Chapitre 3

Tableau (I) des Deniau de Longueuil, Boucherville et Chambly
Tableau (II) des Deniau de Laprairie et Saint-Philippe
Les vocations de la terre
Des documents et de leur usage
Achats, ventes et échange
Testaments
Protéger ses arrières
Les gens de Laprairie : hypothèses et probabilités
Arbre généalogique de M. Michel Daigneault
Arbre généalogique de Cécilia Daigneault

 

TABLEAU DES DENIAU DE LONGUEUIL, BOUCHERVILLE ET CHAMBLY

TABLEAU I

SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE JOSEPH ET APOLINE FOURNIER-PRÉFONTAINE


TOUSSAINT, né à Longueuil le 09-11-1795, capitaine de milice vers 1840, marguillier de la paroisse Saint-Antoine-de-Longueuil de 1850 à 1852, membre du conseil de comté de Chambly de 1851 à 1853, premier maire de la paroisse Saint-Antoine-de-Longueuil de 1855 à 1858, cultivateur à l’aise au Fief du Tremblay, possédait 2 terres à Boucherville sur l’île Picard et deux terres à Saint-Bruno-de-Montarville. Vint résider au village de Longueuil vers 1870 dans une maison sise sur la rue Grant entre les rues Sainte-Élizabeth et Saint-Laurent—décédé le 5 août 1885 et inhumé dans la crypte de l’église Saint-Antoine de Longueuil,

I- Archange Viau-l’Espérance, à Longueuil le 19-02-1821,

II- Lucie Brunelle, vers 1865,

III- Victoire Mercier, à l’église Saint-Jacques de Montréal le 01-08-1871.


SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE TOUSSAINT ET ARCHANGE VIAU :


*TOUSSAINT, cultivateur au quatrième rang de Longueuil,

Henriette Dubuc, à Longueuil le 01-10-1850.


*JOSEPH, né à Longueuil le 11-01-1830—décédé à Longueuil le 06-09-1917,

Marie-Eulalie Charron, à Longueuil le 13-10-1857.


HENRI, cultivateur, bourgeois, né à Longueuil le 09-05-1836—décédé le 12-11-1912, inhumé dans la crypte de l’église Saint-Antoine de Longueuil,

Vitaline Brien-Desrochers, à Longueuil le 31-01-1865.


HUITIÈME GÉNÉRATION

FILS DE TOUSSAINT ET HENRIETTE DUBUC :


TOUSSAINT,

Alphonsine Robert, à Boucherville le 14-10-1890.


FILS DE JOSEPH ET MARIE-EULALIE CHARRON :


*ARTHUR, cultivateur, maire de la paroisse de Longueuil de 1906 à 1907 et de 1912 à 1926, préfet du comté de Chambly du 12-03-1918 au 01-04-1926, né à Boucherville le 30-03-1861—décédé à Longueuil le 01-04-1926,

I- Rose-Anne Trudeau, à Longueuil le 07-07-1885,

II- Marie-Thérèse Achim, à l’église Notre-Dame de Montréal le 20-06-1913.


LÉANDRE, cultivateur, né en 1867, décédé le 10-03-1921, à 54 ans,

Marie-Louise Fournier-Préfontaine, à Longueuil le 07-04-1891.


THOMAS, né en 1868, décédé à Longueuil le 21-06-1898,

Marie-Adine Jodoin, à Boucherville le 05-02-1894.


FILS DE HENRI ET VITALINE BRIEN DITE DESROCHERS :


TOUSSAINT, cultivateur à Saint-Joseph, Bassin de Chambly, né à Longueuil le 10-05-1867—décédé à Longueuil le 14-04-1937,

I- Marie-Anne Hébert, le ?

II- Dorimène-Louise Charon, à Saint-Hubert le 29-10-1895.


JOSEPH-EUGÈNE-ZOTIQUE, cultivateur—décédé à Longueuil (paroisse Saint-Antoine) le 20-06-1963,

Thérèse Pépin, à Longueuil le 18-06-1907.


SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE FRANÇOIS ET MARGUERITE MONTY :


BASILE, cultivateur à Saint-Hubert,

Julienne Vandandaigue-Gadbois, à Saint-Mathieu de Beloeil le 09-02-1830.


SEPTIÈME GÉNÉRATION

LEURS FILS :


BASILE, cultivateur, fondateur et premier maire de Saint-Basile-le-Grand,

Séraphine Lambert, à Saint-Mathieu-de-Beloeil le 02-10-1850.


NAPOLÉON-ALEXIS, né à Longueuil le 29-04-1841,

Albina Pépin, à Boucherville le 14-09-1875.


HUITIÈME GÉNÉRATION

FILS DE BASILE ET SÉRAPHINE LAMBERT :


JOSEPH-BASILE,

Marie-Louise Préfontaine, à Saint-Mathieu-de-Beloeil le 30-02-1883.


SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS D’ALEXIS ET ÉLIZABETH BENOÎT :


*HUBERT, boucher, né à Longueuil le 23-07-1803—décédé à Longueuil le 16-11-1865,

Marie Viau-Saint-Mars, à Longueuil le 13-01-1829—décédée à Longueuil le 04-04-1887 à l’âge de 83 ans.


SEPTIÈME GÉNÉRATION

LEURS FILS :


HUBERT, boucher, né à Longueuil le 02-12-1832—décédé à Longueuil le 24-04-1895,

Séraphine Achim, à Longueuil le 24-04-1850, né le 27-09-1833.


NAPOLÉON, boucher—décédé à Longueuil le 04-12-1882,

Aurélie Arcand, à Longueuil le 04-02-1863.


HUITIÈME GÉNÉRATION

FILS DE HUBERT ET SÉRAPHINE ACHIM :


ISAÏE, né à Longueuil le 02-05-1859,

Albina Bouthiller, à Longueuil le 27-10-1897, (veuve de Anthime Hogue).


AIMÉ, né à Longueuil le 17-08-1863—décédé à Longueuil le 24-03-1940,

Marie-Emma Dion, à Longueuil le 15-11-1898—décédée à Montréal le 23-04-1943, à 72 ans.


SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE SIMON ET FRANÇOISE PLAT-SAINT-CHARLES, DE BOUCHERVILLE :


JEAN-BAPTISTE, journalier,

I- Céleste Vincent-Bricaud, à Longueuil le 01-03-1824,

II- Marie Leriche-Lasonde, à Longueuil le 18-10-1825.


SIMON, cultivateur à Boucherville,

I- Françoise-Louise Casavant, à Verchères le 30-03-1818—décédée à Boucherville le 22-12-1835, à 36 ans,

II- Christine-Délima Lavigueur-Delage, à Longueuil le 21-05-1838—décédée à Longueuil le 04-06-1861, à 49 ans.


SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE SIMON ET FRANÇOISE-LOUISE CASAVANT :


*CHARLES, cultivateur à Boucherville,

Henriette Lamoureux, à Boucherville le 18-10-1842.


*ALBERT, cultivateur de Boucherville,

Henriette Roy, à Boucherville le 12-04-1842.


*RÉMI,

Aglaé Dalpé, à Boucherville le 05-10-1847.


ALFRED, décédé à Montréal le 15-08-1891, à 57 ans,

Aurélie Narbonne-Renaud, à Saint-Mathieu-de-Beloeil le 29-10-1850.


LOUIS,

Julie Favreau, à Boucherville le 08-11-1853.


EUGHER,

Hortense Favreau, à Boucherville le 04-02-1856.


FILS DE SIMON ET CHRISTINE-DÉLIMA LAVIGUEUR :


FRÉDÉRIC, journalier, né à Longueuil le 17-01-1841,

I- Rose-de-Lima Borduas, à Longueuil le 13-10-1862,

II- Rose-de-Lima Moussette, à Montréal, paroisse Ste-Cunégonde.


*CAMILLE, employé du Grand-Tronc, né à Longueuil, le 06-03-1842,

Marie-Théotiste Borduas, à Longueuil le 13-10-1862.


FERDINAND, journalier—décédé à Longueuil le 22-03-1925, à 75 ans,

I- Marie Durocher, à Longueuil le 20-02-1865,

II- Odile Lussier, le ?


HUITIÈME GÉNÉRATION

FILS DE CHARLES ET HENRIETTE LAMOUREUX :


FERDINAND,

Léocardie Brosseau, à Saint-Hubert le 30-06-1873.


WILFRID,

Sophie Brosseau, à Saint-Hubert le 04-11-1880.


FILS D’ALBERT ET HENRIETTE ROY :


CYRILLE,

Marie-Élisa Lussier, à Boucherville le 22-10-1867.


*CHARLES,

I- Émilie Leriche, à Boucherville le 09-07-1874,

II- Cordélie Jetté, à Saint-Bruno-de-Montarville le 22-05-1877.


NAPOLÉON,

Délima Cadieux, à Saint-Bruno le 07-07-1874.


FILS DE LOUIS ET JULIE FAVREAU :


LOUIS,

Aldina Lussier, à Boucherville le 03-10-1882.


FERDINAND,

I- Philomène Tremblay, à Saint-Bruno le 30-08-1881,

II- Marie-Aldine Lussier, à Longueuil le 24-04-1893, veuve de Louis Daigneault.


FILS DE FRÉDÉRIC ET DE ROSE-DE-LIMA BORDUAS :


ERNEST,

I- Parmélie Geoffrion, à Ste-Julie-de-Verchères le 14-01-1885,

II- Marie-Louise Sauriol, à Saint-Bruno-de-Montarville le 22-09-1910.


SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE LOUIS ET MARGUERITE DEMERS-CHEDVILLE :


LOUIS, cultivateur, né en 1805, décédé à Saint-Hubert le 11-11-1880,

Henriette Charbonneau, à Longueuil le 21-09-1830, née le 02-03-1811-à Longueuil—décédée à Saint-Hubert (Chambly) le 12-12-1887.


HUITIÈME GÉNÉRATION

LEURS FILS :


AMABLE,

Délima Deslières, à Saint-Bruno le 09-11-1857.


ALEXANDRE,

Denise Mercil, à Longueuil le 08-04-1861.


*LÉON, forgeron, décédé à l’Hôtel-Dieu de Montréal le 02-08-1918,

Léocardie Bertrand, à Saint-Hubert, Chambly, le 08-02-1864.


CHARLES,

Marie Dubuc, à Saint-Hubert le 19-09-1876.


JOSEPH,

Sophronie Dubuc, à Saint-Hubert le 23-09-1883.


NEUVIÈME GÉNÉRATION

FILS D’AMABLE ET DÉLIMA DESBIENS :


HENRI,

Malvina Larivière, à Saint-Bruno-de-Montarville le 10-04-1883.


CAMILLE,

Albina Grisé, à Saint-Bruno-de-Montarville le 25-09-1884.


HUBERT,

Aldina Gauthier, à Saint-Mathieu-de-Beloeil le 17-02-1896.


FILS D’ALEXANDRE ET DENISE MERCIL :


ALPHONSE, laitier à Montréal, secteur Hochelaga,

Célina Labossière-Vincelette, à Ste-Julie-de-Verchères, le 02-03-1886.


FILS DE LÉON ET LÉOCADIE BERTRAND :


LÉON, forgeron, né le ?-09-1866—décédé à Longueuil le 04-03-1951,

I- Eugénie Cadieu, à Saint-Bruno-de-Montarville le 30-09-1890,

II- Odila Philie, à Saint-Hubert, Chambly le 25-02-1895.


JOSEPH-ALSACE, marchand de tissus de Montréal, secteur rue Hôtel de ville,

Béatrice Moore, à Montréal, paroisse Sainte-Brigitte le 04-05-1897.


RÉMI, boucher à Montréal, Plateau Mont-Royal,

Zéphirine-Cordélie Deslière, à Saint-Bruno-de-Montarville le 08-02-1898.


LÉONARD, boucher,

Rose-Alma Achim, à Longueuil le 14-06-1898.


ARSÈNE, marchand de journaux,

Guliette Gélina, le ?


GEORGES, cultivateur, terre paternelle,

Alice Noiseux, à Saint-Hubert le ?


EDMOUR,

Rose Émond, aux U.S.A. le ?


ALBERT,

Marie-Rose Cardinal, le ?


FILS DE CHARLES ET MARIE DUBUC :


*ERNEST, commis,

Marie-Anne Lamarre, à Longueuil le 19-10-1903.


CHARLES-ALBANI,

Eugénie-Emma Charron, à Longueuil le 21-06-1910.


SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE FRANÇOIS ET SCHOLASTIQUE PAGÉ :


*JOSEPH, cultivateur, né à Longueuil le 13-01-1825,

Henriette Jeannotte, à Saint-Mathieu-de-Beloeil le 13-01-1845.


LOUIS, cultivateur,

Elmire Achim, à Longueuil le 19-10-1847.


HUITIÈME GÉNÉRATION

LEUR FILS :


ÉMERY,

Eugénie Brosseau, à Saint-Hubert le 08-06-1880.


SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE RAPHAËL ET MAGDELEINE GÉLINEAU DE CHAMBLY


HIPPOLYTE,

Odile Lamarre à Longueuil.


Fils de Léon et de Léocardie Bertrand : de gauche à droite, assis : Rémi, grand-père Léon, Edmour, Albert, Léon fils. Debout : Léonard, Georges, Alsace, Arsène.

TABLEAU DES DENIAU

DE LAPRAIRIE ET SAINT PHILIPPE


TABLEAU II


SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE FRANÇOIS ET ANGÉLIQUE SURPRENANT


FRANÇOIS,

Pélagie Bélanger, à Saint-Constant le 26-04-1830.


SEPTIÈME GÉNÉRATION

LEUR FILS :


CYRILLE,

Thaïs Bédard, à Saint-Rémi le 22-10-1860


HUITIÈME GÉNÉRATION

LEURS FILS :


HERCULE,

Anna Riendeau, à Saint-Rémi le 26-10-1894.


VICTOR,

Rostina Boyer, à Saint-Chrysostome le 03-02-1903.


SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE LOUIS ET LOUISE MERCIER


JOSEPH,

I- Marguerite Chalifoux, à Saint-Philippe le 27-11-1827,

II- Audile Daigneau, à Saint-Jacques-le-Mineur le 26-09-1863.


THÉOPHILE,

Adélaïde Bourassa, à l’Acadie le 28-02-1832.


ANSELME,

I- Appoline Lavallée, à Saint-Philippe le 26-08-1833,

II- Lucie Bissonnette, à Saint-Jean-d’Iberville le 03-10-1870.


SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS D’ANSELME ET LUCIE BISSONNETTE :


THÉOPHILE,

Julienne Lanciau, à Saint-Jacques-le-Mineur le 23-02-1857.


JOSEPH,

Adélaïde Girard, à Saint-Philippe le 07-02-1860.


JULIEN,

Elmire Giroux, à Saint-Jacques-le-Mineur le 11-02-1862.


NARCISSE,

Mathilde Perras, à Sherrington le 31-01-1865.


CAMILLE,

Rosalie Dupuis, à Sherrington le 18-01-1870.


SAMUEL,

Cécile Demers, à LaPrairie le 14-07-1875.


HUITIÈME GÉNÉRATION

FILS DE JOSEPH ET ADÉLAÏDE GIRARD :


*JOSEPH,

Mélina Lefebvre, à Saint-Constant le 22-10-1889.


ANSELME,

Zulma Inkel, à Saint-Philippe le 05-02-19-1.


NEUVIÈME GÉNÉRATION

FILS DE JOSEPH ET MÉLINA LEFEBVRE :


*HERMAS,

I- Jeannette Raquepas, à LaPrairie le 27-04-1921,

II- Albertine Beaudin, à Saint-Jacques-le-Mineur le 20-12-1930,

III- Georgette Bleau, à Saint-Jacques-le-Mineur le 22-12-1941.


*ROMAIN,

Bernadette Robert, à Saint-Philippe le 12-05-1927.


*CAMILLE,

Dorilla Ménard, à Saint-Philippe le 30-07-1927.


SIXIÈME GÉNÉRATION

FILS DE PIERRE ET MARIE MICHON


PIERRE,

I- Suzanne Foucreault, à Saint-Philippe le 10-11-1828,

II- Josephte Dupuy, à Saint-Philippe le 14-02-1843,

III- Flavie Caillé, à Saint-Édouard le 04-02-1854.


SEPTIÈME GÉNÉRATION

FILS DE PIERRE ET FLAVIE CAILLÉ :


ZÉNOPHILE,

Élisa Tremblay, à Saint-Jacques-le-Mineur le 22-04-1879.



Maison Daigneault (vers 1850) avant et après la restauration.

LES VOCATIONS DE LA TERRE

14-7 C’est bien avant l’automobile, la lieuse-batteuse, le pétrole, la congélation, l’éclairage électrique, les routes asphaltées. C’est l’hiver trop long, les chemins poussiéreux, défoncés au printemps, aplanis plutôt que déneigés l’hiver, les voitures qui versent si l’empattement des patins de carriole diffère de celui du traîneau aplanisseur. Dépouillée des pseudo-poésies de la neige et des moissons dorées, la vie ne promet pas de drames collectifs mais un chapelet de succès et revers privés que nul regard ne juge médiocres.


Pourquoi je nomme ces années “ décisives ”? Elles ne dessinent pas pour le XXe siècle finissant le profil des individus qui assumeront le mieux notre monde emballé, désarçonnant pour ses usagers. Ceux-là même qui ont hérité de jugement sûr et de valeurs humanistes transmises par des médias anciens : lecture, écriture, etc., chancellent. Les années ciblées décident de la façon dont les individus vivront la fin de l’ancien monde fait de durabilité, de stabilité morale, sociale et matérielle. Elles permettent l’émergence des caractères et des carrières pertinentes à sa compréhension et jouissance québécoises. Les gens d’ici ont échappé aux grands mouvements culturels et politiques qui ont secoué l’Europe. Rarement scolarisés, cultivateurs, journaliers, c’est-à-dire cumulateurs de multiples métiers, marchands d’aliments, de quincaillerie, forgerons, commis, ouvriers des premières usines, ceux dont la curiosité s’aiguisait l’ont tournée vers l’amélioration de la qualité de leur travail. Peu d’art, beaucoup de terre, de piété, de méfiance envers la nouveauté et peut-être de convoitise rentrée. La santé, la fortune paternelle, le rang occupé dans la famille détermine encore le métier.


J’observe les lignée Daigneault croisées de Longueuil et de Boucherville et je vois les métiers se développer prudemment sur l’accotement de l’agriculture avant d’acquérir leur indépendance. Les actes notariés retrouvés : achats, échanges, testaments, ne concernent que les paysans et leurs biens terriens modifiés et transmis par ajouts et échanges. Pourquoi? Notre appareil juridique manquait-il de la célérité nécessaire à la consignation des immobilisations de qui se met en affaires, loue une échoppe, etc.? Les difficultés de transport, la délégation du travail des bureaux de notaires à des clercs itinérants ont embrouillé les répertoires d’actes. Par ailleurs, on louait rarement, achetait à l’intérieur des familles et belles-familles, et construisait dans nos petites villes et villages généreux d’espaces vierges, sans que les permis de construire pré-requis fassent, malgré que l’État l’eût souhaité, l’objet d’un contrôle tatillon.


Parmi les hommes des sixième et septième générations Daigneault, je prélève ceux qui eurent plus ou moins trente ans aux années cinquante (1850). Je néglige des cadets et des aînés qui, précoces ou nantis d’héritages imposants, ont pu modifier le portrait de la vie matérielle des Deniau de Longueuil, Boucherville et Chambly, tous cousins, proches ou lointains, qu’ils se fréquentent ou s’ignorent. Je procède de la même façon pour ceux de LaPrairie et Saint-Mathias déportés en fin de chapitre. Cette coupe qui prend les “ sommets ” de règne s’impose si je veux davantage comparer des fructifications patrimoniales que spéculer interminablement au sujet d’actions ponctuelles de membres disséminés de la tribu.


Ce découpage artificiel me gêne; au XIXe siècle la période active d’une vie d’homme n’est pas encadrée, chiffrée avec la raideur typique de notre époque. On a vu des sexagénaires veuf épouser des femmes jeunes , faire des enfants et ouvrir de nouvelles terres; cependant la plupart des gens de ce temps disent eux-mêmes à soixante ans, sans désespoir ni amertume, qu’ils ont “ fait leur temps ” ou leur “ règne ”.


Les personnages de ces décennies sur lesquels je détiens le plus de renseignements archivés occupent, dans la parentèle, un espace géographique d’une précision suffisante pour que leur compilation fasse du sens, eu égard aux liens de parenté visibles aux tableaux introductifs de ce chapitre : ils forment un îlot d’hommes inter-reliés durant deux générations.


Les actes notariés révèlent surtout un souci d’agrandir le bien terrien et de le protéger contre des ventes, spoliations, échanges maladroits néfastes aux héritiers légitimes; l’agrandissement passe par des achats et échanges. Mais voyons l’îlot, l’action et ses protagonistes.


Tous sont restés attachés à la terre, même ceux qui firent “ carrière ”. La carrière, on disait “ état ”, indique davantage une soumission à un destin manifesté par la place occupée sur l’échiquier social, la reconnaissance d’habiletés particulières par le milieu, parentèle, père etc., qu’une décision arrêtée; on se rend en somme au désir des “ bien-pensants ”. Le cas Toussaint illustre mon affirmation; sa fonction exige de l’entregent mais proscrit le fanatisme. Rien d’étonnant si cette lignée a pris ses distances avec les rebelles de 1837 bien que son patriotisme s’affirme fermement comme nous le verrons plus tard.


Les Degneau de la rive-nord, prompts à la hardiesse, forcée ou choisie, s’ils ressemblaient à René, ont pu se mêler aux insurgés de Saint-Eustache mais les listes de ces patriotes les ont oubliés. Les nôtres, malgré la proximité de Rougemont et des points chaud riverains du Richelieu, plus réservés, ont poursuivi leur vie discrète, échappant quelques ténors, comme Toussaint et Basile qui censurèrent la portée politique de leur action sociale et humanitaire conservatrice. Leurs champs d’intervention : vie paroissiale, villageoise, morale pour les curés, portera longtemps, sans prétention à des prérogatives et avantages seigneuriaux, une couleur Ancien Régime, c’est-à-dire éprise de la petite communauté immédiate de paysans.

DES DOCUMENTS ET DE LEUR USAGE

Un axiome a décidé de la pertinence des documents utilisés, à savoir : la terre demeure le bien privilégié, pour sa valeur matérielle—valeur d’échange, capital immobilisé, actif—augmentée d’un coefficient moral variable pour chaque paysan et inquantifiable. Nos actes notariés concernent directement, ou à titre de commentaires et indices qui lui renvoient, le bien terrien (32) qui ne sera définitivement aliéné qu’au XXe siècle. Les négociations sus-consignées traitent d’échanges et ventes au bout desquelles le bien terrien Daigneau est avantageusement agrandi et (ou) rentabilisé.


(32)- Au cours de cet ouvrage j’ai appelé bien terrien, en adoptant la locution désuète “ bien terrier ” surtout utilisée pour désigner un domaine seigneurial, l’ensemble des terres appartenant à un homme, ou à un homme et ses héritiers directs, ou à une branche de famille ou une famille élargie installée dans une région précise.


ACHATS, VENTES ET ÉCHANGES


Voyons mon îlot. Nous aurons affaire moins à des portraits qu’à des saynètes.


Les premiers actes utilisés anticipent sur la période ciblée mais leurs conséquences immédiates l’affectent. J’en observe un (33) qui concerne le bien connu Toussaint dont le règne correspond aux années 1850-1900. Dès 1838 il est requis comme témoin dans un litige qui affronte, au sujet d’une dette, deux habitants de Boucherville. À cette époque il n’occupe aucune des charges civiques mentionnées au tableau I, cependant sa notoriété est attestée par le choix de l’homme accepté comme arbitre par les affrontés, eu égard au fait qu’il ne réside pas à Boucherville.


(33)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.


Ici il faut préciser, pour la compréhension de l’histoire que, dès les années 1840, les Deniau se font rares à Boucherville, groupés dans la zone qui correspond à l’actuelle paroisse longueuilloise dite Notre-Dame-de-Fatima.


En 1841 (34) Simon Daigneault fils, de Boucherville, achète à Boucherville, une terre porteuse d’un édifice non décrit, étable ou vieille maison convertie en étable ou hangar, près de chez les Aubertin. Cette terre est un des derniers bastions Daigneault bouchervillois (ancien territoire), la référence au voisin la localise.


(34)- Ibidem.


Dans les mêmes années quarante (1846) à Boucherville, Toussaint Degneau, le fils du notable, ce paysan aisé à qui l’époque accole le titre d’Écuyer, achète une terre vaste mise en bailliage par son propriétaire Henri Huet. Mettre en bailliage équivaut à louer à un cultivateur salarié une terre qu’il exploite pour le propriétaire légitime selon un contrat qui répartit à un et à l’autre les bénéfices retirés; on dirait une métairie. Le chiffre total de la transaction et la mise de fonds indiquent, malgré l’étalement des paiements, un capital familial—l’acheteur est jeune—qui peut subir un important prélèvement et des retenues régulières importantes sur les revenus courants du père et du fils encore célibataire.


“ Ils ont vendu, pour la somme de dix mille quatre cents livres ancien cours, et en déduction de laquelle somme les dits vendeurs reconnaissent avoir eu et reçu dix-huit cents livres dit cours, dont quittance d’autant, et les huit mille six cents livres dit cours restant pour parfait paiement, acceptant comme suit : quatre mille livres dit cours dans deux mois de la date (35), et pour les quatre mille six cents livres dit cours, payement de mille livres dit cours par chaque année, excepté le dernier payement, qui sera de six cents livres dont le premier payement, les dits mille livres dues dans un an de cette date, et ainsi continuer à pareil temps de l’année en année jusqu’à parfait payement… ”


(35)- C’est-à-dire : de la date de passation du contrat.


La transaction ne concerne pas le roulant mais oblige Toussaint à laisser courir jusqu’à son terme le bail du métayer. Si les Huet donnent en bailliage des terres, d’une façon “ gentilhomme ”, les Deniau procèdent rarement ainsi et sans doute Toussaint compte-t-il s’installer sur cette terre avec sa future femme. Il achètera des bêtes et des agrès, prélèvera aux outils et troupeau paternel. Il ne conserve que des articles non énumérés; le plus souvent, si on se réfère aux inventaires du temps, de la broche, des éclisses de bois, des semences et des pièces de harnais.


Toujours en postulant que ce réseau de rejetons issus du notable et de ses frères s’est tenu coît durant les événements de 1837, n’irritant ni l’insurgé, ni l’anglais, ni les “ fédéralistes ”, je confirme, via Rémi Degneau à l’orée de l’époque ciblée, son capital liquide. Ce Rémi, jeune, prête à Antoine Leplat de Boucherville, contre hypothèque, trois cents livres ancien cours au taux de dix pour cent. Le taux n’est ni usurier ni amical et la garantie requise est à l’avenant. La terre bâtie et en culture couvre largement l’emprunt. Le nom du voisin, Quesnel, la situe près des terres Deniau et son annexion s’avérait profitable au prêteur. Je ne suppose à Rémi aucune visée malveillante—il néglige de s’enquérir de l’existence d’hypothèques prépondérantes en cas de faillite du débiteur, et ce Leplat est bien connu—mais juge habile, côté prêteur, cette transaction en regard de la brièveté du délai de remboursement convenu.


“ Fut présent (36) Antoine Leplat dit Saint-Charles, cultivateur de la paroisse de Boucherville. Lequel reconnaît par ces présentes devoir bien légitimement à Rémi Degneau cultivateur, résidant au même lieu, à ce présent et acceptant créancier, la somme de trois cent livres (…) à rembourser audit créancier (…), dans un an de cette date avec l’intérêt légal de dix pour cent. Et pour garantie de la dite somme et intérêts ledit débiteur a spécialement hypothéqué une terre située en la paroisse de Boucherville au cinquième rang, de deux arpents de front sur vingt-cinq arpents de profondeur tenant par un bout à Frédéric-Auguste Quesnel, Écuyer. (…) en culture avec une maison, grange, étable et autres bâtisses érigées, ledit créancier dispense le débiteur de déclarer ses hypothèques. (…) passé au village de Boucherville (…) l’an mil-huit cent quarante six.


(36)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.


Durant la même année (1846) plusieurs contrats relatifs à des terres du même secteur traitent d’échanges d’espaces en culture de façon à les rapprocher et aligner le long de chemins bien entretenus. On sait que le déneigement commence à être efficace, les déplacements facilités; la fin du siècle verra cet avantage provisoirement perdu (37). Ainsi Albert Deniau achète à crédit à Boucherville, à dessein de la cultiver comme il le fait déjà de la sienne, une terre appartenant à son frère Rémi. Il paie deux cents livres, à six pour cent (le taux est ici amical) la terre au cinquième rang, large d’un arpent et demi et profonde de huit arpents :


“ …partie en culture (38), partie en branches avec une maison et une étable… ”


(37)- Le fait relève de l’histoire matérielle (celle de l’outillage) : la modification de l’empattement des patins des traîneaux mettra une décennie à fixer ses standards.


(38)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.


D’une bonne grandeur, cette terre offre l’avantage d’un établissement rapide à un nouveau marié, et telle est vraisemblablement la situation de notre acquéreur.


À l’époque la famille assimile les gendres malgré l’abondance des héritiers mâles. N’y voyons aucune déperdition de patrimoine mais plutôt une récupération de parcelles glissées vers les familles des gendres ou exploitées par eux quoique appartenant à un beau-frère. L’acte qui libelle (39) en 1846 le don fait par Simon Daigneau et sa femme Christine Delage, résidants de Boucherville, à leur fille et gendre, d’une part, et fils Albert, d’autre part (40), d’une terre, à Boucherville, et dont l’exploitation est laissée à la discrétion des bénéficiaires, relève de cette pratique. La terre mesure un arpent et dix perches de front, porte un boisé et des cultures, une petite maison de bois, ancienne mais habitable, puisqu’une grange récente la jouxte.


(39)- Ibidem.


(40)- Tous les co-signataires Daigneau de cette période à l’exception du milicien, ne savent pas signer; j’en conclus que à une alphabétisation interrompue qui ne reprendra qu’à la fin du siècle.


Durant ces années que j’associe aux décisives, un échange de terres (41) inclut un Joseph Daigneau, mort à Longueuil, que son titre de journalier associé à son statut de rentier au moment de sa mort, désigne comme fils d’Archange de Boucherville. Ici Joseph Deniau accapare une portion de terre en culture, non bâtie, au cinquième rang de Boucherville, une maison et une grange construites sur un lopin voisin, l’une et l’autre appartenant à Jacques Deniau, fils de Simon, et que Joseph déménagera durant le mois consécutif à l’entente. Joseph cède en échange un lopin de forme irrégulière contigu à la terre de Jacques. L’un et l’autre ont reçu ces biens échangés en héritage de leurs parents respectifs.


(41)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.


Des ventes en bonne et due forme, pour des sommes faibles, en égard à la qualité des parcelles, redistribuent le bien terrien hérité. La gratuité originelle du bien explique la modicité des sommes manipulées. Par l’acte libellé en 1847 (42), Albert Deniau de Boucherville vend une terre, héritée du père Simon, à Rémi Deniau, son frère, cultivateur et résident de Boucherville, de plus ou moins un arpent et six perches de front par neuf arpents et demi de profondeur. Nous sommes toujours au cinquième rang de Boucherville. La transaction s’élève à neuf cents livres. Le paiement s’étale sur deux ans, aucun intérêt ne l’alourdit et la terre vendue reste en seule garantie au vendeur si une défaillance de l’acheteur à honorer ses engagements survenait. Notre Simon Deniau, durant la même année 1847, vend, à Boucherville (43), à son fils Jacques (44), nommé dans un échange plus haut cité, une terre bâtie d’une maison pour la somme de quatre cents livres dont cent déjà versées (45).


(42)- Ibidem.


(43)- Ibidem.


(44)- Ce Jacques n’apparaît pas au diagramme des personnages de premier plan; les dates, jamais confirmées, de sa naissance et de son mariage interdisent d’assimiler son règne à l’époque ciblée.


(45)- Toutes ces transactions conclues avant l’abolition du système seigneurial incluent le paiement de cens et lods accepté sans discussion ni même consignation spéciale.


En 1849 Rémi Deniau de Boucherville (46) achète, à Boucherville, de Michel Dalpé et sa femme, de Boucherville, une terre d’un arpent et demi de front par vingt-neuf arpents de profondeur. Nous sommes au sixième rang, soit dans les hauts, en tirant vers la seigneurie de Montarville, Saint-Bruno, plus à l’est que maintes terres Deniau contiguës au chemin de Chambly, celle-ci dans les parages de l’actuel Fond-Rouge longueuillois. Il paie la terre, exploitée depuis 1813, la somme de trois mille livres avec droit de jouissance, sans participation aux travaux agricoles d’une moitié des récoltes de l’année en cours. La mise est forte, l’abondance des récoltes prévues, la probable nouveauté des bâtiments et la mise en culture à peu près complète du sol légitiment la mise de fonds. Grâce à ces avantages et à l’étalement sur dix-huit mois du paiement total—quelque trois cents livres déjà versées—Rémi fait une bonne affaire (47).


(46)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Gauthier pour Demuy, pièce no 2. 757 (3). La parenthèse qui affecte le chiffre trois indique son illisibilité au document original et la nécessité de supposer ce chiffre malgré que le greffier l’ait mal formé.


(47)- Les deux mariages de Simon Degneau ont donné à cette époque plusieurs acteurs.


Le même homme, Rémi, toujours en 1848, échange à Boucherville, dans le même secteur que celle Jacques, à Antoine Leplat, une terre de un arpent et demi de front sur vingt-neuf arpents de profondeur.


“ …partie en culture et partie en bois debout, avec une maison, grange, étable et autres bâtisses (…) (48) ”.


contre une terre de


“ deux arpents de front environ sur vingt-cinq arpents de profondeur (…) avec une maison, granges, étables, et autres bâtisses sus-érigées (49). ”


(48)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 275-8.


(49)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Gauthier pour Demuy, pièce no 2757 (3). Voir note 51.


Rémi encaisse huit cents livres dans la transaction dont trois cents sont à verser ultérieurement et feront une rente à ses descendants (50). Les lods sont partagés à parts égales par les contractants. La petite somme empochée dans cette transaction s’explique par l’équivalence en productivité et situation des biens échangés. Sans doute Rémi a-t-il voulu davantage, via le cumul des petites sommes immobilisées, prévoir un capital actif à ses enfants plutôt que faire un “ coup d’argent ”.


(50)- Les terres échangées ont toutes deux été reçues en héritage par les échangeurs.


Si on postule que la conjonction des parcelles, ou mieux la réunion dans une zone unique des biens des membres d’une génération et qu’ils légueront à leurs enfants favorise la rentabilisation du patrimoine, les marchés précédemment analysés prennent tout leur sens.


Je suppose encore un réflexe paysan qui veut même quand l’avantage matériel s’estompe, réunir une couvée et marquer durablement au sceau d’une famille, d’un patrimoine, un coin de pays.


Il y a là du sentiment viscéral d’appartenance à une terre, du désir d’appropriation rassurante dans une période troublée par les démêlées frontalières avec les Américains, le souvenir de la conquête qui pâlit et laisse un gros fond de chagrin même quand le train-train se poursuit, inchangé…et plus changé qu’on l’imagine.


Vais-je parler d’entêtement paysan? Je n’irai pas jusqu’à ce lien commun éculé; mais j’affirme que les Deniau à Simon, frères et cousins proches, Longueuillois malgré la référence nominale à Boucherville, sont et resteront, durant toute la seconde moitié du XIXe siècle, étonnamment traditionalistes et patriotes, mais pas “ farouches ”. Tout se passe comme s’ils avaient assimilé le règlement qui obligeait, au début de la colonie, tous les agriculteurs à déboiser annuellement et mettre en culture deux arpents de terre. Ce règlement vite tombé en désuétude n’a peut-être jamais affecté les fermiers de la Rive-Sud; cependant, bon ou malin, le Deniau qui le peut acquiert quelques bons arpents dont le nombre s’évalue automatiquement sans que la spéculation ait à s’en mêler. Chaque enfant né ou à naître mesure le nombre d’ajouts requis. Ainsi, comme le veut le dicton : “ Un enfant naît avec son pain. ”


J’ai parlé de prévoyance, et la protection des enfants mineurs et le choix d’un tuteur intègre et vaillant en dit long sur ce chapitre. Le document mentionné ici date de 1847. Il fait intervenir des tuteurs subrogés, c’est-à-dire des tuteurs dont les décisions engagent les événements aussi fortement que celles du tuteur originellement désigné en l’absence de ce dernier. Ils récupèrent pour les enfants mineurs de Simon Deniau, des sommes dues au capital constitutif de leurs rentes et dots. Les créanciers ne versent ici que quarante-cinq livres cependant qu’un terrain :


“ …situé au village de Longueuil, de soixante-quinze pieds de front sur cent soixante-dix de profondeur, plus ou moins, tenant par devant au chemin de la Reine, par derrière à une rue, (…) avec une maison et autres bâtisses sus-érigées… (51) ”


(51)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.


-est remis en garantie du paiement total des sommes dues et, à toute fin pratique, abandonné à la succession Deniau par les Normandin (les propriétaires du terrain) en remboursement de leur dette.


Les multiples papiers relatifs à la succession Deniau confirment une prudence aiguë que n’expliquent pas la méfiance et la mauvaise volonté attribuées aux débiteurs, mais suppose une attention vigilante à la progéniture. Avec ce faisceau Deniau, nous avons affaire à des hommes dont la terre, les enfants et la solidarité familiale occupent, sans que le respect des devoirs religieux en souffre—les testaments en attestent--, un espace mental et sensible aussi ample, profond et exigeant que la foi catholique, et originalement inscrit dans son prolongement.


Le patriotisme et le courage d’opinions nationalistes, je ne dis pas rebelles, et je crois qu’elles furent discrètement formulées, lisibles dans “ l’assistance ” imprécisée qu’a fournie Simon Deniau à François Casavan dit la Débauche “ durant la dernière guerre avec les Etats-Unis… ” (52), en reconnaissance de laquelle sa veuve remariée lui cède en 1849, une terre à Boucherville. Ce François a pu se mêler ou pas au conflit, son métier n’est pas donné et sans doute cultivait-il la terre. La façon de dater indique néanmoins une prise de position, une meurtrissure du bon samaritain.


(52)- A.N.Q.M. Minutier du notaire Demuy, pièce no 601-125.


Les descendants de Simon, ses frères et ses cousins immédiats, n’ont de carrière qu’agricole; ils n’y dérogeront pas jusqu’au XXe siècle.


Du côté de Toussaint (fils de Joseph et d’Apolline Fournier dite Préfontaine), pointe durant les années décisives une carrière d’homme dont l’engagement envers la terre prend la figure du service civique. Quelques uns de ses descendants, non consignés pour la raison invoquée plus haut et qui choisirent la prêtrise, infléchirent ce service civil vers le spirituel, le moral. Je n’en déduis pas un enrichissement familial. Les études qui mènent à la prêtrise sont coûteuses malgré des ententes entre les pères et les directeurs de séminaires qui allègent parfois les frais en liquidités et privent les fermes de main-d’œuvre. Un honnête curé de campagne ou attaché à une paroisse urbaine récente ne roule pas sur l’or. Les longs vicariats font le train de vie modeste. Si Toussaint mourut avec du foin dans ses bottes, si la notoriété affecte toutes les familles prolixes en “ notables ” et en vocations religieuses—ce trait plus accusé à mesure que le siècle avance—si l’action politique cantonale hausse d’un cran la déférence des quidams, la classe bourgeoise n’intègre pas encore ces paysans et les Toussaint restent paysans.


Ici l’engagement se cérébralise et l’alphabétisation est meilleure que chez les Simon sans qu’ils ne les isolent du peuple. Si Joseph, et Henri, le fils d’Archange, qui se valut une inhumation dans la crypte Saint-Antoine de Longueuil, ont investi leurs revenus ailleurs que dans la terre, les documents retrouvés ne révèlent pas leur champs d’action. La prospérité marque leur vieillesse comme celle d’Arthur.


Je mets le lecteur en garde contre la tentation de déduire de la carrière d’Arthur : maire de la paroisse de Longueuil et préfet du comté de Chambly, une hausse rapide du niveau de vie pour l’ensemble de ses descendants. Cette magistrature entraîne peu de gain, plutôt des informations pertinentes pour la gestion d’affaires personnelles, ses retombées visibles une ou deux générations plus tard. Mais il n’y eut pas de retombées fulgurantes.

TESTAMENTS

Contrainte de prolonger l’ombre portée d’une situation dont les actes libellés ne tracent les contours qu’en pointillés et de faire rétro-agir des documents, je franchis un pont de cinquante années pour verser à ce dossier les analyse de quelques actes dont je dispose pour éclairer les années décisives. On gardera à l’esprit que Longueuil a déjà une allure urbaine, que le chemin de fer a coupé les terres à l’ouest, qu’une population anglophone flanque la francophone du même côté et que le chômage des journaliers durant les années 1870 a provoqué la misère chez plusieurs.


Avec les documents subséquents, surtout des testaments, nous perdons le côté Toussaint-Archange, à une exception près, Rose-Anna Trudeau, femme d’Arthur Deniau, au profit du côté Simon.


En date du 18 janvier 1893 la femme d’Arthur Daigneau née Rose-Anne Trudeau lègue, par testament (53), d’abord à son mari dont elle fait son exécuteur testamentaire, le total de ses biens, non énumérés; à la mort du mari, ses deux sœurs, se partageront les dits biens. Ici les biens personnels de la femme ne sont pas départagés de ceux du couple. Nous savons par ailleurs que deux fils encore vivants au moment de la dictée du testament sont nés de l’union Rose-Anne et Arthur et que la carrière politique du mari—maire, préfet—connote l’aisance. Les biens légués aux sœurs consistent en articles personnels : vêtements, hypothétiques ustensiles, probables bijoux et souvenirs de famille.


(53)- Archives du Palais de Justice de Longueuil, Minutier du notaire Dagenais, pièce no 140.


L’information originale que je tire de ce document tout occupé de précisions relatives au service funèbre, messes, cierges, etc., concerne un legs domestique appelé “ serviteur ” chez les Daigneau.


“ …je donne à Hipolite Lajoie, mon serviteur, la somme de 25.00$ ” (54)


(54)- Ibidem.


Ce valet communément rémunéré par le mari via les sommes remises à Rose-Anne pour la régie domestique indique l’aisance du couple; courant chez les entrepreneurs de métier—patrons bouchers, marchands de bois et de quincaillerie—il est plus rare chez les cultivateurs même quand leurs terres jouxtent le village comme c’est le cas ici.


Le don de cinq cents dollars qu’elle fait à son mari (55) indique, plutôt qu’une indépendance financière due à une dot généreuse dont elle eut préservé des argents, sa gérance soigneuse des revenus dévolus à la maisonnée. J’y lis un trait commun, observé chez les Toussaint-Archange et les Simon dès que leur vie s’urbanise, soit la délégation confiante par les hommes du contrôle de la vie domestique à leur femme.


(55)- Ibidem.


En 1905 la veuve de Hubert Daigneault, boucher longueuillois, cousin non germain des descendants de Toussaint, dicte son testament. Il indique un train de vie semblable à celui d’Arthur et de Rose-Anne. La résidence près du bourg favorise la réussite financière et les métiers de l’agro-alimentaire avantagent leurs habitudes, sauf aux périodes de grande misère qui affaiblissent leur position sans les mener à la faillite.


Je cite ce testament qui concerne l’office funéraire et les devoirs pieux des héritiers. Il offre un prototype du genre : je ne le juge pas de bigoterie féminine—les hommes font les mêmes—mais il montre le sérieux avec lequel on honore ses devoirs religieux, traite équitablement ses enfants, respecte la terre—la maison pour la femme—son conjoint, la famille dont on est issu :


(…) Dame Séraphine Achim (56) demeurant en la ville de Longueuil, veuve de feu Hubert Daigneault, de son vivant boucher à Longueuil, veut être inhumée dans le terrain du cimetière de Longueuil qui lui appartient. Elle veut un service religieux de seconde classe; qu’il soit chanté cinq grand-messes, dont quatre dans les quatre mois qui suivront son décès, une par chaque mois et la cinquième au bout de l’an de son décès, et dit quarante messes basses, et que, aussitôt que possible après son décès, un trentain (57) grégorien ou messes grégoriennes, le tout pour le repos de son âme, de celle de son mari et de ses enfants défunts. Le testament poursuit :

(56)- Archives du Palais de Justice de Longueuil, Minutier du notaire Dupras, Folio 97, pièce no 493.


(57)- Voir lexique.


Art. 3- Je veux et ordonne qu’il soit dit dans l’année de mon décès quinze messes basses pour le repos de l’âme de mon frère Luc Achim.


Art.4- Je donne, lègue, à titre de prélegs, à mes deux filles Joséphine Daigneault et Rose-Anne Daigneault, toutes deux de la ville de Longueuil, à chacune d’elles la somme de cinq cents piastres courant (500.00$) pour leur appartenir en pleine propriété de mon décès et leur être payable, sans intérêt, dans l’an de mon décès.


Art.5- Je donne et lègue à mes dites deux filles Joséphine et Rose-Anne Daigneault toutes les hardes et linge de corps, chaussures et coiffures que je laisserai à mon décès.


Art. 6- Je donne et lègue à titre de prélegs, à chacun de mes trois fils ci-après nommés : Hubert Daigneault, Isaïe Daigneault et Aimé Daigneault, la somme de quatre cents piastres courant (400.00$) pour leur appartenir respectivement en pleine propriété de mon décès, et leur être respectivement payable, sans intérêt, durant l’an de mon décès, sous la réserve expresse cependant, en faveur de mon ditfils Aimé Daigneault, du droit de choisir au lieu du présent legs, le legs ci-dessous institué en sa faveur aux termes de l’article suivant :


Art. 7- Je donne et lègue à mon dit fils Aimé Daigneault, à titre de prélegs, mon emplacement situé en la ville de Longueuil, du côté nord-est de la rue Grant, contenant soixante pieds de largeur par cent trente pieds de profondeur et étant le lot connu sous le numéro connu sous le numéro deux cent quatre-vingt-quinze (295) (…); à la charge par lui de remettre à ma succession, sur acceptation du présent legs, une somme capitale de deux cents piastres (200.00$), sous la condition expresse qu’il ne pourra accepter ni prendre possession du présent legs sans renoncer en même temps au legs particulier de quatre cents piastres (400.00$) ci-dessus institué en sa faveur aux termes de l’article (6) ci-dessus : étant ma volonté expresse que mon ditfils Aimé n’ait pas droit aux deux legs à la fois, mais n’en réclame que l’un d’eux à son choix.


Art. 8- Je donne et lègue à titre de prélegs, à ma ditefille Joséphine Daigneault, mon moulin à coudre, avec son ameublement de chambre et lit garni dont elle se sert actuellement, et à mon autre fille, Rose-Anne aussi son ameublement de chambre et lit garni actuellement à son usage : pour leur appartenir respectivement et en garder la jouissance et possession du jour de mon décès.


Art. 9- Quand au résidu de tous mes biens, meubles et immeubles, sans exception, après mes dettes, frais funéraires et legs particuliers, payés et acquittés, à charge d’iceux, le les donne et legs en pleine propriété à mes cinq enfants sus-nommés : Joséphine, Rose-Anne, Hubert, Isaïe et Aimé Daigneault, par égale part entre eux, les instituant ainsi mes seuls légataires universels.


Art. 10- Je veux et ordonne que si l’un de mesdits légataires, soit particuliers, soit universels, me prédècède, laissant des enfants issus en légitime mariage, le legs ci-dessus fait à celui-là ou celle-là la précédant, appartienne à tels enfants qui recueilleront dans ces cas le legs au lieu et place de leur père ou mère prédécédé (e), la représentation étant admise en ce cas; mais si, d’un autre côté, l’un de mes dits légataires me prédécède ne laissant aucun enfant issu en ligitime mariage, je veux que le lègs ci-dessus fait à celui-là ou celle-là me précédant sans enfants accroisse dans ce cas les legs dudit legs universel et en fasse partie (…).


(…) Je nomme mon fils Aimé Daigneault exécuteur testamentaire (…).


Tous les testaments réunis pour la fin du XIXe siècle et la première décennie du XXe siècle—le plus récent daté de 1914—furent faits, à une exception près, par des épouses Daigneault : Rose-Anne Trudeau, femme d’Arthur, Séraphine Achim, femme d’Hubert, Marie-Anne Lamarre, femme du commis longueuillois Ernest Daigneault (1911) (58) et Léocardie Bertrand, femme de Léon Daigneault cultivateur de Saint-Hubert (1905) (59). Leur contenu révèle peu de choses du train des ménages. Je retiens que le commis et les siens vécurent au bord de la gêne.


(58)- Archives du Palais de Justice de Longueuil, Minutier du notaire Dupras, pièce no 3131.


(59)- Ibidem, Minutier du notaire Dagenais, pièce no 728.


La femme de Léon teste discrètement, soucieuse de laisser à son mari le soin de révéler leur avoir. Plus tardif, le testament de M.-Théotiste Borduas, veuve de Camille Daigneault né et marié à Longueuil, cependant qu’il passe à Montréal la plus large partie de sa vie, révèle les liens étroits qui l’attachent à sa famille Borduas : ses sœurs et une nièce, et le peu de biens réunis par le couple.


Le testament de Léon Daigneault fait en 1905 (contrat No 728, notaire Dagenais) en faveur de sa femme, n’énumère ni les biens mobiliers ou immobiliers, ni le capital investi; nous savons par ailleurs que le père Léon s’inquiéta pour ses fils et tâcha “ de son vivant ” de les établir : l’époque inaugurait pour eux l’abandon de l’agriculture.



Photographie de Tharsile Viau, grand-mère maternelle de Roland Daigneault.

PROTÉGER SES ARRIÈRES

Les documents interrogés montrent bien que la prospérité a accompagné les clans Deniau de Longueuil, de Boucherville et de Chambly jusqu’au XXe siècle et ce grâce à la conjonction d’une situation géographique favorable, à la récession de la mortalité infantile et plus encore, à un type de gestion, d’organisation du patrimoine, terres en culture et boisées, constructions et cheptels.


Leur force réside dans la promptitude à regrouper, en l’espace de deux générations, les terres de la famille, grand-père, père et fils, près des meilleures voies de communication avec les marchés des villes et des villages, à se serrer sur le cœur des villages, à choisir judicieusement les gendres.


Bien sûr le ratio de ceux dont l’installation décevra l’attente du père existe toujours. Grand-père Léon grommellera contre les “ partis ” choisis par une ou deux de ses filles, il s’irritera de l’abandon de la culture par des fils qu’il approvisionne en bonnes terres, mais la proportion de réussite agricole et para-agricole, dès que le vent vire, est encourageante.


Les Deniau qui précocement, c’est-à-dire longtemps avant la fin du siècle, par choix ou par nécesité, se mettront commis de magasin ou d’usines, journaliers, hommes de tâches multiples ou de corvées de chemin de fer, plutôt qu’apprentis salariés chez un fermier seront plus vite déstabilisés, financièrement désavantagés. Montréal leur réussit mal.


Le type Deniau des années décisives est franchement fermier, et ceux qui amassèrent : pécule qui permettra à leurs enfants les premières études post-primaires et les premiers déplacements indépendants des marées de chômage, sont ceux qui persévéreront dans l’exploitation de la terre, tout en tâtant d’investissements et de carrières qui ne rompent pas les liens exigeants par lesquels elle les tient.

LES GENS DE LAPRAIRIE

HYPOTHÈSES ET PROBABILITÉS


Déplaçons-nous vers LaPrairie pour observer la branche Deniau qui s’y implanta et essaima dans toute la région de Saint-Philippe, Saint-Constant, Saint-Jacques-le-Mineur et, plus tardivement, Saint-Rémi et Saint-Chrysostome, selon un dessin qui n’apparaît ni prémédité ni même corrigé.


Nous savons, en nous reportant aux fiches-tableaux introductives du chapitre II, que les fils de Jacques, l’aîné de Pierre fils d’ancêtre et de Boucherville, avaient entrepris cette déportation orientale de leurs pénates, légères à l’époque, en se mariant à des filles de LaPrairie et de ses côtes. L’élection des promises chez les paysans notoirement associés au développement agricole de LaPrairie et Saint-Philippe s’avérait de bonne guerre. J’en ai déduit une probable prospérité, lentement construite, l’aventure requérant trois ou quatre générations de travailleurs têtus qui prohiberaient toute immigration subséquente irréfléchie. De celles-ci, je sais peu de choses sauf qu’elles se multiplièrent dans un petit espace à la fin de l’époque ciblée.


Le regroupement des terres ne s’est pas fait ici comme à Longueuil. Les terres sont généreuses mais petites et cette situation, dont la culture maraîchère plutôt que céréalière bénéficie, compte tenu du filet des rivières et ruisseaux qui irriguent le triangle d’or, peut jouer un rôle faste ou néfaste. Ce réseau hydrographique a parfois contrevenu aux tracés de routes favorables au convoyage vers des marchés d’écoulement des produits agricoles : Saint Jean et plus primitivement Montréal. Pour prospérer, il a fallu aux Deniau non seulement s’approprier des terres, déjà bien situées et ensemencées conformément aux caractères de la région, mais encore abandonner une tradition de culture du blé et d’avoine prépondérante. Cependant, ceux mariés Beaudin ont pu le faire. L’ont-ils fait promptement?


Les Beaudin, les Robert (famille maternelle d’une épouse Daigneau à la sixième génération), les Bédard, les Merciers ont agrandi des terres originellement concédées étroites, le plus souvent après déplacement vers Saint-Constant et Saint-Rémi, dans les années 1880 quand les rivières et les ruisseaux furent assagis, pontés, certains disparus asséchés. Là, on pouvait élargir les frontages réguliers et les profondeurs en réunissant des parcelles voisines en l’absence de baissières gênantes.


Le déboisement prudent laissa néanmoins des zones sans défense contre la saturation des sols en eau. Bien sûr, au XXe siècle, les tracteurs ne s’embourbent pas; la machinerie traditionnelle joue efficacement son rôle. Cependant on s’interdit, jusqu’aux années 1920, une modernisation de l’outillage si on n’a pas su aligner ses terres le long des routes qui occupent les hauteurs sèches. Les gens de Napierville sont dans la même situation.


Ici les fils Deniau ont dépendu de l’initiative et de la confiance généreuse des belles-familles et de leur vigueur individuelle plutôt que d’un pécule et d’une stratégie instinctive.


COÛTS DE VIE VERSUS ARCHIVES


Si je ne retrouve pas de trace de contrats pour l’époque ciblée, relatifs à des échanges de terres, achats, ventes, cessions etc., je peux néanmoins affirmer sur la foi d’un témoignage oral (60), l’élection exclusive de l’agriculture par toute la lignée de Saint-Philippe et des villages limitrophes.


(60)- Ce témoignage confirmé et élargi par M Viateur Robert, associé à la famille Daigneault et responsable de l’arbre généalogique de Michel Daigneault.


Dans le tableau des Daigneault de LaPrairie et Saint-Philippe, parmi des hommes dont la vie active s’écoule durant les “ années décisives ”, Joseph Daigneault (61) et ses fils : Hermas, Romain, Camille, qui n’eurent pas leur sommet de règne, mais composèrent avec la fin d’un siècle pour eux difficile, occupent l’avant-scène : représentatifs des Daigneault laprairois.


(61)- Les points au tableau ne renvoient pas à des actes notariés passés par les individus dont ils accompagnent le nom mais à des récits recueillis à leur sujet.


Madame Dorilla Ménard, veuve de Camille Daigneault, répondant aimablement à des questions éprouvantes, eu égard à sa sensibilité, m’a permis de bâtir le récit qui suit, C’est celui de sa vie au sein de sa belle-famille; j’en efface la part la plus heureuse, trop près de nous, celle passée avec ses deux filles adolescentes et jeunes adultes et son mari.


Dorilla Ménard, née dans le Massachusetts, épouse, au début du siècle, Camille Daigneault, fils cadet de Joseph Daigneault cultivateur, marié à Saint-Constant, résidant à Saint-Philippe. Joseph et Mélina ont réchappé trois fils : Hermas, Romain, Camille, et cinq filles dont une prénommée comme notre informatrice—l’orthographe varie—morte jeune des suites de son premier accouchement. Le croup, nom général par lequel on désigne force troubles respiratoires qui reviennent en force, partout au Canada, mais avec une mesure d’avance au Québec, dans les Maritimes et les Prairies centrales, à la fin du XIXe siècle, a ravi au couple cinq rejetons. Ce beau-père mort jeune, à cinquante-huit ans, de problèmes cardiaques, Dorilla ne l’a pas connu mais sait, par ses fils et sa veuve, qu’il fut un travailleur d’une ardeur peu commune, indépendant, fort pieux et peu enclin au plaisir, sérieux avec une nuance d’austérité; il partage ce trait, récessif chez Camille, avec ses fils. Tous les Daigneault de ce coin de pays semblent avoir en commun cette taciturnité que la dureté de l’époque n’a pas déterminée seule.


À la mort du père Joseph, maman Mélina garde la ferme où elle continue d’élever ses enfants. Camille n’a que quinze ans. Il partira en apprentissage chez un fermier. Les aînés et les adolescentes vaillantes, tâcheronnes comme leur père, le remplacent à l’étable, aux champs et s’occupent de la laiterie et du poulailler. La terre paternelle échut à Romain; il la paya peu cher à la mère, seule héritière de son défunt mari. Nul document notarié n’avait libellé cet héritage “ naturel ”. Mélina élèvera plus tard la progéniture d’Hermas dont la seconde épouse, fragile, requiert une assistance domestique efficace et permanente.


Elle séjournera alternativement chez Romain, Dorilla et Camille, chez l’une et l’autre de ses deux filles installées à Montréal, et mourra pensionnaire d’une villageoise dévouée de Saint-Philippe, voisine de chez Romain—la ferme jouxte les limites du village—la maison paternelle bondée devenue trop étroite et bruyante pour lui assurer la tranquillité et les soins réclamés par sa vieillesse.


Au physique les fils de Joseph, sans être malingres, sont fragiles, vulnérables aux problèmes respiratoires comme l’aînée de Dorilla morte à neuf mois, peu taillés pour le travail agricole harassant. La fragilité cardiaque, responsable des morts précoces de Camille et de Joseph relaie cette faiblesse.


Malgré que peu d’accidents, de maladies autres que les fatales aient ponctué la vie de ces fermiers, Dorilla nous décrit une vie laborieuse sans allégresse où les fêtes sont vite expédiées, sans déploiement d’étrennes, gueuletons, libations et musique. Le mythe des célébrations homériques, par tous les groupes sociaux dans nos campagnes, de Noël, du Premier de l’An et de Pâques prend ici un coup dur. Les corvées, celles qui réunissent les femmes, concentrent, semble-t-il, plus de joie, sereine celle-ci, que les moments folklorisés.


Sur ces terres de plus ou moins cent arpents carrés ont fait du fourrage; Romain forcera sur le commerce des volailles mais la spécialisation ici est plus affaire de nuance que de franc réaménagement des espaces.


UN PARTI-PRIS DE STATU QUO


La belle-famille de Dorilla n’instaure pas un genre de vie dissendent; elle prolonge celui des Daigneault de LaPrairie et de Saint-Philippe. Si la vie religieuse et sociale du premier village a injecté quelque bohomie dans le quotidien des laprairois, elle n’a pas atteint au vif l’austérité des mœurs, du train-train. Tous les Daigneault de ce clan—Saint-Philippards et parentèle (62)—négligent la ratification légale de leurs transactions faites à l’amiable : l’honneur tenant lieu de signature. L’analphabétisation et le souci d’économie ont pu jouer dans l’élection générale de cette pratique.


(62)- Je donne à ce mot le sens de groupe familial élargi aux oncles et cousins germains et non germains d’une même génération, de la précédente et de celle qui la suit habitant un espace clairement déterminé.


Tout se passe comme si tous les surgeons de cette branche avaient refusé que cette période marqua un tournant dans l’histoire de leur lignée parce qu’ils s’attachèrent obstinément à un mode de vie difficile mais sécurisant : polyculture etc. L’histoire en décida autrement mais les pénalisa à peine. Leur hibernation les laissa majoritairement contraints de vendre leur bien terrien, d’abandonner l’agriculture pour des métiers et emplois nés avec le XXe siècle. Ceux qui persévéreront garderont une vie modeste que l’amélioration générale de la condition paysanne, renforcée par les avantages de la région, atteindra plus tard. Seul les “ mieux mariés ” des fils de Jacques actualiseront le caractère décisif de cette période.


Léon père et son frère Camille, curé de Ste-Julie

ARBRE GÉNÉALOGIQUE DE MICHEL DAIGNEAULT ÉTABLI PAR M VIATEUR ROBERT.

I- DAIGNEAULT Michel


II- PAUL LaPrairie, 16-07-1946 Palin Berthe

Édouard et Irène Giroux


III- ULDÉRIC Montréal, 14-03-1910 Vézina Valentine

Aristide et Thassile Brunet


IV- ZÉNOPHILE Saint-Jacques-le-Mineur Tremblay Élisa

14-7-1800 François et Esther Provost


V- PIERRE Saint-Édouard-de-LaPrairie Caillé Flavie

14-7-1800 Toussaint et Josephte Gareau


VI- PIERRE Saint-Philippe-de-LaPrairie Michon Marie

14-7-1800 Jean-Marie et Thérèse Gervais


VII- J.-BAPTISTE LaPrairie, 07-11-1557 Gagné Josephte

Joseph et Josephte Bourdeau


VIII- J.-BAPTISTE Longueuil, 29-04-1727 Livernois Marie-Anne

Étienne et Jeanne Campeau


IX- J.-BAPTISTE Boucherville, 11-02-1697 Ménard Thérèse

Jacques et Catherine Fortier


X- *JEAN Montréal, 21-01-1554 Daudin Hélène

De Nantes, Bretagne, France Isaac et Anne Jeannet


XI- PIERRE France Gaudet Jeannette

GÉNÉALOGIE DE CÉCILIA DAIGNEAULT ÉTABLIE PAR CLAUDE PERREAULT

I- JEAN DENIAU Sieur de Longueuil marié le 21 janvier 1664 à Montréal à Hélène Daudin fille d’Isaac et à Anne Jeannet de l’Île de Ré évêché de Larochelle.


II- RENÉ DENIAU. Marié le 29 octobre 1692 à Boucherville à Marie-Madeleine Matou dite Labrie veuve de Jean Haudecoeur marié le 5 octobre 1682 à Montréal et fille de Philippe et de Marguerite Dousenet.


III- JEAN-BTE DENIAU. Marié (où?) à Marie Primot, fille de François et Marie-Madeleine Deneau (fille de Jean (voir contrat de mariage fait le 27 novembre 1724 devant Me Guillaume Barette, notaire—Curieux mariage : Jean-Baptiste, fils de René, épouse Marie Primot sa cousine germaine puisque la mère de Marie Primot s’appelait Marie-Madeleine Deniau, et était la sœur de René, père de Jean-Baptiste (voir dispense). Il se remarie le 30 avril 1763 à Châteauguay à Catherine Rufiange dite Laviolette, fille de Bernard et Louise Dumas.


IV- JOSEPH-MARIE descend du premier mariage du père Jean-Baptiste Deniau. Il se marie le 9 novembre 1750 à Ste-Anne-de-Bellevue, (Bout de l’île de Montréal.) à Marie-Thérèse Ranger, fille de Pierre et Geneviève Brisebois.


V- JOSEPH DANIO. Marié le 15 février 1779 à Terrebonne avec Marie-Charlotte Huffé fille de Charles et Marie-Josephte Guérin.


VI- FRANÇOIS DAGNEAU. Marié le 25 février 1820 à Mascouche avec Angélique Lamoureux fille de Jean-Bte et Marie-Angélique Chabotte.


VII- FRANÇOIS DAIGNEAULT. Marié le 10 février 1852 à Notre-Dame de Montréal avec Lucie Everett, veuve de Joseph Girard et fille de Micheal Everette et Marguerite Charrette.


VIII- MICHEL DAIGNEAULT. Veuf de Emma Boudreau, marié le 13 février 1890 à St-Joseph de Montréal. Se remarie le 4 février 1902 à Notre-Dame de Montréal avec Ernestine Beaudin fille de …… et de Liliose Fortier.

IX- CÉCILIA DAIGNEAULT. Mariée le 18 mai 1938 à St-Pierre Claver de Montréal avec Adélard Boulard, fils de Léon et Clara Vézina. Elle était fille de la seconde femme de son père.

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