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LE CAPITAINE CHARLES BOURDON
et un premier janvier exceptionnel


On raconte que le premier janvier 1878, le capitaine Charles Bourdon avait fait une excursion avec le traversier Hochelaga II, aux îles de Bourcherville.

On peut déduire que ce devait être le Hochelaga II qui était alors en service, parce que Vincent (Histoire de Longueuil, page 554) donne la liste des bateaux qui font le service entre Longueuil et Montréal par ordre de leur durée.

Le Hochelaga II vient juste avant le Longueuil III, que j’ai connu et qui fut le dernier bateau à aube, construit en bois.

Le seul bateau construit en fer et mût par hélice, ce fut le « Louis-Phillipe », qui succéda au Longueuil III. Celui-ci termina la série des traversiers avec la fin de l’été 1930, lorsque le pont Jacques Cartiers fut ouvert à la circulation.

La nouvelle raconte que l’excursion réunit environ six cents (600) personnes, plus pour la nouveauté de la chose que pour le plaisir, car le vent soufflait très fort et le froid était intense.

Les deux traversiers de Longueuil et de Bourcherville avaient leurs quartiers d’hiver entre deux îles de Boucherville. On y faisait les réparations nécessaires à la charpente en bois. La machinerie à vapeur était démontée et chaque pièce examinée. Puis, on repeinturait les bateaux.

Lorsque la débâcle était terminée, les deux traversiers sortaient de l’étroit chenal situé entre les deux îles et montaient commencer leur saison d’été pour transporter voitures et piétons au pied de la rue Poupart, au grand soulagement des résidents de la Rive-Sud.

La ville de Montréal avait placée un panneau au coin de la rue Notre-Dame et de la côte qui y conduisait, ainsi rédigé : « Rue de la Traverse ».

Le capitaine Bourdon, qui était maire en 1881, a refait l’excursion aux îles de Boucherville, le premier janvier 1882.

Madame Michel Lamarre , née Antoinette Bourdon, fille du capitaine et mère des juges Philippe et Atoine Lamarre, m’a raconté, de son vivant, comment son père avait contracté la maladie qui l’a emporté.

Pendant l’hiver 1884-1885, le capitaine était allé à Montréal, au sujet de la construction d’un nouveau traversier. S’en revenant tard le soir, ayant manqué le dernier omnibus, il décida de traverser à pied le pont de glace.

Vêtu d’un manteau de fourrure, il se surmena, prit froid et contracta une pneumonie, dont il ne se releva pas. Il mourut le 12 juillet 1885.

Voici une courte notice que rapporte Vincent (Histoire de Longueuil, page 554). Monsieur Charles Bourdon était né à Longueuil en 1840. À l’âge de dix-sept ans, il entra au service de la Compagnie de Navigation de Longueuil et s’identifia avec elle. Il en fut l’âme et le bras droit pendant plusieurs années. Il fut mêlé à toutes les entreprises publiques de Longueuil durant ses dernières vingt années.

L’un des fondateurs de l’hospice St-Antoine, il ne cessa de pratiquer la charité. Patriote ardent, il acceuillit avec chaleur la fondation de la Société St-Jean-Baptiste, dont il fut le vice-président. Tour à tour conseiller et maire de Longueuil, il fit refondre la charte de la ville et s’occupa activement de politique, sans se faire d’ennemis.

Catholique sincère, il fut choisi comme l’un des syndics pour la construction de la nouvelle église. C’est au milieu de ces nombreux travaux que la mort vint le surprendre, avant qu’il eut pu contempler la fin des travaux de notre belle église.

Pour terminer, cet article me rappelle un souvenir des années 1906 ou 1907, lorsque ma mère m’avait amené à Montréal, avant Noël.

Les rues et les chemins étaient couverts de neige, les voitures à roues étaient remisées. Comme il n’y avait pas de neige sur le pont en bois du bateau, on l’arrosait afin que les traîneaux puissent y circuler.

Charles-Édouard Millette

Sources : Dimanche-Matin

Madame Michel Lamarre

Histoire de Longueuil (J.-L. Vincent)

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