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Jacques Finet, l'innovateur

Le maire de Longueuil profite d’un amendement à la charte de la Ville de Longueuil pour nommer son premier conseil exécutif composé d’André Létourneau, de Benoît Danault, de Serge Robillard et de Serge Sévigny. Nouveauté aux assemblées du conseil, ce n’est plus le maire qui dirige les assemblées mais un conseiller. Cette fonction incombe à Roger Ferland qui n’est pas moins déçu d’avoir été écarté de l’exécutif.

André Létourneau se démarque sur le plan politique; il est un homme de terrain. M. Finet considère qu’il a un flair hors du commun et que c’est un travailleur acharné qui avait la détermination d’un bulldog. Serge Robillard, surnommé « le sociologue », est un candidat particulièrement brillant et aussi influent que Létourneau auprès de Jacques Finet mais pour des raisons très différentes; c’est l’intello du groupe; c’est un homme de vision, très convaincant, capable de renverser des décisions, au besoin. Son sens politique n’est cependant pas aussi développé que celui de Létourneau. Robillard et Létourneau se connaissent très bien puisqu’ils ont dû composer ensemble alors que Robillard était aux loisirs de la Ville de Longueuil et que Létourneau était très impliqué dans le baseball et le hockey.

Benoît Danault est choisi pour le récompenser d’avoir fait le saut du Parti civique au Parti municipal et d’avoir ainsi redonné la majorité au PML, lors du mandat de 1978-1982. La nomination de Serge Sévigny, un voisin de Jacques Finet, semble un geste plutôt amical. En réalité, Jacques Finet devait composer avec l’influent Albert Denommée qui défendait ses poulains. Or, Sévigny était du groupe des Optimistes de Jacques-Cartier. Le maire l’écartera cependant de son cabinet après les élections de 1986. Gilles Déry est furieux de ne pas avoir été choisi et le manifeste clairement. On chargera André Létourneau de calmer les plus ambitieux, à savoir Déry et Ferland. On les verra donc de plus en plus souvent ensemble et on les surnommera d’ailleurs « Les trois colombes ».

Chose fréquente en politique, au lendemain de l’élection, le nouveau maire annonce une augmentation de taxes de 4,21 %. Cette augmentation avait été pressentie bien avant son adoption. L’équipe du Parti municipal était plutôt mal placée pour imputer la responsabilité de cette taxe à l’ancienne administration puisque c’est le PML qui dominait pratiquement les assemblées du conseil.

Confirmant ses talents de communicateur et de gestionnaire de l’information, le maire Finet annonce au mois d’octobre 1983 que les conseillers du PML rencontreront les citoyens dans leur quartier pour répondre à leurs questions; le conseil municipal tiendra même des réunions régulières dans certains quartiers. La Ville publiera Info-Longueuil pour mieux informer les citoyens sur différentes réalisations ou projets. Vers la fin de l’année 1983, le président fondateur du parti, Pierre-A. Baril, quitte ses fonctions tout en soulignant l’enrichissement qu’il a retiré de son expérience politique.

Au mois de janvier 1984, Benoît Danault démissionne de l’exécutif. Il est remplacé par Gilles Déry. En fait, Gilles Déry est le grand spécialiste de l’immobilier; il est associé de très près au projet Collectivité nouvelle dont le concept et l’étude de marché proviennent de la firme Pluram. L’exécutif réclame de plus en plus ses services mais Gilles Déry ne fait pas moins remarquer au maire : «Vous me tenez loin de l’abreuvoir.» La nomination de Gilles Déry était donc largement prévisible. La crise de confiance à la Caisse d’entraide économique, dont il était le président, a pu retarder son entrée au sein de l’exécutif ou peut-être s’agissait-il des réticences d’un membre influent de l’exécutif, comme Serge Robillard. Gilles Déry était un membre du groupe des Optimistes de Jacques-Cartier. Jacques Finet se retrouve donc avec trois conseillers de l’ancienne Cité de Jacques-Cartier, Serge Robillard étant le seul associé au Vieux-Longueuil même s’il est vrai qu’en matière de sports, André Létourneau avait été plus près du groupe du Vieux-Longueuil. André Létourneau et Gilles Déry se conduiront comme deux véritables coqs au sein de l’exécutif.

Roger Ferland prend du galon en devenant le président de l’Office municipal d’habitation.

Du côté du Parti civique de Longueuil, c’est le conseiller Jacques Bouchard qui le dirige dans les faits, au grand dam du conseiller Pierre Nantel qui quitte le Parti civique pendant plusieurs mois avant de revenir au bercail pour les élections du 2 novembre 1986.

Le Parti municipal continue son recrutement. En 1984, il compte 3 000 membres actifs. Les organisateurs comptent sur des dîners-bénéfice, des cocktails ou des brunchs pour alimenter la caisse du parti.

Lors de ses deux premières années au pouvoir, les réalisations du Parti municipal n’ont rien d’originales. Le projet de la Collectivité nouvelle, inaugurée au précédent mandat, ne fait que poursuivre son développement. On a aménagé une belle piste cyclable sur le boulevard Desaulniers. Il faut cependant des idées nouvelles. Le parti tient donc son deuxième colloque organisationnel le 13 octobre 1984. On propose des ateliers sur les communications avec les citoyens, sur le programme du parti et ses réalisations, sur la tarification des services, sur le développement économique à Longueuil et sur les comités de district. M. Robert Gravel donne une conférence sur l’avenir des partis politiques au niveau municipal et sur l’avenir des municipalités au sein des municipalités régionales de comté (MRC). C’est ainsi que naît l’idée de l’accès aux berges du Saint-Laurent pour les Longueuillois.

Le PML a de bonnes relations avec le gouvernement québécois. Avant les élections de 1982, dînent, au restaurant La Devinière, rue Saint-Laurent, à Longueuil, Jean-Paul Auclair, le propriétaire du Courrier du Sud, André Létourneau, Pierre Thibodeau, l’organisateur du Parti québécois pour le ministre Pierre Marois, et Roger Ferland. C’est là que se scella l’alliance qui allait battre Marcel Robidas. Cette fois, Jean-Paul Auclair, un ami de monsieur Robidas, n’interviendra pas pour nuire aux intérêts du PML. Peu après l’élection, Pierre Thibodeau et Louis-Marie Dubé, l’attaché politique de René Lévesque, fêtent la victoire au Vieux-Longueuil avec des conseillers du PML. Marcel Robidas n’a jamais digéré cette alliance qu’il qualifie de trahison. Il gardera très longtemps une forte rancune contre le ministre Marois. En 2001, soit 19 ans après sa défaite électorale contre Jacques Finet, Marcel Robidas reprend du collier en politique; il s’objecte fermement à la venue de Pierre Marois à la tête de son nouveau parti politique.

L’assainissement des eaux du Saint-Laurent devient un dossier primordial. Ce dossier sera le plus exigeant du mandat du maire Jacques Finet. La Ville de Longueuil doit négocier avec les autres villes partenaires pour déterminer le partage des responsabilités, le partage des coûts, la localisation de l’usine d’assainissement, l’octroi de mandats aux professionnels, etc. La Ville de Longueuil négocie aussi avec le gouvernement du Québec pour faire inclure certains travaux de réfection de son réseau d’égouts dans un programme complémentaire au programme d’assainissements des eaux. La ville de Longueuil connaissait de fréquents refoulement d’égouts, compte tenu de la capacité insuffisante du réseau. Il faut donc construire un immense collecteur sud-nord à travers toute la ville de Longueuil. Fidèle à son image de communicateur, Jacques Finet tient à informer les citoyens sur la nature des travaux d’assainissement et à justifier la volonté de la Ville de Longueuil de profiter de ces travaux pour revitaliser les berges du fleuve. Ce dernier volet fait l’objet d’audiences publiques de la part du BAPE (Bureau des Audiences Publiques en Environnement). Le BAPE rejette le projet de la Ville de Longueuil et le litige se termine par une négociation ardue avec le ministre de l’Environnement de l’époque, Adrien Ouellet. Les deux parties acceptent une solution de compromis sans qu’il en coûte un sous de plus aux Longueuillois. Le décret établissant les conditions négociées est adopté à la dernière réunion du conseil des ministres à laquelle participe le premier ministre, et député de la circonscription de Taillon, René Lévesque.

La firme d’architectes Boudrias, Boudreau et St-Jean reçoit la médaille du gouverneur général du Canada en architecture, décernée par l’Institut royal d’architecture du Canada, pour le complexe d’alimentation d’eau brute, côté est du pont Jacques-Cartier.

Nouvelle donnée dans la vie politique municipale, le maire de Longueuil a un chef de cabinet, Jean-Paul Dubois. Ce chef de cabinet, fort apprécié du maire Finet, est un fonctionnaire de la Ville de Longueuil qui provient du secteur des loisirs. M. Dubois demeurera chef de cabinet jusqu’à la démission de Jacques Finet.

Par ailleurs, Jean Verdi succède à Fernand Poiré à la direction générale de la Ville. M. Verdi est considéré comme le plus politique de tous les fonctionnaires. Sa nomination est facilitée par l’intervention de son ami André Létourneau.
En 1984, on entreprend la construction de la phase I du projet domiciliaire Collectivité nouvelle, comprenant 1 236 unités d’habitation, dont plus de 85 % unifamiliales. La Ville avait acquis plus de 30 millions de pieds carrés de terrain, au coût de 10 millions de dollars, au cours de la dernière décennie.

Les districts électoraux de Longueuil sont désormais désignés par des noms tels Émérillon, Fatima, Gentilly, Bellerive, etc.

Plus de 700 000 $ sont investis dans les parcs de Longueuil pour des ajouts ou des rénovations.

On rénove et on élargit la rue Saint-Charles Ouest, entre les rues Saint-Sylvestre et le chemin de Chambly. Cette artère importante de Longueuil est également revitalisée par l’Association des marchands de la rue Saint-Charles.

On inaugure l’immeuble en copropriété Le Pélican, complexe résidentiel construit par le groupe Mercille. Ce projet remporte le prix Domus 1984.

En 1985, on s’entend sur le retrait simultané de la STCUM, qui desservait le Vieux-Longueuil, et sur l’implantation de la tarification unique pour tous les usagers de Longueuil sur l’ensemble du réseau de transport de la STCUM. Cet avantage sera abandonné par la suite.

À l’époque, le maire Finet est affublé de l’épithète « maire d’affaires ». Il en est le premier surpris. Ne vient-il pas de la fonction publique? Jacques Finet, très soucieux de son image, décide donc d’atténuer cette perception en commençant à développer des thèmes qui s’articulent autour de la vie communautaire.

« Les villes gagnantes, à mon avis, les villes rentables, seront celles qui auront réussi à négocier le virage de la qualité de vie, en prenant soin de leur vie communautaire», déclare-t-il lors d’une allocution devant la Chambre de commerce, en mars 1986.

En 1986, l’administration procède à l’enfouissement des câbles sur le chemin de Chambly et à l’installation de nouveaux lampadaires. Dans ce dernier cas, la Ville a pu bénéficier des bons contacts de Jacques Finet à Hydro-Québec.

Le secteur du métro prend une expansion remarquable dans le domaine des édifices à bureaux comme le complexe Saint-Charles, construit en 1986 par le groupe Mercille inc., selon les plans des architectes Webb, Zerofa et Menkes. On procède également, en 1986, au prolongement du boulevard Jacques-Cartier jusqu’à l’échangeur Charles-Le Moyne.

On construit la Place Hérelle, un immeuble locatif, à l’emplacement de ce qui fut l’ancienne chocolaterie des frères Félix-Hubert et Daniel d’Hérelle, au début du siècle (1899-1901), puis l’entreprise de semences Jos Labonté, de 1939 à 1985, sur le chemin de Chambly, en face du cimetière Saint-Antoine. L’édifice est conçu par les architectes Boudrias, Boudreau et St-Jean. Un atrium, servant de hall d’entrée, relie deux sections de trois étages. Parmi les locataires, on retrouve la Banque de développement du Canada, et nombre de notaires et d’avocats.

 



Brunch du Parti municipal de Longueuil, le dimanche 25 mai 1986, au sous-sol de l’église Notre-Dame-de-Fatima. Dans l’ordre habituel, Florent Charest, Roger Ferland, Michel Timperio et Marie-Lise Sauvé se prêtent au jeu du cuisinier. Un bon exercice avant de cuisiner leurs adversaires.
Longueuil Photo.



Conseil d’administration du Parti municipal de Longueuil, au mois de février 1986 : Gilles Brissette, Bertrand Thibodeau, Roger Ferland (assis), Claudette Taylor, Pierrette Bilodeau (assise), Jacques Finet, Antoinette Levasseur, Albert Denommée (assis), et Pierre Tardif.







Une confiance totale avant l’annonce des résultats : Gilles Brissette, Pierre-A. Baril, Jacques Finet et Albert Denommée.
Collection Gilles Brissette

L’élection de novembre 1986 approche et il faut trouver certains candidats. On forme alors un comité de sélection composé de Jacques Finet, d’Albert Denommée et de Benoît Montgrain. Il y a des postes disponibles dans les quartiers Bellerive, Lionel-Groulx, Saint-Antoine, Adrien-Laflamme et Charles-Le Moyne. Par ailleurs, Serge Robillard et Jacques Laplante abandonnent la vie politique.

Jacques Bouchard souhaite «sauter la clôture» pour aller rejoindre le PML mais Jacques Finet s’y objecte. M. Bouchard a largement collaboré avec le PML même s’il était dans l’opposition, mais sa carrière politique témoigne de trop de revirements au goût de Jacques Finet.

La campagne de financement est relancée avec vigueur : dégustation de vins et de fromages, brunch, etc. Gilles Brissette demeure le représentant officiel du parti.

Jacques Finet affronte Claude Jollet, le nouveau chef du Parti civique. Il s’agit d’un inconnu, âgé de 40 ans. M. Jollet est un fonctionnaire d’Environnement Canada et il habite Longueuil depuis 1975.

Parmi les nouveaux candidats du PML, en 1986, on note Pierre Hurtubise et André Normandin, comptable et ancien président de la Chambre de commerce de la Rive-Sud. Jacques Milette se présente dans le quartier no 18 et Georges Touten, battu à l’élection de 1982, se représente contre Jacques Bouchard.




Inscription des premiers résultats : le maire Jacques Finet est très facilement réélu. Les avances des autres candidats du PML sur ceux du Parti civique sont considérables. Longueuil Photo.

Jacques Finet prévoit sa propre victoire et l’élection de ses 19 conseillers, un balayage électoral, donc. Jacques Bouchard tombe dans le piège et insiste pour qu’il y ait une opposition saine.

Le programme électoral de 1986 est basé sur une vision d’avenir plutôt que sur un « programme de plombier » comme Jacques Finet lui-même le qualifie, en 1982. On insiste sur la qualité de vie et l’importance du dynamisme communautaire. Le parti s’engage à mieux utiliser la Base de plein air, aujourd’hui nommée le Parc régional. On veut aussi décongestionner les artères commerciales de Longueuil.

Le Parti municipal remporte une victoire magistrale. Tous les candidats sont élus avec des majorités écrasantes. Plus de 1 000 partisans fêtent la victoire au Paladium de Longueuil.




Rassemblement au comité central pour célébrer la victoire. On remarque Florence Mercier, André Létourneau, Claude Gladu et son épouse et Jean St-Hilaire.




Georges Touten, Serge Sévigny et Nicole Béliveau. Longueuil Photo.



André Létourneau et Jacques Finet. Longueuil Photo.




Lorraine Finet, Florent Charest et Lise Sauvé observent le baiser de la victoire de Benoît Danault à Jacques Finet. Longueuil Photo.









Nom --- Parti --- Votes reçus --- %

Jacques Finet Parti municipal de Longueuil 28 675 80,95
Claude Jollet Parti civique de Longueuil 6 674 19,04

District --- Candidats --- Parti

1- Charles-Le Moyne
Gilles Petel PCL 407 34,17
Pierre Hurtubise PML 784 65,82

2- Pierre-D’Iberville
André Normandin PML 1 402 74,73
Marcel Tessier PCL 474 25,26

3- Fernand-Bouffard
Claude Gladu PML 1 296 77,14
Bertrand Giroux PCL 384 22,85

4- Saint-Pierre-Apôtre
Roger Ferland PML 1 380 69
Marc E. Decelles PCL 620 31

5- Coteau-Rouge
Nicole Béliveau PML 1 170 62,43
Paul-Auguste Briand PCL 704 37,56

6- Octavien-Vincent
Jacques Morissette PML 1 899 88,44
François Robidas PCL 208 9,68
Lorenzo Defoy Jr. Ind. 40 1,86

7- Hubert-Perron
Roger Lacombe PML 1 007 82,2
Claude Royal PCL 218 17,79

8- Saint-Vincent-de-Paul
Gilles Déry PML 1 401 71,88
Solange Therrien PCL 548 28,11

9- Adrien-Laflamme
Magella Richard PML 1 384 56,12
Pierre Nantel PCL 1 082 43,87

10- Christ-Roi
Florence Mercier PML 1 524 88,96
Serge Darveau PCL 189 11,03

11- Émérillon
Serge Sévigny PML 1 354 85,21
Michel Landry PCL 235 14,78

12- Sieur-De Roberval
Lise Sauvé PML 1 200 78,22
André Giroux PCL 334 21,77

13- Lionel-Groulx
Jean St-Hilaire PML 1 186 64
Jean-Pierre Trahan PCL 667 32,89

14- Adrien-Gamache
Michel Timperio PML 1 754 90,83
Mario Chartier PCL 177 9,16

15- Saint-Pie-X
Florent Charest PML 1 334 78,01
André Chapdelaine PCL 376 21,98

16- Saint-Antoine
Georges Touten PML 1 311 63,48
Jacques Bouchard PCL 754 36,51

17- Fatima
André Létourneau PML 1 864 90,26
André Chartier PCL 201 9,73

18- Bellerive
Jacques Milette PML 1 224 69,19
Lise Rathé PCL 545 30,8

19- Gentilly
Benoît Danault PML 2 180 73,72
Jean L’Écuyer PCL 777 26,27

Sept des 20 candidats du Parti civique n’ont pas droit au remboursement de leurs dépenses électorales. C’est le cas de l’aspirant à la mairie Claude Jollet qui perd à la fois son dépôt électoral de 50 $ et qui ne peut réclamer le remboursement de la moitié des dépenses auxquelles il aurait eu droit s’il avait récolté au moins 20 % des votes.

Jacques Finet est évidemment fier de sa victoire, mais il dira plus tard : «La victoire est moins savoureuse lorsqu’elle est trop facilement acquise.» Le maire a cette fois entraîné le parti dans la victoire alors qu’en 1982 ce fut plutôt le parti qui traîna Jacques Finet vers la mairie. Le maire Finet doit maintenant choisir son exécutif. Il innove en nommant une mairesse suppléante permanente, Florence Mercier. Les talents de communicatrice de madame Mercier justifient ce choix. Cette dame est une ancienne organisatrice au service de Jacques Finet dans le quartier de Saint-Robert et elle lui a succédé comme conseillère de ce district. Le poste de mairesse suppléante permanente fait jaser car Jacques Finet a aussi un chef de cabinet. Il faut aussi prévoir une révision de la masse salariale puisque Florence Mercier devient en quelque sorte un sixième membre de l’exécutif.

Bien qu’il affirme publiquement que les femmes de son équipe sont prêtes à accéder au cercle fermé et prestigieux de l’exécutif, aucune femme n’est invitée à y siéger.

Jacques Finet assure la continuité en nommant André Létourneau vice-président de l’exécutif et en y maintenant Gilles Déry. Il veut cependant y injecter du sang neuf. Il peut le faire en comblant le départ de Serges Robillard qui a quitté la politique. Il écarte cependant aussi Serge Sévigny pour faire place à Jacques Morissette et à Michel Timperio, dont il admire la fougue. Ce dernier vient d’ailleurs de remporter une victoire avec l’une des plus fortes majorités de l’histoire municipale récente, soit plus de 90 % des votes. La victoire de Jacques Morissette est également remarquable et lui vaut un siège à l’exécutif.

Comme dans toute nomination à l’exécutif, il y a des mécontents. La veille de l’élection, très tard en soirée, Pierre A. Baril avait laissé entendre à Serge Sévigny qu’il y aurait des changements importants à l’exécutif et que tous ne conserveraient pas leur place. Serge Sévigny devait se préparer au choc. Lorsqu’il apprend la nouvelle du maire Finet, il remet tout en question. Albert Denommée, celui-là même qui l’avait convaincu de faire le saut en politique, lui demande de faire preuve de patience et d’avaler, pour l’instant, la pilule.

Roger Ferland doit continuer à purger son purgatoire alors que les trois femmes du parti sont déçues, compte tenu de l’ouverture que Jacques Finet avait manifestée dans le journal local. Une mini-opposition d’une demi-douzaine de personnes existe donc alors au sein de l’équipe du PML.

Quoi qu’il en soit, le mandat du maire Finet est très bref. Le 17 avril 1987, à peine six mois après son élection, il annonce son départ. Guy Coulombe, le directeur général d’Hydro-Québec, vient de lui offrir un poste de vice-président et il exige une réponse presque immédiate. Hydro-Québec traverse alors une période difficile : pannes majeures et fréquentes sur le réseau, relations de travail très tendues avec les syndicats, qualité du service bien en deçà de ce qu’exigent les Québécois. Le défi de participer au redressement de cette grande entreprise l’intéresse. En acceptant cette fonction, Jacques Finet devient un des administrateurs importants d’Hydro-Québec. Le salaire est proportionnel au rang et le régime de retraite, lié aux cinq meilleures années de rémunération, pèse dans la balance. De 1991 à 1994, Jacques Finet représente Hydro-Québec à Bruxelles. De retour au Québec en 1994, il estime ne plus avoir de défis majeurs à relever et offre sa démission. Or, il y a des élections municipales à Longueuil en 1994…

 


C’est à André Létourneau, après une séance du conseil, que Finet annonce la nouvelle. Il est presque 23 heures. Dans son bureau, Jacques Finet offre un verre de cognac à Létourneau et lui demande qui pourrait prendre la relève. Létourneau réplique qu’il n’en voit qu’un seul, Roger Ferland. Finet demande à Létourneau de lui téléphoner et de le faire venir d’urgence à l’hôtel de ville. On offre un verre de cognac à Ferland et Létourneau lui demande : «Veux-tu être maire ?» Ferland réplique : «Peut-être», mais en fait on sait très bien qu’il acceptera. Pierre-A. Baril demande pour la forme à Serge Robillard si la fonction l’intéresse, mais ce dernier qui vient à peine de tourner la page n’est pas vraiment intéressé. Roger Ferland réclame aussitôt l’appui de Baril et se voit exaucé.

Dans le milieu politique, on croit que ce sera plutôt Létourneau qui prendra la relève. Le Parti libéral est sur les dents. Létourneau est considéré comme un péquiste. André Létourneau rencontre les dirigeants libéraux et les rassure. «Le prochain candidat sera un libéral, vous pouvez dormir en paix.»

Le départ de Jacques Finet donne lieu à une situation inattendue. La Ville se retrouve avec une direction bicéphale : André Létourneau, président de l’exécutif, et Florence Mercier, mairesse par intérim.

Florence Mercier, la médiatrice

Le mandat de « Flo » au poste de mairesse est évidemment très bref, soit un peu plus d’un mois. Les historiens doivent cependant la considérer au même titre que Jean-Paul Tousignant qui fut maire de la Cité de Jacques-Cartier, en 1962. Ce sera une des rares mairesses non-élues à ce poste au sein du système municipal québécois.

Elle doit s’entendre avec André Létourneau au même titre que ce dernier doit s’entendre avec la mairesse en poste. Cependant c’est Létourneau qui mène le bateau et Florence Mercier n’aura pas vraiment l’occasion de jouer pleinement son rôle de mairesse.

Des élections au poste de maire ont lieu le 31 mai 1987. Me Claude Seguin agit comme président de cette élection. Une élection municipale est dispendieuse. Il faut louer des salles, réviser la liste électorale, procéder à la publication d’avis et engager du personnel. La Ville de Longueuil vote ainsi un budget de 375 000 $ pour l’organisation de ces élections.









En 1994, cette dépense hantera Jacques Finet quand il fera alors une tentative de retour en politique municipale.

Le Parti municipal fait consensus sur le choix de Roger Ferland; le choix est ratifié par une assemblée générale spéciale des membres du PML, tenue le 14 mai à l’église Saint-Pierre-Apôtre. Les 18 conseillers du parti signent même le bulletin de présentation de Roger Ferland. Cet appui enlève complètement à Jacques Olivier la possibilité de se faire élire. Comment voter pour un candidat qui n’a l’appui d’aucun conseiller municipal ? L’aspirant à la mairie, Jacques Olivier, 43 ans, a été, pendant six mois, ministre d’État à la Chambre des communes, à Ottawa. Le ministre libéral s’était cependant fait battre, à l’élection de 1984, par le conservateur Nic Leblanc qui avait récolté près de 10 000 votes de majorité sur son adversaire. En 1986, Jacques Olivier devenait concessionnaire de voitures de marque Ford, sur le chemin de Chambly, à Saint-Hubert.

Le Parti civique n’est alors pas remis de sa cuisante défaite électorale du mois de novembre 1986 et ne présente pas de candidat à la mairie. Roger Ferland, alors âgé de 51 ans, possède une bonne expérience de la politique municipale depuis son élection de 1978. Il est, depuis 1982, le président des assemblées du conseil municipal. En 1987, il préside aussi l’Office municipal d’habitation de Longueuil et il est administrateur à la STRSM.

Roger Ferland mise sur la continuité, c’est-à-dire sur la rigueur de la gestion administrative. C’est donc l’expérience de Jacques Olivier contre la continuité de Roger Ferland.

Pour cette élection à la mairie, le PML fait appel à Albert Denommée comme directeur de la campagne, à Gilles Brissette comme agent officiel, à Arthur Babeux comme responsable des questions de techniques électorales et juridiques, à Pierre-A. Baril comme responsable de la publicité, et à Claudette Taylor comme responsable du secrétariat et de l’agenda de M. Ferland. Cependant, Stéphane Venne est toujours l’as des communications et contribue largement à la victoire de Roger Ferland.

Le coup de grâce de cette campagne survient lorsque Jacques Finet, revenu de Grèce, appuie ouvertement Roger Ferland en mentionnant que l’élection de Jacques Olivier serait désastreuse. «Du temps où j’étais maire, c’est de Jacques Olivier que j’ai eu le moins de collaboration», dit Jacques Finet.

Ferland en remet : « Jacques Olivier a mal fait son devoir de député. Par paresse ou par manque d’imagination, il fut totalement absent des dossiers longueuillois. Comme maire, Jacques Olivier serait un désastre.» Il faut dire que Roger Ferland est prudent. Un sondage indique que Jacques Olivier est beaucoup plus connu que lui.

Roger Ferland l’emporte néanmoins de façon très convaincante en récoltant 15 984 votes contre à peine 6 194 pour Jacques Olivier. Si on fait le compte, on s’aperçoit qu’à peine 27 % des électeurs se sont prévalus de leur droit de vote.

 



Florence Mercier remplit à la perfection sa fonction de mairesse suppléante permanente, au mois de novembre 1987, lors de l’anniversaire de l’armistice de la guerre de 1914. Longueuil Photo.

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