissements, et fait emprisonner les principaux propriétaires et distributeurs. Craig fait subir le même sort aux chefs du «Parti canadien».

La question des subsides est au coeur du débat. Le conseil exécutif, en majorité anglais, a besoin d'argent; le pouvoir législatif, en majorité français, veut pour le moins le contrôle des dépenses s'il lui avance de l'argent.

En 1834, le ton s'élève. Louis-Joseph Papineau, à la tête du «Parti pa­triote» qui vient de remporter une éclatante victoire électorale à l'Assemblée, poursuit ses idéaux démocratiques. La même année, l'Assemblée vote 92 résolutions, qui deviennent le manifeste des Patriotes. Il s'agit, en réalité, d'une liste de griefs à l'endroit de l'oligarchie anglaise.

En 1837, Londres rejette les 92 résolutions et autorise le conseil exécutif à piger dans la caisse du Législatif sans le consentement de ce dernier. Comme solution face à cette injustice, l'Assemblée entreprend d'assècher sa caisse en arrêtant les importations.

Un mandat d'arrestation contre Papineau est émis. On connaît la suite: Saint-Denis, Saint-Charles, Saint-Eustache...

En février 1838, la Constitution de 1791 est suspendue. Londres envoie un émissaire chargé de découvrir les origines du conflit et, si pos­sible, d'y apporter des solutions. Cet émissaire est lord Durham.

Dans son rapport, il note qu'il est inutile d'entreprendre la moindre réforme politique que ce soit avant d'avoir résolu le problème numéro un: la présence de deux peuples dans un même État. Le conflit est donc racial avant d'être politique.

Pour Durham, l'Union législative est la meilleure solution. En créant une Assemblée unique pour le Haut et le Bas-Canada, non seulement établi­rait-on une fois pour toute le caractère de la province, c'est-à-dire celui de l'Empire britannique, mais on diluerait en même temps la population francophone à l'intérieur de l'État. Ajoutez à cela, une immigration anglaise massive et, en quelques années, la dualité raciale serait chose du passé. Il se moque des conséquences que cela aura sur la population francophone qui n'est, dit-il lui même, que le résidu d'une colonisation ancienne [19] et un peuple sans histoire [20] .

En 1840, les deux Canadas sont unis.

Comment Paul et Angélique ont-ils traversé cet épisode de notre histoire? Ce n'est qu'à moyen terme que les décisions politiques affectent les gens. Les problèmes de tous les jours les préoccupent davantage que les intrigues politiques; sur ce plan, Paul et Angélique ont été servis.

Les maladies

Dans la vallée du Saint-Laurent, le XIXe siècle a apporté son cortège de maladies et d'épidémies; c'est surtout le choléra qui a le plus menacé la famille de Paul et Angélique. En 1832, il fait son apparition à Québec: 3 300 personnes périssent. Montréal compte 2 000 morts. En 1834, seconde épidémie. Archange succombe-t-elle des suites de cette maladie? D'autres suivent: 1849, 1851, 1852, année ou Paul meurt, puis 1854.

Outre le choléra, la typhoïde frappe en 1809, 1820 et 1847. Cette année-là, à Montréal seulement, 1 462 personnes succombent en deux mois. Paul et Angélique ont eu à élever leur famille dans un contexte particulièrement difficile. Les problèmes d'identité natio­nale n'étaient sans doute pas leur première préoccupation. Survivre était plus important.

Cinquième génération

Paul Daignault, né à Saint-Joachim de Châteauguay, le 15-07-1793;

décédé à Saint-Clément de Beauharnois, le 13-11-1852.

m. Angélique Lefevre, à Saint-Joachim de Châteauguay,

le 17-10-1814.

Enfants: tous naissent à Saint-Clément de Beauharnois.

1. Zoé, en 1818; décédée le 04-04-1821.

2. Paul, le 31-10-1819; décédé à Saint-Étienne, le 06-05-1901.

m. Josephte Tondu dite Saintonge, à Saint-Clément de Beauharnois,

le 07-02-1843.

3. Moïse , le 13-07-1821; décédé le 28-02-1822.

4. Zoé, le 19-04-1824;

m. Augustin Paré, à Saint-Clément de Beauharnois, le 13-02-1849.

5. Antoine, le 26-06-1825;

m. Virginie Lauzon, le 06-08-1850.

6. Reine, le 09-01-1827;

m. Damase Legault, à Saint-Clément de Beauharnois, le 09-04-1861.

7. Josette, le 20-07-1828.

8. Archange, le 25-03-1830; décédée au même endroit, le 26-01-1834.

9. Moïse , le 22-03-1834.

10. Marie-Archange, le 22-03-1834.

11. François-Xavier, le 30-03-1836;

m. Angèle Monpetit, à Saint-Clément de Beauharnois.

12. André, le 17-11-1837.

Chapitre IX

Paul Daignault et Josephte Tondu dite Saintonge

C'est le 7 février 1843, à Saint-Clément de Beauharnois, que Paul, deuxième enfant de Paul Daignault et Angélique Lefevre, épouse Josephte Tondu dite Saintonge. Ils sont tous deux au début de la vingtaine.

La rumeur familiale veut que Josephte ait été scalpée dans sa jeunesse: c'est pourquoi le nom de Tondu lui aurait été donné. Toutefois, la rareté des raids amérindiens au cours du XIXe siècle, surtout près d'un grand centre comme Montréal, nous amène à croire que ce patronyme lui vient d'ailleurs; on retrouve, à plusieurs reprises, le patronyme Tondu dans le Diction­naire des Canadiens-français.

Une photographie du couple, prise vers la fin du XIXe siècle, nous montre une femme coiffée d'un bonnet qui cache un crâne pratiquement dénudé. On peut donc aussi envisager qu'une chevelure rare lui ait plutôt valu un tel sobriquet.

Les huit enfants issus de cette union, trois garçons et cinq filles, sont tous nés dans la même paroisse.

Contexte social et économique

Le contexte social et économique dans lequel se développe cette famille est nettement plus favorable que celui dans lequel ont évolué les parents de Paul.

En 1844, la population du Bas-Canada s'élève à 697 084 habitants. L'impact de l'Union de 1840 commence à se faire sentir. Pour favoriser les échanges et le commerce entre l'Ontario et le Québec, on développe les infrastructures à un rythme considérable. Les canaux entre les Grands-Lacs et Montréal sont modernisés. La ligne du Grand Tronc, qui relie Sarnia à Rivière-du-Loup, est terminée vers 1854. La croissance naturelle de la population et l'immigration massive, en développant le marché intérieur, ont rendu nécessaires ces travaux.

En 1851, la population du Bas-Canada atteint 890 261 habitants. Malgré la commercialisation grandissante de l'agriculture, le moteur éco­nomique du Québec se déplace de celle-ci vers l'exploitation d'autres sec­teurs. Le régime seigneurial n'y survit pas et est aboli en 1854. La même année, un traité de réciprocité est signé avec les États-Unis; il a pour but de rentabiliser les infrastructures mises en place.

Évolution sociale

La période dans laquelle évolue la petite famille de Paul et Josephte est, comme nous le voyons, riche en transformations de toutes sortes. Le début de l'industrialisation dans la vallée du Saint-Laurent a non seulement modifié le visage de la société, mais aussi bouleversé les rapports entre les individus.

Effectivement, on assiste à cette époque à une hiérarchisation sociale, non seulement urbaine mais aussi rurale. Au développement d'un prolétariat urbain se joint celui d'un prolétariat rural. C'est à cette époque que débute vraiment le système des journaliers agricoles. Jeunes hommes à la recherche d'un travail, ils accomplissaient une multitude de travaux de ferme, souvent dans les environs de leur paroisse. Ils n'avaient souvent, comme gages, que le gîte et la nourriture.

Le nombre d'enfants est représentatif du type de société dans laquelle les personnes évoluent. Comparée aux autres familles, celle de Paul et Josephte est plutôt modeste. On peut proposer plusieurs explications de ce phénomène. Tout d'abord, les parents voulaient laisser à leurs enfants un héritage convenable pour qu'ils puissent tous bien s'installer et élever une famille. Cet objectif était de plus en plus difficile à atteindre en raison, comme nous l'avons vu, du trop grand morcellement des terres. À la rareté des terres, ajoutons l'accessibilité aux marchés, la disponibilité ou non d'un travail salarié et le sexe des enfants. L'habitant n'avait aucun contrôle sur ces facteurs, ce qui compliquait encore plus le passage du patrimoine fami­lial, d'une génération à une autre.

Néanmoins, il pouvait contrôler certains facteurs, comme, jusqu'à un certain point, le nombre des enfants. Il pouvait aussi décider de l'âge au mariage de ses enfants, donc de la période où ceux-ci quitteraient le foyer pour s'installer. De plus, lui seul était en mesure de décider du moment de la transmission des biens.

Leur longévité remarquable peut-elle trouver son explication dans ces changements sociaux? Paul s'éteint à Saint-Étienne le 6 mai 1901, à l'âge de 81 ans: Josephte le suivra beaucoup plus tard; elle meurt le 23 mars 1918, à l'âge respectable de 97 ans.


Sixième génération

Paul Daignault, né à Saint-Clément de Beauharnois, le 31-10-1819; décédé à Saint-Étienne, le 06-05-1901;

m. Josephte Tondu dite Saintonge, à Saint-Clément de Beauharnois,

le 07-02-1843; née le 18-01-1821; décédée le 23-03-1918.

Enfants: tous naissent à Saint-Clément de Beauharnois.

1. Catherine, le 12-03-1846; décédée au même endroit le 28-12-1848.

2. Claire, le 23-11-1849; décédée au même endroit le 19-02-1850.

3. Philomène, le 13-06-1844.

4. Jean-Baptiste, le 03-02-1848; décédé à Saint-Louis-de-Gonzague

le 11-04-1928;

m. Élodie Aumais, à Saint-Louis-de-Gonzague, le 15-08-1871.

5. Françoise, le 21-03-1851.

6. Antoine, le 27-03-1853; décédé à Saint-Étienne en 1938.

m. Exire Aumais, à Saint-Louis-de-Gonzague, le 05-10-1875.

7. Moïse, le 11-02-1855.

1° m. Délia Marleau;

2° m. Rosana Halley, à Beauharnois, le 07-01-1901.

8. Aurélie, le 05-04-1859; décédée à Saint-Étienne le 07-07-1920;

m. Hormidas Sauvé.

Chapitre X

Jean-Baptiste Daignault et Élodie Aumais

Quatrième enfant de Paul Daignault et de Josephte Tondu dite Sain­tonge, Jean-Baptiste a 23 ans lorsqu'il épouse Élodie Aumais le 15 août 1871. Notons que la cérémonie a lieu à Saint-Louis-de-Gonzague et que la famille s'installe dans cette paroisse. Jean-Baptiste n'a donc pas attendu d'hériter de la terre paternelle pour s'installer et fonder une famille.

La famille

Avec Élodie, il aura sept garçons et trois filles. Avec ces dix enfants, la famille de Jean-Baptiste et Élodie est typique de son époque. En effet, les statistiques nous apprennent qu'entre 1780 et 1880, dans la vallée du Saint-Laurent, le nombre moyen d'enfants par famille était de huit. Au cours de cette période, la population s'est multipliée par 30, passant de 70 000 à 2 millions d'individus, conservant un taux de naissance supérieur à 50 pour 1000 habitants [21] .

Le tableau suivant nous rappelle les naissances des générations précé­dentes. On constatera qu'au cours de la période 1780-1880, la lignée des Daignault a suivi la tendance générale, à savoir une montée démographique remarquable.

Nombre des enfants des générations antérieures

parents année du enfants garçons filles

mariage

Marie-Madeleine Matou

Jean-Haudecoeur 1682 4 2 2

René Deniau 1692 3 2 1

Pierre-Louis Deniau 1716 7 4 3

Catherine Thunay

Pierre-Noël Deniau 1750 12 4 8

Madeleine Hunault

dite Deschamps

Antoine Deniau 1786 13 8 5

Marguerite Legault

dite Deslauriers

Paul Daignault 1814 12 7 5

Angélique Lefevre

Paul Daignault 1843 8 3 5

Josephte Tondu

dite Saintonge

Jean-Baptiste Daignault 1871 10 7 3

Élodie Aumais

La Confédération

La Confédération de 1867 n'a que trois ans quand Jean-Baptiste et Élodie unissent leur destiné. Il s'agit sûrement, pour plus d'une raison, de l'événement le plus marquant de leur époque.

Exprimant les idéaux de la bourgeoisie ontarienne, la Confédération avait pour but la création d'un marché commun. Après l'abolition du traité de Réciprocité avec les États-Unis, en 1866, il fallait rapidement trouver une alternative.

Fortement influencés par les dirigeants du Grand Tronc (Grand Trunk Railroad System), les hommes politiques n'ont pas vraiment eu le choix. D'ailleurs, la moitié des douze membres du conseil d'administration de cette compagnie ont été ministres à une époque ou une autre. L'article 145 de l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique stipule même que la construction de l'Intercolonial, le chemin de fer allant vers l'est, est primordiale [22] .

Déjà en 1861, une enquête sur l'état de l'économie canadienne — conduite par le président du Grand Tronc, E.W. Witkin — avait proposé la Confédération comme solution aux problèmes économiques nationaux, et du même coup à ceux du Grand Tronc. En somme, ce qui était bon pour le Grand Tronc l'était également pour la nation.

Les premières années de la Confédération ont donné raison à ses défenseurs. De 1867 à 1873, nos exportations vers la Grande-Bretagne ont doublé alors que celles vers les États-Unis augmentaient de 33%.

Contexte politique

C'est en 1873 que le conservateur John A. Macdonald perd le pouvoir à Ottawa. Toutefois, il reviendra plus fort en 1878 et conservera la direction du pays durant treize ans.

Au Québec, c'est le conservateur Pierre Joseph Olivier Chauveau qui, le premier, en 1867, a l'honneur d'être premier ministre. Gédéon Ouimet le remplace en 1873, à qui succède Charles Boucher de Boucherville l'année suivante. De fait, les conservateurs perdront le pouvoir pour la première fois au Québec en 1878 quand Henri Gustave Joly remplace de Boucherville comme premier ministre, à la suite de ce que l'histoire canadienne a retenu comme le coup d'état de Letellier de Saint-Just.

Ancien ministre libéral nommé lieutenant-gouverneur à Québec en 1876, Letellier de Saint-Just n'a jamais caché son mépris à l'endroit de Boucherville. Les relations entre les deux hommes sont très tendues, Letellier accusant Boucherville de dilapider les fonds publics et de lui cacher trop de choses concernant les affaires provinciales. En 1878, Boucherville refuse d'obéir à Letellier qui lui demande de former un nouveau cabinet: il est destitué de son poste. Letellier nomme le chef de l'opposition, le libéral Henri Gustave Joly, premier ministre du Québec.

En dépit de ce triste moment de notre histoire, certains autres faits sont à remarquer. La crise des années '70 conduit rapidement les provinces à s'affirmer de plus en plus à Ottawa. Oliver Movat, premier ministre de l'Ontario, et Honoré Mercier, son homologue québécois, défendent les inté­rêts de leur province respective avec une ardeur remarquable. Mais au com­bat politique mené par l'Ontario, qui se sent la vache à lait du Canada, se mêle le combat national du Québec. À la conférence fédérale-provinciale de 1887, Honoré Mercier affirme l'idéal autonomiste de sa province.

Contexte économique

La crise économique de 1873 refroidit les ardeurs des défenseurs de la Confédération. De 1873 à 1879, nos exportations de bois de charpente, par exemple, diminuent de 50%. Les salaires sont à la baisse en même temps que les prix montent. C'est à cette époque que se produit l'une des plus importantes migrations vers les États-Unis.

La fragilité de l'économie du Canada apparaît aux yeux de tous. Pour la renforcer, on se met à développer le secteur secondaire, celui de la transformation. à l'aide de tarifs douaniers très élevés, on incite le développement d'un marché est-ouest plutôt que nord-sud. Ce protec­tionnisme a pour effet de développer l'urbanisation et l'industrialisation.

Le boom du blé, que le Canada connaît à la fin XIXe siècle calme les tensions. Avec une population grandissante, l'Europe a besoin de nourriture plus que jamais. La prospérité canadienne efface peu à peu les querelles.

Mort de Jean-Baptiste et d'Élodie

Jean-Baptiste meurt à Saint-Louis-de-Gonzague, le 11 avril 1928, à l'âge de 80 ans. Son épouse lui survit sept ans et s'éteint le le 17 avril 1935.


Septième génération

Jean-Baptiste Daignault, né à Saint-Clément de Beauharnois, le 03-02-1848; décédé à Saint-Louis-de-Gonzague, le 11-04-1928.

m. Élodie Aumais, à Saint-Louis-de-Gonzague, le 15-08-1871;

décédée le 17-04-1935.

Enfants: tous naissent à Saint-Louis-de-Gonzague, excepté le cinquième enfant,

Wilfrid, né à Saint-Étienne, le 11-10-1881; décédé à Valleyfield

le 11-04-1956.

1° m. Déliska Poirier, le 24-10-1906;

2° m. Olivine Quenneville, le 24-09-1924;

3° m. Palmire Chevalier, le 06-09-1945.

1. Louis, le 15-02-1874; décédé au même endroit le 26-06-1874.

2. Rachel, le 28-03-1875; décédée au même endroit, le 14-04-1880.

3. Anna, le 07-02-1877; décédée au même endroit le 22-05-1955.

m. Raoul Péladeau, le 01-05-1905.

4. Émerie, le 09-10-1878; décédé à Valleyfield le 27-03-1963.

1° m. Rose De Lima-Sauvé, le 24-07-1907;

2° m. Marguerite Legault.

6. Edmond, le 14-09-1883; décédé au même endroit le 15-10-1945.

m. Alcida Daoust , le 23-11-1909.

7. Rémi, le 16-03-1886; décédé à Huntingdon le 29-07-1972;

m. Régina Vincent.

8. Angélique, le 24-10-1888;

m. Oscar Daoust, le 17-08-1920.

9. Donat, le 13-06-1891;

m. Ernestine Leduc, le 11-09-1916.

10. Joseph, le 20-01-1894;

m. Éva Lauzon.

Chapitre XI

Edmond Daignault et Alcida Daoust

Edmond est le sixième enfant de Jean-Baptiste Daignault et d'Élodie Aumais. Le 23 novembre 1909, à l'âge de 26 ans, il épouse Alcida Daoust. Le mariage est célébré à Saint-Louis-de-Gonzague, endroit où le couple habitera toute sa vie.

En treize ans, le couple a dix enfants, soit sept garçons et trois filles; c'est dire que durant ces années, Alcida était toujours enceinte, un peu à la manière des Filles de Caleb, pourrait-on dire.

La guerre

Déjà père de quatre enfants, Edmond n'est pas appelé sous les dra­peaux quand le gouvernement conservateur de Robert Borden proclamme la conscription en 1917. Outre ses devoirs de père, le fait que le Canada ait besoin de fermiers pour cultiver les champs suffit à Edmond pour échapper à la guerre.

Le Canada et le Québec

À cause de son anti-militarisme évident, le Québec est isolé au sein du Canada. Quand le conservateur Borden remporte les élections fédérales de 1917, 62 libéraux sur les 82 élus dans tout le pays sont au Québec. Les Québécois affectionnaient beaucoup le libéral William Lyon Mackenzie King qui s'était exprimé ouvertement contre la conscription. Celui-ci se reprendra aux élections de 1921 et conservera le pouvoir jusqu'en 1930.

Sur la scène provinciale, le libéral Lomer Gouin est au pouvoir depuis 1905. Il y restera jusqu'en 1920 quand Louis Alexandre Taschereau prendra sa place. Lui aussi jouira d'une longévité remarquable comme premier mi­nistre en conservant ce poste jusqu'en 1936.

L'économie

Pour le Canada, la Grande Guerre a été profitable en relançant l'éco­nomie du blé qui commençait à s'essouffler. De plus, l'industrialisation pro­gresse très rapidement surtout à cause des usines de munitions qui emploient des milliers de travailleurs. Plus encore, la guerre a permis au Canada de prendre conscience de sa place parmi les États du monde.

La crise

Dans les années '20, tous les espoirs étaient permis pour Edmond et Alcida. L'économie allait bien et les prix des denrées agricoles étaient bons. Mais un matin d'octobre 1929, tout s'écroule. La dépression des années '30 commence.

L'optimisme des années '20 avait entraîné une surproduction, de même qu'un excès de crédit. Les gens, tellement certains de faire de l'argent, empruntaient pour aller à la bourse. Le 24 octobre 1929 à la bourse de New-York, la crise de confiance éclate; en une journée, des actions d'une valeur totale de 5 millions de dollars changent de mains.

L'indépendance du Canada

L'indépendance des Dominions est officialisée en 1931 par le traité de Westminster: l'Angleterre ne peut plus supporter le fardeau financier que lui impose son empire. Si le Canada est venu au monde en 1867, c'est en 1931, selon certains historiens, qu'il apprend à marcher. Certains signes avant-coureurs laissaient penser que l'Angleterre ne tarderait pas à se débarrasser de ses colonies pour consacrer davantage d'énergie à ses problèmes intérieurs. Déjà, en 1923, les Dominions avaient accédé à l'indépendance diplomatique en acquérant le droit de signer des traités internationaux.

L'accident

Un soir d'automne 1945, Edmond quitte un ami chez lequel il était allé passer la soirée. Son ami offre de le reconduire en voiture mais Edmond refuse. Malgré ses 62 ans, il se sent encore capable de marcher du village jusqu'à chez lui. Il n'y arrivera jamais: il est renversé par une automobile le long de la route. Comble de malchance, c'est son ami qui conduisait la voi­ture; il voulait s'assurer qu'Edmond se rendrait bien...


Huitième génération

Edmond Daignault, né à Saint-Louis-de-Gonzague, le 14-09-1883; décédé au

même endroit, le 15-10-1945;

m. Alcida Daoust, à Saint-Louis-de-Gonzague, le 23-11-1909;

décédée le 08-08-1965.

Enfants: tous naissent à Saint-Louis-de-Gonzague.

1. Lucienne, le 30-04-1912; décédée à Montréal le 26-02-1985.

m. Albert Daignault, en 09-?-1933.

2. Alice, le 20-10-1913;

m. Charles Thibault, le ?

3. Adrien, le 10-12-1914;

m. Solange Benoit, le ?

4. Georges, le 22-06-1916;

m. Madeleine Lenoir dite Rolland, à Montréal, le 19-06-1943.

5. Léonard, le 14-10-1917; décédé à Verdun le 27-02-1989;

m. Madeleine Léonard, le ?

6. Cécile, le 05-06-1919;

1° m. Gérard Bougie, le ?

1° m. Laberge, le ?

7. Isaïe, le 05-03-1921;

m. Juliette Dubé, le 21-09-1946.

8. Lucien, le 01-09-1922;

m. Madeleine Lalonde, le ?

9. Réal, le 21-01-1924;

m. Jeannette Auclair, le ?

10. Jean, le 10-07-1925;

m. Ghyslaine Lalonde, le ?

Chapitre XII

Georges Daignault et Madeleine Lenoir dite Rolland

Georges Daignault est né à Saint-Louis-de-Gonzague, le 22 juin 1916. Quatrième enfant d'une famille qui en comptera dix, il passe son enfance à aider ses parents sur la ferme.

La récession

Fortement touchée par la récession, la famille d'Edmond Daignault a du mal à joindre les deux bouts. Pour aider ses parents à subvenir aux besoins de ses frères et soeurs, Georges quitte sa famille vers l'âge de qua­torze ans et s'engage comme garçon de ferme dans la région.

En 1939, à l'affût de revenus meilleurs, et sans doute un peu las du travail de ferme, Georges se rend à Montréal. Demeurant en pension chez sa soeur aînée Lucienne, à Verdun, Georges se met à la recherche d'un travail. Il est finalement embauché par la Dominion Glass Cie, à Pointe Saint-Charles. Il gagne 9 cents de l'heure. Il y restera durant quarante-trois ans.

La rencontre

L'année suivante, un copain de travail de Georges, Gérard Forget, propose un blind date à Georges. En effet, Gérard a une amie dont la soeur est célibataire. Voyant Georges intéressé, Gérard organise la rencontre, et c'est dans un snack-bar de Pointe Saint-Charles que Georges et Madeleine Lenoir dite Rolland se croisent pour la première fois.

Madeleine est la fille de Daniel Fabien Lenoir dit Rolland et de Marie-Jeanne Lapointe. Troisième d'une famille qui comptera six enfants, Madeleine est née dans le quartier Saint-Henri, le 3 février 1926.

Les premiers mois de fréquentation sont assez tumultueux. En plus de trouver Georges un peu âgé — il a dix ans de plus qu'elle — Madeleine ne le trouve pas tellement grand.

Ouvrons une petite parenthèse. Il y a quelques années, le roman de Gabrielle Roy, Bonheur d'occasion, fut porté à l'écran. En comparant les photographies de Georges et Madeleine prises à cette époque et les images de ce film, on est étonné de la ressemblance des décors et des cos­tumes. Je ne peux que conseiller la lecture de ce roman, de même que le visionnement du film, à quiconque veut sentir les années 1940.

Le mariage

Lentement, la relation entre Georges et Madeleine se développe. Le 17 octobre 1942, ils assistent au mariage de Thérèse, la soeur de Madeleine, et de Gérard, l'ami de Georges. Cette célébration a-t-elle activé les choses? Huit mois plus tard, le 19 juin 1943, Georges et Madeleine convolaient à leur tour en justes noces.

Ils habitèrent d'abord un appartement, rue Beaudoin, à Saint-Henri. Ensuite, ils en partagèrent un, rue Bourgeois, avec Jean, le plus jeune frère de Georges, et sa femme Ghyslaine. Georges et Madeleine éco­nomisaient dans le but d'acheter une maison. Finalement, en 1953, notre couple en acheta une rue Delinelle, maison que Georges habite toujours.

La famille

Il faut attendre 1948 pour voir la naissance du premier enfant. Hélas! le sort veut que Pierre meure à la naissance. Par un après-midi pluvieux, Gérard, qui devait être le parrain, accompagne Georges au cimetière de Saint-Louis-de-Gonzague où la dépouille est déposée aux pieds d'Edmond, le père de Georges, décédé trois ans plus tôt.

C'est seulement sept ans plus tard que Madeleine devient enceinte une nouvelle fois. Le soir du 4 décembre 1955, un petit garçon arrive dans le foyer de Georges et Madeleine. Ils l'appellent Claude.

Claude est fils unique pendant quatre ans; mais le 12 janvier 1960, une petite fille, Nicole, vient agrandir la famille. Georges et Madeleine étaient heureux et fiers. Deux enfants en santé, que demander de plus?

Mais en 1963, Madeleine apprend qu'elle est de nouveau enceinte. En raison de son âge — elle a 37 ans — et de son dossier médical — elle a fait trois fausses couches dont deux ces deux dernières années — le médecin lui recommande de se faire avorter. Acceptant les choses avec calme, elle décide de garder son bébé et de tenter le tout pour le tout. Le 31 octobre à midi, Sylvain vient prendre sa place au sein de la famille. En soirée, c'est Madeleine elle-même qui donne des bonbons aux enfants qui passent l'Halloween. Les trois naissances ont eu lieu à la maison, chose assez rare durant cette période.

Contexte politique

Quand Georges épouse Madeleine, en 1943, les libéraux de William Lyon Mackenzie King sont au pouvoir à Ottawa depuis huit ans déjà. Au Québec, Adélard Godbout dirige les libéraux depuis 1939. Duplessis attend dans l'ombre, sachant que son tour n'est pas bien loin. Sur la scène interna­tionale, c'est la guerre mondiale. Grâce à son employeur, Georges évite la conscription; les patrons, de la Dominion Glass, jugent en effet qu'il fait partie du personnel essentiel à la bonne marche de la production.

Changement dramatique

En juin 1981, Georges prend sa retraite sans y être vraiment préparé. Comme beaucoup d'hommes de cette génération, pour qui le travail repré­sentait la dimension la plus importante de leur vie, il se lasse peu à peu de ces vacances permanentes. Pendant un certain temps, il se met à cuisiner et, à sa grande surprise, y trouve plaisir. Mais rapidement, il tourne dans la maison à la manière d'un ours en cage.

En 1983, au chalet d'été, Madeleine fait une vilaine chute et se fracture une jambe. À l'hôpital, on diagnostique un début de cancer. En 1985, autre chute, cette fois à la maison. Le 4 janvier 1986, après quatre mois d'hospitalisation, Madeleine s'éteint des suites du cancer qui s'est généra­lisé. Elle a 59 ans.

À l'aube de ses 70 ans, Georges se retrouve veuf. Avec le départ de Madeleine, une partie de lui a aussi disparu. En 1988, sa fille Nicole, son compagnon de vie et leur deux fillettes emménagent chez lui.

Neuvième génération

Georges Daignault, né à Saint-Louis-de-Gonzague, le 22-06-1916;

m. Madeleine Lenoir dite Rolland, à Montréal, paroisse Saint-Zotique,

le 19-06-1943; née à Montréal, le 03-02-1926; décédée à l'Hôpital

Champlain de ville LaSalle, le 04-01-1986.

Enfants: tous naissent dans la paroisse Saint-Zotique à Montréal.

1. Pierre, en 1948; décédé au même endroit la même année.

2. Claude, le 04-12-1955.

3. Nicole, le 12-01-1960;

Gérard Matte, conjoint de fait.

4. Sylvain, le 31-10-1963;

m. Nathalie Rochon, au Palais de Justice de Montréal le 23-06-1990.


Généalogie de Sylvain Daignault

par Sylvain Daignault.

I- Jean Haudecoeur, époux de Marie Boursier ou Bourbier, du faubourg Saint-Germain de Paris.

II- Jean Haudecoeur, né vers 1655, épouse Marie-Madeleine Matou, fille de Philippe et Marguerite Doussinet, à Montréal, le 5 octobre 1682. Exécuté pour le meurtre de François Poignet, marchand de Montréal, entre le 27 mai 1690 et le 9 avril 1691, à Québec.

III- Pierre-Louis Deniau, né le 13 septembre 1686, à Boucher­ville, épouse Catherine Thunay, fille de Félix et d'Isabelle Lefebvre, à Lachine en 1716. Pierre-Louis adopte le nom de Deniau quand René Deniau, fils de Jean et Hélène Dodin, épouse la veuve de Jean Haudecoeur, le 29 octobre 1692, à Boucherville.

IV- Pierre-Noël Deniau, né le 26 juillet 1719 à Lachine, épouse Madeleine Hunault dite Deschamps, fille d'Antoine et de Catherine Lefebvre, à Sainte-Anne du Bout de l'Ile, le 7 avril 1750.

V- Antoine Deniau, né le 25 mai 1760 à Lachine, épouse Marguerite Legault dite Deslauriers à Saint-Joachim de Châteauguay le 13 février 1786.

VI- Paul Daignault, né le 15 juillet 1793 à Saint-Joachim de Châteauguay, épouse dans la même paroisse Angélique Lefevre, le 17 octobre 1814.

VII- Paul Daignault, né le 31 octobre 1819 à Beauharnois, épouse dans la même paroisse Josephte Tondu dite Saintonge, le 7 février 1843.

VIII- Jean-Baptiste Daignault, né le 3 février 1848, à Beauharnois, épouse à Saint-Louis de Gonzague, Élodie Aumais, le 15 aoüt 1871.

IX- Edmond Daignault, né le 14 septembre 1883, à Saint-Louis de Gonzague, épouse dans la même paroisse Alcida Daoust, le 23 novembre 1909.

X- Georges Daignault, né le 22 juin 1916, à Saint-Louis de Gonzague, épouse à Montréal, Madeleine Lenoir dite Rolland, fille de Daniel Fabien et de Marie-Jeanne Lapointe, le 19 juin 1943.

XI- Sylvain Daignault, né le 31 octobre 1963, à Montréal, épouse au Palais de Justice de Montréal, Nathalie Rochon, fille de Gilles et de Isabelle Riopel, le 23 juin 1990.

Conclusion

Ce survol, très rapide, avouons-le, de l'histoire de la famille Daignault a de quoi surprendre à plusieurs égards. D'abord, l'oubli, probablement volontaire, de toute l'affaire Haudecoeur. Personne n'aime avouer compter un meurtrier parmi ses ancêtres; on aime mieux parler des nobles et des puissants. Ensuite, et c'est là le point le plus remarquable, on constate que la vie de toutes ces personnes a été influencée, voire dictée par le contexte éco­nomique, politique et social de leur temps. Il était normal d'avoir dix enfants à une certaine époque. Il était normal aussi de mourir à 40 ou 50 ans.

On prend facilement pour acquis, aujourd'hui, notre mode de vie étourdissant, le 9 à 5 et les fours micro-ondes sans penser que tout cela affecte notre existence. On a aussi tendance à idéaliser le passé en ne mettant en relief que les bons moments. Qu'en est-il de l'avenir? Une recherche de la généalogie familiale nous aide à mieux comprendre la vie. Nos ancêtres étaient des hommes et des femmes comme nous, ni meilleurs et ni pires; ils avaient leurs craintes et leurs certitudes vis-à-vis les mêmes thèmes que nous: la vie, la mort, la famille…

Tout le monde a sa place dans l'Histoire. Chacun de nous affecte le cours normal des choses tout au long de son existence, premièrement en naissant, finalement en mourant. Entre ces deux étapes inévitables, on construit des relations d'amitié avec certains individus, des relations d'affaires avec d'autres et des relations d'amour avec quelques uns. Tout cela fait en sorte que chacun et chacune de nous participent au développement de l'humanité. S'il est un héritage que nous pouvons laisser à nos enfants en cette triste fin du vingtième siècle, faisons en sorte que ce soit cette pensée.

Bibliographie

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Drouin, Gabriel. Dictionnaire généalogique des Canadiens-français (1608-1760), Institut Généalogique Drouin, 1958, Tome I, Montréal.

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Chagnon, Paul-Henri. Boucherville, Fleuron de la Saga des Boucher, 1987.

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Boyer, Raymond, Les crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle, l'Encyclopédie du Canada français, Tome V, Le Cercle du Livre de France, 1966.

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Lanctôt, Gustave, Histoire du Canada, tome III, Beauchemin, 1964, Montréal, p.143,150.

La commission d'échange et de coopération de Boucherville. Hommage de Boucherville à son fondateur, 1976.

Rapport Durham. The House of Commons, 11 février 1839.

Provencher, Jean, Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, Boréal, Montréal, 1988.

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[1] Charbonneau, Hubert, Desjardins, Bertrand et al., Naissance d'une population, Presses de l'Université de Montréal, Montréal, 1987, p.91.

[2] Ibid., p.39.

[3] Ross, Diane-Ischa, Deniau, Daigneau, Daigneault, Société historique du Marigot, Longueuil, 1990.

[4] Jetté, René, Dictionnaire généalogique des familles du Québec, Presses de l'Université de Montréal, Montréal, 1983, p.559.

[5] Drouin, Gabriel, Dictionnaire généalogique des Canadiens-français (1608-1760), Institut généalogique Drouin, Montréal, 1958, Tome I, p.1119.

[6] Ibid., p. 1121.

[7] Jetté, René, op. cit., p. 559.

[8] Mémoires de la Société généalogique canadienne-française, 1956-1957,

V. 7-8, p. 52.

[9] Ross, Diane-Ischa, op. cit., p. 42.

[10] Charbonneau, Hubert, Guillemette André et al., Naissance d'une population, Presses de l'Université de Montréal, Montréal, 1987, p. 71.

[11] Chagnon, Paul-Henri, Boucherville, Fleuron de la Saga des Boucher, 1987,

p. 8.

[12] A.N.Q.M., Minutier du notaire Maugue, pièce no 2042.

[13] Jugements et délibérations du Conseil Souverain de la Nouvelle-France, Tome III, Québec, 1887, pp. 427-429.

[14] Boyer, Raymond, Les crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle, Encyclopédie du Canada français, Tome V, Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1966, p. 110.

[15] Mathieu, Jacques, Laberge, Alain et al., L'occupation des terres dans la Vallée du Saint-Laurent : aveux et dénombrements 1723-1745, Septentrion, Sillery, 1991, p. 258.

[16] Hommage de Boucherville à son fondateur, La Commission d'échange et de coopération de Boucherville, 1976, p. 27.

[17] Mathieu, Jacques, Laberge, Alain et al., L'Occupation des terres dans la Vallée du Saint-Laurent : aveux et dénombrements 1723-1745, Septentrion, Sillery, 1991, p. 258.

[18] Lanctôt, Gustave, Histoire du Canada, tome III, Montréal, Beauchemin, 1964, p.143,150.

[19] Rapport Durham. The House of Commons, 11 février 1839, p. 307.


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