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Les origines du Parti municipal

 

Quand le maire de Longueuil, Paul Pratt, se présentait aux élections municipales, à tous les deux ans, il n'était associé à aucun parti politique. Certes, les maires formaient à l'occasion des équipes définies selon des affinités plus personnelles que politiques, mais sans plus.

Il faut attendre l'année 1966 pour parler de parti politique municipal avec la fondation, par Marcel Robidas, du Parti civique de Longueuil.

À l'élection de 1974, l'opposition au maire Robidas se regroupe au sein de l'équipe Gravel et de celle de l’équipe Boiteau. Marcel Robidas se présente alors sans équipe et s'appuie sur la machine électorale du Parti québécois, aidée par le syndicat des travailleurs de la United Aircraft, aujourd'hui la Pratt & Whitney Canada.

En 1978, les règles du jeu changent. En vertu de la loi 44, votée le 22 juin 1978 par l'Assemblée nationale du Québec, le nombre de districts doublera et les dépenses électorales seront dorénavant partiellement remboursées aux partis politiques. C'est dans ce contexte qu'on assiste à la création de nouveaux partis politiques municipaux : le Parti de la réforme municipale et le Parti municipal de Longueuil, alors que le Parti civique renaît.

La fondation du Parti municipal de Longueuil

C'est à la toute fin du mois d'août 1978 que Paul Viau, comptable agréé, fait une demande de réservation du nom de Parti municipal de Longueuil au greffe de la Cour supérieure. Cette demande sera refusée, la requête devant être faite auprès du bureau du directeur général du financement des partis politiques.

L'assemblée de fondation du parti a lieu le 10 septembre 1978, au 1019, boulevard Sainte-Foy, à Longueuil, dans les locaux du restaurant La Lucarne, en présence de 54 personnes. Paul Viau est, dans les faits, le chef du parti avant même cette fondation officielle. Ce sont les conseillers municipaux Pierre-Aimé Baril, Auguste Briand, Jacques Laplante, René Leblanc et André Létourneau, surnommé le «groupe des 5», qui ont entériné cette nomination. Quatre d'entre eux faisaient partie de l'équipe de Gilles Gravel à l'élection de 1974. Le cinquième, André Létourneau, faisait plutôt partie de l'équipe de Robert Boiteau. L'équipe de Robert Boiteau était identifiée aux forces politiques de l'ancien Jacques-Cartier alors que l'équipe Gravel représentait le Vieux-Longueuil. Albert Denommée et le groupe des Optimistes de Jacques-Cartier étaient très influents dans l'équipe Boiteau alors que Gaétan Baillargeon était leur contrepartie pour les forces du Vieux-Longueuil. Le rapprochement des deux groupes est redevable à Létourneau et Baril qui étaient les plus jeunes du groupe et qui se découvrirent rapidement des affinités.

Les deux organisations conviennent que pour battre Marcel Robidas il faut unir leurs forces. L'ancien conseiller municipal, Gaétan Baillargeon, convainc M. Viau de faire le saut en politique. Les organisateurs tentent de convaincre certains candidats mais les portes se referment rapidement. Personne n'ose affronter Marcel Robidas, considéré comme un puissant personnage politique. À deux occasions le curé Guy Pratt, fils de l'ancien maire de Longueuil, Paul Pratt, est approché. Les organisateurs vont même rencontrer l'évêque du diocèse de Saint-Jean-Longueuil, Mgr Hubert qui s’abstient tout simplement. Ils rencontrent également l'ancien conseiller municipal Pierre Tardif et le comptable Clément Lussier. Paul Viau conclut qu'il est simplement le meilleur candidat disponible.

Le premier chef : un fondateur intègre

Paul Viau s'était présenté sans succès à la mairie de Longueuil, en 1970. Ce comptable agréé, âgé de 46 ans, réside au 575, rue Saint-Laurent dans la maison qui a appartenu à l'ancien maire de Longueuil et député provincial, Alexandre Thurber.

La campagne de M. Viau n'est pas facile. C'est un «illustre inconnu». Quelques-uns de ses thèmes, tels l'accès au fleuve Saint-Laurent, font sourire. On prétend même que ce thème est complètement usé; or, il s'agira là d'une des réalisations les plus importantes des années 1980. Le Courrier du Sud ne projette pas une image très positive du candidat qui, dit-on, s’appuie trop souvent sur ses collègues expérimentés pour émettre des opinions. Le Courrier du Sud sera cependant réprimandé par le conseil de presse quant au traitement accordé à Paul Viau. M. Viau n'a pas non plus le charisme de Marcel Robidas. La bataille semble terminée lorsque le premier ministre du Québec, René Lévesque, appuie personnellement Marcel Robidas et surtout lorsqu'il autorise la machine électorale du Parti québécois à soutenir son équipe. M. Viau est alors perçu par le P.Q. comme un libéral; mais il est profondément nationaliste, et même souverainiste, depuis toujours.

Le premier congrès

Le parti tient son congrès dans la dernière semaine de septembre et présente ses 17 candidats aux élections de novembre de même que les grandes lignes de son programme.

Le parti ne présente qu'une seule femme, Pauline Nicolas, parmi ses 17 candidats alors que le Parti civique en propose cinq. Pauline Nicolas, 41 ans, avait été marguillier et membre du comité des loisirs Champlain-Gamache. Précédemment secrétaire du comité de l'école Adrien-Gamache, elle était présidente de la Caisse populaire Sacré-Cœur.
La formation proposée repose sur la quête de gestionnaires, à l'image de son chef. Dans ses discours, M. Viau fait maintes fois référence à des candidats «qui sauront gérer vos piastres». Pourtant, M. Viau n'est en partie responsable que du recrutement d'un seul candidat : Roger Ferland. Il rencontre cependant tous les candidats et approuve ou non leur candidature.

Dans le tableau mentionnant les candidats et leurs fonctions, on remarque que trois des dix-sept candidats proviennent d'Hydro-Québec. En tout, une dizaine de personnes occupent des fonctions de gestionnaire.

District

Nom

Occupation
1
Réal Gendron

agent immobilier

2
Georges Touten
propriétaire d'un garage
3
Henri Bouclin
technicien à Hydro-Québec
4
Roger Ferland
informaticien à Hydro-Québec
5
René Leblanc
fonctionnaire
6
Robert H. Tremblay
syndicaliste
7
Paul-Auguste Briand
fonctionnaire
8
Gilles Déry
coiffeur
9
Pierre-A. Baril
vice-président d'une industrie
10
Jacques Finet
chef de services à Hydro-Québec
11
Serge Sévigny
comptable
12
Omer Leclerc
employé à l'Office de la construction
13
Pauline Nicolas
présidente de la Caisse populaire Sacré-Coeur
14
Roméo Lescarbeau
agent d'assurances
15
Jacques Laplante
conseiller en orientation
16
Bernard Audet
conseiller en fiscalité
17
André Létourneau
employé à l'Université de Montréal

 

Il n'est pas évident de voir dans le même parti des gens qui, la veille, étaient des ennemis politiques. Par exemple, Pierre-A. Baril avait récolté, lors de l’élection de 1974, le même nombre de votes que Gilles Déry, soit 1 617. Ce n'est qu'après un recomptage judiciaire que Pierre Baril l'emporte par neuf votes. Il raconte qu’après cette élection, il s'est abstenu pendant un an d'aller au salon de coiffure de Déry, de peur de se faire écorcher les oreilles.

Le candidat Georges Touten est recruté à la dernière minute et remplace Hubert Barrette.

Le Parti municipal choisit comme slogan de la campagne Réveillons-nous et comme logo un réveille-matin. Il propose dans son programme électoral :

 

- de restreindre les augmentations de taxes en exerçant un contrôle sévère des dépenses;
- de développer une certaine autonomie municipale;
- d'équilibrer le développement commercial et résidentiel;
- de conserver les espaces verts;
- d'intensifier la promotion industrielle;
- d'obtenir un tarif unique pour le transport en commun;
- d'établir une bonne collaboration entre les membres du conseil municipal et le personnel de la Ville, les Villes voisines et les gouvernements provincial et fédéral;
- d'établir une meilleure répartition des équipements communautaires;
- d'aménager un centre communautaire pour les personnes âgées;
- de solutionner les divers problèmes de stationnement.

La campagne donne lieu à un débat entre les chefs à la télévision communautaire et ensuite au Sheraton Le Saint-Laurent. Les deux débats sont qualifiés de ternes et ne départagent pas vraiment les candidats. En raison de son expérience politique, Marcel Robidas reçoit une note un peu plus élevée que les autres candidats.

Le troisième candidat, l’avocat Jean Huot, est le chef du Parti de la réforme municipale. Son parti a connu de nombreux ratés et on a prêté au chef l'intention de quitter le bateau. La candidature de Jean Huot favorise Marcel Robidas qui peut dès lors compter sur la même division des votes qui lui avait valu la victoire en 1974.

La véritable bataille se livre donc entre un chef expérimenté, doté d'une équipe moyenne, et une équipe très forte, dirigée par un chef qualifié de passable par les journaux. Jean-Paul Auclair déteste Paul Viau et la couverture de la campagne, dans Le Courrier du Sud, est désastreuse pour le candidat du PML.

Le résultat le prouve bien : Marcel Robidas est élu à la mairie alors que l'équipe du Parti municipal de Longueuil est portée au pouvoir en faisant élire neuf des siens. Monsieur Viau obtient beaucoup plus de votes que prévu mais les votes attribués à Jean Huot, même s'ils ne sont pas nombreux, s'avèrent suffisants pour assurer la victoire au maire sortant, Marcel Robidas.

Jean Huot ne daigne pas se présenter pour remercier ses partisans et ses organisateurs. Le Parti de la réforme municipale ne fait élire qu'un seul candidat, Lorenzo Defoy, ancien conseiller municipal de la Cité de Jacques-Cartier. Paul Viau, déçu par la défaite, fait davantage preuve de responsabilité en osant rencontrer son équipe et les journalistes. Le meilleur politicien et non le meilleur gestionnaire a été élu, clame-t-il.

Le Parti municipal essuie un autre dur échec alors que Pierre-A. Baril, l'âme dirigeante du parti, encaisse un revers au poste de conseiller municipal contre Pierre Nantel. Il avoue être le seul responsable de sa défaite. «Je n'ai fait aucun porte à porte. Je ne voulais m'occuper que de l'organisation générale de la campagne», confie-t-il.

Les dépenses électorales encourues par le PML dépassent légèrement 65 000 $ dont un peu plus de 28 000 $ pour le candidat à la mairie.

Le Parti municipal récolte, pour l’ensemble de ses candidats, 38,5 % des votes contre 36,53 % pour le Parti civique et 13 % pour les candidats du Parti de la réforme municipale. Les indépendants plafonnent à 11,95 % des votes.



Paul Viau, premier chef du PML (1978-1981)


Nom - Parti - Votes reçus - %

Marcel Robidas Parti civique de Longueuil 15 828 47,64
Paul Viau Parti municipal de Longueuil 13 445 40,47
Jean Huot Parti de la réforme municipale 3 946 11,87

District no 1
Jacques Bouchard Indépendant 742
Roger Ferguson Parti civique 619
Réal Gendron Parti municipal 396
Yvon Bourcier Parti de la réforme municipale 264
Roger Courchesne Indépendant 96

District no 2
Georges Touten Parti municipal 1 204
Lucile Roy Parti civique et colistière 1 128
Marc Decelles Indépendant 824

District no 3
Léonard Boulet Parti civique 728
Henri Bouclin Parti municipal 539
Gilles Bouffard Indépendant 465

District no 4
Roger Ferland Parti municipal 1 093
Bernard Brisson Parti civique 879
Gilles Leduc Indépendant 361
Henri D'Amour Parti de la réforme municipale 288

District no 5
René Leblanc Parti municipal 835
Armand Lavoie Parti civique 438
Géraldine Courchesne Parti de la réforme municipale 434
Fernand Lachapelle Indépendant 267
André Marquette Indépendant 137

District no 6
Lorenzo Defoy Parti de la réforme municipale 781
Robert H. Tremblay Parti municipal 672
Luc Salinovitch Parti civique 604

District no 7
Paul-Auguste Briand Parti municipal 698
Olivette Camaraire Parti civique 464
Gérard Thibeault Parti de la réforme municipale 175

District no 8
Gilles Déry Parti municipal 594
Lorraine Vaillancourt Parti civique 549
Guy D'Amour Parti de la réforme municipale 328

District no 9
Pierre Nantel Parti civique 923
Pierre Baril Parti municipal 849
Régent Simard Parti de la réforme municipale 398

District no 10
Jacques Finet Parti municipal 996
André Meunier Parti civique 871
Pauline Fleury Parti de la réforme municipale 155

District no 11
Serge Sévigny Parti municipal 616
Georges Cowan Parti civique 554
Lucien Lebrun Indépendant 442

District no 12
J. Paul Vermette Parti civique 874
Omer Leclerc Parti municipal 600
Francine Charest Beaucage Parti de la réforme municipale 69

District no 13
Jeannine Labelle Lavoie Parti civique 924
Pauline Nicolas Parti municipal 670
André Lizotte Parti de la réforme municipale 504
Denis Côté Indépendant 405

District no 14
Paul-Émile Paquin Parti civique 709
Roméo Lescarbeau Parti municipal 437
Florent Charest Indépendant 244
Marcel Bertrand Parti de la réforme municipale 233

District no 15
Jacques Laplante Parti municipal 868
Jean Raymond Payette Parti civique 554
Michel Timperio Parti de la réforme municipale 400

District no 16
Benoît Danault Parti civique 947
Bernard Audet Parti municipal 938
Fernand Boudreault Parti de la réforme municipale 166

District no 17
André Létourneau Parti municipal 827
Nicole Therrien Parti civique 408
Françoise Gagné Parti de la réforme et colistière 140

 

Première réunion de l'équipe du Parti municipal de Longueuil, en 1978. On aperçoit Jacques Finet, Roméo Lescarbeau, Jacques Laplante, André Létourneau, Christine Dulude, Pierre-A Baril, Paul Viau, Bernard Audet et Paul-Auguste Briand. Collection Jacques Finet.















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